Mikhaïl Mikhaïlovitch Speranski

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Portrait du comte Speranski par Vassili Tropinine.

Le comte[1] Mikhaïl Mikhaïlovitch Speranski[2] (en russe : Михаил Михайлович Сперанский), né le 1er janvier 1772 à Tcherkoutino petit village de la région de Vladimir, et décédé le 11 février 1839 à Saint-Pétersbourg, est un homme d'État russe.

Juriste et homme politique russe, il servit Alexandre Ier et Nicolas Ier ; il fut surnommé le Père du libéralisme russe. Il fut l'ami d'Alexandre Radichtchev (1749-1822).

Biographie[modifier | modifier le code]

Né Mikhaïl Mikhaïlovitch Trétiakoff[3], fils d'un pauvre prêtre de village[4], il fit ses études au Séminaire de Vladimir (c'est là qu'il adopte comme patronyme Spéransky[5], tiré du latin sperans[6]. Selon la légende familiale, ce serait son parent, Mathieu Bogoslovsky, qui dirigeait le séminaire, qui lui proposa ce nom) puis fut choisi pour enseigner les mathématiques et la physique dans le Grang séminaire de Saint-Pétersbourg. Ses brillantes qualités intellectuelles attirèrent l'attention du gouvernement, il devint le secrétaire du prince Kourakine. Rapidement, il devint l'homme le plus compétent parmi les fonctionnaires impériaux.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

L'un des moments les plus importants de sa carrière politique fut le jour où Alexandre Ier le prit à ses côtés afin de prendre part au Congrès d'Erfurt (27 septembre au 14 octobre 1808). Le tsar chargea Speranski de s'entretenir avec Napoléon Ier. A l'initiative d'Alexandre Ier, Speranski eut de longs entretiens avec le tsar concernant le projet de réforme de la Russie. La même année le souverain le nomma adjoint du ministre de la Justice.

Réformes[modifier | modifier le code]

Le projet de réforme mis en place par Speranski se base sur la création de différentes Doumas, l'assemblée nationale (volost), l'élection de la Douma de district, la Douma de l'Empire. Après sa médiation entre le pouvoir autocrate et la Douma, il fut nommé au Conseil d'État.

Ce projet de réforme élaboré en 1809 fut presque totalement abandonné, seul le Conseil d'Empire vit le jour en janvier 1810, mais néanmoins Speranski domina l'histoire constitutionnelle de la Russie impériale des XIXe et XXe siècles. En 1810, le tsar le nomma secrétaire d'État. En 1905, sera créée la Douma de l'Empire, qui porte un nom suggéré par Speranski.

Mikhaïl Mikhaïlovitch proposa l'institution d'une autonomie locale pour les districts et les régions (le zemstvo, créé en 1864). Ses travaux portèrent également leurs fruits dans la constitution qu'accorda le tsar à la Finlande et à la Pologne.

De 1809 à 1812, Speranski devint un homme très puissant à la Cour : il remplaça les anciens favoris, les membres du comité officieux auprès d'Alexandre Ier, et l'empereur lui accorda sa pleine confiance, et il devint ainsipratiquement l'unique ministre de l'Empire. Chaque question qu'il posait était débattue entre l'empereur et lui. Toutefois, l'arrivée du tout-puissant ministre de la Guerre, le comte Arakcheïev, ami et confident de l'empereur, relégua Mikhaïl Mikhaïlovitch au second plan des confidents d'Alexandre. Il tenta d'utiliser son influence à des fins personnelles, ce qui précipita sa chute.

En 1810 et au cours des six premiers mois de l'année 1811, Speranski conserva la faveur de l'empereur. Il fut notamment le confident d'Alexandre Ier dans la diplomatie secrète précédant l'invasion de l'empire russe par l'armée napoléonienne.

En 1809, Speranski commit une grave erreur, car, lui-même fervent franc-maçon, il conçut l'idée de réorganiser l'ordre en Russie, avec l'aide de Fessler, qu'il fit venir à Saint-Pétersbourg dans ce but. Il tenta de modifier la position du clergé de l'Église orthodoxe à l'endroit de la Maçonnerie, et, si l'empereur accepta d'abord les premières mesures prises, il restait méfiant envers les sociétés secrètes, et contraint Mikhaïl Mikhaïlovitch à abandonner son projet, projet qui n'avait fait qu'attiser l'animosité du clergé à son endroit.

À la veille du conflit opposant Napoléon à Alexandre, l'empereur, conscient de son impopularité, commença à changer d'attitude vis à vis de son favori, dont la familiarité agaçait de plus en plus. En le mettant sur la touche, l'empereur pu raviver le sentiment patriotique de l'aristocratie pour en obtenir le soutien contre la France révolutionnaire. Et le favori accéléra sa propre chute par ses nombreuses maladresses : les espions rapportèrent à l'empereur les critiques qu'il formulait en privé concernant les actes des ministres et de l'empereur.

Quelques hauts personnages de l'empire russe, comme la grande-duchesse Catherine, Fessler, Nikolaï Karamzine, le comte Rostopchine et le général suédois Armfeldt ourdirent un complot afin que Speranski soit accusé de haute trahison. Si l'empereur Alexandre refusa d'écouter leurs accusations, il tint Spéranski pour responsable de son impopularité, provoquée par les réformes honnies de l'aristocratie, et procéda finalement à son renvoi en mars 1812.

En 1816, Mikhaïl Mikhaïlovitch Speranski fut toutefois rappelé au service et nommé gouverneur général de Sibérie, où il établit un nouveau système de gouvernement. En 1821, il fut admis au Conseil d'État. Nicolas Ier le mit à la tête de la deuxième section de la Chancellerie impériale, où il œuvra en grande partie à l'élaboration de la codification du droit russe (publié en 1830 en soixante-cinq volumes, d'environ huit cent pages chacun). Il en rédigea quelques commentaires. Cette codification fut connue sous le nom de Collection complète des lois (Polnoje Sobranije Zakonov). Elle fut proposée à Nicolas Ier qui en fit le socle du Recueil des lois de l'Empire russe (Svod Zakonov Rossiskoj imperii), droit qui resta en vigueur dans l'Empire russe jusqu'à la Révolution. En 1826, Mikhaïl Mikhaïlovitch Speranski fut l'un des membres du Tribunal suprême chargé de juger les Décembristes. Pour ce faire, il étudia les lois remontant à l'époque médiévale, afin de répondre aux mesures d'exception exigées par l'empereur Nicolas Ier, s'évertuant à découvrir si d'autres faits similaires avaient déjà été jugés dans l'histoire russe.

Les idées libérales développées par Mikhaïl Mikhaïlovitch ont été étudiées par Kavéline (1818-1885) et Tchitchérine (1828-1904).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nicolas Ier de Russie, Alexandre Ier de Russie de Henri Troyat
  • Georges Florovsky, Les Voies de la théologie russe, Paris, 1937 en dresse un portrait intellectuel sévère et insiste sur ses liens à la franc-maçonnerie: « Il n'était courageux et fort que dans les constructions intellectuelles et les schémas abstraits, dans la réalité, il perdait tout de suite pied, incapable d'observer un certain decorum moral »[7]. « Son intelligence claire n'était pas profonde et son monde était mou et silencieux, sans vigueur ni courage » [8]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Création du 1er janvier 1839; date choisie avec soin par Nicolas Ier, s'agissant du 67e anniversaire du juriste. Les armes du nouveau comte portent en chef l'aigle impériale parée du chiffre de l'empereur, honneur extrêmement rare et témoignage de l'amitié et de la reconnaissance du prince pour son sujet.
  2. Ou Michel Mikhaïlovitch Spéransky.
  3. Certaines sources contestent ce patronyme, soulignant l'ascendance servile du comte...
  4. Michel Spéransky avait gardé un souvenir ému de ses dures et heureuses années d'enfance ; chaque 1er janvier (date de son anniversaire), il dormait avec délices sur une couche faite d'une couverture jetée sur un banc.
  5. Etant d'origine servile, il n'en avait pas. L'octroi d'un patronyme soulignait son accès aux classes sociales supérieures.
  6. Espérant.
  7. Georges Florovsky, Les Voies de la théologie russe, Paris, 1937 ; trad. et notes de J.-C. Roberti, Paris, Desclée de Brouwer, 1991, p. 193.
  8. Georges Florovsky, Les Voies de la théologie russe, Paris, 1937; trad. et notes de J.C. Roberti, Paris, Desclée de Brouwer, 1991, p. 194.
  9. Une des biographies les plus étoffées du dictionnaire, signe du respect encore témoigné au comte 80 années après sa disparition.