Léon Tolstoï

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Léon Tolstoï

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Léon Tolstoï
Photographié par Sergueï Prokoudine-Gorski.

Nom de naissance Lev Nikolaïevitch Tolstoï
Naissance 9 septembre 1828
Iasnaïa Poliana, Empire russe
Décès 20 novembre 1910 (à 82 ans)
Astapovo, Empire russe
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Russe
Mouvement Réalisme
Genres
Adjectifs dérivés Tolstoïen

Œuvres principales

Signature de Léon Tolstoï
Voix de Léon Tolstoï : « Qu’est-ce qu’est la religion ? » (1908).

Léon Tolstoï (prononcé [tɔls.tɔj ]), nom francisé du comte Lev Nikolaïevitch Tolstoï (en russe : Лев Никола́евич Толсто́й, prononcé [ˈlʲɛf nʲɪ.ka.ˈɫaɪ.vʲɪtɕ taɫ.ˈstoj ] Écouter), né le 9 septembre (28 août) 1828 à Iasnaïa Poliana en Russie et mort le 20 novembre (7 novembre) 1910 à Astapovo, est un des écrivains majeurs de la littérature russe, surtout connu pour ses romans et ses nouvelles, riches d'analyse psychologique et de réflexion morale et philosophique.

Ainsi, l'une de ses grandes œuvres, Guerre et Paix (1869), est une reconstitution historique et réaliste des guerres napoléoniennes en Russie, mais c'est aussi une réflexion sur la violence inspirée par des conflits comme la guerre de Crimée (1853-1856) durant laquelle il a été mobilisé et qu'il relate dans les Récits de Sébastopol.

Par ailleurs, Tolstoï entame à partir des années 1870 une quête spirituelle et religieuse qui se reflète dans ses œuvres : il multiplie alors les considérations philosophiques qu'il mêle aux événements romanesques comme dans Anna Karénine, l'histoire d'une passion dramatique dont la publication finale date de 1877, et plus encore dans Résurrection (1899), où le héros en plein débat moral rencontre la figure du Christ.

Précurseur de l'anarchisme chrétien, dans Le royaume de Dieu est en Vous (1893) et Le Père Serge (1911), il expose une philosophie libertaire proche de celle de Bakounine avec une critique de l'État, du capitalisme, de l'exploitation, ainsi qu'une dénonciation du clergé et de l'Église orthodoxe russe.

À la fin de sa vie, il devient une sorte de maître à penser prônant une vie simple et morale et combattant les institutions oppressives et les formes de violence : il a eu de ce fait une grande influence sur des personnalités comme Mahatma Gandhi (avec qui il eut une correspondance à partir de 1908[1]), Romain Rolland et bien d'autres.

Biographie[modifier | modifier le code]

Portrait de Tolstoï par Ilya Repine (1887).

Enfance[modifier | modifier le code]

Né le 28 août 1828 du calendrier julien (9 septembre 1828 du calendrier grégorien) à Iasnaïa Poliana, Léon Tolstoï est le fils de la comtesse Marie Sergueïevna Volkonskaïa, elle-même fille du feld-maréchal Nicolas Volkonsky, mariée à trente-deux ans au comte Nicolas Ilitch Tolstoï, un jeune homme désargenté, ancien combattant de la campagne de Russie. De cette union naquirent quatre fils, Serge, Nicolas, Dimitri, Léon et une fille, Marie[2]. Peu de temps après la naissance de Marie, alors que Léon n'avait que dix-huit mois, la jeune femme mourut d'une fièvre puerpérale.

Jusqu'à huit ans et demi, Léon ne connut que la campagne à Iasnaïa Poliana, la famille et les petits paysans. Il apprit l'arithmétique, ainsi que, partiellement, le français, l'allemand et le russe. Puis la ville attira la fratrie, pour qu'elle y reçoive une éducation de qualité. À cette époque, Léon fut surnommé Liova riova, ce qui signifie Léon le pleurnicheur, du fait de sa grande sensibilité, notamment lors de son départ de Iasnaïa Poliana avec sa famille pour Moscou. Pourtant, avant même d'avoir pu s'habituer à cette nouvelle vie, la famille dut affronter un nouveau malheur : le 21 juin 1837, le père meurt soudainement en pleine rue. L'année suivante, leur grand-mère connaît le même destin. Consécutivement au décès d'Alexandra Ilinitchna Osten-Sacken, une tante qui fut nommée tutrice, sa sœur Pélagie Ilinitchna Youchkov la remplaça dans ce rôle. Cette dernière habitant Kazan, au bord de la Volga, la famille Tolstoï s'y installa.

En 1844, Léon, âgé de seize ans, s'inscrit à la faculté des langues orientales dépendant de l'université de Kazan en pensant devenir diplomate. Très vite, les études l'ennuient, et après avoir ajourné ses examens, il se tourne vers la faculté de droit, où il n'obtient guère de succès. Il constata très tôt que l'enseignement reçu ne l'intéressait pas, seules ses lectures personnelles, nombreuses et variées (histoire, traités philosophiques), éveillaient en lui une curiosité insatisfaite.

Il tint rapidement un journal personnel, ainsi qu'un recueil de règles de conduite qu'il nourrissait quotidiennement, et auquel il faisait référence tout aussi fréquemment. Ses sentiments et ses frustrations l'emportèrent dans ce désir de perfection plus que de droiture. Sa beauté même venait à le chagriner, alors qu'il se désolait d'un physique ingrat. Il écrivit à ce propos :

« Je suis laid, gauche, malpropre et sans vernis mondain. Je suis irritable, désagréable pour les autres, prétentieux, intolérant et timide comme un enfant. Je suis ignorant. Ce que je sais, je l'ai appris par-ci, par-là, sans suite et encore si peu ! […] Mais il y a une chose que j'aime plus que le bien : c'est la gloire. Je suis si ambitieux que s'il me fallait choisir entre la gloire et la vertu, je crois bien que je choisirais la première. »

— Journal, 7 juillet 1854

Cette ambition ne s'exprima pas immédiatement, et lorsqu'il quitta l'université en 1847, à dix-neuf ans, il pensait trouver sa raison d'être dans les travaux des champs et la bienfaisance : propriétaire terrien boyard, il raconte qu'il lui arrive de fouetter ses serfs, ce qu'il regrette[3]. Pourtant, il se détourna vite de ceux-ci, préférant une vie décousue de Toula à Moscou, rythmée par le jeu (de cartes surtout) et l'alcool[4].

L'écrivain soldat[modifier | modifier le code]

Tolstoï en uniforme militaire, par le photographe Sergueï Lvovitch Levitski (en), 1856

Ses liens avec son frère aîné Nicolas, qui avait intégré l'armée, l'emmenèrent au combat dans le Caucase, face aux montagnards dirigés par le chef rebelle Chamil. Il y vécut l'aventure et la gloire qu'espéraient tant de jeunes gens de son âge. Il relata plus tard son expérience dans Les Cosaques. Mais dans l'immédiat ses souvenirs d'enfance le préoccupaient davantage. Il en fit un récit, Enfance, qu'il envoya au directeur de la revue Le Contemporain, Nikolaï Nekrassov, qui lui répondit favorablement le 29 août 1852. Le roman connaît un franc succès[5]. Très vite, il entreprend la suite : Adolescence, publié en 1854, puis Jeunesse en 1855.

Le succès aurait pu le convaincre que son destin fût celui d'écrivain. Pourtant, cette idée lui paraît d'autant plus absurde que son attirance pour l'action l'empêche de se penser comme simple homme de plume[6]. La Russie venant de déclarer la guerre à la Turquie, Léon laisse ses amis cosaques et rejoint son régiment en Bessarabie. Il y est dirigé en Crimée, où il connaît le danger, qui l'exalte et le scandalise à la fois. La mort révolte l'homme pressé. Cette impatience est soulagée par la chute de Sébastopol, qui le dégoûte définitivement du métier militaire. Il en composa trois récits, Sébastopol en décembre 1854, Sébastopol en mai 1855, Sébastopol en août 1855, qui émeuvent l'impératrice, et sont traduits en français à la demande d'Alexandre II.

En novembre 1855, Léon Tolstoï fut envoyé comme courrier à Saint-Pétersbourg. Ivan Tourguéniev le reçut, l'hébergea, et Léon Tolstoï put fréquenter grâce à lui les cercles des écrivains cotés de l'époque, mais il s'en détourna rapidement, son humeur le rendant irritable à chaque échange. Il se retira à Iasnaïa Poliana pour vivre plus paisiblement, tout en formulant le souhait de fonder un foyer, qu'il percevait comme nécessaire à son équilibre physique et moral. La mort de son frère Dimitri, de tuberculose, l'en convainquit.

L'errance[modifier | modifier le code]

Son profond désir de solitude, son horreur de la sexualité débridée et malgré tout sa ferme volonté de fonder un foyer, firent de Tolstoï un homme aux sentiments amoureux complexes, mêlant amour impossible à amour foudroyant. Amour impossible d'abord, puisque l'homme ne parvint pas aisément à trouver cette stabilité tant vénérée ; foudroyant ensuite lorsqu'il fut marié avec Sophie Behrs.

Il rencontra à Paris, où il arriva en février 1857, Ivan Tourguéniev, qui lui fit connaître les arts et la culture française qui l'amusaient et l'agaçaient. Il décida de partir pour la Suisse, où il fit la connaissance de sa tante au second degré, Alexandrine Tolstoï, dont il admirait l'intelligence, avant de revenir en Russie puis de repartir, le 25 juin 1860, pour l'Allemagne, où il effectua des travaux d'inspection des écoles, des études de méthodes pédagogiques. Son frère Nicolas, souffrant de la tuberculose, mourut le 20 septembre de cette même année. Léon Tolstoï continua malgré tout ses investigations, parcourant l'Europe, de Marseille à Rome, de Paris à Londres, où il rendit visite à Alexandre Herzen, ainsi qu'à Bruxelles, où il rencontra Proudhon.

L'abolition du servage, ordonnée par Alexandre II le 19 février 1861, enchanta Tolstoï – tout en lui faisant craindre que cet événement ne débouchât sur une révolte populaire[7]. Il exerça alors la fonction d'arbitre de paix, chargé de régler les contentieux entre les propriétaires fonciers et les serfs dans le district de Krapivna. L'oisiveté sentimentale de Léon fut abrégée par sa rencontre avec Sophie Behrs, fille d'André Estafiévitch Behrs, un médecin attaché à l'administration du palais impérial de Moscou de lointaine ascendance allemande. Et Tolstoï d'écrire à propos de cet événement :

« Moi, vieil imbécile édenté, je suis tombé amoureux. »

— à sa tante, le 7 septembre 1862

Le mari, le père[modifier | modifier le code]

Maison de Tolstoï à Moscou, aujourd'hui musée, où la famille s'installait jusqu'en mai lorsque les enfants furent en âge de suivre des études

Son mariage avec Sophie Behrs, de seize ans sa cadette, fut d'autant plus improbable que l'attachement que Léon vouait à la solitude, sa forte personnalité, son passé tumultueux, faisaient de cet engagement amoureux une folie. La veille du mariage, Léon fit lire à Sophie le Journal dans lequel il détaillait ses pires défauts. Cela ne découragea pas la jeune femme, et le 23 septembre 1862, les fiancés se marièrent à l'église de la Nativité de la Vierge.

Installé à Iasnaïa Poliana, le couple connut des jours heureux, quiétude que Léon assure n'avoir pas vécue jusqu'alors. Ce calme, bien qu'il ait souvent fait souffrir Sophie, citadine de cœur, a permis à Tolstoï d'atteindre la sérénité de l'écrivain. Il publia alors Les Cosaques (1863), puis commença d'écrire La Guerre et la Paix intitulé d'abord l'Année 1805. Après s'être rendu sur le champ de bataille de Borodino, et s'être documenté à Moscou, il revint à Iasnaïa Poliana pour continuer d'écrire, avec une rigueur étonnante. Reprenant plusieurs fois des passages entiers de la Guerre et la Paix, il parvint à achever d'écrire le sixième et dernier volume de l'ouvrage en 1869[8].

La même année, il vit naître son troisième fils, baptisé comme lui Léon. Cette période de jouissance contraste bientôt avec la tourmente que l'écrivain vit à la suite d'une prise de conscience soudaine et puissante, celle de n'être qu'un mortel. Ce bouleversement moral se produit alors que Tolstoï est en voyage vers Penza, lors d'un arrêt dans une auberge de la ville d'Arzamas[9]. Léon confia à ce sujet, dans son Journal :

« Brusquement, ma vie s'arrêta… Je n'avais plus de désirs. Je savais qu'il n'y avait rien à désirer. La vérité est que la vie est absurde. J'étais arrivé à l'abîme et je voyais que, devant moi, il n'y avait rien que la mort. Moi, homme bien portant et heureux, je sentais que je ne pouvais plus vivre »

— Journal, septembre 1869

C'est alors que Léon se plongea dans la lecture de philosophes, Schopenhauer en particulier, qu'il apprécia rapidement. Il fit, alors, de nombreux projets, entama la rédaction d'un syllabaire, rouvrit une école notamment. Cette effervescence cachait en réalité un profond vide causé par l'achèvement de son œuvre la Guerre et la Paix. Le talent de Tolstoï fut bientôt concentré sur un dessein, celui de rédiger un « roman sur la vie contemporaine et dont le sujet serait une femme infidèle ». Le projet de rédaction d'Anna Karénine naquit après que Léon eut parcouru les Récits de feu Ivan Pétrovitch Belkine de Pouchkine, en mars 1873, que son fils Serge lisait alors.

La rédaction d'Anna Karénine se fit pourtant lentement, interrompue par de nombreux drames de famille. En novembre 1873 le dernier-né des Tolstoï, Pierre, mourut à l'âge de dix-huit mois, emporté par le croup (diphtérie). L'année suivante, Nicolas, le cinquième fils, ne vécut guère plus d'un an, hydrocéphale de naissance. Sophie, malade, fit une fausse couche peu de temps après, puis deux tantes (Toinette et Pélagie Youchkov) moururent. Cette accumulation de tragédies retarda la parution du roman mais ne l'empêcha pas, et l'entêtement de Léon eut raison de son scepticisme, voire de son dégoût pour l'œuvre qu'il venait de faire naître, qu'il jugea « exécrable ». La critique en fit autrement et l'accueillit favorablement. Comme après avoir achevé l'écriture du précédent roman, il connut une période trouble, où les considérations philosophiques qu'il avait mêlées aux évènements romanesques dans Anna Karénine avaient accouché d'une pensée éthico-religieuse.

La pensée de Tolstoï[modifier | modifier le code]

Le sens de la vie[modifier | modifier le code]

Pour parvenir à la connaissance de soi et de sa relation à l'univers l'homme n'a que la raison. « Ni la philosophie, ni la science, » qui « étudient les phénomènes en raison pure, » ne peuvent poser la base des rapports de l'homme et de l'univers. Toutes les forces spirituelles d'une créature susceptible de souffrir, se réjouir, craindre et espérer font partie de ce rapport entre l'homme et le monde; c'est donc par un sentiment de notre position personnelle dans le monde qu'on croit en Dieu[10]. La foi est une « nécessité vitale » pour un homme[11]; Pascal l'a démontré de manière définitive[12] Ce n'est pas une question de volonté[13].

C'est la religion qui définit « notre rapport au monde et à son origine, - qu'on appelle Dieu »; et la morale est la « règle constante, applicable à vie, qui découle de ce rapport.». Il est donc « essentiel d'élucider et d'exprimer clairement les vérités religieuses »[14].

« L’humanité suit l’une ou l’autre de ces deux directions : ou 1° elle se soumet aux lois de la conscience, ou 2° elle les rejette et s’abandonne à ses instincts grossiers »[15]. D'assigner comme but à la vie le bonheur personnel n'a aucun sens, parce que, A) « le bonheur pour les uns s’acquiert toujours au détriment de celui des autres, » B) « Si l’homme acquiert le bonheur terrestre, plus il le possédera, moins il sera satisfait, et plus il désirera, » et C) « Plus l’homme vit, plus il est atteint inévitablement par la vieillesse, les maladies et enfin la mort qui détruit la possibilité de n’importe quel bonheur terrestre »[16]. Cependant, « la vie est une aspiration vers un bien, un bien qui ne saurait être un mal, et [donc] une vie qui ne saurait être la mort »[17] « Les matérialistes méprennent ce qui limite la vie avec la vie elle-même »; « La vraie vie n'est pas la vie matérielle, mais la vie intérieure de notre esprit »; la « vie visible » est une « aide nécessaire à notre croissance spirituelle » mais « seulement d'utilité temporaire »[18]. Le suicide est irrationnel parce que dans la mort seule la forme de la vie change, et également immoral parce que le but de la vie n'est pas le contentement personnel « en fuyant les désagréments, » mais de se perfectionner en étant utile au monde, et vice versa[19].

Le « sens de la vie » est de « faire la volonté de Celui qui nous a envoyé dans ce monde, de qui nous sommes venus et à qui nous retournerons. Le mal consiste à agir contre cette volonté et le bien à l'accomplir »; le sens de ma vie dépend de l'explication que je me fais de la volonté de Dieu avec le secours de ma raison[20].

Faire la volonté de Dieu procure le plus grand bonheur possible à un homme, et amène la vraie liberté[21]. Cette conception de Tolstoï est similaire à celle qu'avait les cathares : le consalamente (sorte de baptême) avait pour vertu de « rendre la vraie liberté, » qui est de « non pas le libre arbitre mais le pouvoir de connaître le mal et de lui résister »[22]. En remplaçant nos « désirs et leur gratification » par « le désir de faire la volonté de Dieu, de [se] donner à Lui dans [notre] état actuel, et dans tout état futur éventuel, on n'a plus « peur de la mort »; « Et si [nos] désirs sont complètement transformés, alors il ne reste que la vie, et il n'y a pas de mort »[23]. « C’est la seule conception qui définisse clairement l’activité de l’homme et le mette à l’abri du désespoir et des souffrances »[16].

Alors que faire? « L'unique affaire de la vie humaine, c'est de comprendre les souffrances des individualités, les causes des erreurs et l'activité qu'il faut pour les diminuer[24]. Et comment? « Vivre dans la clarté de la lumière qui est en moi, et à la placer devant les hommes »[25].

Le « véritable » christianisme[modifier | modifier le code]

On peut résumer toute l'introspection[26] et l'étude systématique de la théologie[27] qui ont mené Tolstoï à abandonner le nihilisme comme suit : La religion est « la révélation de Dieu aux hommes et un mode d'adoration de la divinté, » et non un « ensemble de superstitions – comme le croient les classes privilégiés qui, influencées par la science, pensent que l'homme est dirigé par ses instincts, ni un « arrangement conventionnel »[28]

Tolstoï disait vouloir seulement monter le véritable christianisme. Comme réformateur du christianisme, il dit : « Aucun homme n'a à découvrir de nouveau la loi de sa vie. Ceux qui ont vécu avant lui l'ont découverte et exprimée, et il n'a qu'à vérifier avec sa raison, et accepter ou refuser les propositions exprimées dans la tradition ». La raison nous vient de Dieu, contrairement aux traditions qui viennent des hommes et peuvent donc être fausses. La « loi n'est cachée qu'à ceux qui ne veulent pas la suivre, » et qui rejettent la raison, acceptent de confiance les affirmations de ceux y ont aussi renoncée, et « vérifient la vérité par la tradition » [14] Il raisonnait en cela exactement comme un auteur qu'il cite dans Le Royaume de Dieu est en vous, Peter Chelcicky, qui a vécu à l'aube de la Réforme de Jean Huss: « Les hommes reconnaissent la foi avec difficulté parce qu’elle a été souillée par les ignominies commises en son nom »; « il faut alors garder le jugement des ancien sages [et] se servir du bon raisonnement »; « on ne peut pas dire "Je ne sais pas ce qu’Il pense" car si on ne pouvait le connaître, personne n’aurait jamais pu croire. Il y en a plusieurs qui ont été les disciples de la foi donnée par Jésus-Christ. Sa volonté est qu’on croit à Sa loi; la foi est nécessaire pour [observer ses commandments]; on ne peut leurs être fidèle sans croire d’abord à Dieu et à ses Paroles - ils guident et instruisent »[29].

La même méthode a mené Tolstoï et Chelciky à des conclusions similaires: « en moral, Chelcicky présageait beaucoup l’enseignement de Tolstoï : il interprétait le Sermon sur la Montagne littéralement, dénonçait la guerre et les serments, s’opposait à l’union de l’Église et l’État, et disait que le devoir de tous les vrais chrétiens était de se dissocier de l’Église nationale et de retourner au simple enseignement de Jésus et Ses apôtres »[30] De fait, pour Tolstoï, « l'essence de l'enseignement du Christ est simplement ce qui est compréhensible par tout le monde dans les Évangiles »[31]

Toutes les sectes que Tolstoï cite pour avoir admis le « vrai » christianisme ont interprété à la lettre le Sermon sur la Montagne : vaudois, cathares, mennonites, moraves, shakers, quakers, doukhobors et molokhanes et en réalité, tous les principe que Tolstoï met de l'avant, en parsemant ses écrits de citations des Évangiles, découlent directement de cette attitude. Les traducteurs de l'Évangile comme Martin Luther et John Wycliff ont joué un rôle important dans la vie de l'humanité[32].

La « vraie » Église[modifier | modifier le code]

Tolstoï a annoncé sa critique de l'Église dans Ma Confession, qui constituait la préface de sa Critique de la théologie dogmatique: « Le mensonge comme la vérité était transmis par ce qu'on appelle l'Église; Les deux étaient contenus dans la tradition, dans ce que l'on appelle l'histoire sainte et les Écritures; il me revenait de trouver la vérité et le mensonge et de les séparer l'un de l'autre »[26]. Si la foi d'un charbonnier inclut la croyance à la sainte vierge ça peut lui convenir, mais cela n'est plus possible, par exemple, pour une dame cultivée qui sait que « l'humanité est issue, non d'Adam et Ève, mais du développement de la vie animale; » car « il faut pour croire vraiment que la foi embrasse tous les éléments de notre connaissance »[33].

Selon Tolstoï (comme pour Chelcikcy), le christianisme a été corrompue par son association avec le pouvoir temporel à l'époque de l'empereur Constantin. L'Église a alors inventé un pseudo-christianisme qui permettait aux ecclésiastiques d'obtenir des avantages matériels en contrepartie du soutient aux représentant des autorités civiles pour continuer leur ancienne vie. Or l'approbation par les autorités religieuses d'un État qui est basé sur la violence (guerre, peine capitale, condamnations judiciaire, châtiment, etc.) est une négation directe de l'enseignement du Christ, - de plus la doctrine chrétienne interdit le statut de « maître, » la rétribution pécuniaire pour professer l'enseignement du Christ et les serments[34]

Tolstoï a étendu la critique de l'église catholique qui a pris naissance à l'époque de la Réforme du XVe siècle à toutes les Églises, les sectes et les religions, et jusqu'à son époque : L'Église, - qu'elle soit orthodoxe, grecque, catholique, protestante ou luthérienne, - qui se veut seule dépositaire de la vérité, avec ses conciles et ses dogmes, et son absence de tolérance qui se manifeste par la définition d'hérésies et les excommunications, montre qu'elle n'est en réalité qu'une institution civile; et il en est de même « des milliers de sectes ennemies les unes des autres, » et « toutes les autres religions ont eu la même histoire. » Les luttes entre les églises pour prédominer sont absurdes et témoignent seulement de la fausseté qui a été introduite dans la religion. Car la doctrine chrétienne interdit de se quereller. En fait, « seul le christianisme qui n'est pas gêné par aucune institution civile, indépendant, le vrai, peut-être tolérant »[35].

Dans l'histoire, ce pseudo-christianisme a pris naissance avec le concile de Nicée, quand des hommes réunies en assemblée ont déclaré que la vérité était ce qu'ils décidaient d'appeler vérité; et « la racine du mal était la haine et la méchanceté, contre Arius et les autres ». Cette « supercherie » a mené à l'Inquisition et aux bûchers de Jean Huss et Savonarole[34] Il y avait eu un précédent dans les Écritures, où dans un récit superstitieux d'une réunion des disciples le caractère indiscutable de ce qu'ils ont dit a été attribuée à une « langue de feu ». Mais la doctrine chrétienne ne tient pas sa véracité de l'autorité des ecclésiastiques, ni d'un miracle quelconque, ni d'un objet qu'on dit sacré comme la Bible.

« L'homme n'a qu'à commencer, et il « verra si la doctrine vient de moi, » répète Tolstoï. L'Église (« et il y a plusieurs ») a ainsi renversé le rapport entre raison et religion, et elle rejette la raison par attachement à la tradition[14]. Mais comme l'ont expliqué Ruskin, Rousseau, Emerson, Kant, Voltaire, Lamennais, Channing, Lessing, Kant et d'autres: « Ce sont les hommes œuvrant pour la vérité par des actes de charité, qui sont le corps de l'Église qui a toujours vécu et vivra éternellement »[36]; « Tout a été dit et il n'y a rien à ajouter » sur "l'avenir [d'une Église comme celle] du catholicisme"[37].

« L'objet de toute la théologie est d'empêcher de comprendre, » par une déformation du sens et des mots des Écritures, l'élaboration de dogmes, et l'invention des sacrements (communion, confession, baptême, mariage, etc.) seulement « pour le bénéfice matériel de l'Église »; les récits biblique de la création et du péché originel sont des mythes; le dogme de la divinité du Christ une interprétation grossère de l'expression « Fils de Dieu »; l'Immaculé conception et l'Eucharistie des « délires »; la Trinité, « 3=1,» une absurdité, et la Rédemption contredite par tous les faits qui montrent des hommes souffrants et méchants[38]. Les dogmes sont difficiles ou impossibles à comprendre et leurs fruits sont mauvais (« envie, haine, exécutions, bannissements, meurtre des femmes et des enfants, bûcher et tortures »), tandis que la morale est claire pour tout le monde et ses fruits sont bons (« fournir de la nourriture.... tout ce qui est joyeux, réconfortant, et qui nous sert de balise dans notre histoire »)[34]. Ainsi tout personne disant croire à la doctrine chrétienne doit choisir : « le Credo ou le Sermon sur la Montagne »[39].

« La vraie religion peut exister dans toutes les soit disant sectes et les hérésies, seulement elle ne peut pas certainement pas exister où elle est jointe à un État utilisant la violence »[34]. On peut comprendre que Pascal « pouvait croire au catholicisme, préférant y croire que de ne croire à rien »; Thomas Kempis. Augustin, Tychon Zadonsky, François d'Assise et François de Sales ont aussi montré la véritable doctrine du Christ, mais « ils auraient été encore plus charitables et exemplaires s’ils ne s’étaient pas montrer obéissants à de fausses doctrines. »[39]

Autres notices biographiques[modifier | modifier le code]

Ses premières publications sont des récits autobiographiques (Enfance et Adolescence) (1852-1856). Ils rapportent comment un enfant, fils de riches propriétaires terriens, réalise lentement ce qui le sépare de ses camarades de jeu paysans. Plus tard, vers 1883, il rejette ces livres comme étant trop sentimentaux, une bonne partie de sa vie y étant révélée, et il décide de vivre comme un paysan en se débarrassant aussi de ses possessions matérielles héritées, pourtant nombreuses (il avait acquis le titre de comte). Avec le temps, il sera de plus en plus guidé par une existence simple et spirituelle.

Encore tout jeune, à la suite de la mort de son père, Tolstoï a été en proie à un sentiment d'absurdité de la vie. Il a aussi ressentit de plus en plus lourdement toute la fausseté de l'organisation sociale. À la fois sensible et porté à rationaliser, Tolstoï surmonta par l'introspection et l'étude, en menant une vie qu'il aimait simple. une grande crise morale: "Je suis passé du nihilisme à la foi", dit-il dans Quelle est ma foi? (1880-1883). Il tâcha par la suite de transmettre ses conceptions sur la religion, la morale et la société, avec une critique radicale de l'État et de l'Église, la dénonciation de l'oisiveté des riches et de la misère des pauvres, et une critique radicale de la guerre et de la violence. Il donna ainsi un sens plus élevé à la mobilisation qu'il avait vécu durant la Guerre de Crimée (1853-1856), - qu'il avait relaté dans Récits de Sébastopol - et à son roman Guerre et Paix qui se passait avant qu'il vienne au monde, à l'époque des Guerres napoléoniennes. Car pendant les vingt dernières années de sa vie, Tolstoï a été témoin d'une partie de la révolution bolchévique, alors qu'il voyait arriver la Première Guerre mondiale.

Pour Tolstoï l'art véritable n'est pas une recherche du plaisir purement esthétique, mais un moyen de communication des émotions et d'union entre les hommes; aussi critique-t-il l'art pour l'art, et les goûts bourgeois qui patronnent par vanité des arts inaccessibles et qui ne veulent rien dire au commun des mortels.

Pendant qu'il termine Guerre et Paix, dans l'été de 1869, il découvre Schopenhauer et s'en enthousiasme : « Schopenhauer est le plus génial des hommes. »[40]. Il pense même à le traduire en russe et à l'éditer.

En 1879, Tolstoï se retourne vers le christianisme qu'il évoque dans Ma confession et Ma religion (ouvrage censuré au départ), mais il est très critique par rapport à l'Église orthodoxe russe : son christianisme reste empreint de rationalisme, la religion étant toujours chez lui un sujet de violents débats internes, ce qui l'amènera à concevoir un christianisme détaché du matérialisme et surtout non-violent. Sa critique des institutions oppressives et sources de violence inspirera le Mahatma Gandhi, ainsi que Romain Rolland. Leur message sera ensuite repris par Martin Luther King, Steve Biko, Aung San Suu Kyi, Nelson Mandela et bien d'autres. Gandhi lit Lettre à un Hindou de Tolstoï en 1908, où l'écrivain russe dénonce des actes de violence de nationalistes indiens en Afrique du Sud ; ceci amènera Gandhi et Tolstoï à correspondre jusqu'à la mort de Tolstoï. De même, Romain Rolland publiera peu après le décès de Tolstoï sa biographie : Vie de Tolstoï.

De son côté, l'Église orthodoxe excommunie Tolstoï après la publication de son roman Résurrection.

À la fin de sa vie, Tolstoï part s'isoler et meurt d'une pneumonie dans la solitude, à la gare d'Astapovo, tout près de sa propriété d'Iasnaïa Poliana, incompris de sa famille, y compris de sa femme Sophie qu'il refusera de voir. Pourtant ils s'autorisaient chacun à lire le journal intime de l'autre et ont eu treize enfants ensemble (cinq meurent en bas âge), mais Sophie était aussi celle qui dirigeait le domaine, donc assez autoritaire. Wladimir Tchertkoff, ancien officier de la Garde et grand admirateur de l'écrivain (devenu le chef du groupe des tolstoïens) exerce beaucoup d'influence sur la famille et convainc Tolstoï de casser son testament pour donner tous ses droits d'auteur au peuple russe souffrant.

Tolstoï fut aussi inspiré au cours de sa vie par des figures majeures de la non-violence comme Adin Ballou, William Lloyd Garrison, Henry David Thoreau, les quakers George Fox et Jonathan Dymond, les shakers, les frères moraves, ainsi que des réformateurs sociaux comme John Ruskin et Henry George.

Il a écrit une nouvelle où il affirme la vertu de la non-violence, cette force spirituelle qui peut faire face à une invasion barbare en lui opposant la bonté et la douceur. L'Histoire d'Ivan le petit sot est un conte philosophique révolutionnaire au sens tolstoïen du terme : révolution spirituelle basée sur le non-violence, l'ahimsa.

Tolstoï et l'espéranto[modifier | modifier le code]

Espérantiste convaincu, Tolstoï a fait savoir qu'il était favorable à l'espéranto, langue internationale qu'il disait avoir apprise en deux heures.

« J'ai trouvé le volapük très compliqué et, au contraire, l'espéranto très simple. Ayant reçu, il y a six ans, une grammaire, un dictionnaire et des articles en espéranto, j'ai pu arriver facilement, au bout de deux petites heures, sinon à l'écrire, du moins à le lire couramment. […] Les sacrifices que fera tout homme de notre monde européen, en consacrant quelque temps à son étude, sont tellement petits, et les résultats qui peuvent en découler tellement immenses, qu'on ne peut se refuser à faire cet essai. »

— 1894

Tolstoï et le végétarisme[modifier | modifier le code]

Ancien chasseur[1], Léon Tolstoï adopta un régime végétarien en 1885. Il préconisait le « pacifisme végétarien » et prônait le respect de la vie sous toutes ses formes même les plus insignifiantes. Il écrit qu'en tuant les animaux « l'homme réprime inutilement en lui-même la plus haute aptitude spirituelle — la sympathie et la pitié envers des créatures vivantes comme lui — et qu'en violant ainsi ses propres sentiments, il devient cruel »[41]. Il considérait par conséquent que la consommation de chair animale est « absolument immorale, puisqu'elle implique un acte contraire à la morale : la mise à mort »[42].

Tolstoï pédagogue[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tolstoï pédagogue.

Tolstoï voulait libérer l’individu de l’esclavage physique mais aussi mental. En 1856, il donne ses terres aux serfs, mais ceux-ci refusent en pensant qu’il va les escroquer. Il se posera donc sans cesse cette question : « Pourquoi, mais pourquoi donc, ne veulent-ils pas la liberté ? ».

C’était un pédagogue hors du commun. Il voyage et dit que partout, on fait à l’école l’apprentissage de la servitude. Les élèves récitent bêtement les leçons sans les comprendre. Mettre les enfants directement en contact avec la culture, c’est renoncer à cette programmation fastidieuse et stérile qui va du plus simple au plus compliqué. Ce qui intéresse les enfants, ce sont les sujets vivants et compliqués, où tout s’enchevêtre. « Que faut-il enseigner aux enfants ? » Tolstoï imagine une prolifération de lieux culturels, où les enfants apprendraient en fréquentant ces lieux[43].

Tolstoï anarchiste mystique chrétien[modifier | modifier le code]

Tolstoï s'est toujours réclamé de son héritage chrétien et a tardivement formalisé son anarchisme politique à travers l'expression d'une mystique de la liberté tout entière enracinée dans l'exemple christique. Le bien-fondé de l'autorité et de toute forme de pouvoir visant à la limitation de la liberté personnelle fut dénoncé par Tolstoï dans de nombreux articles à tonalité résolument anarchiste et motivés par une foi réfléchie dans l'injonction christique du service de l'autre. Le paradigme social dérivé de ladite règle d'or est célébré par Léon Tolstoï comme celui d'un monde voué à l'épanouissement de tous dans le respect réciproque et l'exaltation personnelle.

L'idée que seule l'obéissance à la loi morale doit gouverner l'humanité, exprimée avec toute la puissance de son art dans son œuvre « Le Royaume de Dieu est en vous » vaut à Tolstoï le surnom d'anarchiste qu'il n'a du reste jamais réfuté, faisant simplement remarquer que son anarchisme ne se rapportait qu'à des lois humaines que sa raison et sa conscience n'approuvaient pas[44].

Influencé par Proudhon et Kropotkine, Tolstoï, profondément attaché à l’Évangile, est convaincu que la conscience des humains est guidée par la lumière divine révélée en Jésus. À cause de sa rhétorique anti-ecclésiastique, il a été excommunié par l’Église orthodoxe[45].

Ses écrits présentant quelques similitudes avec le bouddhisme influenceront les anarchistes mystiques russes du début du XXe siècle, parmi lesquels Georges Tchoulkov, Vassili Nalimov ou Alexis Solonovitch. La conjonction de ces deux dimensions, mystique et anarchiste, dans maints écrits de Tolstoï, feront forte impression sur le jeune Gandhi. Ce dernier entrera en contact avec Tolstoï, une correspondance s'ensuivra, et Gandhi se réclamera toute sa vie de la pensée de Tolstoï, dont il disait être un « disciple »[réf. souhaitée]. L'historien Henri Arvon donne Léon Tolstoï comme anarchiste[46] ; Jean Maitron également[47].

« La question pour un chrétien n'est pas si un homme a le droit ou non de détruire l'état actuel des choses... comme la question est posée parfois intentionnellement et très souvent involontairement par les adversaires du christianisme » - mais comment dois-je agir par rapport à la violence qui se manifeste par les gouvernements dans les rapports sociaux, internationaux et économiques. À cette question Tolstoï donne comme réponse une règle de conduite chrétienne qui peut et doit également être considérée satisfaite pour tout homme raisonnable; car il en appelle à leur conscience: « Si tu n'es pas capable de faire aux autres ce que tu voudrais qu'ils te fassent, au moins ne leurs fait pas ce que tu ne voudrais pas qu'ils te fassent.» L'obligation de conscience, religieuse ou simplement humaine, de ne pas faire de serment, ne pas juger, ne pas condamner et ne pas tuer fait en sorte qu'un homme, croyant ou non, ne peut pas prendre part aux tribunaux, prisons, gouvernements et armées[48].

Tandis que les anarchistes considèrent que le gouvernement lui-même est un mal, Tolstoï écrit :

« Je suis un individualiste et en tant que tel je crois au libre jeu de la nature psychologique de l’homme. Pour cette raison, les anarchistes se réclament de moi. Même Brandes déclare que je suis en accord philosophique avec les idées du Prince Kropotkine.... Mon opposition au pouvoir administratif a été interprétée comme une opposition à tous gouvernement. Mais ce n’est pas vrai. Je m’oppose seulement à la violence et à l’opinion que la force fait le droit»[49].

On ne peut pas qualifier Tolstoï de penseur anarchiste; car s'il y a des ressemblances, « ... les doctrines humanistes (qui) soutiennent n'avoir rien en commun avec le christianisme, - les doctrines socialistes, communistes et anarchistes - ne sont en fait rien d'autres que des expressions partielles de la conscience chrétienne»[50], la divergence d'opinion est claire : « [les opprimés] ont crus [que] l’idée que les hommes pourraient vivre sans gouvernement; ce serait la doctrine de l’anarchie, avec toutes les horreurs qui l’accompagnent»[51]. Très concrètement, dans une lettre où Tolstoï explique le projet de Henry George à un paysan de Sibérie il lui donne une idée de la manière et du montant d'impôts qu'il aurait à payer pour les « besoins publics de l'État »[52], - ce qui est absolument incompatible avec les idées anarchistes.

Kropotkine dit qu'il en est « venu à partager les idées exprimées par Tolstoï dans Guerre et Paix sur le « rôle joué par les masses inconnues dans les évènements historiques, » mais alors que le premier prônait l'anarchisme socialiste, avec une organisation socialiste de la production, et considérait que les conflits et guerres pouvaient survenir dans l'évolution de l'humanité « en dépit de la volonté des individus pris en particulier. » [53] , le second qualifiait de superstition l'idée que les uns pouvaient organiser les vies futures des autres par le socialisme[54], jugeait les idées révolutionnaires iréalistes[55], et croyait ardemment à l'abolition de toute guerre par l'évolution de la conscience individuelle de chaque homme[56], l'enseignement du Christ répondant aux exigences de la raison et du sentiment naturel de l'amour[57].

Tolstoï et le patriotisme[modifier | modifier le code]

Sur la question de la patrie, les écrits suivants de Léon Tolstoï peuvent être cités : L'esprit chrétien et le patriotisme (1894), Le patriotisme et le gouvernement (1900), Carnet du soldat (1902), La guerre russo-japonaise (1904), Salut aux réfractaires (1909) et aussi le Conte d'Ivan l'Imbécile (1886)

Dans Le Patriotisme et le Gouvernement (1900), Tolstoï montre combien « le patriotisme est une idée arriérée, inopportune et nuisible… Le patriotisme comme sentiment est un sentiment mauvais et nuisible ; comme doctrine est une doctrine insensée, puisqu’il est clair que, si chaque peuple et chaque État se tiennent pour le meilleur des peuples et des États, ils se trouveront tous dans une erreur grossière et nuisible ». Puis il explique comment « cette idée vieillie, quoiqu’elle soit en contradiction flagrante avec tout l’ordre de choses qui a changé sous d’autres rapports, continue à influencer les hommes et à diriger leurs actes ». Seuls les Gouvernants, utilisant la sottise facilement hypnotisable des peuples, trouvent « avantageux d’entretenir cette idée qui n’a plus aucun sens et aucune utilité ». Ils y réussissent parce qu’ils possèdent « les moyens les plus puissants pour influencer les hommes » (soumission de la Presse et de l'Université, police et armée, argent).

Œuvres[modifier | modifier le code]

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Romans[modifier | modifier le code]

Nouvelles, contes et récits[modifier | modifier le code]

"Tolstoï à son bureau"
Portrait de Leonid Pasternak (1908).
  • Enfance (1852)
  • Adolescence (1854)
  • Jeunesse (1855)
"Tolstoï à son bureau"
Photographié en mai 1908.

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • La Puissance des ténèbres (1887)
  • Les Fruits de la science (1890)

Autobiographie[modifier | modifier le code]

  • Ma confession (1879- 1882)

Essais[modifier | modifier le code]

  • L’école de Iasnaia Poliana (1862)
  • La liberté dans l’école (1862)
  • Critique de la théologie dogmatique (1880)
  • L'Église et l'État (1882)
  • Ma religion (1884)
  • De la vie (1887)
  • Physiologie de la guerre (1887)
  • Pouvoir et liberté (1888)
  • Ce qu’il faut faire (1888)
  • Des relations entre les sexes (1890)
  • L'alcool et le tabac (1890)
  • Le travail et l'argent (1892)
  • Le Royaume des cieux est en vous (1893)
  • Patriotisme et christianisme (1894)
  • Honte ! (1895)
  • Comment lire l'Évangile (1896)
  • Le commencement de la fin (1897)
  • Qu’est-ce que l’art ? (1898)
  • Deux guerres (1898)
  • Religion et morale (1898)
  • L'éducation religieuse (1899)
  • Où est l'issu ? (1900)
  • L’Esclavage moderne (1900)
  • Tu ne tueras point (1900)
  • De la tolérance religieuse (1902)
  • Les pensées des hommes sages pour tous les jours (1903)
  • Ravisez-vous ! Essai sur la guerre russo-japonaise (27 juin 1904)
  • La loi de l'amour et la loi de la violence (1908)
  • L'Évangile expliqué aux enfants (1908)

Œuvres inspirées de ses travaux[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b http://jecoutemaconscience.one-voice.fr/leon-tolstoi-precurseur-de-la-non-violence/
  2. Henri Troyat, Tolstoï, Paris, Hachette, collection Génies et Réalités, 1965, p. 8.
  3. Christiane Rancé, Tolstoï : le pas de l'ogre, éd du Seuil, 2010
  4. Troyat, p. 9.
  5. Troyat, p. 10.
  6. Troyat, p. 10-11.
  7. Troyat, p. 12.
  8. Troyat, p. 16.
  9. Rupture morale constatée et étayée par David Patterson dans The Movement of Faith as Revealed in Tolstoi's “Confession”, The Harvard Theological Review, vol. 71, no 3/4 (Jul. - Oct., 1978), p. 227-243. À consulter en ligne (extrait)
  10. L. Tolstoï. Religion et morale. [1]
  11. L. Tolstoï. Ma Religion, [2]
  12. L. Tolstoï. Blaise Pascal [3]
  13. L. Tolstoï. Pensées à propos de Dieu In Confession, suivi de Quelle est ma foi? et de Pensées sur Dieu (trad. Luba Jergenson). Paris; Pygmalion, 1998, p. 228.
  14. a, b et c L. Tolstoï. Raison et religion, [4]
  15. L. Tolstoï. L'alcool et le tabac, [5]
  16. a et b L. Tolstoï. Lettre à Ernest Crosby, [6]
  17. L. Tolstoï. De la vie, chap. XIV, [7]
  18. L. Tolstoy. The works of Leo Tolstoy; Essays and letters, chap. XXVI, Thoughts selected form private letters : Two views of life (translation A. Maude). Oxford University Press, 1911, p. 365-366.
  19. L. Tolstoï. Du suicide, [8]
  20. L. Tolstoï. Le sens de la vie, [9]
  21. L. Tolstoï. La loi de la violence et la loi de l'amour, [10]
  22. R. Nelli. Écritures cathares. Éd. Planète, 1968, p. 209.
  23. Leo Tolstoy. The works of Leo Tolstoy; Essays and letters, chap. XXVI, Thoughts selected form private letters : The fear of death (translation Aylmer Maude). Oxford University Press, 1911, p. 368
  24. L. Tolstoï. De la vie, [11]
  25. L. Tolstoï. Ma Religion, chap. XII, [12]
  26. a et b L. Tolstoï. Ma confession, [13]
  27. L. Tostoï. Critique de la théologie dogmatique, 1880
  28. L. Tolstoï. Religion et morale, [14]
  29. Enrico C. S. Molnár. A study of Peter Chelčický’s life, and a translation from czech of part one of his Net of Faith. Californie, Berkeley, Dept. of Church History, Pacific School of Religion, 1947, p. 158, [15]
  30. Moravian Brethren, In Encyclopaedia Britannica. New York: The Encyclopaedia Britannica Company, 1911 (11th Ed.), vol. XVIII, p. 818
  31. L. Tolstoï. Comment lire l'Évangile, [16]
  32. L. Tolstoï. Le salut est en vous, chap. I, [17]
  33. L. Tolstoï. De la tromperie de l'Église, [18]
  34. a, b, c et d L. Tolstoï. L'Église et l'État, [19]
  35. L. Tolstoï. La tolérance religieuse, [20]
  36. John Ruskin. Sésame et les lys (1865), [21]
  37. Nicolas Weisbein. Tolstoï. p. 113-117: Lettre à Paul Sabatier. Paris; Presses Universitaires de France, 1968.
  38. Nina Gourfinkel. Une grande idée m'est venue... fonder une nouvelle religion. In Collectif. Tolstoï. Hachette.1965, p. 223-239, chap VII)
  39. a et b L. Tolstoï. Le salut est en vous, chap. III, [22]
  40. Lettre à Fet, 30 août 1869. Correspondances
  41. The morals of diet, or, the first step, Léon Tolstoï, 1900 ((ASIN B0008CODQW))
  42. Writings on Civil Disobedience and Nonviolence, Léon Tolstoï, 1987 (ISBN 0865711097)
  43. DVD L'éducation en question, présenté par P. Meirieu : « Léon Tolstoï : Doit-on croire les enseignants sur parole ? »
  44. Léon Tolstoï, Socialisme et christianisme, Correspondance, Grasset, 1967, page 9.
  45. Gregory Baum, Chrétiens dans la mouvance anarchiste, in Relations, Actualité de l’anarchisme, no 682, février 2003, texte intégral.
  46. Henri Arvon, L’anarchisme au XXe siècle, PUF, Paris, 1979, extraits en ligne.
  47. Jean Maitron (s/d), L'anarchisme chrétien, tolstoïen et humanitaire, in L'anarchisme, ici et là, hier et aujourd'hui, Le Mouvement social, no 83, avril-juin 1973, texte intégral.
  48. L. Tolstoy, Réponse aux critiques, [23].
  49. L. Tolstoï, Une comparaison entre l'Amérique et l'Europe, New York World 7 février 1909 [24].
  50. L. Tostoy. The law of live and the law of violence. Dover, 2010, p. 30].
  51. L. Tolstoï, Le salut est en vous, [25].
  52. L. Tolstoï, Henry George et son système; Lettre sur le projet d'Henry George, [26].
  53. Pierre Kropotkine. Autour d'une vie; mémoires. Paris; P.-V. Stock Éditeur, 1898, p. 222, 411, et 298.
  54. L. Tolstoï. L'Esclavage de notre temps [27].
  55. L. Tolstoï. Où est l'issu. [28].
  56. L. Tolstoï. La Loi de l'amour et la loi de la violence [29].
  57. L. Tolstoï Le Non-agir. [30].
  58. traduit en anglais en 2006

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christiane Rancé, Tolstoï, Le pas de l'ogre, Seuil, Paris, 2010.
    Vues sur l'auteur et son œuvre, éclairées par sa recherche de la vérité, religieuse et sociale.
  • Vladimir Pozner, Tolstoï est mort, 1935 ; réédité en 2010 aux éditions Christian Bourgois.
  • Henri Troyat (et autres), Tolstoï, Paris, Hachette, collection «Génies et Réalités», 1965, 289 pages.
    Ouvrage collectif insistant sur la personnalité de Tolstoï, mais jugé insuffisamment objectif par l'encyclopédie Britannica.
  • Henri Troyat, Tolstoï, Paris, Fayard, 1965, 889 pages.
    La biographie de référence en français sur Tolstoï.
  • (en) Maxime Gorki, Reminiscences of Leo Nicolaevich Tolstoy, Folcroft Library Éditions, 1977, 86 pages. (ISBN 978-0841444553)
    Un portrait des plus fidèles, traduit en anglais.
  • Dominique Fernandez, Avec Tolstoï, Bernard Grasset, Paris, 2009, 330p. (ISBN 978-2-246-73950-0)
    Considérations diverses sur l'auteur et son œuvre.
  • Vladimir Fedorovski, Le Roman de Tolstoï, Éditions du Rocher, collection Le roman des lieux et destins magiques, 2010, 233 p. (ISBN 978-2-268-06914-2)
    Cette enquête, qui s’appuie sur des archives inédites, dépeint les passions et romances de Tolstoï, homme tiraillé entre l’amour et la spiritualité.
À propos de Léon Tolstoï
À propos de Sophie Tolstoï
  • Comtesse Léon Tolstoï (trad. H. Feldmann-Pernot), Journal de la comtesse Léon Tolstoï 1862-1891, 1891-1897., Paris, Éditions Plon, 1930, 2 vol. in-12 brochés, 250 et 254 pp.
  • Sophie Tolstoï (trad. Luba Jurgenson et Maria-Luisa Bonaque), Ma vie, Paris, Éditions des Syrtes, 2010 (ISBN 978-2-84545-158-2)
  • (en) Sophie Tolstoï, The Diaries of Sophia Tolstoy, traduction du russe en anglais du Journal de Sophie Tolstoï par Cathy Porter, 1987. (ISBN 978-0394528182)
  • (en) Anne Edwards, Sonya: The Life of Countess Tolstoy, Simon & Schuster, 1981. (ISBN 978-0671240400)
Autres biographies
Films 

Voir aussi[modifier | modifier le code]

En Russie, à Astapovo, la maison de Tolstoï conserve les souvenirs de l'écrivain; notamment son masque mortuaire (ancienne propriété de l'écrivain français Paul Bourget) et un moulage de sa main.

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]