Guy Burgess

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Guy Burgess et Donald McLean.

Guy Francis de Moncy Burgess (16 avril 191130 août 1963) était un espion anglais devenu agent double en faveur de l'Union soviétique (noms de code : Maedchen, Hiks). Il appartenait au groupe d'espions connu sous le nom des Cinq de Cambridge qui trahirent leur pays pendant la guerre froide. Burgess contribua à la cause soviétique en transmettant des documents secrets et en aidant l'autre espion Kim Philby à être recruté par le MI6.

Biographie[modifier | modifier le code]

Guy Burgess naît à Devonport en Angleterre. Il est le fils aîné du commandant Malcolm Kingsford de Moncy Burgess RN. Après un an à Eton, il entre au Britannia Royal Naval College à Dartmouth, où il reste deux ans, mais à cause de sa mauvaise vue, il retourne à Eton à l'âge de 16 ans. La dernière année de sa scolarité à Eton, il obtient les prix Rosebery et Gladstone en histoire, ainsi qu'une bourse pour le Trinity College à Cambridge. Il étudie donc ensuite l'histoire à Cambridge. Il fait partie du groupe des Cambridge Apostles à l'époque marqué par le marxisme, où il côtoie Anthony Blunt, homosexuel comme lui et développant ses relations avec l'Homintern (en)[1].

Il travaille ensuite pour The Times et à la BBC où il couvre les nouvelles parlementaires, mais il se fait remarquer par ses outrances et sa tendance à l'alcoolisme. Il passe quelque temps en Espagne pendant la guerre civile. Il avait été l'ami à Cambridge de Julian Bell qui, parti comme volontaire ambulancier chez les Républicains, est tué à la bataille de Brunete, à l'âge de vingt-neuf ans. Burgess est affecté par la mort de son ami.

En janvier 1939, Guy Burgess a trouvé un poste à la section D du SIS grâce à l'aide de David Footman, chef-adjoint du renseignement politique (section I) du MI6[2]. Cette section créée en 1938 est un département spécialisé dans les coups tordus (D pour « Destruction »)[3]. Cette section n'avait pas vocation à agir en temps de paix contre l'Allemagne mais elle devait préparer la guerre.

Le groupe des Cinq de Cambridge se divise ensuite sur les conséquences du pacte Molotov-Ribbentrop qui compromet leurs idéaux de gauche. Il fait partie du Security Service en 1939-1941, où il fait entrer Kim Philby. Il retourne à la BBC ensuite où il traite de propagande de guerre.

Il devient après la guerre secrétaire du ministre d'État aux Affaires étrangères, Hector McNeil, et transmet des documents secrets du Foreign Office au KGB. Il est nommé en 1947 à l'ambassade de Washington, où ses débordements privés font jaser. Il partage un appartement avec Philby, censé le surveiller, et insulte à un dîner la femme d'un agent de la CIA de haut rang.

Lorsque Donald MacLean est soupçonné d'espionnage pour le compte de l'URSS en 1951, il l'accompagne à Moscou, alors que lui-même n'est pas encore soupçonné. Leur exfiltration est arrangée par leur agent traitant, Youri Modine. Burgess ne s'adapte pas à la vie soviétique, malgré les privilèges dont il dispose. Maclean s'y plaît et fait venir sa femme et ses enfants en 1953. Burgess quant à lui doit réprimer ses aventures, même si l'État lui arrange une relation avec un amant, alors que le code pénal réprime à l'époque ce genre de liaison. Contrairement à ses autres amis, il rechigne à apprendre le russe et se fait livrer ses costumes directement de Savile Row.

Il sombre dans l'alcoolisme et il en meurt à l'âge de cinquante-deux ans.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Postérité[modifier | modifier le code]

Anthony Blunt révèle dans ses Mémoires accessibles au public depuis le 22 juillet 2009 que Burgess était une personne extraordinairement persuasive qui eut de longues conversations avec lui pour le convaincre de faire partie de son cercle d'espions. Bien qu'ils aient partagé une maison et qu'ils aient les mêmes tendances, ils n'eurent pas de liaison. Blunt blâme la défection de Burgess qui n'a pas mesuré les conséquences que cette décision déclencherait pour ses amis.

La conséquence immédiate de ce départ volontaire soulève le doute sur l'identité du troisième homme que fut Philby vis-à-vis de Burgess et McLean. Il est forcé de quitter le MI6, sans être lui-même arrêté, mais il se décide lui aussi à partir pour Moscou en 1963. Philby dénonce plus tard dans un entretien avec le journaliste et écrivain Philip Knightley, avant de mourir, que le départ de Burgess avait ruiné ses chances de parvenir à la tête du MI6. Le journaliste Borovik, qui écrivit un livre sur l'affaire Philby, soutient que Burgess aurait été piégé par le KGB pour accompagner Maclean à Moscou, avec la promesse jamais tenue qu'il pourrait retourner en Angleterre.

Burgess aurait contacté en 1959 des membres d'une délégation britannique accompagnant Harold Macmillan en visite officielle à Moscou, afin de pouvoir retourner secrètement en Angleterre pour rendre visite à sa mère mourante. Informé par télégramme, l'Attorney general Sir Reginald Manningham-Buller répond qu'il n'y a pas de preuves suffisantes pour établir la trahison de Burgess et mener un procès. La délégation refuse toutefois la demande de Burgess qui ne verra pas sa mère mourir. Macmillan permet une campagne de presse pour dissuader Burgess de passer par la Grande Bretagne au retour d'un voyage à Cuba en 1963.

Une de ses arrières-petites-nièces épouse le petit-fils de Donald Maclean dans l'Ohio en 1983.

Son corps repose au cimetière de West Meon dans le Hampshire.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Christopher Andrew (en), Le KGB contre l'Ouest (1917-1991) : les archives Mitrokhine, Fayard, 2000, 982 p.
  2. Christopher Andrew & Oleg Gordievsky, Le KGB dans le monde, page 293
  3. Christopher Andrew & Oleg Gordievsky, Le KGB dans le monde, page 292

Filmographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]