Colloque de Poissy

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Le prieuré Saint-Louis de Poissy siège du colloque.

Le colloque de Poissy est une conférence religieuse qui s’est tenue du 9 au dans le prieuré royal Saint-Louis de cette ville.

En vue de maintenir la paix religieuse en France, la reine-mère Catherine de Médicis tente d’effectuer un rapprochement entre catholiques et protestants, en réunissant quarante-six prélats catholiques, douze ministres du culte protestant et une quarantaine de théologiens. Malgré l'échec du colloque, Catherine de Médicis fait signer en janvier 1562 un édit de tolérance, l'Édit de janvier, mais ne peut empêcher le 1er mars 1562 le massacre de Wassy qui marque le début de la première guerre de religion en France. Ce colloque est également un des facteurs qui contribue à relancer la troisième session du concile de Trente et à l'installation des Jésuites en France, introduits dans le royaume à l'occasion de cette conférence.

Contexte[modifier | modifier le code]

Catherine de Medicis, promotrice du colloque.
Théodore de Bèze, porte-parole de l’Église réformée.
Le cardinal de Ferrare, légat du pape.
Michel de l’Hôpital, organisateur du colloque.

La rivalité entre les deux camps se caractérise par la mésentente sociale et les conflits politiques, telle la conjuration d'Amboise. Bien que fort de moins d’un demi-million, le parti calviniste en France, sous la direction de plusieurs princes du sang royal et de membres de la haute noblesse, était fort et se montrait turbulent. La propagation du protestantisme et l’application de son principe fondamental du jugement privé avait produit de profondes différences de croyance. Une conférence de ce genre sur le libre arbitre, visant à les dissiper et à recréer l’unité, avait eu lieu à Weimar, en 1560, entre les luthériens Viktor Striegel et Matthias Flacius.

La reine-mère catholique Catherine de Médicis, régente pendant la minorité de son fils, Charles IX, organisa cette conférence à Poissy, avec l’appui du chancelier Michel de l’Hôpital et du duc de Vendôme, lieutenant-général du royaume. Les chefs du parti catholique tentèrent d’entraver toute forme de négociation.

La désaffection à l’égard du Saint-Siège avait paralysé l’activité catholique. Bien que le concile de Trente ait été en session, sous l’égide du pape Pie IV, des voix s’élevèrent, y compris chez les évêques français, pour réclamer la convocation d’un synode national distinct. Catherine et ses conseillers choisirent, à la place, une conférence religieuse sous l’autorité du pouvoir civil. Le pape tenta d’empêcher ce qui, dans ces circonstances, devait être interprété par les catholiques, comme un affront à son autorité ecclésiastique.

Participants[modifier | modifier le code]

Le pape envoya comme légat Hippolyte d'Este, cardinal de Ferrare, accompagné de Jacques Lainez, deuxième supérieur général des jésuites, comme conseiller, pour dissuader le régent et les évêques. Mais l’affaire était allée trop loin. Lors de la conférence, six cardinaux et trente-huit archevêques et évêques français, ainsi qu’une foule de prélats mineurs et de médecins, passèrent un mois en discussions avec les calvinistes Théodore de Bèze de Genève et Pierre Martyr Vermigli de Zurich. Les théologiens allemands qui avaient été invités n’arrivèrent à Paris qu’une fois les discussions interrompues. Bèze était assisté par Nicolas Des Gallars, qui rédigea un rapport de la conférence, pour Edmund Grindal, alors évêque de Londres, où Des Gallars avait une église.

Actes[modifier | modifier le code]

Les représentants des confessions rivales commencèrent leurs plaidoiries, le 9 septembre. Le chancelier de L’Hôpital ouvrit la procédure, dans le réfectoire du prieuré, en présence du petit roi de France âgé de 11 ans, par un discours, qui insistait sur le droit et le devoir du monarque de subvenir aux besoins de l’Église. Même avec un conseil général en session, un colloque entre Français convoquée par le roi était le meilleur moyen de régler les différends religieux, car un conseil général essentiellement composé d’étrangers était incapable de comprendre les souhaits et les besoins de la France, mais les discussions qui se tinrent au colloque portèrent sur des controverses théologiques.

Le porte-parole de l’Église réformée, de Bèze, donna, à la première session, un long exposé de la doctrine de l’Église réformée. Le cardinal de Lorraine ayant obtenu que le débat se concentre sur la nature de l’Eucharistie (transsubstantiation ou consubstantiation) : « Lors de cette célébration, comment le Christ manifeste-t-il sa présence ? », le discours de Bèze expliqua les principes de la conception réformée de l’Eucharistie, qui fut ensuite été révisée et amendée, avant d’être publiée en France. Ses déclarations sur la communion (le corps du Christ « est éloigné du pain et du vin autant que le plus haut ciel est éloigné de la terre ») suscitèrent un tel rejet qu’il fut interrompu par le cardinal de Tournon.

Lors de la deuxième session, survenue le 16 septembre, le cardinal de Lorraine répondit. Cependant, côté catholique, le désir de conciliation était faible et, sur la motion du légat Hippolyte d’Este, exception fut prise sur le déroulement futur des négociations en plein conclave, et un comité de vingt-quatre représentants, douze de chaque parti, fut nommé, officiellement afin de faciliter l’obtention d’une décision satisfaisante.

Le supérieur des jésuites Laynez fit ensuite valoir que le juge nommé par Dieu pour les controverses religieuses était le pape, et non la Cour de France. L’acrimonie avec laquelle il s’opposa aux protestants eut au moins le mérite de clarifier la situation.

Catherine de Médicis nomma un comité restreint composé de cinq calvinistes et cinq catholiques ayant pour tâche de s’entendre sur une formule sur laquelle les deux églises pourraient s’unir en ce qui concerne la question de l’Eucharistie. Le cardinal de Lorraine avait demandé si les calvinistes étaient prêts à signer les articles de la confession d'Augsbourg, sur laquelle calvinistes et luthériens ne parvenaient pas à s’entendre. Le comité ayant rédigé une formule vague pouvant être interprété dans un sens catholique ou calviniste, celle-ci fut, en conséquence, rejetée par les deux parties. C’est sur cette question que l’accord achoppera le 26 septembre. Les prélats assemblés refusèrent de la sanctionner, tandis que les calvinistes refusaient de signer la confession luthérienne. Malgré les tentatives de la reine-mère pour ranimer les débats, l'assemblée fut close le 9 octobre.

Suites[modifier | modifier le code]

Michel de l’Hospital tente alors de sauver la poursuite des négociations, en suggérant à la reine-mère la tenue de délégations restreintes au château de Saint-Germain-en-Laye. Mais, le 14 octobre, l’assemblée se sépare sans avoir trouvé de compromis, la distance entre les deux doctrines paraissant irréconciliable. L’Église catholique n’a pas convaincu tandis que l’autorité royale n’a pas reconnu l’Église réformée.

Par la suite il y eut des réunions à Altenbourg[1] entre les théologiens d’Iéna et ceux de Wittemberg, sur le libre arbitre et la justification, ainsi qu’à Montbéliard[2] entre Bèze et les théologiens de Tübingen, sur la prédestination.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Du 20 octobre 1568 au 9 mars 1569.
  2. En 1586.

Références[modifier | modifier le code]

  • Jules Delaborde, Les Protestants à la cour de Saint-Germain lors du colloque de Poissy, Sandoz et Fischbacher, Paris, 1874.
  • Napoléon Peyrat, Le colloque de Poissy, Lacour Ollé, 2004.
  • (en) Donald Nugent, Ecumenism in the age of the Reformation : the Colloquy of Poissy, Harvard University Press, Cambridge, 1974.
  • Lucien Romier, Catholiques et huguenots à la cour de Charles IX. Les États généraux d’Orléans. Le Colloque de Poissy. Le "Concordat" avec les protestants. Le Massacre de Vassy (1560-1562), Perrin, Paris, 1924.