Et in Arcadia ego (Poussin)

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Et in Arcadia ego (première version)
Image illustrative de l'article Et in Arcadia ego (Poussin)
Artiste Nicolas Poussin
Date 1628-1630
Technique Huile sur toile
Dimensions (H × L) 101 × 82 cm
Localisation Chatsworth House, Bakewell (Royaume-Uni)
Et in Arcadia ego (deuxième version)
Image illustrative de l'article Et in Arcadia ego (Poussin)
Artiste Nicolas Poussin
Date 1638-1640
Technique Huile sur toile
Dimensions (H × L) 85 × 121 cm
Localisation Musée du Louvre, Paris (France)
Numéro d'inventaire INV 7300

Et in Arcadia ego (« Les Bergers d’Arcadie ») est une locution latine illustrée par plusieurs peintres, dont deux fois par Nicolas Poussin (1594-1665). Les deux tableaux de Poussin sont des peintures pastorales représentant des bergers réunis autour d'un tombeau.

Les tableaux[modifier | modifier le code]

Les deux toiles de Poussin sont des peintures pastorales représentant des bergers idéalisés de l'Antiquité classique, rassemblés autour d'une tombe austère. La première version, datée de 1628-1630, se trouve en Angleterre, à Chatsworth House, dans le Derbyshire. La seconde version, exécutée dix ans plus tard en 1637-1638, est conservée au Louvre ; connue aussi sous le nom Les Bergers d'Arcadie, elle a eu une influence majeure dans l'histoire de l'art.

Source littéraire[modifier | modifier le code]

Et in Arcadia ego est une locution latine qui signifie : « Moi (la Mort), je suis aussi en Arcadie (le pays des délices). »

La première figuration d'une tombe avec inscription dédicatoire (à Daphnée près d'Antioche) dans le paysage idyllique d'Arcadie apparaît dans les Églogues de Virgile, V, 42 ssq. Virgile y transpose dans la rustique Arcadie les caractères de bergers siciliens qu'avait évoqués Théocrite dans ses Idylles. Le thème trouva une nouvelle jeunesse au cours des années 1460-1470 de la Renaissance italienne, dans l'entourage de Laurent de Médicis. En 1502 Jacopo Sannazaro publia un long poème, Arcadia, source dans l'imaginaire occidental de l'Arcadie comme un monde perdu d'enchantements idylliques.

Source picturale[modifier | modifier le code]

Le Guerchin, Et in Arcadia ego (1618). Le même sujet interprété par le Guerchin

C'est dans la Venise du XVIe siècle qu'apparaît la première utilisation d'une tombe avec inscription dédicatoire dans le monde enchanteur de l'Arcadie.

La toile du Guerchin (conservée à la Galerie nationale d'art ancien du palais Barberini à Rome) rend plus évident le sens de l'inscription dédicatoire par la figuration d'un crâne au premier plan.

Analyse des tableaux[modifier | modifier le code]

Le premier tableau de Poussin, celui de Chatsworth, est, selon toute vraisemblance, une œuvre de commande, inspiré de la toile du Guerchin. Son style est nettement plus baroque que la seconde version et caractéristique de la première manière de Poussin. Les bergers s'activent à dégager la tombe à-demi cachée et couverte de végétation et découvrent l'inscription avec une expression de curiosité ; la bergère debout à gauche est représentée dans une pose suggestive, très différente de l'attitude austère de la seconde version.

Celle-ci est composée de façon plus géométrique et les personnages y présentent un caractère plus contemplatif. Le visage sans expression de la bergère à droite est conforme aux conventions du « profil grec ».

Interprétation[modifier | modifier le code]

Littéralement, le titre Et in Arcadia Ego est un memento mori (« Souviens-toi que tu es mortel. ») Toutefois, André Félibien, le biographe de Poussin, l'interprétait comme : « la personne enterrée dans cette tombe a vécu en Arcadie. » Autrement dit : « elle aussi a profité des plaisirs de la vie sur terre ». C'est le sens qu'on donnait généralement à ces œuvres aux XVIIIe et XIXe siècles. Pour d'autres, le sujet établit une opposition ironique entre la sévérité de la mort et le caractère léger des nymphes et des bergers peuplant l'Arcadie. Dans Dessin, couleur, lumière, Yves Bonnefoy[1] consacre un article à ces toiles. Il propose de recomposer le parcours intellectuel de Poussin, l'un de ses peintres de prédilection, du premier tableau au second. Aujourd'hui, memento mori est le sens le plus généralement accepté.

La différence la plus importante entre les deux versions, c'est que dans la seconde, l'un des deux bergers reconnaît l'ombre de son compagnon sur la tombe et trace la silhouette avec son doigt. Selon une ancienne tradition (Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXV 5, 15), c'est le moment de la découverte de l'art pictural. Ainsi, l'ombre du berger est la première image de l'histoire de l'art. Mais l'ombre sur la tombe est aussi un symbole de la mort. (Dans la première version, celle-ci est symbolisée par un crâne posé sur la tombe). Le sens de cette composition très complexe semble être que l'Humanité surgit de la découverte de la mort inéluctable et de l'invention concomitante de l'Art, réponse créative de l'Humanité à la finitude de l'individu.

Ainsi, la prétention de la mort à régner même en Arcadie est récusée par l'Art (symbolisé par la jeune femme parée à droite dans la seconde version), issu de l'Arcadie même, monde idéal : l'Art est légitime quand le pouvoir de la mort n'est qu'usurpé. Face à la mort, l'objet de l'Art - sa raison d'être - est de ressusciter les aimés disparus, consoler les chagrins, calmer les angoisses, concilier les sentiments inconciliables, distraire la solitude, exprimer l'indicible.

Sens ésotérique[modifier | modifier le code]

Le titre Et in Arcadia Ego ne comporte pas de verbe conjugué, ce qui est licite en latin. Certains prétendus historiens anglo-saxons, piètres latinistes, en ont conclu que la phrase était incomplète ou mal formée et qu'elle recélait un code ésotérique.

  • Certains[2] ont postulé que Et in Arcadia Ego était l'anagramme de « I ! Tego arcana dei », c'est-à-dire : « Va ! je possède le secret de Dieu. » Ils suggèrent que le tombeau contient les restes de Jésus ou d'un patriarche biblique. Ils estiment que Poussin pensait être parvenu à identifier le lieu de la sépulture de Jésus à Jérusalem. Certains vont même jusqu'à affirmer que Poussin aurait été au courant d'un secret et qu'il décrit la réalité dans ses tableaux. Les auteurs n'expliquent toutefois pas pourquoi le tombeau de la deuxième version du tableau est très différent de la première. Cette thèse est rejetée par les historiens de l'art.
  • D'autres[3] prétendent qu'il manque à la phrase le verbe sum et que l'expression extrapolée (« Et in Arcadia Ego sum ») aurait pour anagramme « Iesu Arcam dei tango », ce qui signifierait « je touche le tombeau de Dieu - Jésus ». Ils affirment de plus que le tombeau représenté se situerait aux Pontils, près de la commune d’Arques, Aude. Il a été montré que cette tombe, aujourd'hui détruite, a été édifiée à partir de 1903[4],[5],[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Yves Bonnefoy (1995). Dessin, couleur, lumière. Mercure de France. ISBN 2715219334.
  2. Baigent, Michael ; Leigh, Richard ; Lincoln, Henry (1982). The Holy Blood and the Holy Grail. Corg, ISBN 0-552-12138-X.
  3. Andrews, Richard ; Schellenberger, Paul (1996).The Tomb of God: Body of Jesus and the Solution to a 2000 Year Old Mystery. Little, Brown & Company, ISBN 0-316-87997-5.
  4. Franck Marie (1978). Études critiques.
  5. Pierre Jarnac (1985). Histoire du trésor de Rennes-le-Château. Association pour le développement de la lecture.
  6. André Douzet, Nouvelles lumières sur Rennes-le-Château, éd. Aquarius, 1998, Genève, p. 105.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]