Conjuration d'Amboise

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La conjuration d'Amboise, également appelée tumulte d'Amboise (mars 1560) est un coup d'État manqué, organisé par des gentilshommes protestants pour s'emparer de la personne du roi François II et le soustraire de la tutelle des Guise. Il s'agit d'un événement qui annonce les guerres de religion à venir (1562-1598).

Le contexte[modifier | modifier le code]

Le cardinal de Lorraine
Le duc de Guise

À la mort du roi Henri II le 10 juillet 1559, les protestants espèrent obtenir la fin de la répression, mais le jeune roi François II a confié le gouvernement aux Guises, garants en France de la religion catholique, et partisans d'une politique d'une grande fermeté envers la religion réformée. Le supplice d'Anne de Bourg en décembre marque cette détermination.

Le duc de Guise, François et son frère le cardinal de Lorraine sont les oncles maternels de la jeune reine Marie Stuart et exercent par l'intermédiaire de celle-ci, un ascendant sur le roi. Ils dirigent l'essentiel de la politique royale et sont convaincus d'être en droit de réprimer le protestantisme en s'appuyant sur l'Édit d'Écouen.

Pour se débarrasser des Guises, les protestants comptent sur les deux princes du sang, Antoine de Bourbon et son frère le prince de Condé. Acquis aux idées de la Réforme, les deux princes possèdent la légitimité pour gouverner la France, mais refusent de provoquer un conflit ouvert avec la cour où ils ont leurs intérêts. Devant leur inaction, plusieurs gentilshommes provinciaux décident dès lors de prendre les choses en main. Ils organisent un complot pour s'emparer du roi et de sa famille par la force.

La préparation du complot[modifier | modifier le code]

Le chef de la conjuration est Jean du Barry, seigneur de La Renaudie, gentilhomme du Périgord plein d'animosité contre les Guises depuis l'exécution de son beau-frère Gaspard de Heu. Il réunit d'autres gentilshommes venus de toute la France comme le baron Charles de Castelnau de Chalosse (Charles de Castelnau-Tursan), Bouchard d'Aubeterre, Edme de Ferrière-Maligny (frère cadet de Jean II de Ferrières), le capitaine Mazères, le capitaine Sainte-Marie, le capitaine Lignières, le capitaine de Cocqueville, Jean d'Aubigné (père d'Agrippa d'Aubigné), Ardoin de Porcelet, François de Barbançon, Charles de La Garaye.

Paulon de Mauvans (dont le frère a été exécuté) rallie les huguenots de Provence à Mérindol, le 12 février 1560, promet 2 000 hommes et en envoie 100 à Nantes où les conjurés doivent se réunir[1].

Jean Calvin et la plupart des pasteurs protestants refusent la voie de la violence et condamnent le projet des conjurés. L'amiral Gaspard de Coligny empêche la noblesse protestante de Normandie de s'associer au complot. Le prince de Condé lui-même refuse de participer à la conjuration bien qu'il attende à Orléans de recueillir les fruits du complot ; il est désigné par le terme de capitaine muet dans les courriers des conjurés[2].

Sont également complices des bourgeois des villes d'Orléans, Tours et Lyon. Le 1er février 1560, les conjurés se réunirent à Nantes pour décider d'un plan.

L'échec de la conjuration[modifier | modifier le code]

Le château tel qu'il était à l'époque

Au cours du mois de février et de mars, les Guises reçoivent plusieurs avertissements sur l'existence d'un complot. Dans l'ignorance, ils pensent tout d'abord qu'il s'agit d'un complot fomenté par l'étranger[3]. Puis, le 12 février, ils sont informés de la réalité de la conjuration par Pierre des Avenelles, un avocat parisien. Le 22 février, ils décident de transférer le roi et la cour, du château de Blois à celui d'Amboise, bien mieux protégé. Les défenses du château sont renforcées.

Les conjurés, qui avaient prévu leur action pour le 1er mars 1560 la remettent au 16 mars. Grâce à des complicités sur place, certains conjurés arrivés en avance, préparent l'arrivée du gros des troupes protestantes. Mais les Guises font fouiller les alentours d'Amboise, et les premiers conjurés sont arrêtés le 10 mars. Jusqu'au 16 mars, les arrestations se multiplient, de manière pacifique le plus souvent. Les protestants espèrent pouvoir exprimer au roi leur doléance avant d'entamer l'action.

Mais l'attaque surprise des huguenots commandés par Bertrand de Chandieu (frère du pasteur Antoine de Chandieu) le 17 mars effraye la cour et les rebelles, rapidement matés, sont punis avec une extrême sévérité : la plupart des conjurés sont pendus aux balustrades du château, les autres sont noyés dans la Loire ou massacrés par la foule. Le 19 mars, Jean du Barry est tué dans la forêt de Château-Renault par des cavaliers. Son corps est ramené à Amboise. D'abord attaché à une potence sur le pont avec une pancarte indiquant « chef des rebelles », il est ensuite coupé en cinq morceaux et les parties de son corps sont exposées aux portes de la ville[4]. La répression fait 1 200 [5] à 1 500 morts[6],[7].

Le 17 mars, le roi François II confie au duc de Guise la lieutenance générale du royaume.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

L'exécution des conjurés
gravure de Tortorel et Perrissin, 1569-1570

Sources[modifier | modifier le code]

  • Théodore Agrippa d'Aubigné, Histoire universelle, tome 1, Éd. André Thierry, Genève, Droz, 1981-2000, Chapitre XVII, Entreprise d'Amboise et ce qui s'ensuit, p. 268-278

Travaux historiques[modifier | modifier le code]

  • Charles-Hippolyte Paillard, Additions critiques à l'histoire de la conjuration d'Amboise, in Revue historique, 5e année, t. 14, septembre-décembre 1880, Paris, Librairie Germer Baillière et Cie, p. 61-108, 311-355, [lire en ligne].
  • Henri Naef, La Conjuration d'Amboise et Genève, in Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, 32 (2e sér., 22), 1922, [compte rendu en ligne].
  • Lucien Romier, La Conjuration d'Amboise. L'aurore sanglante de la liberté de conscience, le règne et la mort de François II, Paris, Librairie académique Perrin et Cie, 1923, 292 p., [compte rendu en ligne].
  • Louis-Raymond Lefèvre, Les Français pendant les guerres de religion. Le Tumulte d'Amboise, Paris, Gallimard, NRF, 1949, 256 p.
  • Arlette Jouanna :
    • « Le thème polémique du complot contre la noblesse lors des prises d'armes nobiliaires sous les derniers Valois », in Complots et conjurations dans l'Europe moderne, Publications de l'École française de Rome, 1996, p. 475-490, (ISBN 2-7283-0362-2), [lire en ligne].
    • Le devoir de révolte. La noblesse française et la gestation de l'État moderne, 1559-1661, Paris, Fayard, 1989.
  • Corrado Vivanti, « La congiura d'Amboise », in Complots et conjurations dans l'Europe moderne, Publications de l'École française de Rome, 1996, p. 439-450, (ISBN 2-7283-0362-2), [lire en ligne].
  • Elizabeth A. R. Brown, « La Renaudie se venge : l'autre face de la conjuration d'Amboise », in Complots et conjurations dans l'Europe moderne, Publications de l'École française de Rome, 1996, p. 451-474, (ISBN 2-7283-0362-2), [lire en ligne].

Littérature[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Miquel, Les Guerres de religion, Paris, Club France Loisirs, 1980 (ISBN 2-7242-0785-8), p. 211-212
  2. Pierre Miquel, Les Guerres de religion, Paris, Club France Loisirs, 1980 (ISBN 2-7242-0785-8), p. 211. Histoire et dictionnaire des guerres de religion, Robert Laffont, 1998, p. 61
  3. Histoire et dictionnaire des guerres de religion, Robert Laffont, 1998, p. 66
  4. Musée virtuel du Protestantisme : conjuration d'Amboise
  5. Herodote.net. 17 mars 1560 : la conjuration d'Amboise. En ligne [1], consulté le 19 février 2007
  6. Pierre Miquel, Les Guerres de religion, Paris, Club France Loisirs, 1980 (ISBN 2-7242-0785-8), p. 213
  7. Google Livres : Jacques-Auguste de Thou - Histoire universelle depuis 1543 jusqu'en 1607. Tome 3 - Londres, 1734
  8. édition Furne, vol. 15 des études philosophiques, p. 537, 539, 542-46-48-50