Anthony Blunt

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Anthony Blunt

Naissance
Bournemouth, Hampshire, Royaume-Uni
Décès (à 75 ans)
Westminster, Londres
Nationalité Britannique
Pays de résidence Royaume-Uni
Profession Professeur/Conservateur
Activité principale Conservateur des collections royales britanniques (1945-1973)
Directeur du Courtauld Institute (1947-1974)
Autres activités
Professeur à l'Université de Londres (1947)
Formation

Anthony Frederick Blunt (26 septembre 190726 mars 1983) est un historien d'art britannique, spécialiste de l'art classique français et du baroque italien.

Il est également connu pour avoir été le « quatrième homme » des Cinq de Cambridge, un groupe d'espions ayant travaillé pour le compte de l'Union soviétique pendant la guerre froide. George Steiner estime que l'on ne connaîtra jamais l'étendue exacte de son rôle en tant qu'agent double. À l'inverse, il ajoute : « Ce que Blunt a pu accomplir comme historien de l'art demeure illuminant[1]. »

Années de jeunesse[modifier | modifier le code]

Les collèges de Cambridge

Né à Bournemouth, dans le sud de l'Angleterre, Anthony Blunt est le troisième fils d'un modeste pasteur et cousin d'Elizabeth Bowes-Lyon (épouse de George VI et mère de l'actuelle reine Élisabeth II). Selon une tradition familiale non vérifiée, il aurait également été apparenté à la reine Mary.

Durant ses études à Marlborough College où il rafle les premières places, il se lie d'amitié avec deux futurs écrivains, Louis MacNeice et John Betjeman, ainsi qu'avec Ellis Waterhouse, puis, grâce à une bourse, il entre au Trinity College de l'université de Cambridge. Étudiant en lettres modernes, il rejoint le cercle d'artistes et d'intellectuels du Bloomsbury Group, puis avec ceux qui vont devenir ses « camarades espions » (Kim Philby, Guy Burgess et Donald Maclean, entre autres), fait partie de la société secrète des Cambridge Apostles. Ce groupe d'étudiants, proche de la gauche britannique, se caractérise par ses convictions communistes et ainsi son hostilité envers le fascisme et le nazisme. C'est à l'automne 1933 que, selon Blunt, « le marxisme fait irruption à Cambridge[2] ».

Homosexuel, il a comme amant Julian Bell, ami de plusieurs des Cinq de Cambridge, qui meurt à 29 ans en 1937 lors de la bataille de Brunete en tant qu'ambulancier dans les rangs des Républicains pendant la guerre civile espagnole. Ce décès devait renforcer la détermination des Cinq de Cambridge dans leur volonté de combattre le fascisme.

L'historien d'art[modifier | modifier le code]

Poussin, Et in Arcadia ego, Paris, musée du Louvre

Son père ayant été pasteur de la communauté anglaise de Paris, Anthony Blunt y découvre le peintre Nicolas Poussin dont il devient le meilleur connaisseur international, ce qui lui vaut ses débuts de conférencier à l'Institut Courtauld.

En 1939, il est nommé maître de conférence en histoire de l'art à l'université de Londres et vice-directeur de l'institut Courtauld. Selon George Steiner, ce fut à cette époque que l'œuvre critique de Blunt passa d'un « journalisme » savant à un approfondissement et à une érudition qui firent de lui « l'un des historiens les plus en vue de son époque[3] », en particulier grâce à ses articles dans le Burlington Magazine et dans le Journal of the Warburg and Courtauld Institutes.

Après la guerre, il devient le directeur de l'institut Courtauld. Le « professeur Blunt », considéré comme l'un des plus éminents historiens d'art britanniques, y donne de nombreuses conférences jusqu'à la fin des années 1970. En 1945, il succède à Sir Kenneth Clark au poste de conservateur des collections royales, tâche qui lui vaut d'être anobli en 1956 et qu'il conserve jusqu'en 1973. La guerre froide et son poste de conservateur l'amène à s'éloigner progressivement du MI5. Devenant alors inutile pour le NKVD, il sert encore parfois de courrier entre son ami Guy Burgess et son officier traitant.

Poussin, L'Enlèvement des Sabines, Paris, musée du Louvre


En 1960, il est le commissaire général de la grande rétrospective Poussin à Paris, exposition qui rassemble la plupart des oeuvres de l'artiste et grâce à laquelle le public redécouvre ce peintre. En 1962, il occupe la chaire Slade à l'université d'Oxford, destinée à l'enseignement des beaux-arts et fondée dans trois universités différentes : Oxford, Cambridge et Londres. Celle d'Oxford, surnommée « chaire John-Ruskin » en raison de son premier titulaire, a été occupée entre autres par John Pope-Hennessy en 1956, Kenneth Clark en 1961 et Quentin Bell en 1964. En 1965, Anthony Blunt devient titulaire de la chaire Slade de l'université de Cambridge, où il succède à John Pope-Hennessy.

Anthony Blunt est l'un des grands experts de Nicolas Poussin, auquel il a consacré de nombreux ouvrages, articles et catalogues. Spécialiste de l'art classique français et du baroque italien, il a publié de nombreux textes qui font encore référence aujourd'hui, notamment sur Philibert de l'Orme, Borromini, sur le baroque napolitain.

Activités d'espionnage[modifier | modifier le code]

Blunt effectue une visite en Union soviétique en 1933 et est recruté l'année suivante par l'agent du NKVD (futur KGB) Arnold Deutsch. À Cambridge, il a remarqué[4] l'Américain converti au communisme, Michael Straight. Après les purges staliniennes, il perd son officier traitant soviétique, si bien qu'il cesse de travailler pour le NKVD et se consacre entièrement à sa carrière dans les arts jusqu'à l'apparition d'un nouvel officier traitant Anatoli Gorski en 1939.

Il s'engage alors dans l'armée britannique et entre au MI5, le service de renseignement militaire du Royaume-Uni, où il a accès à des données tenues secrètes, notamment au déchiffrage du code Enigma. Son pseudonyme, pour les Soviétiques, est « Johnson ». Son engagement au MI5 laisse perplexe dans la mesure où ce service de renseignement connaissait probablement ses convictions communistes.

En 1963, sur information de Michael Straight, le MI5 découvre son passé d'agent double au service de l'Union soviétique (le quatrième homme des Cinq de Cambridge). N'ayant d'autre issue que d'avouer, Blunt se confesse au MI5. Il détaille les secrets militaires qu'il a transmis aux Soviétiques et donne les noms d'autres espions en échange de l'immunité et du fait que ses activités ne seront pas rendues publiques.

Sa carrière d'espion reste donc un secret d'État jusqu'en 1979, lorsque le Premier ministre de l'époque, Margaret Thatcher, décide de révéler son passé, dans l'enceinte de la Chambre des communes. Le scandale est considérable. Son titre de chevalier lui est aussitôt retiré et, à sa mort, l'État britannique refuse son legs de tableaux de Poussin. En raison de son parcours d'agent double, son homosexualité lui vaudra de violentes insultes homophobes.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Principales publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages en français ou traduits en français[modifier | modifier le code]

  • Philibert Delorme, Paris : Julliard, 1958. Rééd. 1963, Paris : G. Monfort, 1986
  • (avec G. Bazin, Ch. Sterling, M. Hours) Nicolas Poussin (exposition, Paris, musée du Louvre, mai-juillet 1960), Paris : Édition des musées nationaux, 1960
  • "A propos de l'exposition Poussin", Revue des Arts. Musées de France, 1960, n° 2, p. 1-26
  • Nicolas Poussin. Lettres et propos sur l'art, Paris : Hermann, 1964. Rééd. 1989
  • (avec J. Thuillier) Nicolas Poussin (exposition, Rome, Villa Médicis, nov. 1977-janv. 1978), Roma : Edizioni dell'Efefante [1977]
  • Art et Architecture en France, 1500-1700, Macula, 1983
  • Souvenirs, Paris : Christian Bourgois, 1985
  • La Théorie des arts en Italie, 1450-1600, Gérard Monfort, 1986

Ouvrages et articles en langue anglaise[modifier | modifier le code]

  • "El Greco's 'Dream of Phillip II' : An Allegory of the Holy League", Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, vol. 3, 1939-40, p. 58-69
  • Artistic Theory in Italy: 1450-1600, Oxford: Clarendon Press, 1940
  • François Mansart and the Origins of French Classical Architecture, London: The Warburg Institute, 1941
  • The French Drawings of Windsor Castle, London, 1945
  • (avec W. Friedlander) The drawings of Nicolas Poussin : catalogue raisonné, Londres : Warburg Institute, 1949-1976
  • The Art and Architecture in France: 1500-1700 (Pelican History of Art, 4), Harmondsworth: Penguin Books, 1953
  • "The Precieux and French Art", Fritz Saxl, 1890-1948: A Volume of Memorial Essays, Donald J. Gordon (éd.), London : 1957, p. 326-38
  • Nicolas Poussin, "Mellon Lectures in the fine arts", s. l., s. n., 1958
  • Philibert de l'Orme, London: A. Zwemmer, 1958
  • The Art of William Blake, New York: Columbia University Press, 1959
  • Picasso, The Formative Years : A Study in His Sources, New York, 1962
  • The Paintings of Nicolas Poussin: Critical Catalogue, London: Phaidon, 1966
  • Nicolas Poussin (Bollingen series 35, 7) (A.W. Mellon lectures in the fine arts, 1958), New York: Bollingen Foundation, 1967
  • Nicolas Poussin, London : Phaidon Press, 1967
  • Studies in Renaissance and Baroque Art, presented to Anthony Blunt on his 60th birthday, London : Phaidon, 1967
  • Sicilian Baroque, Weidenfeld & Nicolson, 1968
  • Picasso's 'Guernica', London: Oxford University Press, 1969
  • The Drawings at Windsor Castle, Phaidon : London-New York, 1971
  • From Bloomsbury to Marxism, Studio International, Journal of Modern Art, 1973
  • Neapolitan Baroque & Rococo Architecture, London: A. Zwemmer, 1975
  • Rubens and Architecture, Burlington Magazine, n° 894, 1977, p. 609-621
  • Borromini, Cambridge, 1979
  • Souvenirs, Art Monthly, 1979
  • Roman Baroque Architecture : The Other Side of the Medal, Art History n° 1, 1980, p. 61-80
  • Nicolas Poussin, London : Pallas Athene Publishing, 1995
  • (avec J. M. Merz) Pietro da Cortona and Roman Baroque Architecture, New Haven : Yale University Press, 2008

Sources[modifier | modifier le code]

  • W. Eugene Kleinbauer, Modern Perspectives in Western Art History: An Anthology of 20th-Century Writings on the Visual Arts, New York: Holt, Rinehart and Winston, 1971, p. 4, 51, 68, 70, 83, 88
  • Germain Bazin, Histoire de l'histoire de l'art, Paris : Albin Michel, p. 518-519
  • W. Eugene Kleinbauer, Research Guide to the History of Western Art. Sources of Information in the Humanities, n° 2, Chicago: American Library Association, 1982, p. 90
  • Dictionary of Art, vol. 4, p. 182
  • Dictionary of National Biography, 1981-85, p. 41-43
  • Ellis Waterhouse, Introduction to Studies in Renaissance & Baroque Art Presented to Anthony Blunt on his 60th Birthday, London: Phaidon, 1967
  • Barri Penrose, Conspiracy of Silence: The Secret Life of Anthony Blunt, New York: Farrar, Straus and Giroux, 1987
  • Miranda.Carter, Anthony Blunt: His Lives, New York: Farrar, Straus, Giroux, 2001. Éd. française : Gentleman espion, Les doubles vies d'Anthony Blunt, Paris : Payot/Rivages, 2006

Bibliographie sur les activités d'espionnage[modifier | modifier le code]

Ouvrages
  • (en) John Banville, The Untouchable (roman), 1997
  • (fr) Alan Bennett, Espions et célibataires : Un diptyque (théâtre), Christian Bourgois, 1994, ISBN 2-267-01100-X
  • (en) Andrew Boyle, The Climate of Treason, 1979
  • (en) John Costello, Mask of Treachery (roman), Collins, 1988
  • (en) Louis MacNeice, The Strings are False, Faber, 1965 et 1996
  • (fr) Youri Ivanovitch Modine, Mes camarades de Cambridge, Robert Laffont, 1994
  • (en) Barrie Penros & Simon Freeman, Conspiracy of Silence : The Secret Life of Anthony Blunt, New York, 1987
  • (fr) Bernard Sichère, La Gloire du traître (roman), Denoël, 1986
  • (en) Michael Straight, After Long Silence : The Man Who Exposed Anthony Blunt Tells for the First Time the Story of the Cambridge Spy Network from the Inside, Collins, 1983
  • (en) Nigel West, Seven Spies Who Changed the World, Secker & Warburg, 1991
  • (fr) Peter Wright, Spycatcher, Robert Laffont, 1987

Articles et préfaces

  • (es) Antonio Lozano Palacios, « La traición de Anthony Blunt », Qué leer, n° 89, 2004, ISSN 1136-3916
  • (es) Walter Oppenheimer, « Un espía desempolvado : Ven la luz las memorias de Anthony Blunt, ex informador al servicio de la URSS », El País, 24/07/2009
  • (fr) George Steiner, « Le clerc de la trahison », in Lectures : Chroniques du New Yorker, Gallimard, coll. « Arcades », 2010 (initialement traduit en français dans Le Débat, n° 17, décembre 1981)
  • (fr) Franck Venaille, « Les enfants gâtés », in Les Diplomates disparus de Cyril Connolly, Salvy, 1989

Documentaires

  • Franck Venaille, « Les Espions de Sa Majesté », production de France Culture pour l'émission Les Nuits magnétiques.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. George Steiner, « Le clerc de la trahison », in Lectures : Chroniques du New Yorker, Gallimard, coll. « Arcades », 2010, p. 70 et passim.
  2. Anthony Blunt, Souvenirs.
  3. Lectures : Chroniques du New Yorker, op. cit., p. 34.
  4. Mitrokhine V. & Christopher A., Le KGB contre l'Ouest (1917-1991), p. 106-107.
  5. London Gazette : n° 40787, p. 3103, 31-15-1956
  6. London Gazette : n° 48005, p. 14427, 15-11-1979

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]