Forêt d'Écouves

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48° 32′ 42″ N 0° 03′ 53″ E / 48.5449, 0.0647

La forêt d'Écouves, en grande partie domaniale (près de 8 200 ha sur un total de 15 000) est l'un des massifs boisés de l'Orne, au nord d'Alençon.

Elle fait partie du parc naturel régional Normandie-Maine avec la forêt des Andaines et la forêt de Perseigne.

Géographie[modifier | modifier le code]

  • Dimensions : ce massif forestier s'étend sur environ 18 km de long sur 8 à 10 km de large.
  • Situation : il est situé dans le département de l'Orne au nord d'Alençon, entre les communes de Carrouges à l'ouest et de Sées à l'est.
  • Biogéographie : Le climat est d'influence atlantique. La forêt couvre des reliefs très variés, de 100 à plus de 400 m d'altitude, comprenant des collines, des crêtes rocailleuses et des vallons, aux confins du bassin parisien et du massif armoricain.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Le nom de la forêt est attesté dans un texte rédigé en latin comme foresta quae dicitur Escoves en 1126[1].

Il pourrait s'agir de l'ancien scandinave skógr « forêt » (islandais skógur, norvégien skog)[2], romanisé en *Scogas. Cependant, le passage de [g] à [v] est difficile à admettre phonétiquement et n'est pas comparable à l'évolution du vieux danois skog vers skov en danois moderne. Ainsi l'ancien normand hogue / hougue est issu de l'ancien scandinave haugr romanisé en hoga. En outre, la forêt d'Écouves n'est pas située dans l'aire de diffusion de la toponymie scandinave en Normandie, où il n'existe apparemment aucune autre occurrence de ce mot d'après les spécialistes[2].

Le vieux français escouve signifiait « balai » (d'où le dérivé écouvillon) et était issu du latin classique scōpa ayant ce même sens[3]. Mais celui-ci est peu probable s'agissant de la forêt.

En latin médiéval le mot scopa signifiait « tige », « fût » (d'un arbre) ainsi que « bouleau »[4]. le [p] intervocalique latin a régulièrement évolué en [v] en français (sapo > savon, ripa > rive, etc.) . L'une et l'autre de ces deux explications s'accordent parfaitement avec un élément forestier.

Les toponymes français Écouviez (Meuse, Escouvyiers, Ecouviers 1183) et L'Écouvotte (Doubs) sont considérés comme des formations gallo-romanes ou médiévales dérivées de scopa à l'aide du suffixe -ier (< -arium) d'après les noms d'arbres fruitiers (pommier, poirier, etc.) comme peuplier, sorbier, etc. dans le premier cas, et du suffixe -otte dans le second.

Histoire[modifier | modifier le code]

Après les grands défrichements médiévaux, la forêt a été victime d'une pression constante pour la production de bois de feux et de bois d'œuvre, et longtemps aussi pour la production de combustible de forge. Gérard Houzard, Dégradations et restauration en forêt d'Ecouves de 1666 à nos jours. Hommes et Terres du Nord, 1986, 2-3, p. 227-230.

  • Forêt royale depuis 1220, elle avait été très abîmée avant que l'aménagement commencé en 1863 ne la reconstitue en futaie.
  • En 1667, le roi Louis XIV y avait fait implanter 325 bornes en granit de Hertré (toujours visibles) pour marquer la limite des célèbres chasses seigneuriales.
  • Avant la Révolution, des bornes de signalisation en granit sont placées à proximité des carrefours. Au nombre de 80 à ce jour, elles sont classées Monuments Historiques,
  • En 1882 a été capturé le dernier loup de la forêt.
  • Les 12 août et 13 août 1944, un détachement de la 2e division blindée du Général Leclerc -- la colonne blindée Roumiantzoff -- qui venait de libérer Alençon et qui était en route vers Argentan, rejointe par le sous-groupement Putz, s'opposa violemment à des blindés de la IXe Panzerdivision cachés dans la forêt d'Écouves. Le fils du colonel Rémy, âgé de 18 ans, et dix-huit autres de ses camarades de combat furent tués. Trois chars Sherman furent perdus lors de ces combats ; l'un d'eux, touché par un antichar allemand au lieu-dit Les Gateys, est aujourd'hui implanté au carrefour de la Croix de Médavy pour commémorer ces évènements (commune de Fontenai-les-Louvets).

La forêt[modifier | modifier le code]

Elle est en majorité plantée de chêne sessiles, de hêtres et de pin sylvestre, mais aussi de pins laricio, sapins Douglas, sapins pectinés, bouleaux, trembles, aulnes, frênes, épicéas de Sitka et mélèzes du Japon.

Le gibier y est abondant (cerfs, biches, chevreuils, sangliers) et la tradition de la vénerie s'y perpétue grâce à un équipage, l'équipage Kermaingant.

Écologie[modifier | modifier le code]

Le massif, avec la dizaine d'étangs qui se trouvent à sa périphérie, est concerné par le passage d'oiseaux migrateurs (guifette noire, milan noir, courlis, sternes, canards sauvages. On y observe aussi le grèbe huppé, le grèbe castagneux et la chouette chevêche, qui y nichent.

Les champignons sont abondants (cèpes, bolets, girolles...).

Dans le sous-bois poussent les myrtilles, digitales, sceaux-de-Salomon, ficaires, lamier, bugle et véronique, callune, genêts et fougères.

Le massif est fragmenté par trois routes départementales (Alençon-Carrouges, Carrouges-Sées et Alençon-Mortrée) et par 80 km de routes forestières qui rayonnent depuis les carrefours de la Croix-Madame, du Chêne-au-Verdier ou de la Croix-de-Médavy. Les sentiers de grande randonnée GR 22 et GR 36 le traversent.

Dans l'art[modifier | modifier le code]

La forêt d'Écouves est particulièrement présente dans l'œuvre du peintre Georges Lacombe (1868-1916), établi à son orée.

Lieux remarquables[modifier | modifier le code]

Manifestations[modifier | modifier le code]

Sports :

  • Tous les ans, le 1er dimanche de septembre, la forêt d'Écouves accueille un grand rendez-vous VTT connu sous le nom de la Trans'Écouves. Cet événement organisé depuis 1990 permet chaque année de faire « découvrir » la forêt à plus d'un millier de vététistes novices et chevronnés. Le départ est donné depuis Radon, petite commune au sud-est de la forêt, le matin à 9 h 00.
  • Chaque année, fin mars ou première quinzaine d'avril, la course à pied Alençon-Médavy réunit plus de 5 500 coureurs de toutes nationalités. Le parcours fait 15,4 kilomètres dont les 5 derniers kilomètres sont en côte en forêt d'Écouves.
  • Traditionnellement organisé le lundi de Pâques, le XC d'Écouves est une compétition nationale de VTT. Tracé autour du parcours santé du Chêne au Verdier (Saint-Nicolas-des-Bois) le circuit est très exigeant physiquement et techniquement. Il est réservé aux spécialistes de la discipline.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Forêt | Liste des principales forêts de France | Liste des forêts normandes

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gérard Houzard et D. Clary, P. Clerc, Ch. de Lavenne : Changements écologiques, économiques et sociaux autour d'Écouves. Caen, Univ., 1984
  • D.Clary -Th Mercier - J.A. Tellier : Forêt domaniale d'Ecouves Bornes de signalisation .Ste Historique et Archéologique de l'Orne , 1986
  • Gérard Houzard :Les massifs forestiers d'Andaines et Ecouves.Sté Historique et Archéologique de l'Orne, 2008
  • Ecouves, la belle au bois normand, Jean-Marie Foubert, OREP, 2008 (ISBN 978-2-915762-87-7)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Renaud, Vikings et noms de lieux de Normandie. Dictionnaire des toponymes d'origine scandinave en Normandie, éditions OREP, 2009 (ISBN 978-2-915762-89-1), p. 63.
  2. a et b Jean Renaud, op. cit.
  3. Site du CNRTL : étymologie d’"écouvillon" et d’"écouve"
  4. Ducange sur le site de la Sorbonne