Salamandra salamandra

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La salamandre tachetée (Salamandra salamandra) est une espèce d'urodèles de la famille des Salamandridae[1].

En français elle est nommée également salamandre terrestre, salamandre commune ou salamandre de feu.

Le nom vernaculaire salamandre tachetée généralement attribué à l'espèce Salamandra salamandra peut également s'appliquer à d'autres espèces ou sous-espèces du genre Salamandra présentant un motif tacheté, comme la salamandre nord-africaine Salamandra algira, ou à d'autres salamandres, comme la salamandre Ambystoma maculatum.

Il s'agit de l'un des urodèles les plus répandus et les plus reconnaissables d'Europe.

Description[modifier | modifier le code]

Son aspect très particulier et très visible la rend difficile à confondre avec une autre espèce : un long corps noir mesurant dans les 20 cm, tacheté de jaune (parfois d'orange) à la peau luisante semblant huileuse. Elle se déplace lentement, d'une démarche pataude et a la particularité de pouvoir régénérer des parties perdues ou blessées de son corps très rapidement et de se défendre par la sécrétion d'une neurotoxine, le samandarin.

Taille et coloration du corps[modifier | modifier le code]

La salamandre est un animal typiquement forestier, des landes ou du bocage dense

Taille[modifier | modifier le code]

Les salamandres adultes d'Europe centrale peuvent atteindre une taille maximale de 23-30 centimètres et une masse corporelle d'environ 40 grammes. Le poids peut cependant varier selon le nombre de proies avalées et d'autre part parce que les femelles adultes contiennent des larves en développement dans leur ventre au printemps. Un individu de 19 centimètres bien nourri peut aisément atteindre 55 grammes ou plus, notamment pour les femelles fécondées.

Des études dans le cadre d'une cartographie des forêts autour de Heidelberg en Allemagne ont montré que la taille de 20 centimètres n'était atteinte que par la sous-espèce à bandes (S. s. terrestris). La salamandre tachetée méridionale (S. s. salamandra) atteint en comparaison seulement 16 centimètres de long, rarement 20. Les femelles deviennent en moyenne plus grandes que les mâles et avec un poids souvent supérieur à 50 grammes.

Rare coloration dorsale orange

Description[modifier | modifier le code]

C'est un animal nocturne, muni de grands yeux noirs adaptés à la vision nocturne et crépusculaire. La peau lisse et noire de la salamandre tachetée est interrompue sur le dos par un motif jaune, occasionnellement orange à rouge, de points et/ou de lignes. Par la variabilité de ce motif, on peut identifier les individus séparément. À cet égard la documentation photographique du dessin dorsal a fonctionné de façon satisfaisante comme méthode fiable. Néanmoins, dans les régions où les deux aires de répartition se chevauchent (essentiellement dans certaines régions d'Allemagne), ce niveau élevé de variation du motif dorsal rend difficile le classement des individus dans l'une ou l'autre des deux sous-espèces les plus communes (terrestris et salamandra).

De plus, il semble que pour la sous-espèce terrestris le dessin des taches change encore clairement durant les deux premières années[citation nécessaire]. Dans certains cas exceptionnels on peut trouver des salamandres tachetées sans taches, entièrement noires. Parfois des salamandres blanchâtres, albinos, sont observées.

Larve de salamandre : les taches jaunes à la base des pattes sont caractéristiques, permettant de différentier la larve de celles des tritons

Les larves de salamandres présentent des marques jaunâtres et/ou brillantes à la base des pattes, dans leur partie proximale. Ces marques permettent de faire la différence avec les larves de tritons dans les biotopes où ils sont tous les deux présents.

À l'instar d'autres espèces d'amphibiens, certains facteurs écologiques prédominants peuvent affecter l'intensité de la coloration des salamandres. sur des sols jaunâtres, par exemple du Lœss, les salamandres apparaissent souvent colorées d'un jaune plus intense. Sur un sous-sol foncé, par exemple sur des sols de type Mor ou de tourbe brune, la coloration a une teinte plus sombre. Sous l'influence d'une sécheresse et de la chaleur, les couleurs du corps se ternissent, et lors d'une plus longue exposition à ces deux facteurs toute la surface de la peau apparaît fragile et plissée. Ces modifications extérieures reflètent en même temps sûrement la mauvaise condition générale de l'animal, puisque toute la surface de la peau remplit un rôle respiratoire chez les salamandres adultes, ne fonctionnant de façon optimale que dans un environnement humide. En soulevant et en abaissant le fond de la bouche, la salamandre peut respectivement inspirer et expirer, tout en coordonnant simultanément la fermeture et (respectivement) l'ouverture des narines. C'est le principe respiratoire de la pompe refoulante, commun chez les batraciens et les poissons à poumon (voir dipneuste).

Organe voméro-nasal[modifier | modifier le code]

Les salamandres disposent d'un organe olfactif supplémentaire à côté du nez : c'est l'organe voméro-nasal. Il s'agit d'une longue bosse à terminaison aveugle située sur la face externe des conduits nasaux, dont l'épithélium contient des cellules olfactives reliées aux nerfs olfactifs du nez.

Cet organe facilite probablement l'union avec le partenaire sexuel et/ou aide l'animal à s'orienter sur le terrain. Il est possible que l'étonnante fidélité de la salamandre aux zones de frai ainsi qu'à ses quartiers d'hiver et d'été soit en relation étroite avec cet organe olfactif.

Glandes parotoïdes[modifier | modifier le code]

Les glandes parotoïdes de la salamandre tachetée peuvent libérer des sécrétions toxiques

Situées juste derrière les yeux, les très surprenantes glandes parotoïdes (ou parotides) sont caractéristiques de l'espèce, et sont par exemple absentes chez les tritons. Toutefois on les trouve également chez la salamandre noire ou les crapauds (au sens strict, c’est-à-dire le genre Bufo). Pour la protection contre les ennemis, les glandes parotoïdes ainsi que des rangées de glandes dorsales peuvent excréter une sécrétion empoisonnée. Soumise à un stress important, une salamandre est même en mesure de décharger le poison jusqu'à un mètre de distance[réf. nécessaire]. Cette capacité à cracher arbitrairement un liquide empoisonné au moyen de glandes particulières a valu à la salamandre tachetée d'être considérée dans les croyances populaires comme un animal démoniaque pourvu de capacités surnaturelles.

Sécrétions cutanées[modifier | modifier le code]

Formule chimique du samandarin, alcaloïde toxique produit par la peau de la salamandre

La peau épaisse et brillante de la salamandre tachetée est munie de nombreuses glandes qui sécrètent une fine couche de mucus empoisonné par une neurotoxine qui agit par contact avec les muqueuses. Les sécrétions produites par les glandes des salamandres tachetées sont classées parmi les alcaloïdes. Jusqu'ici les composés organiques Samandarin (C19H31NO), Samandaridin (C21H31NO) et Samanderon (C22H31N02) ont été identifiés.

Normalement, ces sécrétions provoquent seulement une légère brûlure - si réaction il y a - sur la peau humaine. Sur des personnes très sensibles et/ou des enfants, ces sécrétions peuvent également provoquer des nausées, troubles respiratoires et des vomissements. On trouve parfois dans les nouvelles locales des symptômes d'intoxication par une salamandre tachetée. En particulier, un animal non alerté par les couleurs noires et jaunes ou inexpérimenté (comme un chiot ou un chat) qui tente de mordre ou manger une salamandre la rejette généralement immédiatement, et peut être affecté de troubles comme la contraction involontaire des muscles des mâchoires, la rigidité du cou et/ou une forte production de salive, et dans certains cas isolés la mort.

À part la protection contre les prédateurs, les sécrétions cutanées servent principalement à inhiber la croissance de bactéries et de champignons à la surface de la peau humide de l'animal (propriétés bactéricides et antifongiques).

Mue[modifier | modifier le code]

Les salamandres tachetées, subissent des mues successives à intervalles réguliers, notamment au cours de la croissance. Comme pendant le processus de mue la défense par la sécrétion de toxines cutanées est fortement réduite, la salamandre effectue cette procédure essentiellement dans des endroits cachés. Elle commence la mue en frottant sa tête ou sa bouche contre du bois, des pierres ou un autre support. Après que la tête est libérée de la vieille peau, la peau se ressere autour du cou. Si l'ancienne peau enserre trop fortement le cou, cela peut conduire dans certains cas extrêmes à une mort par suffocation, en particulier chez les jeunes spécimens. Au moyen de mouvements reptiliens et saccadés, l'amphibien essaie ensuite de faire descendre la peau sous la poitrine afin de libérer ses pattes avant puis arrière pour finalement se débarrasser complètement de son ancienne peau. Si cela fonctionne, la salamandre a la partie la plus difficile de la mue derrière elle. La libération de la peau restante est comparable à enlever des bas-collants, des inégalités du sol peuvent alors être une aide précieuse. L'ancienne peau est souvent mangée. La nouvelle peau est encore humide, douce et en quelque sorte sensible après le processus de mue. Très souvent la salamandre reste ainsi pendant un certain temps avec les membres étirés. Après avoir mué, le corps noir est plus intensément contrasté.

Émissions sonores[modifier | modifier le code]

Les salamandres tachetées, comme les autres membres de la famille des Salamandridae, ne possèdent pas de sacs vocaux comme les Anoures (grenouilles, crapauds, rainettes, etc.). Elles sont néanmoins capables d'émissions sonores, caractérisées tour à tour comme des grognements légers, des grognements ou des piaulements. Quelques spécialistes pensent que les phénomènes bioacoustiques chez la salamandre tachetée sont de « nature coïncidentale » et résultent de mécanismes de pression mécanique de l'air lorsque les animaux sont effrayés. Dans ce cas, ils ne représenteraient pas de vraie communication sonore, étayé par le fait que les urodèles ne possèdent pas d'oreille moyenne ni de tympan.

Acuité visuelle[modifier | modifier le code]

Le fait que les salamandres tachetées adultes puissent très bien s'orienter visuellement est prouvé par leur étonnante capacité à retrouver leurs différents lieux de vie (lieu d'hibernation, de reproduction, d'alimentation). Puisque l'orientation visuelle de la salamandre doit se faire essentiellement à l'aube et/ou durant la nuit, on s'est demandé jusqu'à quelle intensité lumineuse la salamandre tachetée pouvait encore discerner son environnement. Pour répondre à cette question, un dispositif de visualisation infrarouge a permis de déterminer que la salamandre pouvait encore reconnaître et attraper avec succès ses proies avec une intensité lumineuse de 10−4 lux. Avec une intensité lumineuse aussi faible, l'œil humain ne distingue plus rien.

Mode de vie et comportement[modifier | modifier le code]

Ne craignant pas de prédateurs, les salamandres se déplacent lentement, et comme d'autres animaux protégés par des piquants (comme, par exemple, les hérissons), des carapaces (tortues) ou des venins, n'hésitent pas à traverser des espaces à découvert, souvent au péril de leur vie quand il s'agit de routes fréquentées.

Espérance de vie[modifier | modifier le code]

En captivité la salamandre tachetée peut atteindre un âge avancé. On rapporte ainsi le cas d'une salamandre maintenue de 1863 à 1913 (soit 50 ans) dans un terrarium du Musée Alexander Koenig de l'institut de recherche zoologique de Bonn.

En milieu naturel, une espérance de vie supérieure à 20 ans a été scientifiquement attestée.

Reproduction[modifier | modifier le code]

Larve de salamandre tachetée
Larve de salamandre tachetée, presque parvenue au stade adulte

La reproduction de la salamandre tachetée est un cas particulier parmi les amphibiens autochtones d'Europe Centrale. Alors que la plupart des amphibiens se rendent dans des étangs et des mares au printemps durant une certaine période, afin de s'accoupler et d'y déposer leurs œufs, les salamandres tachetées s'accouplent exclusivement hors de l'eau. La période d'accouplement dure d'avril à septembre avec un pic d'activité en juillet. La femelle ne se rend jusqu'à une zone d'eau qu'à la fin de la période embryonnaire, au printemps, afin de déposer les larves.

La salamandre tachetée atteint la maturité sexuelle en 2 à 4 ans. Les partenaires sexuels sont en dehors de la période d'accouplement - par exemple dans leur lieu d'hibernation - difficilement différentiables. Durant l'été cependant le cloaque gonfle et présente une fente longitudinale bien visible chez le mâle. Chez la femelle, la région du cloaque reste plate même durant la période de reproduction. Les partenaires sexuels se rencontrent probablement grâce aux phéromones sécrétées puis au contact physique.

Pour l'accouplement, le mâle se glisse sous la femelle et l'entoure avec ses pattes avant. La femelle absorbe avec son cloaque un petit emballage de sperme, dénommé spermatophore, déposé sur le sol par le cloaque du mâle. Après l'accouplement, la femelle porte les embryons pendant environ huit à neuf mois (on parle de développement intra-utérin). Durant cette phase de développement, les larves sont entourées par des membranes contenant un liquide très fortement concentré en urée. On suppose que cette très forte concentration d'urée contribue à augmenter la vitesse de développement des larves dans la femelle. Pour la naissance des larves la femelle se rend dans l'eau et dépose la nouvelle génération dans un endroit approprié des berges ; cela se passe essentiellement la nuit. Selon l'âge, la taille corporelle et les conditions d'alimentation de la femelle, des portées de seulement quelques salamandres jusqu'à 70 individus sont ainsi mis au monde, avec une moyenne de 30 larves. Ce nombre est très faible en comparaison de certains amphibiens (les grenouilles en pondent des milliers) mais comme les embryons se développent dans le corps de leur mère, les larves résultantes sont mieux formées et ont un meilleur taux de survie). Les membranes éclatent au moment du dépôt des larves dans l'eau. C'est ainsi que la salamandre tachetée met bas : on parle d'ovoviviparité ou larviparité. Après un accouplement réussi, la femelle garde en elle la semence du mâle durant plusieurs années. Cette stratégie de reproduction permet à la salamandre de donner de nouvelles générations sur de longues périodes sans forcément avoir de partenaire sexuel.

Eaux de source calmes : un habitat naturel pour les larves de salamandre

Les larves de salamandres tachetées, de 25 à 35 millimètres, discrètement colorées, sont mises au monde généralement dans les flaques et les petits cours d'eau forestiers mais aussi dans le secteur supérieur des rivières, de préférence dans des endroits avec une vitesse de courant faible, près des sources, ou dans les zones calmes de cours d'eau plus grands. Les salamandres tachetées apprécient aussi les fontaines peu profondes des sources calmes. Des eaux fraîches, pauvres en nutriments (oligotrophes), riches en oxygène sont communément utilisées comme lieux de reproduction. Chez les populations de salamandres tachetées situées en altitude, on n'observe parfois qu'une nouvelle génération tous les deux ans, ce qui constitue un parallèle intéressant avec la stratégie de reproduction de la salamandre noire.

Naissance de salamandres dans la vallée de la Beune, en Périgord. Situé hors d'un milieu aquatique, il est probable que l'accouchement ait été déclenché prématurément, pour une raison inconnue.

Certaines populations de salamandres tachetées du sud de l'Europe sont capables de donner naissance à des jeunes salamandres complètement formées, vivant tout de suite sur terre - comme la salamandre noire - on parle de Viviparité. En 1928, l'herpétologue Magdebourgeois Willy George Wolterstorff (1864-1943) rapportait ainsi des observations de naissances de jeunes salamandres complètes (respirant grâce à des poumons) à Oviedo dans le nord de l'Espagne qu'il décrivit avec quelque réserve comme la sous-espèce Salamandra maculosa taeniata forme bernardezi (S. maculosa étant un des synonymes taxonomique de S. salamandra). Cette découverte n'a tout d'abord pas attiré l'attention de la communauté scientifique, et ce n'est que dans les années 1970 que la découverte a été confirmée par d'autres collègues. Il est relativement facile de comprendre que cette évolution visant à mettre au monde des individus complètement formés, que ce soit chez la salamandre tachetée ou la salamandre noire, est une adaptation à des conditions de vie modifiées et parfois extrêmes.Salamandra atra, soumise a un climat glacial dans les Alpes, a peut-être survécu seulement parce que le développement des larves s'effectuait progressivement dans le ventre de la femelle. De la même façon, la viviparité peut être interprétée avec la salamandre tachetée en Espagne comme une adaptation aux conditions climatiques de sécheresse (xérothermie) et à la raréfaction de l'eau associée.

La durée de développement des larves de salamandres est plus longue lorsque le climat est plus froid. Ainsi la métamorphose qui donne finalement l'individu terrestre a lieu en général de trois à six mois après la ponte - la durée la plus longue correspondant particulièrement aux eaux froides des stations montagnardes. Dans des conditions très favorables, donc avec une température d'eau plus chaude et une nourriture disponible en quantité suffisante, la métamorphose peut être complète après seulement deux mois. À cette étape les animaux sont longs d'environ 50 à 70 millimètres. Des larves de salamandre mises au monde plus tard dans l'année, par exemple durant l'été, sont tout à fait capables, si les conditions de vie sont suffisamment bonnes, d'hiverner à l'état larvaire. Dans de très rares cas sont produits des individus gardant certaines caractéristiques larvaires même à l'état adulte (phénomène de néoténie).Elle est ovovivipares.

À terme et dès le milieu de l'hiver parfois lorsque les conditions sont favorables, les larves sont expulsées dans l'eau où elles poursuivent leur développement en étant déjà pourvues de branchies externes et de leur quatre membres. Ce n'est que peu de temps avant leur sortie de l'eau qu'apparaitront les taches colorées typiques de cette espèce. Elles sont ovovivipares.

Hibernation[modifier | modifier le code]

Des grottes ou entrées de mines comme celle-ci sont des lieux souvent choisis pour l'hibernation des salamandres (entre autres)

La salamandre est un animal hibernant. Elle ne rejoint ses quartiers d'hiver que lors des premières nuits de gelée au sol, entre la fin du mois d'octobre et le début du mois de novembre. L'hibernation a lieu essentiellement sous terre, dans des endroits comme des puits, dans des galeries souterraines de mammifères, des anciens tunnels miniers, ou même dans des caves. Pour des séjours de longue période dans des caves ou des grottes alimentées en eau, par exemple par une source, la salamandre doit s'adapter aux niveaux d'eau changeants pour éviter de finir noyée (rappelons que l'adulte ne peut pas nager et risque la noyade), en particulier après de fortes pluies ou des chutes de neige. Un spéléologue allemand observe ainsi des stratégies d'adaptation étonnantes chez les salamandres hibernant dans des grottes de réseau karstique en Allemagne ; lors de la montée des eaux, les individus grimpent du sol vers les colonnes rocheuses en hauteur, et attendent la décrue, avant de retourner se cacher pour continuer l'hibernation.

Les salamandres tachetées montrent une étonnante fidélité à leur habitat, et reviennent régulièrement sur les mêmes lieux d'hibernation, année après année.

Occasionnellement, par des jours chauds et sans vent, on peut rencontrer des salamandres en extérieur, même durant l'hiver. On rapporte même qu'elles sont capables de résister à un gel léger sur de courtes périodes, avec des températures de l'ordre de -5 °C. Une épaisse couche de neige empêche toutefois toute activité. Avec la fonte des neiges les salamandres redeviennent actives. On peut ainsi assister à la ponte des femelles dès mi-février. D'autres facteurs, comme l'allongement de la durée du jour, l'humidité et les mouvements atmosphériques, jouent également un rôle dans la reprise de l'activité. Des conditions optimales pour le « temps à salamandres », sont une température approximative de +10 °C, accompagnée d'une humidité atmosphérique de 75 à 90 % et pas de vent.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Individu actif durant l'hiver : la surface de la peau est clairement dessechée

Les salamandres adultes se nourrissent dans une large mesure d'organismes invertébrés comme des cloportes, par exemple Porcellio scaber, de petits coléoptères tendres ainsi que de petits spécimens de limaces (Arion sylvaticus, A. subfuscus, A. rufus).

Les vers de terre (Lumbricidae) sont également des proies très appréciées, ainsi que les araignées et les insectes qui sont fréquemment approchés « à la manière du caméléon » et ensuite, selon leur taille, attrapés soit avec la langue soit par un saut suivi d'un coup de machoîre.

Les salamandres tachetées dévorent généralement tout ce qui n'est pas trop gros par rapport à leur propre taille, et consomment parfois d'autres amphibiens comme des tritons ou de petites grenouilles. Bien que les salamandres soient en général des animaux très lents, ils peuvent devenir très agiles lors de la recherche de proie. Les petites dents dans les machoîres ainsi que le palais servent à maintenir la proie pour l'avaler. De vifs mouvements d'oscillation du corps soutiennent le processus en particulier lors de la capture de proies trop grandes. La langue ne joue pas un très grand rôle lors de l'alimentation, du fait qu'elle reste fortement attachée à la partie inférieure de la bouche. La bouche, la langue et la gorge sont munies de papilles gustatives.

La salamandre emploie différentes méthodes de chasse selon la situation. S'il y a suffisamment de lumière, la chasse est basée essentiellement sur le mouvement de la proie, et la salamandre ignorera les proies immobiles. En revanche, lors d'une chasse nocturne, c'est l'olfaction qui est principalement utilisée ; dans cette situation, la salamandre attaquera sa proie même si elle ne bouge pas, du moment qu'elle est capable de détecter son odeur.

La nourriture des larves de salamandre tachetée consiste essentiellement en des larves d'insectes comme des plécoptères (par exemple Protonemura auberti), des éphémères (spécialement Ephemera danica), des chironomes (spécialement Prodiamesa olivacea), des simulies, des trichoptères (surtout des espèces sans fourreaux, comme Rhyacophila dorsalis), ainsi que de petits amphipodes comme Gammarus fossarum. Comme pour les adultes, le principe général suivant peut être appliqué aux larves : tout ce qui a une taille inférieure est capturé ; ainsi une larve n'hésite pas à s'attaquer à un têtard. Les larves de salamandres se développant dans des grottes ou cavernes s'adaptent à la nourriture qui leur est disponible (Niphargus puteanus, Asellus cavaticus essentiellement ainsi que Graeteriella unisetigera. Lorsque la quantité de nourriture est faible et que la densité de larves est élevée, on peut observer des périodes de cannibalisme. On commence alors à observer des restes de membres ou des touffes de branchies déchiquetées. Le cannibalisme peut également être déclenché par de trop grandes différences entre les classes d'âge des larves dans un même point d'eau.

Lorsque la taille corporelle augmente, les morsures se développent, jusqu'à ce qu'un individu plus faible et déjà fortement blessé ne soit finalement mangé par le plus fort. Lors du début du processus de métamorphose, la prise de nourriture est interrompue durant plusieurs jours jusqu'à ce que la transformation soit terminée.

Faune accompagnatrice[modifier | modifier le code]

En fin d'hiver, les anoures mâles attendent les femelles qu'ils enserrent par un phénomène réflexe. Ici, un mâle de grenouille rousse se méprend quelque peu. C'est un phénomène assez courant.

Du fait de leurs exigences en matière d'habitat naturel, les salamandres tachetées adultes sont assez isolées des autres espèces d'amphibiens. On attribue même une certaine tendance aux salamandres mâles à un comportement territorial, ce qui n'est toutefois pas encore clairement mis en évidence. Des relations de dominance sont prouvées ainsi que des « combats » entre mâles, surtout pendant la période d'accouplement. Dans les biotopes de salamandres on trouve parfois la grenouille rousse, le crapaud commun et le triton alpestre. D'autres espèces peuvent aussi être rencontrées dans la même région, comme l'alyte accoucheur dans le sud de la Forêt-Noire en Allemagne, ainsi que le triton palmé. Les larves de salamandres quant à elles sont fréquemment accompagnées des planaires Crenobia alpina et Polycelis felina ainsi que de la limace Bythinella dunkeri à proximité des sources (son biotope).

Prédateurs[modifier | modifier le code]

Carabus violaceus vit fréquemment dans les forêts humides. Le carabe capture entre autres des Salamandra salamandra juvéniles chez lesquelles les glandes à venin ne sont pas encore complètement développées.

La meilleure protection de la salamandre tachetée contre ses prédateurs potentiels est sa remarquable coloration cutanée, sa "parure d'alerte" ainsi que les sécrétions des glandes cutanées, employées en fonction de la violence de l'attaque et/ou de la situation dangereuse pour l'animal. Si l'agresseur montre toujours une attitude hostile, la salamandre libère une sécrétion mousseuse blanchâtre grâce à ses glandes parotoïdes et dorsales. La forme de réaction de défense la plus violente s'exprime par un jet de cette sécrétion cutanée. Il a été observé que des adultes complètement développés de salamandre peuvent, dans cette situation, envoyer le jet de toxines jusqu'à un mètre de distance.[réf. nécessaire] Dans la littérature scientifique on ne trouve aucune indication selon laquelle une salamandre adulte aurait été dévorée par un prédateur. Jusqu'ici ont été seulement rapportées des attaques de rats, de poules, de canards, de chiens, de chats et parfois aussi de serpents (comme la couleuvre à collier), qui ont cependant toutes été déjouées, le prédateur prenant rapidement ses distances.

De ce fait on considère que la salamandre n'a pas d'ennemis naturels, hormis l'homme, qui ne compte cependant pas parmi les prédateurs de l'espèce. La situation est différente pour les larves et les juvéniles, qui sont ainsi attaqués par certaines espèces de carabes forestiers comme Carabus problematicus et Carabus violaceus. Les carabes dévorent fréquemment la partie ventrale des larves - généralement la partie dorsale reste ainsi que certaines parties de la tête et de la queue. Les larves sont plus fréquemment en danger, puisqu'elles ne sont pas capables de produire de toxines empoisonnées. Parmi leurs prédateurs on trouve les larves d'odonates (notamment Cordulegaster boltonii et Cordulegaster bidentata). D'autres prédateurs importants sont les poissons déjà cités comme la truite fario, le saumon de fontaine et le chabot commun, en particulier lorsque les larves de salamandres se retrouvent plus bas en plaine dans des zones poissonneuses. Également la rare musaraigne aquatique (Neomys fodiens) chasse de temps à autre les larves de salamandre.

Parasites[modifier | modifier le code]

L'infestation de salamandres tachetées adultes par des parasites externes, également appelés ectoparasites, n'a jusqu'ici pas été observée du fait de la forte teneur en poison cutané de la salamandre. Les parasites vivant à l'intérieur du corps, ou endoparasites, sont présents chez la salamandre tachetée. On a ainsi observé une population de salamandres dans le Taunus (montagne moyenne dans le Land de Hesse en Allemagne) porteuses du ver à tête épineuse (famille des acanthocéphales) Pomphorhynchus laevis. Le parasite était localisé dans le foie des larves de salamandre, où on en a trouvé jusqu'à cinq exemplaires. Une atteinte directe aux amphibiens n'a pourtant pas pu être déterminée malgré ce taux d'infestation. De façon isolée, ont été observées des infections de nématodes dans l’intestin et la muqueuse de la bouche.

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

Répartition

Cette espèce se rencontre en Europe sur de larges parties de l'Europe de l’Ouest, centrale, méridionale et du sud-est. La limite nord s'étend de l'Allemagne centrale et septentrionale, puis vers le sud-est le long des Carpates jusqu'en Ukraine et Roumanie, et vers le sud par-delà la Bulgarie jusqu'en Grèce, où la répartition de l'espèce est considérablement déterminée par les montagnes du sud-est de l'Europe. La limite de répartition de la salamandre tachetée au sud-ouest de l'Europe est formée par la péninsule Ibérique, où l'espèce est absente d'une grande partie de l'Espagne, excepté au nord du pays.

Elle est absente du Royaume-Uni, de l'Irlande et de toute la Scandinavie.

Répartition en France[modifier | modifier le code]

La sous-espèce salamandra peuple le sud-est de la France, à l'est d'une ligne joignant Saint-Tropez à Seyne-les-Alpes. Elle cohabite avec la sous-espèce terrestris dans les Pyrénées (environs de Luchon et Sarrouilles) et le Doubs. On peut aussi en trouver dans le Maine-et-Loire et dans la région du cap de la Hague, au nord de la France.

Cette dernière se rencontre en Provence à l'ouest de la zone peuplée par la sous-espèce type et jusqu'en Camargue. On en rencontre également en Corse et dans le sud-ouest de la France, à Salles-sur-l'Hers, à proximité de Castelnaudary, sud Aveyron (Grands Causses) en limite avec le Tarn.

On la rencontre également en Bretagne (Morbihan, Finistère sud)

Ainsi qu'à l'Ouest du Parc National du Vexin, au Nord des Yvelines.

La sous-espèce fastuosa peuple les Pyrénées centrales[2].

Répartition en Allemagne[modifier | modifier le code]

Salamandre dans sa cache journalière, camouflée par la végétation.

La salamandre tachetée se trouve seulement dans les collines boisées et les régions montagneuses, en particulier dans l'ouest, le centre et le sud-ouest du pays. S'y ajoute une série de régions interconnectées comme les monts Métallifères, le nord et l'est de la Bavière.

Au nord-est de l'Allemagne se trouvent quelques populations isolées, en particulier dans la région des landes de Lunebourg. L'espèce est absente du nord-est du pays, (elle ne traverse pas l'Elbe vers l'est). Au sud-est de la Bavière, au sud du Danube, une importante région non peuplée existe également. La limite de répartition altitudinale est approximativement de 200 à 450 mètres au-dessus du niveau de la mer ; quelques populations sont connues au-delà de cette limite, par exemple à 650 mètres d'altitude dans le massif montagneux du Harz et à 1 000 mètres dans la Forêt-Noire et les Alpes. Il existe quelques observations isolées en Basse-Saxe en dessous de 100 mètres d'altitude, par exemple dans la réserve naturelle de la forêt de Hasbruch dans le district de Oldenburg (25 mètres d'altitude).

Quelques individus adultes ont été également découverts au nord, dans la plaine du Rhin supérieur, dans des secteurs topographiquement bas. On ne dispose cependant pas encore de preuves certaines de reproduction de la salamandre tachetée en plaine. La plupart de celles-ci auraient été entraînées, au stade larvaire voire au stade adulte, des avants-monts ainsi que des stations de la Forêt noire limitrophes vers la plaine lors d'épisodes de crue.

Pour illustrer cela, un exemple de la région naturelle du "Vorderer dans l'Odenwald", dans le secteur autour d'Heidelberg, où la salamandre tachetée est encore très commune : la topographie dans ce secteur est très variée ; les pentes boisées voisines du massif du Königstuhl (jusqu'à 566 mètres d'altitude), très abruptes, présentent de nombreux petits ravins et plusieurs vallées annexes dans la vallée du Neckar et la plaine du Rhin. Les ravins riches en végétation sont accompagnés de ruisseaux clairs et d'innombrables « lames », qui satisfont idéalement aux exigences de la salamandre tachetée, grâce à une humidité de l'air supérieur à la moyenne.

Ainsi, comme peut le comprendre le connaisseur d'amphibiens, il n'est pas anormal de voir émerger des salamandres, après de fortes pluies ou de violents orages, en pleine ville et dans les mares de jardin, les accès de cave ou les installations de canalisation, qui explorent leur nouvel environnement. À partir d'ici les animaux migrent contraints et forcés vers de nouveaux habitats plutôt atypiques, puisque leur retour est interdit par plusieurs obstacles insurmontables vers leur habitat naturel d'origine. On retrouve ainsi des salamandres tachetées dans des situations de très basses en altitude autour de Heidelberg, près des maisons, dans des jardins, des pépinières, des champs de vignes, etc.

Quelques stations de salamandre tachetée sont encore très certainement inconnues. Du fait de leur mode de vie caché et leur activité nocturne, particulièrement durant les épisodes de mauvais temps, ces amphibiens peuvent s'établir dans un habitat durant plusieurs décennies, sans qu'aucun humain ne les aperçoive jamais, en dépit de leurs couleurs remarquables.

Habitat[modifier | modifier le code]

Les forêts fraiches et humides de moyenne montagne, avec du bois mort au sol, constituent son habitat préféré.
Les blocs de pierres sont des endroits de repos souvent utilisés.
Salamandre tachetée sortant de sa cache (Monteaperta).

En France, on trouve la salamandre (salamandra salamandra) en Aveyron sud, dans les causses, à la suite de gros orages, dans les châtaigneraies abandonnées, les anciennes vignes couvertes de feuillus, les zones d'ombres constamment humides, notez que le soleil est l'ennemi mortel par excellence... Les ramasseurs de champignons font rarement la rencontre avec cet amphibien car, si le biotope correspond à son habitat,la salamandre pratique l'art du caméléon. De plus, il faut se méfier de cet amphibien qui se trouve rapidement sur ses gardes en position d'attaque, prêt à expédier son venin défensif. La salamandre tachetée reste habituellement cachée dans la journée dans des cavités humides, sous des pierres ou des écorces, ou dans des troncs d'arbres pourris. Il est possible de trouver des salamandres dans les regards de compteur d'eau, du fait de l'humidité et de la chaleur. Elle peut exceptionnellement se montrer la journée lorsque le temps est humide et tiède, ou quand elle a été dérangée. Chez la salamandre tachetée, seule la larve est aquatique. Nombre de salamandres sont mortes dans des aquariums où on avait - à tort - cru pouvoir les faire vivre. Les individus adultes sont en effet dans une large mesure indépendants des eaux de surface et passent leur existence cachés dans des trous, des grottes, sous le bois mort, les pierres plates, entre les blocs de pierre et sous les racines des arbres, ou dans le système lacunaire du sol, par exemple dans les galeries de petits mammifères. Les résurgences de sources calmes en forêt offrent également de bonnes possibilités d'abri.

Essentiellement nocturne, on peut rencontrer la salamandre tachetée durant la journée, après ou durant de fortes précipitations. Parmi les amphibiens, cette espèce est la plus proche des milieux forestiers. Elle préfère les boisements mixtes, s'ils présentent une certaine humidité au sol. Les boisements purs de conifères sont en général évités, bien que soient parfois tolérées les forêts de sapin avec une couche herbacée et muscinale bien développée.

Accessoirement on peut trouver la salamandre tachetée dans les cimetières boisés avec de vieux arbres, à proximité de zones forestières. Ces habitats de substitution proposent de nombreux avantages aux salamandres : la proximité de zones boisées, un habitat varié avec de nombreuses caches, plusieurs points d'eau (bassines, robinets, coupes de fleurs, etc.)

Des indications sur les préférences d'habitats des larves sont données dans la section « Mode de vie et comportement/Reproduction ».

Systématique[modifier | modifier le code]

L'espèce Salamandra salamandra a été décrite par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758, sous le nom initial de Lacerta salamandra.

Synonymes[modifier | modifier le code]

  • Lacerta salamandra Linnaeus, 1758 Protonyme
  • Salamandra candida Laurenti, 1768
  • Salamandra maculosa Laurenti, 1768
  • Salamandra terrestris Houttuyn, 1782
  • Salamandra terrestris Lacépède, 1788
  • Salamandra terrestris Bonnaterre, 1789
  • Triton vulgaris Rafinesque, 1814
  • Salamandra maculata Merrem, 1820
  • Salamandra vulgaris Cloquet, 1827
  • Triton corthyphorus Leydig, 1867
  • Salamandra maculosa var. europaea Bedriaga, 1883
  • Salamandra maculosa var. gallaica López-Seoane, 1885 "1884"
  • Salamandra maculosa var. molleri Bedriaga, 1889
  • Salamandra maculosa var. nigriventris Dürigen, 1897
  • Salamandra maculosa var. typica Bedriaga, 1897 "1896"
  • Salamandra maculosa var. taeniata Dürigen, 1897
  • Salamandra maculosa var. quadri-virgata Dürigen, 1897
  • Salamandra maculosa var. coccinea Schweizerbarth, 1909
  • Salamandra maculata Schreiber, 1912
  • Salamandra maculosa fastuosa Schreiber, 1912
  • Salamandra maculosa var. speciosa Schreiber, 1912
  • Salamandra salamandra carpathica Calinescu, 1931
  • Salamandra maculosa bejarae Wolterstorff, 1934
  • Salamandra maculosa bezarae Wolterstorff, 1934
  • Salamandra salamandra almanzoris Müller & Hellmich, 1935
  • Salamandra almanzoris Müller & Hellmich, 1935
  • Salamandra salamandra hispanica Wolterstorff, 1937
  • Salamandra salamandra albanica Gayda, 1940 "1939"
  • Salamandra salamandra thuringica Gayda, 1940 "1939"
  • Salamandra salamandra francica Sochurek & Gayda, 1941

Le synonyme Salamandra maculosa a été jusqu'en 1955 le nom scientifique courant.

Taxinomie[modifier | modifier le code]

Liste des sous-espèces

Sous-espèces selon Dubois & Raffaëlli, 2009[3] :

  • Salamandra salamandra crespoi Malkmus, 1983, région de l'Algarve, à l'extrême Sud du Portugal, est souvent très grand avec des tâches jaunes aux contours irréguliers et mal définis.
  • Salamandra salamandra morenica Joger & Steinfartz, 1994, identifié en 1994 dans la Sierra Morena, près de Cazalla de la Sierra dans la province de Séville en Espagne, possède de petites tâches, avec beaucoup de rouge sur la tête et moins sur le corps, la queue et les pattes.
  • Salamandra salamandra alfredschmidti Köhler & Steinfartz, 2006, présente en Espagne seulement dans la vallée de Tendi, en Asturies.
  • Salamandra salamandra bernardezi Wolterstorff, 1928, en Asturies, et en Galice septentrionale et orientale, en Espagne ; les individus ressemblent à fastuosa, mais sont souvent plus petits. Certaines populations sont néanmoins très différentes, uniformément marron avec la tête jaune.
  • Salamandra salamandra fastuosa Schreiber, 1912 dans les Pyrénées centrales et occidentale et l'Est de la cordillère Cantabrique ; les taches jaunes forment deux lignes dorsales continues avec une ligne supplémentaire sur chaque flanc ; la sous-espèce bonalli est désormais considérée comme un synonyme de fastuosa[4]
  • Salamandra salamandra gigliolii Eiselt & Lanza, 1956 en Italie méridionale ; souvent très colorés en jaune, ces individus peuvent présenter des tâches rouges sur le ventre.
  • Salamandra salamandra bejarae Wolterstorff, 1934, massifs montagneux d'Espagne Centrale.
  • Salamandra salamandra beschkovi Obst, 1981, dans les monts Pirin en Bulgarie ; les animaux présentent des extrémités courtes, et ont parfois une bande médiane jaune sur le dos.
  • Salamandra salamandra gallaica López-Seoane, 1885 "1884" dans tout le Portugal et une partie du Nord de l'Espagne, a des tâches souvent ternes et rougeâtres sur la tête.
  • Salamandra salamandra salamandra (Linnaeus, 1758), sous-espèce nominale, en Europe Centrale et méridionale ; cette sous-espèce présente un motif irrégulier de taches jaunes, parfois orange.
  • Salamandra salamandra terrestris Lacépède, 1788 en Europe occidentale (grande majorité de la France, Benelux, Allemagne) : les tâches jaunes forment souvent deux lignes discontinues le long du dos. En France, c'est très majoritairement cette sous-espèce que l'on rencontre.
  • Salamandra salamandra werneri Sochurek & Gayda, 1941 sur le Mont Pélion en Grèce.

Des observations qui intègrent une étroite aire de diffusion de Salamandra salamandra en Afrique du Nord (au nord du Maroc avec des présences ponctuelles et isolées en Algérie voire en Tunisie) ainsi que de plus petits secteurs au Proche-Orient (entre autres en Turquie, au Liban et au nord d'Israël) n'ont pas encore pris en considération ces évolutions dans la classification.

Les sous-espèces fastuosa et bernadezi sont vivipares - les autres sont ovovivipares. La plupart du temps, les sous-espèces possèdent des caractéristiques de coloration permettant de les identifier facilement (par exemple gigliolii est presque toute jaune), mais de grandes variations interindividuelles existent au sein d'une même sous-espèce ou d'une population. La sous-espèce bernardezi constitue un exemple parfait de ce phénomène.

Du fait des recherches en génétique, des taxons anciennement considérés comme des sous-espèces de Salamandra salamandra sont désormais considérés comme des espèces à part entière :

Phylogenèse[modifier | modifier le code]

W. Herre, entre autres, a consacré beaucoup de temps à des études anatomiques comparées d'urodèles fossiles. Il a réussi à mettre clairement en évidence quelques relations de parenté entre ces formes fossiles et l'espèce actuelle Salamandra. Ainsi des fossiles du Miocène moyen présentent des points communs morphologiques avec des urodèles vivant de nos jours, comme une ossification de plus en plus solide du crâne et de la courroie dorsale, un palais pourvu de dents.

La Salamandre tachetée et l'Homme[modifier | modifier le code]

Historique[modifier | modifier le code]

Illustration historique de Rösel von Rosenhof, 1758

La salamandre tachetée a depuis longtemps gagné la confiance de l'Homme, du fait de son apparence extérieure plutôt frappante. Sa forte notoriété n'a cependant pas toujours été à son avantage. La salamandre a été longtemps considérée comme engendrée par le feu ou capable d'y survivre. Il est en tout cas probable que des salamandres cachées ou hivernant dans des bois morts, aient autrefois été vues s'échappant d'un foyer de cheminée laissant penser qu'elles aient été engendrées par le feu ou y résistant. Le nom commun de « salamandre de feu » dérive de cette croyance.

Cette croyance apparait déjà en 1590, dans le travail de Joachim Camerarius de Nuremberg « Symbolorum et Emblematum ex Aquatilibus et Reptilibus » où il mentionne :

« Voyez la salamandre qui traverse les flammes. C'est aussi toujours le propre de la pureté de rester indemne. »

Par la suite, les différentes représentations de la salamandre tachetée, par exemple dans les livres d'emblêmes du Moyen Âge tardif, lui donnent plus de similitudes avec un reptile, rappelant plutôt « une créature draconique ». La salamandre tachetée n'échappe à cette convention de représentation qu'au milieu du XVIIe siècle par un vernis du peintre anversois Jan van Kessel (1626 - 1679), une représentation naturaliste où la salamandre tachetée figure au milieu d'un ensemble de 39 insectes et reptiles différents. Malgré une classification systématique erronée (même Carl von Linné se pliait également au départ au consensus de son époque et désignait l'espèce comme Lacerta salamandra - Lacerta signifiant lézard en latin), ce vernis rappelle déjà un panneau d'instruction orienté didactiquement sur la biologie.

Certains Rois de France, tel François Ier firent de la salamandre un emblème royal, comme en témoigne notamment la salamandre sculptée en bas-relief au-dessus de la porte d'honneur du château d'Amboise.

Une des plus décoratives et en même temps des plus exactes salamandres tachetée a été fournie par l'aquarelliste et graveur sur cuivre de Nuremberg August Johann Rösel von Rosenhof (1705 - 1759) dans son panneau enluminé de 1758 « Historia naturalis ranarum nostratium ». Avec la parution de ce travail s'est développée dans le même temps les premières étapes d'une herpétologie plus scientifique. Amphibiens et reptiles furent alors libérés de leur symbolique négative, de la magie et la superstition.

Menaces et protections[modifier | modifier le code]

Salamandra salamandra est protégée dans la plupart des pays d'Europe via son inscription à l'annexe III de la Convention de Berne. Des pays, n'ayant pas adhéré à la Convention de Berne, la protègent également (comme l'Ukraine à partir de 2000). Elle est inscrite sur la liste rouge des espèces de faune menacées dans plusieurs pays de son aire de répartition, comme la France, l'Allemagne, la Suisse et l'Autriche. En France elle est protégée nationalement au même titre que tous les amphibiens. C'est une espèce menacée au sens où ses populations se sont fortement réduites, alors que son habitat naturel se réduit et se fragmente.

Les salamandres sont parfois victimes du trafic routier (roadkill)

En dépit de sa protection légale dans nombre de pays, la salamandre est en Europe en régression constante depuis au moins un siècle. Plusieurs causes semblent expliquer cette régression, dont principalement : le recul des zones humides intra et périforestière par comblement ou drainage, la contamination de son environnement par les pesticides (elle est notamment sensible aux insecticides qui peuvent tuer l'adulte, ou les larves, à faible dose), et la fragmentation écopaysagère en général et la fragmentation des forêts par les routes en particulier.

La salamandre semble attirée par le macadam chaud et humide après les pluies d'été. De nombreux cadavres de salamandres sont trouvés sur ces routes lorsqu'elles sont fréquentées (phénomène de roadkill). Deux grands moyens ont commencé à être mis en place essentiellement à partir des les années 1980-1990 pour tenter de protéger l'espèce ; la protection de ses habitats (bois, mares, cours d'eau lents) par exemple par des réserves naturelles, et la restauration ou protection de corridors biologiques, avec le cas échéant des écoducs lui permettant de passer sous une route. Néanmoins, les rassemblements de centaines ou de milliers de salamandres évoqués il y a plus de 100 ans, en Europe centrale notamment semblent révolus. Cependant on peut toujours observer ce phénomène rare dans le Sud-Ouest de la France où plusieurs milliers d'individus se rassemblent sur les routes à proximité des forêts, mais plus de la moitié meurent écrasés sous les pneus des voitures. De nombreuses salamandres meurent aussi, piégées, dans des trous, citernes, égouts, fosses septiques, arrosoirs, etc. dont elles ne savent pas ressortir. À la différence des tritons, les salamandres adultes ne peuvent escalader une paroi lisse ou verticale. Il n'est pas exclu que l'adulte ou la larve puisse être affecté par l'éclairage artificiel de leurs milieux. (c'est le cas pour de nombreux autres amphibiens, qui se montrent expérimentalement perturbés par l'éclairage nocturne).

La fragmentation des habitats naturels d'un nombre croissant de forêts, bosquets et petits bois induit probablement un appauvrissement génétique des populations de salamandres.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Amphibian Species of the World, consulté lors d'une mise à jour du lien externe
  2. Fretey J. (1975) Guide des Reptiles et Batraciens de France. Hatier, Paris, 239 p.
  3. Dubois & Raffaëlli, 2009 : A new ergotaxonomy of the family Salamandridae Goldfuss, 1820 (Amphibia, Urodela). Alytes, vol. 26, p. 1-85.
  4. John Clare, 2002 : Caudata Culture Species Database Entry for Salamandra

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Publications originales
  • Eiselt & Lanza, 1956 : Salamandra salamandra gigliolii subsp. nov. aus Italien. Abhandlungen und Berichte für Naturkunde. Musem für Naturkunde, Magdeburg, vol. 9, p. 3-11.
  • Joger & Steinfartz, 1994 : Zur subspezifischen Gleiderung der südiberischen Feuersalamander (Salamandra salamandra-complex). Abhandlungen und Berichte für Naturkunde. Musem für Naturkunde, Magdeburg, vol. 17, p. 83-98.
  • Köhler & Steinfartz, 2006 : A new subspecies of the fire salamander, Salamandra salamandra (Linnaeus, 1758) from the Tendi valley, Asturias; Spain. - Salamandra, vol. 42, no 1, p. 13-20 (texte intégral).
  • Malkmus, 1983 : Beschreibung einer neuen form des Feuersalamanders der Serra de Monchique (Portugal): Salamanadra salamandra (gallaica) crespoi n. subsp. (Amphibia, Urodela, Salamandridae). Faunistische Abhandlungen. Staatliches Museum für Tierkunde in Dresden, vol. 10, p. 169-174.
  • Lacépède, 1788 : Histoire Naturelle des Quadrupèdes Ovipares et des Serpens, des Poisson et des Cetaces, vol. 2, p. 1-462 (texte intégral).
  • Linnaeus, 1758 : Systema naturae. 10th edition. vol. 1, L. Salvii Holmiae (texte intégral).
  • Obst, 1981 : Der Feuersalamander des Pirin-Gebirge in Bulgarien als Salamandra salamandra beschkovi subsp. n. eine vorlaufige Mitteilung (Amphibia, Urodela, Salamandridae). Faunistische Abhandlungen. Staatliches Museum für Tierkunde in Dresden, vol. 8, p. 197-201.
  • Sochurek & Gayda, 1941 : Ueber die Lurche und Kriechtiere bei Wien, mit Untersuchungen über den Rassenkreis des Feuersalamanders. Das Aquarium. Die Fachzeitschrift des Naturfreundes. Berlin, vol. 15, p. 43-44.
  • Schreiber, 1912 : Herpetologia Europaea. Eine systematische Bearbeitung der Amphibien und Reptilien, welche bisher in Europe aufgefunden sind. Second Edition [Jena]: Gustav Fischer, p. 1-960 (texte intégral).
  • Seoane, 1885 1884 : Identidad de Lacerta schreiberi (Bedriaga) y Lacerta viridis var. Gadovii (BOULENGER), é investigaciones herpetologicas de Galicia. La Coruña, p. 1-19 (texte intégral).
  • Wolterstorff, 1928 : Bollmolche-gebärende Feuersalamander aus Oviedo. Blätter für Aquarien- und Terrarien-Kunde. Stuttgart, vol. 39, p. 132-133.
  • Wolterstorff, 1934 : Über Salamandra maculosa Laur. (= salamandra L.) molleri und eine neue Form, subsp. bezarae. Blätter für Aquarien- und Terrarien-Kunde. Stuttgart, vol. 45, p. 147-149.
Divers
  • Arnold & Ovenden, 2002 : Le guide herpéto, éditions Delachaux et Niestlé, 2ème édition.
  • Böhme, 1979 : Zum Höchstalter des Feuersalamanders Salamandra salamandra (L.): ein wiederentdecktes Dokument aus der Frühzeit der Terraristik (Amphibia: Caudata: Salamandridae). Salamandra, vol. 15, no 3, p. 176-179.
  • Catenazzi,, 1998 : Ecologie d’une population de Salamandre tachetée au Sud des Alpes. Travail de diplôme. Institut de Zoologie, Faculté des Sciences, Université de Neuchâtel. p. 1-106 + 11 annexes.
  • Eiselt, 1966 : Ergebnisse zoologischer Sammelreisen in der Türkei: Amphibiacaudata. Annalen des Naturhistorischen Museums Wien, vol. 69, p. 427-445.
  • Feldmann, 1967 : Winterquartiere des Feuersalamanders Salamandra salamandra terrestris Lacépede, 1788, in Bergwerksstollen des südlichen Westfalen. Salamandra, vol. 3, p. 1-3.
  • Feldmann, 1968 : Über Lautäußerungen einheimischer Schwanzlurche. Natur u. Heimat, vol. 28, p. 49-51.
  • Feldmann, 1971 : Felduntersuchungen an westfälischen Populationen des Feuersalamanders, Salamandra salamandra terrestris Lacépede, 1788. Dortmunder Beitr. Landesk., vol. 5, p. 37-44.
  • Feldmann, 1987 : Überwinterung, Ortstreue und Lebensalter des Feuersalamanders, Salamandra salamandra terrestris. Schlußbericht einer Langzeituntersuchung. Jb. Feldherpetologie, Köln vol. 1, p. 33-44.
  • Feldmann & Klewen, 1981 : Feuersalamander. in Feldmann, 1981 : Die Amphibien und Reptilien Westfalens. Abh. Westfälisches Museum Naturkunde Münster, vol. 43, no 4, p. 30-44.
  • Freytag, 1982 : Aktives Giftspritzen bei Salamandra salamandra (Amphibia: Caudata: Salamandridae). Salamandra, vol. 18, no 3/4, p. 356-357.
  • Gasc, Cabela, Crnobrnja-Isailovic, Dolmen, Grossenbacher, Haffner, Lescure, Martens, Martinez-Rica, Maurin, Oliviera, Sofianidou, Veith & Zuderwijk, 1997 : Atlas of the Amphibians and Reptiles in Europe. Societas Europaea Herpetologica, Paris.
  • Habermehl, 1994 : The biological relevance of Salamandra venom. in Biology of Salamandra and Mertensiella (Greven & Thiesmeier Eds.). Mertensiella, vol. 4, p. 209-214.
  • Krauss, 1980 : Zur Überwinterung des Feuersalamanders in Höhlen. Laichinger Höhlenfreund, vol. 15, p. 29-36.
  • Linnenbach, 2000 : Fehlpaarung zwischen Rana temporaria und Salamandra salamandra mit tödlichem Ausgang. Zeitschrift für Feldherpetologie, vol. 7, p. 224-225.
  • Manenti, 2010 : Effect of landscape features and water quality on Triclads inhabiting head waters: the example of Polycelis felina. Revue Ecologie Terre et Vie, vol. 65, p. 279-285.
  • Manenti, Ficetola, Bianchi & De Bernardi, 2009 : Habitat features and distribution of Salamandra salamandra in underground springs. Acta Herpetologica, vol. 4, no 2, p. 143-151.
  • Manenti, Ficetola & De Bernardi, 2009 : Water, stream morphology and landscape: complex habitat determinants for the fire salamander Salamandra salamandra. Amphibia-Reptilia, vol. 30, p. 7-15.
  • Sauer & Weibecker, 1994 : Einheimische Schlangen als gelegentliche Verfolger des Feuersalamanders (Salamandra salamandra) - zwei Feldbeobachtungen. Natur und Museum, vol. 124, no 10, p. 349-350, Senckenberg Frankfurt.
  • Thiesmeier, 2004 : Der Feuersalamander. Zeitschrift für Feldherpetologie, Suppl. 4, p. 1-192.
  • Thiesmeier & Günther, 1996 : Feuersalamander - Salamandra salamandra (Linnaeus, 1758). in Günther, 1996 : Die Amphibien und Reptilien Deutschlands. Gustav Fischer Verlag Jena, p. 82-104.
  • Veith & Erpelding, 1995 : Presence of Pomphorhynchus laevis in Salamandra salamandra. J. Helminthologie, vol. 69, p. 267-268.