Château d'Écouen

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Musée national de la Renaissance - château d'Écouen
Le Château d'Écouen qui abrite le Musée
Le Château d'Écouen qui abrite le Musée
Informations géographiques
Pays Drapeau de la France France
Ville Écouen
Adresse Château d'Écouen, 95440 Écouen
Coordonnées 49° 01′ 03″ N 2° 22′ 42″ E / 49.0175, 2.37833349° 01′ 03″ Nord 2° 22′ 42″ Est / 49.0175, 2.378333  
Informations générales
Date d’inauguration 1977
Collections Art de la Renaissance

Logo monument historique Classé MH[1]

Informations visiteurs
Nb. de visiteurs/an 80 000 (2008)
Site web www.musee-renaissance.fr/

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Musée national de la Renaissance  - château d'Écouen

Géolocalisation sur la carte : Île-de-France

(Voir situation sur carte : Île-de-France)
Musée national de la Renaissance  - château d'Écouen

Le château d'Écouen est un château du XVIe siècle, situé dans le Val-d'Oise, qui abrite depuis 1977 le musée national de la Renaissance. L'édifice appartient à la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur. Le musée est sous tutelle du Ministère de la Culture. Depuis 2005, le directeur du musée est Thierry Crépin-Leblond, conservateur général du patrimoine.

Des générations d'artistes célèbres se sont succédé au fil des siècles pour faire du château d'Écouen un imposant monument : l'architecte Jean Bullant, le sculpteur Jean Goujon, le potier et émailleur Bernard Palissy, le céramiste Masseot Abaquesne, l'architecte Jules Hardouin-Mansart.

Il expose aujourd'hui les collections françaises de l'époque de la Renaissance dans tous les domaines artistiques : tapisseries, armes, sculptures, vitraux, céramiques, mobiliers, orfèvreries, peintures... En France, il s'agit de l'unique musée entièrement consacré à la Renaissance.

Selon le Comité d'Expansion Économique du Val-d'Oise, le château d'Écouen est l'un des principaux sites touristiques du département en nombre de visiteurs par an (en 2008 il a même été le premier site visité du Val-d'Oise). Il est situé à 19 km au nord de Paris et à 15 km de l'aéroport de Roissy.

Histoire[modifier | modifier le code]

Un château princier[modifier | modifier le code]

La cour intérieure du Château d'Écouen avec les moulages des Esclaves de Michel-Ange dont les originaux ont été emportés au Louvre.
Parc, château et ville d'Écouen vus du ciel
Château d'Écouen

Situé sur une butte offrant un panorama sur la plaine de France, le château d'Écouen ,( Val-d'Oise), fut construit à partir de 1538 par le Connétable de France, Anne de Montmorency (au service de François Ier puis d'Henri II). Pour le bâtir, Montmorency fit raser la forteresse médiévale qui s'y dressait auparavant. Il s'agit de l'une des possessions du connétable qui disposait de plus de 130 châteaux et 600 fiefs simultanément. C'était l'homme le plus puissant du Royaume, rival de la famille des Guise.

L'architecture du château témoigne de la puissance et des ambitions d'Anne de Montmorency, grand ami des Rois François Ier et Henri II. À la fois militaire et passionné d'art, il découvrit les Palais transalpins lors des guerres d'Italie et souhaita s'en inspirer pour bâtir sa demeure d'Écouen. Héritier de l'importante fortune de la Maison de Montmorency et bénéficiaire des faveurs royales, il put bâtir cet important château.

Le plan d'origine, dû à un architecte inconnu, en 1538, est un quadrilatère flanqué de quatre pavillons d'angle. En 1547, Anne de Montmorency fit appel à Jean Bullant pour achever l'aile Nord et construire le portique de l'aile Sud qui devait abriter les deux sculptures de Michel-Ange, l'Esclave mourant et l'Esclave rebelle, que le roi Henri II venait de lui offrir. Jean Bullant était à l'époque un architecte très renommé qui conçut également l'église Saint-Accuel d'Écouen, le Palais des Tuileries, l'Hôtel de la Reine… Il aurait été enterré à Écouen, et aujourd'hui le collège de la ville porte encore son nom.

Anne de Montmorency fera également appel aux plus éminents artistes européens de l'époque comme Jean Goujon, Bernard Palissy ou encore Masseot Abaquesne. Avec ses vitraux, sculptures, pavements, lambris, peintures, marbres, orfèvreries, tapisseries, poteries, émaux et fontes, la construction du château fera appel à tous les arts, avec une claire volonté de luxe. Le château est achevé en 1555.Écouen devient rapidement le lieu de villégiature favori du roi Henri II à qui une aile entière du château est réservée pour ses fréquents séjours. Il promulguera dans ce lieu le cruel Édit d'Écouen, prélude aux guerres de religion, ordonna de tuer sans procès les protestants fauteurs de trouble. Henri II meurt quelques mois après, et les guerres commencent. Anne de Montmorency, toujours Connétable, est tué pendant la bataille de Saint-Denis alors qu'il commandait l'armée royale.

Après l'exécution d'Henri II de Montmorency, petit-fils d'Anne, qui avait organisé une rébellion contre le Cardinal Richelieu, en 1632, la branche aînée des Montmorency s'éteint. Louis XIII confisque le château, puis le donne à Charlotte d'Angoulême. Sa descendance légua le domaine à la famille des Condé, qui possédait notamment le château de Chantilly. C'est alors que le parc actuel fut dessiné par Jules Hardouin-Mansart. L'aile ouest fut détruite en 1797 par les Condé, faisant disparaître de nombreuses fresques et œuvres d'art, dont une partie fut retrouvée dans la forêt ou dans la ville.

Un bien national[modifier | modifier le code]

Avec la Révolution française, le château est confisqué. Il sert tour à tour d'hôpital, de prison militaire et de lieu de réunion d'un club patriotique. En 1805, Napoléon y ouvre une maison d'éducation de la Légion d'honneur, accueillant les filles de personnalités s'étant vues décorées. Deux ans plus tard, une nouvelle aile, plus basse, est construite pour remplacer celle qui avait été mise à terre.

À la Restauration, Louis XVIII restitue le château aux Condé qui ne l'entretinrent presque pas jusqu'en 1850, date à laquelle Louis Napoléon Bonaparte décidé d'y implanter de nouveau la Maison d'éducation de la Légion d'honneur. Elle restera à Écouen plus d'un siècle, jusqu'en 1962.

Au cours du XIXe siècle, la Fontaine Hortense est élevée dans le parc du château par Eugène de Beauharnais.

En 1862, le château d'Écouen apparaît dans la liste des Monuments historiques. Le domaine est entièrement classé en 2007[1]. À Écouen, l'église Saint-Acceul et la Forêt sont également classés.

À la suite de la défaite de 1871, la construction d'une série de forts est entamée, ceinturant la capitale pour mieux la défendre. C'est à ce moment que le Fort d'Écouen est bâti. Il ne faut en aucun cas le confondre avec le château. Le Fort est une construction polygonale de défense, dans la Forêt, conçu pour pouvoir abriter plus de 300 hommes et 22 pièces d'artillerie en cas de guerre. Une partie du Fort d'Écouen a disparu, mais il en subsiste encore de nombreuses traces. Le Fort fait partie du classement aux Monuments historiques (qui concerne le domaine du château, englobant donc le Fort).

Le musée national de la Renaissance[modifier | modifier le code]

Parc et château d'Écouen.
La façade principale donnant sur la plaine de France.

En 1962, la maison d'éducation quitte le château qui est alors cédé au ministère des Affaires culturelles. André Malraux cherchait alors un lieu où exposer les collections nationales de la Renaissance, dont la plupart étaient stockées dans l'hôtel de Cluny faute de place. Cependant il fallait un édifice particulièrement grand pour pouvoir accueillir les tapisseries de David et Bethsabée qui mesurent 75 mètres de long. Le château d'Écouen, seul lieu du patrimoine disponible pouvant exposer ces tapisseries aux dimensions contraignantes, fut donc choisi pour devenir le Musée national de la Renaissance. Par ailleurs son imposante architecture, digne des châteaux de la Loire, était un symbole particulièrement fort de l'art Renaissance. Après d'importants travaux, le musée ouvrit ses portes en 1977.

Seul musée en France consacré à la période, ses trente-deux salles muséographiques abritent notamment une collection d'orfèvrerie (issue du legs de la baronne Salomon de Rothschild, 1922), des céramiques ottomanes (Iznik), des émaux peints de Limoges, la collection d'armes d'Édouard de Beaumont, des terres cuites de Masséot Abaquesne, ainsi que l'ensemble des pièces de céramique de l'atelier de Bernard Palissy exhumées lors des fouilles du Louvre. L'œuvre la plus connue de la collection demeure la série de dix tapisseries consacrée à l'histoire de David et Bethsabée. Tissées à Bruxelles dans les années 1515-1520, elles auraient appartenu à Henry VIII d'Angleterre. On peut également admirer deux tapisseries datées de 1545-1546 d’après des cartons de Giulio Romano. Elles appartiennent à la série des huit tapisseries constituant la Tenture des Fructus Belli.

Aujourd'hui, le château est donc visité tant pour son architecture et son histoire, que pour sa collection d'œuvres de la Renaissance. Si les œuvres exposées sont contemporaines de l'édifice, la plupart ne proviennent pas du mobilier d'origine d'Écouen, qui fut dispersé à la Révolution française, et dont une partie se trouve aujourd'hui à Chantilly. L'intérieur du château jongle donc entre reconstitutions de salles d'origine et exposition des riches collections du musée.

La rénovation du domaine dans les années 1970, pour accueillir le musée, concerne également le parc. Les paysagistes s'essayèrent à rendre aux alentours du château leur aspect original, en restaurant allées et parterres.

Architecture et décors intérieurs du château[modifier | modifier le code]

Une cheminée peinte du château d'Écouen

Le Musée est visité non seulement pour ses collections, mais aussi pour son architecture. Il s'agit en effet d'une réalisation majeure de la Renaissance française. Édifié en douze ans par différents architectes et artistes, il témoigne de plusieurs influences :

  • la première Renaissance (avec notamment les parties plus anciennes qui rappellent les Châteaux de la Loire, antérieurs à Écouen)
  • la seconde Renaissance (avec par exemple le Portique des Esclaves, plus maniéré, dans la cour intérieure)
  • un certain classicisme triomphal (avec la façade Nord visible depuis la Plaine de France).

De ces différentes influences il naît un sentiment de grande diversité de l'architecture du Château. Toutes les façades intérieures et extérieures sont uniques et différentes des autres. Enfin on peut signaler qu'une aile du monument était destinée au Roi, et présente donc une allure originale, plus richement ornée que le reste de l'édifice. Il est donc conseillé d'utiliser le chemin piéton qui fait le tour du monument afin d'en voir toutes les faces. Par ailleurs, les terrasses offrent de magnifiques vues sur Écouen et sur la Plaine de France, vaste plaine agricole.

Architectes et artistes majeurs bâtisseurs et décorateurs du château[modifier | modifier le code]

Le principal architecte du château est Jean Bullant, mais les scientifiques estiment que de nombreux autres architectes ont contribué à l'édification du monument. Comme pour beaucoup de châteaux, il demeure des incertitudes quant aux architectes et artistes qui ont participé à la construction, Anne de Montmorency ayant fait venir un grand nombre de spécialistes de toute l'Europe:

Puis, aux siècles suivants, lors des différentes modifications paysagères ou architecturales :

Par ailleurs, une partie du décor d'origine est toujours présent à l'intérieur du château d'Écouen. On peut ainsi admirer les frises ornées, les menuiseries, pavements, vitraux, lambris, bustes... et surtout les douze cheminées peintes qui constituent un ensemble d'œuvres uniques. La chapelle du château est également une pièce riche en décors intérieurs, avec notamment un très beau plafond peint. En revanche, une grande partie du mobilier d'origine a été emporté à la Révolution, et se trouve à présent disséminé dans divers châteaux et musées, notamment à Chantilly. Enfin les Esclaves de Michel-Ange, sculptures qui se trouvaient dans la cour du Château d'Écouen ont aussi été emportées et sont à présent au Louvre à Paris. Des moulages remplacent les originaux.

Les collections du Musée[modifier | modifier le code]

Bien que le fonds du Musée ne cesse de se développer grâce aux dons ainsi qu'aux achats, une grande partie des pièces exposées proviennent du Musée de Cluny, à Paris.

Les collections sont réparties en six principales catégories :

  • mobilier (armoires, sièges, dressoirs, tables... souvent très ornés)
  • arts du feu (céramiques, vitraux, verrerie, émaux...)
  • arts du métal (orfèvrerie)
  • peinture (avec notamment douze cheminées peintes uniques en France, ainsi que des tentures de cuir peintes)
  • arts de la laine et de la soie (tapisseries et dentelles)
  • sculptures (avec notamment le haut relief Diane et Actéon)

Un banc d'orfèvre (banc à étirer) daté de 1565 et conçu par Leonhard Danner pour Auguste Ier de Saxe fait partie des pièces maîtresses du musée.

Quelques œuvres exposées :

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

L'orfèvrerie et l'horlogerie au musée[modifier | modifier le code]

statuette de Daphné, Wenzel Jamnitzer, Nuremberg, vers 1550
  • La statuette de Daphné de Wenzel Jamnitzer, réalisée à Nuremberg vers 1550, est l'un des principaux chefs-d'œuvre exposés au musée. Il s'agit d'une statuette en argent blanc, partiellement doré, surmontée par une grande branche de corail rouge. Elle représente la nymphe Daphné changée en arbre, illustrant un chapitre des Métamorphoses d'Ovide. L'œuvre faisait partie du legs de la baronne Salomon de Rothschild (1922)[2].
  • L'horloge automate, dite de la Nef de Charles Quint est également une pièce importante. Il s'agit de l'une des horloges les plus élaborées et ornées créées à la Renaissance. Elle est attribué à Hans Schlottheim (1545-1625), célèbre horloger d'Augsbourg entre 1580 et 1585. Deux autres exemplaires nous sont parvenus, l'un est exposé au British Museum de Londres, l'autre au Kunsthistorisches Museum de Vienne[2].

La faïence au château d'Écouen[modifier | modifier le code]

Le château d'Écouen (devenu Musée national de la Renaissance, Val-d'Oise) fut bâti par Anne de Montmorency, grand amateur de céramiques. Il contient donc de très nombreuses faïences de l'époque Renaissance, dont une partie fut réalisée par Masseot Abaquesne. On peut citer notamment le triptyque en faïence Le Déluge, embarquement sur l'arche, ainsi que les pavements en céramique. Ce sont des œuvres typiques de la Renaissance, probablement réalisées vers 1550, et très colorées du fait de leur fonction d'ornement.

On peut admirer au château d'Écouen des assiettes de faïence réalisées par Nicola da Urbino en 1525 ainsi que des céramiques de Bernard Palissy.

D'origine différente, mais de la même époque, le Musée national de la Renaissance d'Écouen expose également 522 pièces uniques de faïence ottomane (plats, bouteilles, coupes...). Elles furent pour l'essentiel réalisées dans la deuxième moitié du XVIe siècle, à İznik, en Turquie.

De très nombreuses autres faïences et céramiques provenant du monde entier sont visibles dans ce Musée, dans la collection des Arts du feu. Toutes les œuvres datent de la Renaissance.

La Société des Amis du musée national de la Renaissance au château d'Écouen[modifier | modifier le code]

Fondée en 1970, l'association veille depuis à la sauvegarde du château d'Écouen. Elle accompagne désormais les activités scientifiques du musée national de la Renaissance, organise concerts, visites et conférences.

La société contribue également au développement et l'enrichissement des collections du château. Elle participe en effet à l'achat d'objets d'art dans le but de compléter le fonds des collections.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thierry Crepin-Leblond, « L'appartement des bains du connétable de Montmorency au château d'Écouen », Bulletin monumental, Paris, Société française d'archéologie, vol. 159,‎ janvier-mars 2001, p. 91-107 (ISSN 0007473X, lire en ligne)
  • Charles Terrasse, Le château d'Écouen, H. Laurens, 1915, 104 p.
  • Alain Erlande-Brandeburg, Pierre Ennès, Julia Fritsch, Château d'Écouen, Musée national de la Renaissance, rmn, 2000.
  • Sylvanie Allais, Le décor emblématique de la chambre de Henri II au château d’Écouen, p. 247-252, Société française d'archéologie, Bulletin monumental, 2008, no 166-3 ( Lire en ligne )

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]