Chouette hulotte

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Chouette hulotte

Description de cette image, également commentée ci-après

Strix aluco

Classification (COI)
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Classe Aves
Ordre Strigiformes
Famille Strigidae
Genre Strix

Nom binominal

Strix aluco
Linnaeus, 1758

Répartition géographique

Description de l'image  Strix aluco dis.png.

Statut de conservation UICN

( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Statut CITES

Sur l'annexe  II  de la CITES Annexe II , Rév. du 28/06/79

La Chouette hulotte (Strix aluco) ou Chat-huant est une espèce d'oiseau de la famille des Strigidae. Ce rapace nocturne est très répandu en Eurasie, notamment en Europe.

Description et comportement[modifier | modifier le code]

Son ventre est pâle avec des stries sombres, et les parties supérieures du corps sont brunes ou grises. Plusieurs des onze sous-espèces reconnues ont les deux variantes. Le nid est généralement dans un trou dans l'écorce d'un arbre et il permet de protéger les œufs et les jeunes contre les prédateurs potentiels. Cette chouette ne migre pas et attache beaucoup d'importance à son territoire. Beaucoup de jeunes oiseaux meurent de faim s'ils ne peuvent pas trouver un territoire libre une fois la protection parentale finie.

Ce rapace chasse principalement les rongeurs pendant la nuit, généralement en fondant sur sa proie depuis une hauteur et l'avalant entièrement, rejetant ensuite des pelotes de réjection. Sa vision et son audition couplées à un vol silencieux l'aident dans sa chasse nocturne. Cependant, contrairement à une croyance populaire, sa rétine n'est pas plus sensible que celle d'un humain et c'est plutôt ses oreilles placées de façon asymétrique qui sont essentielles à sa chasse car elles lui donnent une excellente audition directionnelle. La chouette hulotte est capable de capturer des chouettes plus petites, mais est elle-même vulnérable aux grands-ducs de plus grande taille ou à l'autour des palombes. Les renards roux sont une cause importante de mortalité chez les jeunes fraîchement sortis du nid.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Strix aluco, le nom scientifique de la chouette hulotte[1] vient du latin strix ou strinx qui veut dire « chouette » et ulucus qui veut dire « petit-duc ».

Description[modifier | modifier le code]

Description générale[modifier | modifier le code]

La chouette hulotte est un oiseau robuste, qui mesure généralement entre 37 et 43 cm de longueur avec une envergure de 81 à 96 cm. Comme les espèces de son genre Strix et à la différence des grand-ducs, par exemple, elle ne possède pas d'aigrettes et le disque facial entourant les yeux brun foncé est généralement assez plat. L'animal est sujet au polymorphisme et a deux formes qui diffèrent par leur couleur du plumage cryptique : l'une a le haut de corps roux et brun et l'autre brun grisâtre, bien que des couleurs intermédiaires puissent également se rencontrer. Les parties inférieures des deux morphotypes sont blanchâtres et taché de brun[2]. Selon la théorie de l'évolution, un des plumages doit assurer un meilleur camouflage et imposer un seul morphotype. Or en fonction des générations, ce n'est pas le même morphotype qui domine alors que leur valeur sélective semble bien différente, ce phénomène est connu sous le principe du pierre-feuille-ciseaux selon la théorie des jeux évolutionnistes (en)[3].

Cette espèce présente un dimorphisme sexuel, la femelle étant plus grande que le mâle d'environ 5 %, et plus lourde de 25 %[4].

Avec une hauteur plus importante et de longues phases planées, le vol de la chouette hulotte est produit avec moins de battements d'ailes que les autres espèces de chouettes eurasiennes. Le vol de la chouette hulotte est assez lourd et lent, particulièrement lors des premiers battements d'ailes de son envol[5]. Comme chez la plupart des chouettes, le vol est rendu silencieux par ses plumes soyeuses et par une bordure de barbules fines placées sur le bord d'attaque des rémiges primaires les plus externes[6]. Sa taille, sa forme trapue et ses ailes larges la distinguent des autres chouettes trouvées dans son aire de répartition. La chouette lapone, les différents grand-ducs et la chouette de l'Oural sont de forme semblable, mais beaucoup plus grands[5].


Vision[modifier | modifier le code]

Comparaison du champ de vision d'une chouette hulotte (à droite) et d'un pigeon (à gauche) :
  •      Vision binoculaire
  •      Vision monoculaire

Les yeux de la chouette hulotte sont placés à l'avant de la tête et leurs champs de vision se chevauchent de 50 à 70 %, lui conférant ainsi une meilleure vision binoculaire que les rapaces diurnes chez qui ce chevauchement ne dépasse pas 30 à 50 %[7]. La rétine de la chouette hulotte a quelque 56 000 bâtonnets sensibles à la lumière par millimètre carré, et bien que l'hypothèse selon laquelle l'animal pourrait voir dans la partie infrarouge du spectre électromagnétique ait été rejetée[8], on entend encore souvent dire que la chouette hulotte a une vue supérieure de 10 à 100 fois celle des humains dans des conditions de faible éclairage. Toutefois, la base expérimentale de cette affirmation est probablement inexacte par au moins un facteur de 10[9]. L'acuité visuelle réelle de la chouette n'est en fait que légèrement supérieure à celle de l'homme, et sa sensibilité accrue est due à des facteurs optiques plutôt qu'à une plus grande sensibilité rétinienne. En fin de compte, les humains et les chouettes ont atteint la limite de la résolution rétinienne chez les vertébrés terrestres[9].

Les adaptations à la vision de nuit incluent une grande taille de l'œil, sa forme tubulaire, un grand nombre de bâtonnets groupés dans la rétine, et une absence de cônes, puisque les bâtonnets ont une sensibilité supérieure à la lumière. Ces bâtonnets ne contiennent que peu de gouttelettes lipidiques, dont la présence réduirait l'intensité lumineuse[10]. À la différence des rapaces diurnes, les chouettes ont normalement une seule fovéa[11], ce qui est peu développé, sauf chez les chasseurs diurnes, comme le hibou des marais[7].

Audition[modifier | modifier le code]

L'audition est importante pour les rapaces nocturnes, et comme les autres Strigiformes, la chouette hulotte a deux oreilles de structure différente et placées de manière asymétrique pour améliorer l'audition directionnelle. Un « passage » à travers le crâne relie les tympans, et les légères différences de temps dans l'arrivée du son à chaque oreille permet de situer la source. L'ouverture de l'oreille gauche est plus haute sur la tête que l'oreille droite, plus grande, et qui s'incline plus bas, améliorant de la sensibilité aux sons venus du bas[7]. Les deux ouvertures de l'oreille sont cachées sous les plumes du disque facial, qui est structurellement conçu pour être « transparent » au son, et est tenu par un pli mobile de peau[12].

La structure interne de l'oreille, qui dispose d'un grand nombre de neurones dévolus à l'audition, procure à l'animal une meilleure capacité de détection à distance des sons à basses fréquences, comme le bruissement fait par le déplacement d'une proie dans la végétation[12]. L'audition de la chouette hulotte est dix fois meilleure que celle d'un être humain[12], et elle peut chasser en utilisant seulement ce sens dans l'obscurité d'une forêt sous un ciel couvert. Cependant, le bruit des gouttes de pluie touchant le sol ou la végétation perturbe la détection de sons faibles, et un temps humide prolongé peut conduire l'animal à la famine en l'empêchant de chasser efficacement[7].

Chasse[modifier | modifier le code]

La chouette hulotte est un rapace nocturne mais elle peut chasser le jour. Grâce à ses serres puissantes et acérées, la chouette saisit ses proies en plein vol. Une fois capturées, elles n’ont aucune chance de lui échapper. Son plumage lui permet de passer incognito dans les branchages et de guetter ses proies en toute tranquillité. Quand elle a jeté son dévolu sur un rongeur bien dodu, elle déploie ses grandes ailes de presque un mètre d’envergure et fond dessus. La nuit, grâce à son ouïe très développée, la chouette hulotte perçoit le moindre bruissement aux alentours. La chouette hulotte gobe tout rond ses proies. Comme elle ne peut pas les digérer entièrement, elle recrache leurs os et leurs poils, sous la forme de pelotes de réjection.

Poids et mesures[modifier | modifier le code]

  • Poids : 400 à 550 g (les femelles sont plus lourdes) ;
  • Longueur : environ 38 à 40 cm ;
  • Envergure : 92 à 95 cm ;
  • Longévité : jusqu’à 18 ans.

Mœurs[modifier | modifier le code]

Elle vit en couple, le plus souvent en forêt, mais également dans les jardins des villes. C’est un prédateur nocturne qui chasse à l’affût, en se fiant principalement à son ouïe très développée pour le repérage de ses proies, quasi-exclusivement la nuit, peu après le coucher du soleil jusqu'avant son lever, sauf en période d'élevage des jeunes où elle commence plus tôt. N'étant pas difficile, elle mange petits rongeurs, chauves-souris, poissons, grenouilles, serpents, petits oiseaux et gros insectes. En ville, elle peut consommer des pigeons.

Habitat et répartition[modifier | modifier le code]

C'est une des chouettes les plus répandues en Europe ; on en trouve partout en France sauf en Corse.

Ses lieux de prédilection sont les régions forestières et agricoles, les parcs plantés de vieux arbres, les grands jardins, les cimetières boisés, et parfois même en ville, les avenues.

Elle n'est pas très exigeante pour le lieu de nidification et a une nourriture variée : c'est pourquoi on la rencontre dans autant d'endroits différents. Elle reste fidèle au même nid, qui peut être un arbre creux, un trou de vieux mur ou de rocher, ou bien un nichoir. Elle ne construit jamais son propre nid.

La chouette hulotte peut être présente en contexte urbain et elle est rencontrée dans plusieurs villes même grandes comme Lyon, Marseille, Toulouse ou Paris. À Paris, un projet est totalement dédié depuis 2010 à l'étude de sa population qui semble en fort déclin depuis quelques décennies sans explication claire à ce jour[13].

Reproduction[modifier | modifier le code]

Trois juvéniles

De février à avril, la femelle couve seule de 3 à 5 œufs pendant 28 à 30 jours ; le mâle lui apporte de la nourriture et il lui arrive parfois de la relayer dans le nid. Comme elle commence à couver dès la ponte des premiers œufs, les jeunes éclosent progressivement. Après l'éclosion des tout premiers, elle reste encore une dizaine de jours dans le nid. Le mâle approvisionne toute la famille, surtout avec des petits mammifères, des chauves-souris, des serpents, des insectes. Plus tard la femelle le seconde, mais pendant le jour, elle monte la garde non loin du nid et donne parfois à manger à ses petits en se servant des provisions de la nuit. Les jeunes quittent le nid au bout de 28 à 36 jours et se tiennent dans le voisinage tout le temps que les parents leur apportent de la nourriture. Ce n'est que vers une cinquantaine de jours qu'ils entreprennent leur premier vol.

Ses œufs mesurent de 43 à 51 x 35 à 43 mm et sont de couleur blanche.

Chant[modifier | modifier le code]

Fichier audio
Chant d'une femelle chouette hulotte (info)

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La chouette hulule. Le mâle pousse un « hou-hou » sonore suivi par un « houu » plus long, une à quatre secondes plus tard. À la période des amours son cri est « Houou, hou, hououououououou » (hululement) mais parfois aussi un « Youih » ou un « kouwitt ».

Taxinomie et sous-espèces[modifier | modifier le code]

Chouette hulotte
Juvénile près du nid.

Le nom scientifique de la chouette hulotte, Strix aluco, a été défini par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758.

Sous-espèces Aire de répartition Décrit par[Note 1]
Strix aluco aluco Europe du Nord et centrale : de la Scandinavie aux mers Méditerranée et Noire Linnaeus, 1758
Strix aluco sylvatica Europe de l'Ouest avec la Grande-Bretagne incluse Shaw, 1809
Strix aluco nivicola, Chouette des neiges Du Népal au sud-est de la Chine, du sud au nord de la Birmanie et de la Thaïlande (Blyth, 1845)
Strix aluco biddulphi Nord-ouest du Pakistan et Cachemire Scully, 1881
Strix aluco willkonskii De la Palestine au nord de l'Iran et du Caucase (Menzbier, 1896)
Strix aluco mauritanica Nord-ouest de l'Afrique : du Maroc à la Tunisie et à la Mauritanie (Witherby, 1905)
Strix aluco sanctinicolai Ouest de l'Iran et nord-est de l'Irak (Zarudny, 1905)
Strix aluco ma Nord-est de la Chine et Corée H. L. Clark, 1907
Strix aluco harmsi Turkménistan (Zarudny, 1911)
Strix aluco siberiae Russie centrale : de l'Oural à l'ouest de la Sibérie Dementiev, 1933
Strix aluco yamadae Taiwan Yamashina, 1936

Statut de conservation et protection[modifier | modifier le code]

L'Union internationale pour la conservation de la nature définie le statut de conservation de l'espèce à « Préoccupation mineure » (LC)[14].

La chouette hulotte bénéficie d'une protection totale sur le territoire français depuis 1976. Il est donc interdit de la détruire, la mutiler, la capturer ou l'enlever, de la perturber intentionnellement ou de la naturaliser, ainsi que de détruire ou enlever les oeufs et les nids et de détruire, altérer ou dégrader leur milieu. Qu'elle soit vivante ou morte, il est aussi interdit de la transporter, colporter, de l'utiliser, de la détenir, de la vendre ou de l'acheter.

Références culturelles[modifier | modifier le code]

La chouette hulotte, comme les Strigiformes, a souvent été considérée comme un présage de malchance. William Shakespeare l'a utilisé dans Jules César (Acte 1, Scène 3) : « Et hier l'oiseau de nuit s'est abattu sur la place du marché, en plein midi, huant et criant »[15]. John Ruskin trouvait le cri de la chouette annonciateur de malheur : « Whatever wise people may say of them, I at least have found the owl's cry always prophetic of mischief to me »[16]. William Wordsworth a écrit le poème There was a Boy sur ce thème[17].

La chouette hulotte est l’emblème du magazine français La Hulotte.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les parenthèses indique que la sous-espèce était à l'origine classée dans un genre différent.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire de l'Académie française, édition 9.
  2. (en) Killian Mullarney, Lars Svensson, Dan Zetterstrom, Peter J. Grant, Collins Bird Guide, Londres, HarperCollins, 1999, (ISBN 0-00-219728-6), p. 206.
  3. (en) Jon E Brommer, Kari Ahola, Teuvo Karstinen, « The colour of fitness : plumage coloration and lifetime reproductive success in the tawny owl », Proceedings of the Royal Society, vol. 272, no 1566,‎ 7 mai 2005, p. 935–940 (lire en ligne)
  4. (en) Tawny Owl Strix aluco - Linnaeus, 1758, BirdFacts, British Trust for Ornithology (BTO). Consulté le 31 mai 2008.
  5. a et b (en) David Snow, Christopher M Perrins, The Birds of the Western Palearctic concise edition, 1998, Oxford, Oxford University Press, (ISBN 0-19-854099-X), pp. 907–910.
  6. (en) Roy Brown, John Ferguson, Michael Lawrence, David Lees, Tracks and Signs of the Birds of Britain and Europe (Guide d'identification Helm), 1987, (ISBN 074700201[à vérifier : isbn invalide]), p. 86.
  7. a, b, c et d (en) Robert Burton, Bird Behaviour, Londres, Granada Publishing, 1985, (ISBN 0246124407), pp. 44–48.
  8. (en) Selig Hecht, Maurice Henri Pirenne, The sensibility of the nocturnal long-eared owl in the spectrum, Journal of General Physiology, 1940, numéro 23, pp. 709–717.
  9. a et b (en) Graham R. Martin, Absolute visual threshold and scotopic spectral sensitivity in the tawny owl Strix aluco, Nature, août 1977, numéro 268, pp. 636 – 638
  10. Sandra Sinclair, How Animals See: Other Visions of Our World, Beckenham, Kent, Croom Helm, 1985, (ISBN 0709933363), pp. 88–100.
  11. Based on Güntürkün, Onur, "Structure and functions of the eye" in (en) P. D. Sturkie, Sturkie's Avian Physiology, San Diego, 5th Edition. Academic Press, San Diego,‎ 1998, 5e éd. (ISBN 978-0-12-747605-6, LCCN 99060592) 1–18
  12. a, b et c (en) Karel H. Voous et Cameron, Ad (illustrator), Owls of the Northern Hemisphere, Londres, London, Collins,‎ 1988 (ISBN 978-0-00-219493-8), p. 209–219
  13. [R. Sordello - Projet Hulotte parisienne - http://www.hulotteparisienne.fr]
  14. http://www.iucnredlist.org/
  15. traduction de François-Victor Hugo
  16. John Ruskin, Praeterita, Oxford University Press, 2012, p. 275
  17. Ian Donnachie, Carmen Lavin, From Enlightenment to Romanticism: Anthology II, Manchester University Press, 2004, p. 85

Références taxinomiques et liens externes[modifier | modifier le code]