Royaume de Dahomey

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7° 11′ 08″ N 1° 59′ 17″ E / 7.18556, 1.98806

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Le royaume du Danhomè en 1894,
au moment de la conquête française (en filigrane les frontières du Bénin actuel)

Le Royaume de Dahomey - ou Royaume du Danhomè en langue fon - est un ancien royaume africain situé dans le sud-ouest de l'actuel Bénin entre le XVIIe siècle et la fin du XIXe siècle. Le Danhomè se développe sur le plateau d'Abomey au début des années 1600 et devient une puissance régionale au XVIIIe siècle en conquérant des villes clés sur la côte Atlantique, en particulier le port de Ouidah. Pendant la majeure partie des XVIIIe et XIXe siècles, le royaume du Danhomè est un État régional important, qui met fin au bout du compte à son statut de tributaire du Royaume d'Oyo et devient un lieu majeur de la traite des esclaves atlantique, fournissant peut-être jusqu'à 20% des esclaves en Europe et en Amérique[1]. En 1894, le royaume est intégré à l'Afrique-Occidentale française comme colonie du Dahomey. Le pays devient indépendant en 1960 en tant que République du Dahomey, avant de devenir République populaire du Bénin en 1975[2], puis République du Bénin en 1990.

Le royaume du Danhomè est une puissance régionale importante dotée d'une économie domestique organisée, un commerce international significatif avec les pays européens, une administration centralisée, un système d'impôts et une armée organisée mixte dont la partie féminine, les Amazones (ou agojié) est permanente.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le royaume de Dahomey est désigné par différents noms et écrit de diverses façons, dont Danxome, Danhome et Fon. Le terme « Fon » désigne le groupe ethnique et linguistique dominant, les Fon ; le royaume est initialement connu sous ce terme par les Européens[3].

Les noms « Dahomey », « Danxome » et « Danhome » possèdent une origine similaire, dont l'historienne Edna Bay dit qu'elle pourrait être fausse[4]. Selon cette histoire, Akaba, considéré comme 4e roi dans les chronologies modernes, obtient la permission des chefs Gedevi, les souverains locaux, de s'installer sur le plateau d'Abomey. Akaba demande des terrains additionnels à un chef important nommé Dan (ou Dã), qui lui répond de façon sarcastique « Dois-je ouvrir mon ventre et y bâtir une maison pour toi ? » (ou « Veux-tu t'établir jusque dans mon ventre ? »). Insulté, Akaba tue Dan et débute la construction de son palais à cet endroit. Le nom du royaume dériverait de cet incident : Dan, « chef », xo, « ventre », et , « à l'intérieur »[5].

Histoire[modifier | modifier le code]

« La côte du Dahomey, ou côte des Esclaves, a été visitée dès le treizième siècle par des navigateurs dieppois, génois et portugais ; puis, en 1725, un Français nommé Jean Préault eut l’autorisation d’y établir des comptoirs ; c’est à cette date que débuta le commerce entre les navires de Normandie et les noirs. »

— Léon Silbermann, Souvenirs de campagne, Plon, Paris, 1910, p. 41-42.

Création[modifier | modifier le code]

Selon les traditions locales, des populations d'origine Yorouba auraient quitté au XVIe siècle la région de Ketou en pays Yorouba (ouest et sud du Nigéria, est du Bénin) pour s'établir à Tado, près du fleuve Mono. Deux groupes s'y forment : Les Ewe (ou Ehvé) qui se dirigent vers l'ouest (actuel Togo) et les Fons (Dauma ou Dahoméens) qui s'installent à l'est. Les Ewe (ou Ehvé) créent Nuatja. Mais l'avènement d'un pouvoir autoritaire pousse vers 1700-1750 l'ethnie à se diviser en trois groupes : les Ehvés, les Anlos (ou Anglo) à l'est de la Volta (fleuve vers le golfe de Guinée) et les Ouatchis. Ils s'installent dans les régions où ils vivent aujourd'hui et forment des chefferies ou républiques dirigées par des conseils de sages.

Les Fons, eux, fondent trois royaumes. Vers 1600, ils fondent Allada (royaume des Ardres ou d'Adra). Puis des guerres de succession conduisent à la formation de deux autres royaumes : Abomey et Adjatché (Porto Novo).

Le royaume d'Abomey, rebaptisé plus tard 'Dahomey', probablement par mauvaise retranscription européenne, prend vite le dessus lors de guerres de conquêtes contre ses voisins et les Yoroubas.

Le royaume de Dahomey est ainsi créé vers 1600 par le peuple Fon, établi depuis peu de temps dans la région en provenance d'un du royaume Yorouba voisin (Cf. ci-dessus) ou qui résulte de mariages entre le peuple Aja (ou Adja) et le peuple local Gedevi. Aho Houegbadja (vers 1645-1685), 3e roi d'Abomey est parfois considéré comme le roi fondateur du Dahomey. C'est un roi bâtisseur qui fait construire les palais royaux d'Abomey et poursuit des raids et des conquêtes des villes en dehors du plateau d'Abomey[4],[6].

Agadja (1711-1740 ?)[modifier | modifier le code]

Agadja, fils de Houegbadja, monte sur le trône en 1718 et débute une expansion territoriale significative du royaume. En 1724, Agaja conquiert Allada, l'origine de la famille royale selon la tradition orale, et en 1727 le Whydah. La taille du royaume croît, particulièrement le long de la côte Atlantique, et le Dahomey devient une puissance régionale. En conséquence, le Dahomey est perpétuellement en guerre avec le principal État de la région, le Royaume d'Oyo, entre 1728 et 1740[7]. Le Dahomey finit par assumer un statut de tributaire de l'Empire d'Oyo[3].

Puissance régionale (1740-1880)[modifier | modifier le code]

Carte du Dahomey et de ses environs, par R. Norris (1793).

Le royaume de Dahomey devient une puissance majeure dans la traite des esclaves, ceux-ci étant fournis grâce à des raids dans les régions voisines. L'Oyo fait parfois pression sur le Dahomey pour mettre un frein à son trafic d'esclaves, essentiellement pour protéger le sien ; le commerce esclavagiste du Dahomey marque à ces moments une pause avant de reprendre à nouveau[8].

Incapable de maintenir un apport régulier d'esclaves, le roi Adandozan (1797-1818) est renversé par son frère Ghézo (1818-1858) et le marchand d'esclaves brésilien Francisco Félix de Sousa[9]. Sous Ghézo, l'empire atteint son apogée ; Ghézo bat l'empire d'Oyo en 1823, mettant fin à son statut de tributaire et développant fortement le commerce d'esclaves[3].

Les années 1850 voient le développement d'Abeokuta, une ville vouée à la protection des populations des raids du Dahomey[8], et l'application d'un blocus naval par les Britanniques en 1851 et 1852 pour stopper le commerce d'esclaves[9]. Ghézo est contraint d'arrêter les raids et accepte de mettre fin au commerce d'esclaves[8]. Des tentatives sont effectuées à la fin des années 1850 et 1860 pour le redémarrer, mais sans succès à long terme[9].

Période coloniale française[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Colonie du Dahomey.

La zone côtière est contrôlée par les Français dans les années 1870 et 1880, la France obtenant un accord avec le royaume en 1878 pour transformer le port de Cotonou en protectorat. « Le premier résident au Dahomey fut le lieutenant-colonel d'infanterie de marine Disnematin-Dorat, nommé par décret du 14 avril 1882. Il avait sous son autorité Porto-Novo, Cotonou et les Popos. Il eut à se débattre contre les intrigues des Anglais, Portugais et Allemands, ses voisins, qui excitaient le roi Glé-Glé contre nous[10] ». En 1883, la France fait de même avec les chefs de Porto-Novo, un rival du Dahomey.

Lorsque Behanzin (1889-1894) prend le pouvoir, il débute des raids sur les protectorats français et renonce à l'accord concernant Cotonou[11]. Les Français répliquent en lançant la Première et Seconde Guerre du Dahomey entre 1890 et 1894. Les troupes françaises du général Alfred Dodds capturent et déportent le roi Behanzin, annexent cette région et installent Agoli-Agbo comme roi. Lorsque celui-ci résiste aux tentatives d'imposition françaises, les Français dissolvent le royaume et exilent Agoli-Agbo[11]. Il est autorisé à retourner dans la région en 1910, à des fins cérémonielles.

La colonie française, qui inclut le royaume, Porto-Novo et une grande zone au nord[11], prend le nom de Colonie du Dahomey. Elle devient indépendante en 1960 sous le nom de République du Dahomey. Le terme reste jusqu'en 1975 lorsque le pays devient le Bénin.

Le prince Arini Ouanilo, fils de Behanzin et dernier descendant royal du Dahomey est mort à Dakar le 19 mai 1928. Il est enterré à Bordeaux, dans le caveau de sa femme, avant d'être exhumé le 24 septembre 2006 pour être enterré au Bénin[12]. Les successeurs actuels au trône du Dahomey, même s'ils ne possèdent plus de pouvoir politique officiel, restent d'importants leaders d'opinion auprès des Fons d'Abomey.

Arts[modifier | modifier le code]

Représentation zoomorphe de Behanzin comme requin.

Les artistes produisent des œuvres représentant des scènes de la vie sous forme de statuettes, tapisseries, peintures[13].

Les arts du Dahomey sont uniques et distincts des traditions artistiques africaines. Ils sont substantiellement soutenus par le roi et sa famille, suivent des traditions non-religieuses, sont assemblés en différents matériaux et empruntent fortement aux autres peuples de la région. Les formes artistiques incluent la gravure d'ivoire et de bois, le travail des métaux (dont l'argent, le fer et le cuivre), les vêtements appliqués et les reliefs d'argile[14].

Le roi est central dans les arts et plusieurs d'entre eux fournissent des sommes importantes aux artistes, provoquant le développement unique, pour la région, d'une tradition artistique non-religieuse dans le royaume[15]. Le léopard est aussi considéré comme animal royal. Les artistes ne forment pas une classe spécifique[14].

Les rois sont souvent décrits selon de grandes formes zoomorphes, chacun ressemblant à un animal particulier[16].

L'historienne Suzanne Blier (en) identifie deux aspects spécifiques de l'art du Dahomey : l'assemblage de différents composants et l'emprunt à d'autres cultures. L'assemblage, impliquant plusieurs parties (souvent de différents matériaux) combinées en une unique œuvre, est courant, résultat des différents rois promouvant des produits finis plutôt qu'un style particulier[14]. Cet assemblage peut également résulter des emprunts des styles et techniques d'autres cultures. Les vêtements et l'architecture ressemblent aux autres représentations artistiques de la région[17].

La plupart des œuvres tournent autour de la royauté. Chaque palais du musée historique d'Abomey contient des bas-reliefs d'argile élaborés (noundidė en fon) enregistrant les réalisations du roi[16], souvent représentés pendant des batailles contre les tribus Oyo et Mahi du nord du Dahomey, leurs opposants décrits négativement. Les thèmes historiques dominent et les personnages sont dessinés sommairement, souvent assemblés les uns sur les autres ou à proximité les uns des autres, créant un effet d'ensemble[15]. Les membres de la famille royale sont représentés dans des sculptures appelées bocio, incorporant des matériaux divers (métal, bois, perles, vêtements, fourrure, plumes, os) sur une base formant un personnage debout. Les bocio ont un aspect religieux et incluent différentes forces[17]. En outre, les appliqués du Dahomey les décrivent dans des représentations zoomorphes similaires[15].

Une tradition distincte concerne la fonte de petites figurines de cuivre représentant des animaux ou des êtres humains, portées comme bijoux ou exposées dans les habitations des personnes aisées.

Souverains du Danhomè[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rois d'Abomey.
  1. Gangnihessou 1600 - 1620
  2. Dakodonou, 1620-1645
  3. Aho Houegbadja, 1645-1685
  4. Houessou Akaba, 1685-1708
  5. Hangbè, 1708-1711 (reine)
  6. Agadja, 1711-1740
  7. Tegbessou, 1740-1774
  8. Kpengla, 1774-1789
  9. Agonglo, 1789-1797
  10. Adandozan, 1797-1818
  11. Ghézo, 1818-1858
  12. Glélé, 1858-1889
  13. Behanzin, 1889-1894
  14. Agoli-Agbo, 1894-1900

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Linda M. Heywood, John K. Thornton, Soundings in Atlantic history: latent structures and intellectual currents, 1500–1830, Cambridge, Harvard University Press,‎ 2009, « Kongo and Dahomey, 1660-1815 »
  2. « L'histoire du Dahomey - Bénin », Cosmovisions (consulté le 11 novembre 2010)
  3. a, b et c (en) Robin Law, « Dahomey and the Slave Trade: Reflections on the Historiography of the Rise of Dahomey », The Journal of African History, vol. 27, no 2,‎ 1986, p. 237–267
  4. a et b (en) Edna Bay, Wives of the Leopard: Gender, Politics, and Culture in the Kingdom of Dahomey, University of Virigina Press,‎ 1998
  5. (en) J. Cameron Monroe, « In the Belly of Dan: Space, History, and Power in Precolonial Dahomey », Current Anthropology, vol. 52, no 6,‎ 2011, p. 769–798
  6. (en) Elizabeth M. Halcrow, Canes and Chains: A Study of Sugar and Slavery, Oxford, Heinemann Educational Publishing,‎ 1982
  7. (en) Stanley B. Alpern, « On the Origins of the Amazons of Dahomey », The Journal of African History, vol. 25,‎ 1998, p. 9–25
  8. a, b et c (en) John C. Yoder, « Fly and Elephant Parties: Political Polarization in Dahomey, 1840-1870 », The Journal of African History, vol. 15, no 3,‎ 1974, p. 417–432
  9. a, b et c (en) Robin Law, « The Politics of Commercial Transition: Factional Conflict in Dahomey in the Context of the Ending of the Atlantic Slave Trade », The Journal of African History, vol. 38, no 2,‎ 1997, p. 213–233
  10. Leon Silbermann, Souvenirs de campagne, op. cit. p. 43.
  11. a, b et c (en) C.W. Newbury, « A Note on the Abomey Protectorat », Africa: Journal of the International African Institute, vol. 29, no 2,‎ 1959, p. 146–155
  12. « Exhumation du prince Ouanilo, fils du dernier roi du Dahomey », Dernières Nouvelles d'Alsace,‎ 24 septembre 2006
  13. « Artistes d'Abomey », Musée du quai Branly (consulté le 6 novembre 2012)
  14. a, b et c (en) Suzanne Preston Blier, « Melville J. Herskovits and the Arts of Ancient Dahomey », Anthropology and Aesthetics, vol. 16,‎ 1988, p. 125-142
  15. a, b et c (en) Thomas W. Livingston, « Ashanti and Dahomean Architectural Bas-Reliefs », African Studies Review, vol. 17, no 2,‎ 1974, p. 435–448
  16. a et b (en) Francesca Pique, Leslie H. Rainer, Palace Sculptures of Abomey History Told on Walls, Los Angeles, Paul Getty Museum,‎ 1999 (lire en ligne)
  17. a et b (en) Suzanne Preston Blier, « The Art of Assemblage: Aesthetic Expression and Social Experience in Danhome », Anthropology and Aesthetics, vol. 45,‎ 2004, p. 186–210

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Samuel Decalo, Historical dictionary of Dahomey : People's Republic of Benin, Scarecrow press, Metuchen, N.J, 1976, XXVII-201 p. (ISBN 0-8108-0833-1)
  • (en) Patrick Manning, Slavery, colonialism and economic growth in Dahomey, 1640-1960, Cambridge University Press, Cambridge, 1982, 446 p.
  • (en) J. Alfred Skertchly, Dahomey as it is : being a narrative of eight months' residence in that country, with a full account of the notorious annual customs, and the social and religious institutions of the Ffons; also an appendix on Ashantee, and a glossary of Dahoman words and titles, Chapman and Hall, London, 1874, 524 p.
  • Alexandre L. d'Albéca, La France au Dahomey, Institut national des langues et civilisations orientales, Paris, 1976 (reprod. de l'édition de 1895)
  • Hélène d'Almeida Topor, Histoire économique du Dahomey, Bénin, 1890-1920, L'Harmattan, Paris, 1995, 2 vol. (490, 419 p.)
  • Maurice Delafosse, Manuel dahoméen : grammaire, chrestomathie, dictionnaire français-dahoméen et dahoméen-français, Paris, E. Leroux, 1894, 435 p.
  • Dictionnaire bio-bibliographique du Dahomey, I.R.A.D., Porto-Novo, 1969, 183 p.
  • Maximilien Quénum, Au pays des Fons : us et coutumes du Dahomey, Maisonneuve et Larose, Paris, 1983 (rééd. de 1936), 170 p. (ISBN 2-7068-0859-4)
  • Dr. Répin, « Voyage au Dahomey », Le Tour du monde, 1863, vol. 7, p. 65-112

La première partie de la série de bande dessinée Les Passagers du vent évoque le comptoir portugais de Juda sur les côtes du royaume du Dahomey. (François Bourgeon, éditions Glénat, de 1980 à 1984).

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Dahomey : rois et dieux, Fondation Zinsou, Cotonou, 2005 (DVD)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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