Fouta-Djalon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

11° 19′ 03″ N 12° 17′ 23″ O / 11.3174, -12.2897 ()

Fouta-Djalon
Guinea physical map.svg
Fouta-Djalon
Fouta-Djalon
Localisation du Fouta-Djalon en Guinée.
Géographie
Altitude 1 515 m, mont Loura
Superficie 81 952 km2
Administration
Pays Drapeau de la Guinée Guinée
Le Petteh Djiga (rocher des vautours)

Le Fouta-Djalon, parfois orthographié Fouta Djallon notamment en anglais, est un massif montagneux situé en Guinée (ou Guinée Conakry), surnommé « le château d'eau de l'Afrique de l'Ouest » pour sa pluviométrie importante.

La région est principalement habitée par des populations peulhes parlant le pular.

Géographie[modifier | modifier le code]

Étroit sentier longeant les surplombs du canyon

Le territoire est constitué de savanes arborées, forêts ouvertes, forêts-galeries et vastes plaines, sillonné de nombreux cours d'eau dont l’action millénaire a donné origine à de grandes falaises et de nombreuses et magnifiques chutes.

D'importants cours d'eau de l'Ouest Africain y naissent : le Tinkisso (affluent du Niger), le Sénégal, le Gambie, le Koliba. Avec une superficie de 81 952 km2, et une altitude moyenne de 1 000 m, cet ensemble de plaines et collines culmine au mont Loura (1 515 m). L'érosion a creusé des gorges profondes et des vallées dans l'épaisse couche de grès qui recouvre la roche granitique du sous-sol.

Les températures varient considérablement selon le lieu et les périodes : saison sèche de novembre à mai et saison des pluies de juin à octobre :

  • Décembre - janvier (saison sèche) max. 30 °C min. 05 °C.
  • Février - mai (saison sèche) max. 36 °C min. 20 °C
  • Juin - octobre (saison des pluies) max. 32 °C min. 16 °C
  • Octobre - novembre (fin saison des pluies) max. 32 °C min. 18 °C

C’est une zone privilégiée pour la production de fruits (mangue, agrumes, papaye, avocats, banane, goyave) et plusieurs d'autres productions potagères. Dans l'ensemble des terres cultivables sont produits fonio, riz, pomme de terre, oignons et arachides.

Les principales villes sont Labé, Mamou et Dalaba.

Histoire[modifier | modifier le code]

La révolution musulmane du XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Au XVIe siècle, l'essor du commerce atlantique suscita un mouvement de population vers la côte et vers la forêt (différents peuples souhaitant se raccorder à la nouvelle voie commerciale ouverte par les Européens). Les hauts-plateaux du Fouta-Djalon constituaient un lieu de transit privilégié. Les riches pâturages avaient en outre attirés les pasteurs Peuls, arrivés à partir du XVe siècle avec leur important cheptel, faisant du pays une région fort prospère. L'intégration au commerce atlantique provoqua une profonde transformation économique, politique et sociale qui est à la base de la révolution musulmane du début du XVIIIe siècle.

Causes et caractère de la révolution musulmane[modifier | modifier le code]

On[Qui ?] a trop souvent présenté la révolution musulmane comme étant le fruit d'un simple « conflit ethnique » entre Peuls et Jalonkés (Soussous). Au XVIIe siècle, les Peuls étaient sans doute devenus le groupe social le plus riche et puissant du pays, grâce à l'accroissement considérable de la population peule en provenance de diverses régions (Boundou, Fouta Toro, Macina, Sahel), à l'expansion du commerce atlantique (exportation de bétail et de cuir à destination de l'Europe et de l'Amérique, renforçant le rôle économique des éleveurs), et à l'apparition de l'islam militant en tant que nouvelle idéologie politique.

La révolution musulmane au Fouta-Djalon, comme au Boundou, fut avant tout une réaction populaire contre la traite esclavagiste. Les dirigeants de la révolution musulmane ne venaient pas tous du Macina, mais aussi du Fouta Toro et du Boundou où ils avaient des liens (y compris familiaux) avec le mouvement maraboutique (en) de Nasir al-Din (en) fondé à la fin du XVIe siècle. À ce titre, le Boundou servait de relais entre le Fouta Toro vaincu et le Fouta-Djalon vainqueur.

Dans le contexte de chasse à l'homme à grande échelle organisée par le Kaabu, la révolution musulmane du Fouta-Djalon, soutenue tant par les Peuls que par les Mandé et Diakhankés, avait pour objectif d'assurer la sécurité des musulmans quelle que soit leur ethnie – le mouvement au début était dirigé par douze marabouts peuls et dix marabouts diakhankés. Le mouvement se heurta à l'opposition des Jalonkés et des Peuls non-musulmans (Peuls « de brousse » nomades, contrairement aux Peuls sédentaires du Fouta-Djalon). L'alliance avec les Dioulas et les Diakhankés fut favorisée par le fait que ces peuples pratiquaient eux aussi l'islam. Ces commerçants étaient également intéressés par l'idée de créer un pays unifié plutôt que les petites chefferies jalonkés qui étaient incapables de protéger les habitants contre les esclavagistes.

La révolution musulmane n'était donc pas un mouvement de pauvres peuls nomades, mais de pasteurs sédentaires et commerçants de toutes ethnies prospérant dans les hauts plateaux sur base de l'important commerce du bétail et du cuir. Ils étaient en outre menés par des dirigeants qui avaient étudié dans la célèbre école diakhankée de Diakhaba (sur le Bafing), et étaient mus par une puissante idéologie – l'islam militant[réf. nécessaire].

La révolution musulmane (djihad peul) sous Karamokho Alfa (1725-1751)[modifier | modifier le code]

En 1725, le savant musulman Karamokho Alfa, à la tête d'une coalition multiethnique à majorité peule, gagne la bataille de Talansan. Les chefs jalonkés (Soussous) sont repoussés vers la côte de la future Guinée. Karamokho Alfa prend le titre d'almamy et fonde la confédération du Fouta-Djalon, un État théocratique féodal qui s'appuye à la fois sur les traditions peuls et sur les principes de l'Islam.

La confédération était divisée en neuf provinces ou diwe (diwal au singulier) : Labé, Bouriya, Timbi, Timbo, Kébali (en), Kolladé, Koyin (en), Fougoumba (en), Fodé Hadji. Les chefs portaient le titre d'alfa, chacun recevant la charge du territoire qu'il avait libéré au cours de la guerre sainte. Ainsi, Karamokho Alfa était non seulement almamy de la confédération, mais aussi alfa du diwal de Timbo, la capitale. Le pouvoir de l'almamy était limité non seulement par la grande autonomie des différentes provinces, mais aussi par un conseil des anciens qui, se réunissant à Fugumba (capitale religieuse), jouait le rôle de parlement.

Mais la guerre sainte se prolongea par la tentative de convertir à l'islam l'ensemble des populations du Fouta-Djalon. Cela provoqua une farouche résistance notamment de la part des pasteurs peuls nomades, qui considéraient l'islam comme un facteur de sédentarisation et de contrôle politique et économique.

Alfa Ibrahima Sori Maoudo (1751-1791)[modifier | modifier le code]

Après la mort de Karamokho Alfa vers 1751, le pouvoir de l'almamy revint à Ibrahima Sori (en) dit Maoudo (le Grand), qui mena une politique militaire d'agression envers les peuples voisins, en alliance avec le royaume jalonké du Solimana. Cette guerre se faisait comme auparavant au nom du djihad, mais elle avait désormais pour but d'asservir les peuples voisins au profit de l'aristocratie, et de s'enrichir en participant à la traite atlantique des esclaves dont la demande était croissante.

L'histoire du Fouta-Djalon, comme celle du Dahomey ou de la Confédération ashantie, ne peut se comprendre en-dehors du contexte global de la traite négrière qui dominait l'ensemble de la côte atlantique. Le Fouta-Djalon, qui s'était constitué en réaction aux conséquences désastreuses de la chasse à l'homme à grande échelle se consolida et finit par lui-même participer à ce commerce – soit pour s'enrichir, soit par souci de maintenir l'économie. Dès lors, la nouvelle religion n'était plus qu'une idéologie pour justifier le maintien au pouvoir de la classe dirigeante.

L'alliance du Fouta-Djalon et du Solimana fut battue en 1762 par Kondé Bourama, roi du Sankaran. Le Solimana quitta alors l'alliance et en 1762, le Sankaran occupait Timbo, capitale politique du Fouta-Djalon. Un sursaut national stoppa l'armée du Sankaran devant les portes de Fougoumba (capitale religieuse), et permit finalement non seulement de repousser le Sankaran en 1776, mais aussi d'imposer la domination du Fouta-Djalon sur les plaines à l'Est. Cette victoire consolida définitivement l'autorité de l'almamy Sori Maoudo et celle de sa faction militariste (la soriya (en)).

Le partage des pouvoirs après Sori Maoudo[modifier | modifier le code]

La mort de Sori Maoudo en 1791 ouvrit une période d'anarchie. Son fils Sadou fut assassiné par les partisans de la faction maraboutique (l'alfaya (en)) regroupée autour de Abdoullaï Bademba, fils de Karamokho Alfa. On adopta alors un système d'alternance entre les deux familles alfaya et soriya, qui demeura en vigueur jusqu'au XXe siècle.

Cette alternance, similaire à celle en vigueur dans les royaumes sebbe, affaiblit considérablement le pouvoir central par rapport aux chefs de province, et permit au Conseil des anciens (chargé de faire respecter la charia) de contrôler le pouvoir de l'almamy. L'organisation de l'État constituera un exemple de décentralisation à base de laquelle se trouvaient les « conseils de village » élisant leurs représentants avec consultation directe, qui devenaient alors membres du Conseil des anciens.

La consolidation de l'aristocratie et la mise en place d'un système esclavagiste[modifier | modifier le code]

Le royaume du Fouta-Djalon put maintenir son indépendance et même agrandir ses frontières, jusqu'à l'invasion européenne. Mais le régime perdit son caractère révolutionnaire car le parti maraboutique, une fois assurée la sécurité des musulmans au Fouta-Djalon, se transforma en une aristocratie religieuse et militaire, qui participa activement à la traite esclavagiste. C'est l'islam même qui servit de prétexte pour réduire en esclavage les païens vivant en-dehors du Fouta-Djalon.

À partir du XVIIIe siècle, les Européens cessaient en effet d'acheter de l'or, de l'ivoire et des cuirs et n'étaient plus intéressés par aucune autre marchandise africaine que les esclaves. Le commerce des esclaves et l'organisation de caravanes vers la côte devinrent monopole d'État. Le Fouta-Djalon, vu sa position centrale entre la côte et le Mali, échangeait également sur la côte les esclaves capturés dans la savane et la forêt contre des marchandises venues d'Europe (notamment le sel, nécessaire à l'élevage intensif). Cela amena au Fouta-Djalon un nombre énorme d'esclaves de toutes origines.

Le Fouta-Djalon lui-même commença à faire grand usage d'esclaves dans son économie. Les esclaves travaillaient aux champs pour satisfaire les besoins en nourriture de leurs maitres mais aussi la demande en céréales des navires négriers (pour la nourriture des esclaves pendant la traversée).

L'histoire du Fouta-Djalon ne peut donc être décrite comme un simple conflit ethnique entre Peuls et Jalonkés, elle ne peut être considérée hors du contexte global de la traite esclavagiste. S'il est vrai que les Peuls y étaient dominants, il s'agissait d'une société multiethnique divisée en classes sociales.

L'intégration autour des Peuls au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

À la fin du XVIIIe siècle, la capitale religieuse de l’État théocratique du Fouta-Djalon est Fougoumba, où est intronisé l’Almamy (de imam), qui gouverne dans la capitale politique, Timbo, assisté du « Conseil des Anciens ». L’élément peul domine, dans un État multiethnique. La société est fortement hiérarchisée et inégalitaire, le clivage fondamental se situant entre musulmans et non-musulmans.

Au sommet, se trouve l’aristocratie militaire et la classe maraboutique (lasli), puis viennent les hommes libres musulmans (rimbé).

Parmi ceux-ci, en bas de l'échelle, se trouvaient les Peuls de brousse, convertis tardivement à l'islam après le djihad ; ils travaillaient eux-mêmes la terre et leur bétail, tâche considérée comme impure par l'aristocratie, et étaient exploités par le reste des citoyens libres sous forme d'impôts et corvées.

Les serviteurs et esclaves généralement non-musulmans (mattioubé), originaires d'un très grand nombre de pays et d'ethnies, étaient parqués dans des villages de culture (roundé), exploités au profit de l’aristocratie des Peuls. Plusieurs révoltes d'esclaves se produisirent d'ailleurs dans le pays à la fin du XVIIIe siècle.

Comme dans les sociétés de l'Europe antique, l'esclavage libéra l'aristocratie du travail manuel et déclencha une véritable révolution culturelle. La classe maraboutique se consacra toute entière a l'enseignement, implantait des écoles dans tout le pays, traduisait le Coran en langue peule afin qu'il soit plus facilement accessible à l'ensemble du peuple. On vit également apparaitre une riche et abondante littérature en langue peule. Contrairement aux États maliens où, jusque là, l'islam était demeuré la religion de l'élite, l'islam du Fouta-Djalon devint une religion largement répandue parmi la population.

La prospérité économique et une relative stabilité politique favoriseront la cohabitation entre diverses ethnies. Le brassage des populations, l’adhésion à l’islam et aux valeurs des Peuls favoriseront l’intégration qui aboutira à une homogénéisation ethnique.

De plus, l'interdiction formelle de réduire un musulman en esclavage garantit également une grande stabilité interne, contrastant fortement avec l'anarchie, la violence et le dépeuplement qui avait cours partout ailleurs du fait de la chasse à l'homme esclavagiste à grande échelle – c'est ce qui explique encore à l'heure actuelle la très forte densité de population au Fouta-Djalon alors que la zone est pourtant relativement pauvre en ressources naturelles.

Finalement, ce système inspira un grand nombre de révolutions musulmanes en Afrique de l'Ouest dans la période qui suivit, comme par exemple celle du Fouta Toro de la fin du XVIIIe siècle.

La « guerre sainte » du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Au cours du XIXe siècle, les Peuls du Fouta-Djalon mèneront des opérations de résistance pour se protéger contre les attaques venant des régions voisines.

La colonisation française commença en 1838 en Guinée. Dès 1850, les Français fondent un protectorat des rivières du Sud, rattaché au Sénégal. La colonisation s'était heurtée à une très forte résistance, en particulier chez les Peuls du Fouta-Djalon, les Coniaguis et les Guerzés. Sous l'autorité française se développa une élite citadine commerçante qui adopta culture et langue françaises.

Profitant de la division sur la succession au trône, les envahisseurs, sous le commandement d'Alfred Dodds, occupent la capitale Timbo et le dernier almamy du Fouta indépendant, Bokar Biro, est vaincu à la bataille de Porédaka en 1896. Les chefs du Fouta qui avaient assisté les Français, seront soit assassinés (Alpha Ibrahima Sori Yilili), soit envoyés en exil Alpha Yaya.

Renforcement de la colonisation française au XXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1897, les Français installent un almamy au Fouta-Djalon avant de démembrer la République théocratique. Le Fouta est intégré dans sa majorité à la nouvelle colonie des Rivières-du-Sud qui deviendra la Guinée française, englobée, deux ans plus tard, dans le gouvernement général de l'Afrique-Occidentale française[1]. Une partie est occupée par la Grande-Bretagne en Sierra Leone et les Portugais s'empareront du Gabou en Guinée-Bissau. La France impose une dure occupation militaire et instaure un esclavage, appelé travaux forcés.

Le Fouta-Djalon fut un centre de culture théologique peul. Les grands poètes-théologues sont Thierno Samba Mombéya, Thierno Saadou Dalen, Thierno Aliou Bhoubha Ndian et Thierno Diawo Pellel. Ils sont considérés comme d'illustres personnalités issues de la noblesse du Fouta et prêchant le bon exemple (le Peul savant et pieux, fervent dans la religion).

Les exilés de la période Sékou Touré[modifier | modifier le code]

Selon le géographe Yves Boulvert, directeur de recherche à l'IRD, près d'un million de réfugiés guinéens vivent au Sénégal et en Côte d'Ivoire. Beaucoup d'originaires du Fouta Djallon s'exilent dans les années 1950 au Sénégal[2], où ils tiennent des petits métiers : commerce de charbon de bois, vente ambulatoire de cigarettes, petits étals de quartier, taxis. Le pays accède à l'indépendance en 1958, deux ans avant le reste de l'Afrique francophone, mais dès 1957, le futur dictateur Sékou Touré organise des pogroms contre les peuls[3].

La répression qui s'abat sur les enseignants fin 1961 amène les étudiants et les cadres à émigrer de plus en plus loin, pour devenir enseignants, quelquefois fonctionnaires et le plus souvent chômeurs à Dakar, Bamako, Abidjan, Monrovia ou Freetown. En 1964-1965, c'est au tour des commerçants de s'exiler, ce qui entraîne des pénuries. Pour échapper aux réquisitions en nature, les paysans des savanes brûlent cases et récoltes, pour fuir vers les pays voisins avec leur bétail[4]. À la fin des années 1960, la croissance ralentit au Sénégal et s'accélère en Côte d'Ivoire, où les travailleurs guinéens remplacent ceux du Burkina Faso et qui regroupe alors la plus grande communauté scolaire guinéenne à l'étranger, plus de 5 000 personnes, soutenus par le gouvernement ivoirien. Le 27 août 1977 voit la révolte des marchandes du marché de madina, contre la police économique du régime pour appliquer la loi restreignant le commerce.

Les flux migratoires et les massacres des années 2000[modifier | modifier le code]

Dans les années 2000, la Guinée est confrontée à l'afflux de plusieurs centaines de milliers de réfugiés venus du Liberia et de Sierra Leone, alors que le dictateur Lansana Conté, successeur de Sékou Touré, s'accroche au pouvoir, malgré une contestation sociale débouchant sur la grève générale en Guinée de 2007, menée par Rabiatou Serah Diallo.

À partir de 2004, Cellou Dalein Diallo, originaire de Labé, dans la région du Fouta-Djalon, occupe le poste Premier ministre laissé vacant pendant huit mois à la suite du départ en exil de François Lonseny Fall. Il participe activement à la mise en place du système de Lansana Conté qu'il a servi fidèlement plus de 11 ans dans différents gouvernements. La nomination de Cellou Dalein au poste de premier ministre était toute la preuve de fidélité et de confiance que le vieux général lui portait. Vu la crise qui existait dans le pays, il fut utilisé pour avoir l'aide des riches commerçants peulhs, de la même ethnie que lui. Mais la guerre des clans au palais présidentiel finira par avoir raison une fois de plus de Cellou Dalein. Le 5 avril 2006, à la suite de la diffusion de décrets de remaniement ministériel, Elhadj Fodé Bangoura homme de main et puissant secrétaire général à la présidence, obtient du président Lansana Conté son départ.

Il est blessé lors des viols et des massacres du 28 septembre 2009[5], pendant lequel les militaires assassinent 156 personnes, tandis qu'au moins 109 jeunes femmes ou jeunes filles ont été victimes de viols et de mutilations sexuelles[6]. Ce drame affaiblit le régime en place[7] mais sans le faire chuter.

Cellou Dalein Diallo est candidat à l'élection présidentielle de l'année suivante, obtenant 43,69 % des voix, devant Alpha Condé[8]. Il s'incline cependant au second tour avec 47,48 % des voix[9]. Après les violences de 2009, le nombre d'exilés, souvent originaire de l'ethnie des peuls et du Fouta-Djalon, continue à croître, près de 5 000 d'entre eux formant la communauté des Peuls de New-York, aux États-Unis.

Culture[modifier | modifier le code]

Enfants peuls de Doucky

Dans le Fouta-Djalon, comme dans la plupart des régions africaines, la notion de famille désigne soit tous ceux qui vivent, groupés ou non, sous l’autorité d’une même personne avec qui ils se reconnaissent un lien de parenté, soit la cellule sociale formée par les conjoints et leurs descendants, soit parfois un ensemble de personnes dont les ancêtres avaient une forte alliance de par leur voisinage ou des intérêts communs.

On distingue au Fouta-Djalon le parentage et le ménage polygyne.

Le parentage[modifier | modifier le code]

Le parentage inclut les descendants d’un même aïeul, qui reconnaissent l’autorité ou la prééminence d’un patriarche. En pular, le groupement se nomme gorol, « lignée masculine », ou encore « ensemble des parents » musidal, « ceux qui sont issus d’une même porte » : ɓe dambugal gootal. Le chef de ce groupement est le hoore gorol : tête de lignée masculine, mawdo musidal, ancien du parentage.

Il serait souvent inexact de le considérer comme un chef : quand autorité il y a, ses manifestations sont intermittentes. Il s’agit plutôt d’un président du conseil de famille. Ce parentage peut être plus ou moins étendu : comprendre seulement les descendants d’un même grand-père, surtout chez les familles pauvres ou s’étendre aux descendants d’un ancêtre antérieur de cinq, six générations ou plus dans les groupes aristocratiques, où les liens généalogiques sont conservés avec plus de soin et les pouvoirs familiaux du Patriarche se doublent d’attributions politiques.

Le ménage polygyne[modifier | modifier le code]

Le ménage polygyne, ou famille réduite, réunit l’homme, ses épouses et concubines, enfants, serviteurs agricoles, domestiques. On nomme ce groupement bheyngure, ou « acquisition personnelle ». Ce sont les êtres que l’homme a acquis lui-même, qui s’ajoutent à lui, dépendent de lui, lui appartiennent et lui obéissent : on dit encore qu’ils sont « sous ses pieds » (ley koydhe makko). L’habitation de ce groupe est le gallé, ou enclos, à l’intérieur duquel il est réparti en plusieurs huttes (suudu). Il peut y avoir plusieurs enclos : l’un près de la mosquée paroissiale (misiide) l’autre au hameau de cultures (marga) un troisième au hameau des serviteurs (runde). Le chef de famille est le jom gallé, maître d’enclos, ou jom hoggo. Après une période d’attente qui va de la puberté au mariage, les fils fondent, avec l’aide de leur père, un nouveau gallé où seront logés l’épouse, une servante, et quelques têtes de bétail. Les gallé, essaimés du gallé paternel formeront un même parentage (dambugal). L’assemblée des jom gallé se réunira sous la présidence de « l’Ancien », aîné de ce parentage. La cellule sociale réelle tend à être de plus en plus le ménage polygyne, au détriment du parentage patriarcal : ceci est dû à la dislocation sociale causée par la colonisation. D’autre part, il ne paraît pas que le Patriarche ait jamais eu, chez les Peuls du Fouta Djallon, une autorité égale à celle du Patriarche chez les sédentaires cultivateurs, chez les Mandingues, par exemple.

Droits et obligations du chef de groupe[modifier | modifier le code]

Le terme « chef de groupe » est un terme trop fort pour désigner ce doyen des anciens, président du conseil de famille, qu’est le Mawdho musidal (ou, absolument : mawdho). En fait, l’organisation du parentage est beaucoup plus parlementaire que monarchique : ce sont les Anciens qui gouvernent, non le Patriarche ; on entend dire souvent : « nos anciens ont décidé ceci », - à propos des événements familiaux : baptêmes, mariages, successions, ou des décisions concernant cultures et troupeaux ; on entend dire beaucoup moins : notre ancien. La vie familiale peule, comme la vie politique, s’écoulait dans une atmosphère de palabres (réunions : pottal). Nous reviendrons sur les droits et devoirs du Mawdho, dans les sections relatives au mariage et surtout à la propriété. Nous verrons ici les obligations du parentage envers l’Ancien.

Culture populaire[modifier | modifier le code]

L'action du roman Le Roi de Kahel de Tierno Monénembo se déroule dans le Fouta-Djalon.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Guinée - Culture et coutumes
  2. Gillaume Lefevre, La communauté guinéenne de Dakar, une intégration réussie ?, in Catherine Coquery-Vidrovitch, Etre étranger et migrant en Afrique au XXe siècle : Dynamiques migratoires, modalités d'insertion urbaine et jeux d'acteurs (Volume II), L'Harmattan
  3. La population, les langues, les religions
  4. Sékou Touré, Ce qu'il fut. Ce qu'il a fait. Ce qu'il faut défaire, Editions Jeune Afrique, Collection Plus, Paris, 1985
  5. « Blessé dans le “carnage”, Cellou Dalein Diallo raconte », site de France 24, 7 octobre 2009.
  6. Guinée : le massacre du 28 septembre était «un crime contre l'humanité», Libération, 21 décembre 2009
  7. Guinée : premier anniversaire du massacre du 28 septembre 2009, RFI, 28 septembre 2010
  8. [PDF] Résultats définitifs du premier tour sur le site de la Commission électorale nationale indépendante
  9. « Confirmation de la victoire d'Alpha Condé en Guinée avec 52,52 % », Libération, 3 décembre 2010.