Walter Rauff

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Walter Rauff (né le 19 juin 1906 à Köthen, Allemagne - mort le 14 mai 1984 à Santiago, Chili) était un officier de la SS[1], ayant obtenu le grade de Standartenführer en juin 1944, proche de Reinhard Heydrich au Sicherheitsdienst (SD) puis au Reichssicherheitshauptamt (RSHA).

Biographie[modifier | modifier le code]

Sous le régime nazi[modifier | modifier le code]

Walter Rauff entre comme cadet dans la Reichsmarine en 1924. Il est promu lieutenant en 1936 et prend le commandement d'un dragueur de mineur. De cette période dans la Reichsmarine date sa rencontre et son amitié avec Reinhard Heydrich. En mai 1937 il adhère au parti nazi puis en avril 1938 rejoint la SS et intègre le SD à Berlin. En 1940 et 1941 il réintègre la marine et commande une flotille de dragueurs de mines dans la Manche.

Comme Heydrich le charge à l'automne 1941 de créer des camions à gaz[2]il convoque en septembre 1941 Friedrich Pradel le chef (referat) du bureau technique des véhicules motorisés au SD (AMT II D3 du RSHA) pour l'informer du projet d'Heydrich d'aménager des camions dans le but de tuer un grand nombre de personnes en URSS. Il lui demande s'il est possible techniquement d'acheminer les gaz d'échappement d'un véhicule à l'intérieur de la remorque hermétiquement fermée. Pradel, après avoir consulté le chef-mécanicien Harry Wentritt, répondit par l'affirmative. Rauff ordonne alors qu'on se procure des camions de l'armée et qu'on les transforme en camions à gaz dans le garage de Wentritt. Il a déclaré après la guerre:

« En ce qui concerne l'extermination des Juifs en Russie, je sais qu'on a utilisé des camions à gaz [...] pour moi ce qui comptait était le choc moral ressenti par les tireurs lors des exécutions par armes à feu. Cet obstacle pyschologique disparaissait avec les camions à gaz[3] »

.

Dans une note du 5 juin 1942 il annonce que depuis décembre 1941 97 000 personnes ont été gazées dans trois camions à gaz à Chelmno[4].

Le 20 juillet 1942 il débarque à Tunis avec un einsatzkommando pour faire la chasse aux Juifs d'Égypte, de Palestine et du Moyen-Orient. Son unité est rattachée à la « Panzerarmee Afrika » commandée par Erwin Rommel[5]. Délégué général du SD en Tunisie et chef de la Gestapo de Tunis, en novembre 1942 il envisage de construire un camp de concentration à Sfax. Il procède à des arrestations de Juifs qui sont envoyés dans un camp à Cheylus, au sud de Tunis. Ne pouvant pas, faute de transports disponibles, envoyer les Juifs en Europe, il exige de la communauté juive de s'acquitter d'une rançon d'une demi-tonne d'or ou sa contrepartie en devises au prétexte que les Juifs sont responsables des raids aériens au-dessus de Tunis[6]. En septembre 1943 Walter Rauff est envoyé à Bolzano pour se mettre en contact avec Wilhelm Harster, chef du SD en Italie qui le nomme chef de la police de sureté (SD) en Italie du nord.

Rauff est présumé responsable de près de 100 000 morts pendant la Seconde Guerre mondiale[1], de la fourniture en équipements et munitions des Einsatzgruppen et du développement des Gaswagen[7] et de la persécution de communistes, de Roms et des Juifs physiquement ou mentalement malades[1]. En juillet 1942, chargé d'appliquer la Solution finale en Égypte, le projet échoue suite à la débâcle de l'Afrika Korps de Rommel au cours de la bataille d'El Alamein.

Après guerre[modifier | modifier le code]

Il est alors fait prisonnier par les Alliés en 1945 en Italie. Celui-ci réussit néanmoins à s'enfuir en 1946. Walter Rauff se cache et travaille comme jardinier puis comme professeur de langue. Avec l'appui de l'évêque catholique autrichien Alois Hudal supervisant le collège pontifical Santa Maria Dell'Anima et cachant d'anciens nazis, Rauff va alors pouvoir, suite à la demande de ses anciens contacts orientaux, organiser la fuite de nombreux cadres nazis vers la Syrie.

En juillet 1948, en pleine guerre israélo-arabe de 1948, il est recruté par les services secrets israéliens avec pour mission d'aller en Égypte assassiner plusieurs personnages clés[8]. Quelques mois plus tard, on le retrouve en Syrie comme conseiller du Président Hosni Zaim mais il doit s'enfuir quand ce dernier est renversé[8]

Rauff gagne l'Argentine et enfin le Chili[1].

Entre 1958 et 1962, il travaille pour les Services de renseignements de l'Allemagne de l'Ouest[9].

Il fut durant les années 1980 et 1990 l'un des nazis les plus recherchés.

Sous la dictature d'Augusto Pinochet, Rauff a participé à la répression des opposants politiques, travaillant à la conception de camps de concentration, notamment celui de l'île Dawson.

Il décède d'une crise cardiaque le 14 mai 1984. De nombreux sympathisants nazis assistent à son enterrement[1].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Donald M. McKale, Nazis After Hitler, Rowman & Littlefield,‎ 2012, 405 p. (ISBN 9781442213166)
  • (en) Richard Breitman, Norman J. W. Goda, Paul Brown: The Gestapo. In: Richard Breitman, Norman J. W. Goda, Timothy Naftali, Robert Wolfe: U.S. Intelligence and the Nazis. Cambridge UP, Cambridge 2005, ISBN 0-521-61794-4, S. 137-172.
  • (de) Klaus-Michael Mallmann, Martin Cüppers: Halbmond und Hakenkreuz. Das Dritte Reich, die Araber und Palästina. WBG, Darmstadt 2006, ISBN 3-534-19729-1.
  • (de) Klaus-Michael Mallmann, Martin Cüppers: „Beseitigung der jüdisch-nationalen Heimstätte in Palästina.“ Das Einsatzkommando bei der Panzerarmee Afrika 1942. In: Jürgen Matthäus, Klaus-Michael Mallmann (Hrsg.): Deutsche, Juden, Völkermord. Der Holocaust als Geschichte und Gegenwart. WBG, Darmstadt 2006, ISBN 3-534-18481-5.
  • (de) Martin Cüppers: Immer davongekommen. Wie sich Walther Rauff erfolgreich seinen Richtern entzog. In: Andrej Angrick, Klaus-Michael Mallmann (Hrsg.): Die Gestapo nach 1945. Karrieren, Konflikte, Konstruktionen. WBG, Darmstadt 2009, ISBN 978-3-534-20673-5, p. 71–89.
  • (de) Heinz Schneppen: Walther Rauff. Organisator der Gaswagenmorde. Eine Biografie. Metropol Verlag, Berlin 2011, ISBN 978-3-86331-024-0.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e http://www.independent.co.uk/news/world/europe/how-the-nazis-escaped-justice-8468840.html
  2. Christian Baechler Guerre et extermination à l'Est éd.Tallandier 2012 p. 377 (ISBN 978-2-286-08847-7)
  3. Eugen Kogon, Hermann Langbein, Adalbert Rückerl les chambres à gaz, secret d'état points/Histoire éd.Seuil p. 73 (ISBN 2-02-009628-5)
  4. Florent Brayard La solution finale de la question juive éd.Fayard 2004 p. 432 (ISBN 2-213-61363-X)
  5. Selon Richard Breitman, Walter Rauff aurait rencontré Rommel à Tobrouk pour discuter de l'élimination des Juifs du Caire in Richard Breitmann U.S. Intelligence and the Nazis p. 154, en revanche pour d'autres historiens Rauff n'aurait jamais rencontré Rommel
  6. Benoit Rondeau Africakorps l'armée de Rommel éd. Tallandier 2013 (ISBN 979-10-210-0165-7)
  7. McKale 2012, p. 27-32
  8. a et b In the service of the Jewish state, Ha'aretz, 29 mars 2007.
  9. http://www.bbc.co.uk/news/world-europe-15069333