George Blake (espion)

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George Blake, né George Behar le 11 novembre 1922 à Rotterdam, était un agent double travaillant au Royaume-Uni pour le compte de l'Union soviétique. Démasqué, jugé et condamné en 1961 à quarante-deux ans de détention, il fut emprisonné, mais réussit à s'enfuir de la prison Wormwood Scrubs en 1966. Il se réfugia en URSS. Il est l'un des agents qui a miné la confiance des Britanniques dans le MI6 pendant des décennies. George Blake vit toujours à Moscou. Il ne fait pas partie du groupe des Cinq de Cambridge, bien qu'il leur soit souvent associé dans les ouvrages historiques.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

George[1] Behar naît d'une mère juive hollandaise et d'un père juif sépharade originaire de l'Empire ottoman, naturalisé britannique, Albert Behar. Ce dernier avait combattu contre l'Empire ottoman, allié des Allemands pendant la Première Guerre mondiale, du côté des Britanniques et avait reçu des décorations pour sa bravoure de la part des Britanniques et des Français. Les Behar connaissent une existence confortable à Rotterdam, jusqu'à la mort d'Albert en 1936. George a treize ans. Il est envoyé chez des cousins en Égypte et poursuit ses études à l'école anglaise du Caire. Il est proche de son cousin Henri Curiel qui deviendra plus tard un membre éminent du parti communiste d'Égypte. Blake dira dans ses Mémoires que son cousin de dix ans plus âgé le marquera pour toute la vie.

George Behar devient ensuite un anti-nazi ardent au moment de l'occupation des Pays-Bas par les armées du Troisième Reich. Il prend le nom de guerre de Max de Vries et entre en résistance. Il est arrêté, mais relâché à cause de son jeune âge. Finalement il gagne Londres déguisé en moine, avant son dix-huitième anniversaire à la veille d'une nouvelle arrestation. Il change de nom pour Blake et entre à la direction des opérations spéciales. Il désire se marier avec une secrétaire du MI6, mais sa famille s'y oppose, car elle n'est pas juive.

Agent britannique[modifier | modifier le code]

Il s'occupe au sein des services secrets britanniques de l'Europe de l'Est, mais son opinion change au moment de la guerre de Corée, lorsqu'il est envoyé à l'ambassade de Séoul. Il assiste à des bombardements de populations civiles qui lui font douter du bon droit des Occidentaux. Blake est fait prisonnier par les Nord-Coréens qui prennent Séoul, le 24 juin 1950, et passe trois ans en prison qui achèvent de le convaincre du bien-fondé du communisme. On a supposé qu'il y aurait subi un lavage de cerveau, mais Blake affirme dans ses Mémoires qu'il est devenu communiste volontairement. Contrairement à d'autres, il est libéré de prison en parfaite santé et Londres l’envoie en qualité d'agent double à Berlin, où en fait il travaille même comme agent triple. Il fournit des documents du MI6 à l'URSS, travaille pour des pays d'Europe de l'Est et donne des informations sur un tunnel secret entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. Il est donné par l'agent double polonais Michal Goleniewski en 1959. Blake est arrêté à Beyrouth et il est condamné dans un procès à huis clos à quarante-deux ans de prison en 1961. C'était à l'époque la peine de prison la plus lourde de l'histoire de la Grande-Bretagne moderne, mise à part la peine de prison à vie. Une rumeur dit que chaque année correspondrait en fait à un agent secret assassiné à cause de lui ; beaucoup de spécialistes lui reprochent la mort de nombreux agents occidentaux tombés en URSS (de 150 à 400), mais Blake avait passé un accord avec le KGB : qu'aucun agent capturé grâce à lui ne soit condamné à mort, ce qui a été respecté à la lettre selon le KGB.

Après son procès[modifier | modifier le code]

Blake réalise au bout de cinq ans d'emprisonnement à Wormwood Scrubs qu'il n'a aucune chance de recouvrer la liberté par échange d'agents secrets, comme cela se faisait parfois. Il s'assure de l'aide de coprisonniers comme Pat Pottle, Michael Randel et Sean Bourke. Les deux premiers sont des activistes anarchistes et anti-nucléaires, emprisonnés pour complot avec une peine de dix-huit mois[2], et Bourke un membre de l'IRA, condamné à sept ans pour avoir envoyé une bombe à un officier supérieur de police. Alors que Pottle est déjà libéré, il arrive à se procurer un walkie talkie et à le faire parvenir à Blake. Celui-ci profite de la séance cinéma du dimanche pour se glisser hors de sa cellule, le 22 octobre 1966, et s'échapper par une échelle placée par Pottle. Il se blesse en sautant, mais il parvient à se cacher grâce à Randel en Belgique, puis à gagner seul l'Allemagne de l'Est. Il est envoyé en URSS. Plus tard, il divorce de sa femme qui lui avait donné trois enfants et commence une nouvelle vie à Moscou, où il vit toujours en communiste convaincu. Il est accueilli en héros et est décoré de l'ordre de Lénine, et fait exceptionnel, il est fait colonel du KGB. Il devient l'ami de Markus Wolf, et fait de nombreux voyages à Berlin-Est jusqu'à la chute du mur (1989). À la suite de la chute de l'URSS (1993), les autorités britanniques réclament son extradition afin qu'il finisse de purger sa peine, mais les services russes répondent qu'ils ne l'échangeraient même pas contre 20 de leurs agents.

Il publie ses Mémoires en 1990, expliquant qu'il ne s'était jamais senti britannique, et donc qu'il n'avait pu trahir une quelconque appartenance… Les autorités britanniques avaient interdit à son éditeur de lui verser l'à-valoir et les droits d'auteur de 60 000 livres sterling qui étaient prévus. Blake intente un procès plus tard devant la Cour européenne des Droits de l'Homme et reçoit 5 000 livres d'indemnités. Il regrettera aussi la mort des agents à cause de lui à une émission de NBC News en 1991. Il a récemment publié un nouveau livre Murs transparents.

Il est décoré en 2007 de l'Ordre de l'Amitié, héritier de l'ancien Ordre de l'Amitié des peuples, par Vladimir Poutine, dans un pays qui a depuis longtemps renié l'idéologie marxiste.

Le 11 novembre 2012, jour de ses 90 ans, George Blake est félicité par Vladimir Poutine, qui estime qu'il fait partie d'un « brillant ensemble d'hommes à poigne et courageux », et déclare : « Vous et vos collègues avez apporté une importante contribution à la paix en assurant la sécurité et la parité stratégique[3]. »

George Blake a fait l'objet de nombreux films au cinéma, à la télévision et de livres, romans ou documentaires historiques. Son histoire constitue le sujet du dernier projet cinématographique d'Alfred Hitchcock, The Short Night, mais le réalisateur, qui y travaillera durant une dizaine d'années renoncera à le réaliser pour raisons de santé en 1979.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Nommé ainsi d'après George V.
  2. C'est l'époque de la crise de Cuba
  3. Poutine félicite un agent double de la guerre froide pour ses 90 ans, Nouvel Observateur avec AFP, 11 novembre 2012

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]