Cette page fait l’objet d’une mesure de semi-protection étendue.

Réfutabilité

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

La réfutabilité (également désignée à ses débuts par le recours à l'anglicisme falsifiabilité) a été introduite par Karl Popper et est considérée un concept important de l'épistémologie. Une affirmation est dite réfutable s'il est possible de réaliser une observation à partir d'une expérience qui, si elle était positive, entrerait en contradiction avec cette affirmation, avec la possibilité consécutive de démontrer ainsi sa fausseté ou son incomplétude.

D'un point de vue général, réfuter (contredire, ou démentir,...) une thèse, une opinion, un préjugé, une théorie, etc., consiste à démontrer qu'elle est fausse, parce qu'elle contient des erreurs, (par exemple, certaines de ses affirmations ne correspondent pas aux faits), ou parce qu'elle est moins apte qu'une autre théorie concurrente à décrire certains faits (incomplétude) : une théorie peut dire plus de choses sur les faits qu'une théorie concurrente sur un objet de recherche commun par l'intermédiaire de mises à l'épreuve plus sévères qu'elle aura subies avec succès.

Réfuter une théorie a donc aussi pour but de mettre en évidence ses limites par rapport à une autre sur sa capacité à correspondre aux faits : il n'est possible d'identifier les limites du contenu empirique d'une théorie, c'est-à-dire, tout son contenu descriptif sur des faits, que sur sa possibilité à être réfutée par des tests[ra 1].

Cependant, et s'agissant d'une quelconque procédure de mise à l'épreuve, ou de mise en doute d'une opinion, thèse, hypothèse, théorie, préjugé, etc., il existe des distinctions notables, entre, d'une part, la portée d'une mise à l'épreuve dans un cadre scientifique, et, d'autre part, celles utilisables dans tout autre cadre. Avec l'appui de la philosophie des sciences, de la connaissance, et de la logique, (mais aussi avec des exemples pris dans l'histoire des sciences[ra 2],[ra 3]), Karl Popper est l'un de ceux qui aura tenté de clarifier tout ce qui peut caractériser une mise à l'épreuve scientifique, via la notion de réfutabilité qu'il utilise dans son ouvrage Conjectures et réfutations comme critère de scientificité.

La notion de réfutabilité ne s'applique donc qu'à ce qui relève de la sphère cognitive. Autrement dit, qu'à ce qui concerne toutes tentatives de projets de description formulés par un individu dans le cadre d'une communication à un autre ou à un groupe, parce que, par exemple, aucune science ne peut demeurer muette[note 1] : "Une connaissance scientifique doit pouvoir être exactement et intégralement transmissible par un discours"[ra 4].

Mais la réfutabilité n'a de sens que par rapport à la recherche de la vérité (absolue)[ra 5],[note 2], laquelle n'est approchable que par un niveau de vérité relatif : la corroboration ou la réfutation. En effet, s'il est "vrai" qu'une théorie est fausse à l'issue de tests, cette "vérité" ne peut être certaine ; et s'il est "vrai" qu'une théorie correspond à certains faits, ce ne peut être qu'une approximation[ra 6] plus ou moins précise de la vérité, (précision toujours relative aux tests), la certitude demeurant toujours logiquement hors d'atteinte dans les sciences de la Nature.

En somme, la méthode, (hypothético-déductive de contrôle, selon Popper, puisqu'il invalide la méthode inductive)[ra 7], qui peut être inférée de la réfutabilité a pour objectif d'étudier le degré de correspondance avec les faits de certaines théories : dans un domaine authentiquement scientifique, aucune théorie universelle ne devrait, en principe, pouvoir échapper à ce type d'étude, bien qu'aucune théorie de ce genre ne puisse jamais parfaitement correspondre aux faits.

La réfutation représente une solution à la fois du problème de la démarcation et de celui de l'évaluation de la correspondance avec les faits de certaines théories :

  • Une proposition réfutable selon trois conditions bien spécifiques, (logique, empirique et méthodologique), toutes nécessaires mais non suffisantes, est réputée être acceptable comme une hypothèse scientifique. Si elle est réfutée elle cesse d'être considérée comme représentant l'état de la connaissance le plus aboutit dans un domaine de recherche particulier. Il suffirait ainsi de trouver un seul individu de Dodo encore en vie pour réfuter l'hypothèse de leur disparition.
  • En revanche, une proposition non réfutable (irréfutable au sens logique) est catégorisée comme méta-physique (ce qui ne signifie pas qu'elle soit illégitime; ainsi en est-il des univers parallèles en 2016[réf. nécessaire]).
  • Par exemple, l'affirmation « tous les corbeaux sont noirs » pourrait être réfutée en observant un corbeau blanc[note 3]. Le cygne noir ne fut d'ailleurs connu que tardivement. (Voir Théorie du cygne noir.)
  • Par opposition, « tous les humains sont mortels » est non réfutable, et donc non scientifique, parce qu'il faudrait attendre un temps infini pour conclure négativement (constater l'existence d'un humain immortel) et que l'observateur, un humain, même s'il observait la mort de tous ses semblables, ne pourrait conclure positivement qu'après sa propre mort. Le fait qu'aucun humain observé n'a vécu plus de 130 ans prouve seulement que « tous les humains actuellement morts étaient mortels ». Voir toutefois l'article Inférence bayésienne.
  • Sur le plan mathématique la réfutabilité est puissante puisqu'un seul contre-exemple suffit à obtenir la négation (ou contradictoire) d'une proposition. Ainsi, la négation de « quel que soit l'objet A, A vérifie une propriété B » est « il existe au moins un objet A ne vérifiant pas B » (et non pas « Aucun objet A ne vérifie la propriété B » dont la négation est « au moins un objet A vérifie la propriété B »). Il suffit alors de trouver un seul objet A ne vérifiant pas la propriété B pour que la proposition faite initialement (« quel que soit l'objet A, A vérifie une propriété B ») soit fausse, et que la propriété contradictoire soit vraie (« il existe au moins un objet A ne vérifiant pas B »).

Histoire

Bien avant que Popper lui ait donné son sens de critère de démarcation, la réfutabilité prise dans le sens usuel de « pouvoir faire l'objet d'une réfutation » a fait partie de l'histoire de la logique indienne et des techniques grecques de réfutation. Par exemple, le principe modus tollens était connu en Grèce et en Inde déjà à une époque très reculée.[ra 8],[note 4] La réfutation logique, en particulier le modus tollens, jouera un rôle fondamental dans le concept technique de réfutabilité qui sera introduit par Popper beaucoup plus tard.

L'aspect empirique devra aussi y jouer un rôle, car toute théorie scientifique doit avoir un rapport à l'expérience possible. Cependant, il faut tenir compte du « problème de l'induction » soulevé par Hume en 1739.[ra 9] En substance, le problème est qu'aucune théorie scientifique à caractère universel ayant un contenu prédictif ne peut être vérifiée par l’observation : de par son caractère universel, c'est-à-dire, non limité à un spécifique objet dans l'espace-temps, elle prédit beaucoup plus que ce que nous pourrons jamais observer. Le raisonnement par induction ne peut donc pas conduire à une certitude absolue, et il n'est pas question selon cette thèse de garantir le caractère universel d'une théorie scientifique ou d'une loi, puisqu'elle ne sera jamais totalement vérifiable par l'observation[6],[7],[8].[note 5] Le problème de l'induction est aussi appelé communément « problème de Hume ».[ra 9]

Il est connu depuis au moins Platon que la validation de la connaissance souffre d’un problème de régression infinie, dans la mesure où l’argumentation doit elle-même s’appuyer sur une autre connaissance qu’on doit aussi valider. Hume présenta aussi le problème de l’induction sous l'angle de la régression infinie[ra 10],[ra 11]:

« Dira-t-on que nous avons l’expérience que le même pouvoir demeure uni au même objet et que des objets semblables sont doués de semblables pouvoirs ? Je renouvelle ma question : pourquoi, à partir de cette expérience, formons-nous une conclusion [qui va] au-delà des cas passés dont nous avons eu l’expérience ? Si vous répondez à cette question de la même manière qu’à la précédente, votre réponse occasionne une nouvelle question du même genre, et ainsi in infinitum, ce qui prouve clairement que le raisonnement précédent n’a aucun fondement légitime. »

— David Hume, Traité de la nature humaine, Livre I,[11] Partie III , Section VI.

Tout en maintenant cette approche critique, Hume se définit comme un empiriste.[note 6] Cette dualité est considérée comme le paradoxe de l'empirisme.[note 7] Cet empirisme écartelé[note 7] était la manière de l'époque de « dresser une barrière face aux prétentions de la spéculation métaphysique. »[note 8] Cette volonté de démarquer clairement l'approche scientifique ou empirique de l'approche non scientifique se retrouve de manière prononcée dans les années 1920 chez les néopositivistes du Cercle de Vienne, pour qui « seuls avaient du sens les énoncés analytiques et les énoncés empiriques, c’est-à-dire vérifiables par l'observation (en un nombre fini d’étapes). »[ra 12] En 1936, pour répondre à la critique déjà présentée par Hume et reprise par Popper, Rudolf Carnap, alors illustre membre du Cercle, considère une version affaiblie du principe d'induction qu'il appellera la confirmation. La confirmation ne cherche pas à établir la vérité des lois scientifiques, mais seulement à ordonner les lois par l'observation, certaines étant plus confirmées que d'autres. En cela, Carnap s'est beaucoup rapproché de Popper, mais sans trop se distancer du Cercle.

À la différence de Carnap, Popper s'est entièrement distancé du Cercle de Vienne. L’idée première de la solution de Popper au problème de la démarcation est qu'au lieu de demander que la théorie puisse être vérifiée ou confirmée, on exige que la théorie soit réfutable par l'observation, mais réfutable dans un sens technique précis.

Avant que Popper ne formule son critère, déjà en 1910, Pierre Duhem avait envisagé le rôle de la réfutation et avait soulevé une difficulté, le problème de l’expérience cruciale : la réfutation ne peut servir à prouver une théorie car les théories ou hypothèses scientifiques ne viennent pas en nombre fini. Il faudrait réfuter toutes les autres théories, ce qui est impossible. Il avait même considéré le fait qu’une théorie (T) ne vient pas d’une manière isolée, mais avec une connaissance d’arrière plan (CA). Popper expliquera que si la connaissance d’arrière plan CA est bien corroborée et que celle-ci et la théorie T ensemble sont réfutées, alors on peut adopter la règle que c’est la nouvelle théorie qui doit être rejetée et non la connaissance d’arrière plan qui est considérée bien établie. C’est une convention, une règle d’une logique de la découverte scientifique, en opposition à une règle de la logique traditionnelle. La thèse de Duhem (qui a précédée la logique de la découverte scientifique de Popper) dit que même si la connaissance d’arrière plan n’est pas réfutée, on ne peut pas conclure que la théorie nouvelle doit être réfutée. On peut uniquement conclure qu’il existe une contradiction dans le premier système et pas dans l’autre : CA Λ T => faux ne veut pas dire que T est faux, car on ne sait pas si CA est vrai[ra 13]. La logique de la découverte scientifique de Popper ne contredit pas la thèse de Duhem car c’est une logique méthodologique.

L'école de pensée qui souligne l'importance de la réfutabilité en tant que principe philosophique est connu sous le nom de « réfutationnisme ». Popper a demandé qu'en français on emploie les dérivés de réfuter plutôt que ceux de falsifier, qui signifie « cacher la vraie nature des choses ou la contrefaire », mais n'exprime pas (en français, contrairement à l'anglais) la capacité à juger comme faux.[ra 14]

Réfutabilité poppérienne formelle mise en contexte

Karl Popper invite à distinguer une réfutabilité au sens technique d'une réfutabilité plus commune utilisée dans la vie courante en dehors de tout cadre scientifique. En effet, pour Popper, la réfutabilité ne concerne que la nécessité pour une théorie, si elle veut être empirique, d’être dans un certain rapport logique avec les énoncés de base[note 9],[ra 15],[note 10],[ra 16],[ra 17]. Ces dernières possèdent une référence anthropologique à la notion d'observation qui ne saurait être définit formellement[note 11]. Pour Popper, d'un point de vue strictement formel, la réfutabilité est donc un critère portant sur les énoncés de la théorie (nécessairement non contradictoires[ra 18]) et leur relation logique avec d'autres énoncés (certaines étant en contradiction entre-elles[ra 19] et avec celles de la théorie[note 12]). Formellement, il n'y est question que d'énoncés et de leurs relations logiques.

Par contre, même si le caractère empirique des énoncés de base n'est inclus dans la réfutabilité que sous un angle anthropologique et informel[note 11], Popper est conscient que ce caractère empirique informel est important et une condition nécessaire à la démarche scientifique qu'il propose. De façon similaire, même si la réfutabilité ne sert qu'à démarquer les théories scientifiques et n'est donc pas un critère pour évaluer la méthode servant à choisir parmi les théories scientifiques, les comparer, etc., Popper est conscient des règles ou conventions qui doivent être respectées afin de bien choisir parmi l'ensemble des théories scientifiques possibles. Par exemple, lorsqu'une théorie est réfutée par une expérience, on ne peut pas savoir rigoureusement qu'elle partie de la théorie est la cause et on doit choisir suivant certains critères la partie qui doit être remplacée. Dans le même ordre d'idée, Popper reconnaît que des énoncés ou théories non réfutables peuvent jouer un rôle important dans la méthode scientifique en imposant des contraintes sur les théories à considérer. Il propose le nom de programme métaphysique pour ces théories non scientifiques.

Popper reconnaît donc que pour bien définir les théories réfutables, il faut premièrement s'entendre par convention sur les énoncés de base et, après qu'on a rejeté les théories non réfutables, il faut encore s'entendre par convention sur les bonnes méthodes à utiliser pour choisir parmi les théories réfutables.

L'épistémologie de Karl Popper propose trois conditions, justifiées en logique, comme toutes chronologiquement nécessaires mais non suffisantes.

Les trois conditions de la démarche scientifique poppérienne

La mise à l'épreuve scientifique d'une théorie, ne peut, selon Karl Popper, jamais garantir qu'une corroboration ou une réfutation qui y aboutit puisse être concluante[note 13], c'est-à-dire définitive. Elle ne peut donc jamais être absolue, (ou certaine), mais toujours relative à des tests[ra 20], lesquels sont eux-mêmes relatifs, (et non absolus), à cause de l'insoluble problème concernant l'accès à une définition parfaitement précise de toute mesure empirique [ra 21], ainsi que de l'inévitable mise en jeu de la subjectivité dans tout travail de recherche, fut-il scientifique. Sur ce dernier point, Karl Popper affirme en effet que : "La science est faillible, parce qu'elle est humaine"[note 14].

  • La première condition de la découverte et de la corroboration des lois scientifiques, telle que l'envisage Karl Popper, est que les scientifiques puissent s'entendre par convention sur l'ensemble des énoncés de base. Le critère informelle qui les guidera est qu'un énoncé de base soit "dans les faits", (empiriquement), possible, (il s'agit de la condition empirique) :
La théorie formelle et l'ensemble des énoncés formelles qui vient avec elle, en particulier les énoncés de base, seront constitués à la lumière de cet aspect empirique informel.
  • La deuxième condition est la "réfutabilité":
Il faut qu'une théorie (formelle) soit réfutable, c'est-à-dire qu'elle possède une classe non vide de "falsificateurs potentiels" parmi les énoncés de base déjà bien définis. Autrement dit, il faut qu'il soit possible de déterminer à partir du langage dans lequel elle est formulée un ou plusieurs énoncés de base qui puissent éventuellement la contredire, ou en montrer la fausseté, (totale, ou partielle). Cette deuxième condition est la condition logique.
  • Il faut enfin que le test soit reproductible par d'autres chercheurs, afin de démontrer l'aspect non accidentel et aussi détaché que possible de toute subjectivité liée aux expérimentateurs, comme par exemple certaines erreurs dans la manipulation des conditions initiales, ou même des tricheries[21],[22]. Cette troisième condition est la condition méthodologique :
Karl Popper soutient que sa démarche doit respecter des conventions méthodologique[ra 22]. Cependant, puisqu'il est rigoureusement impossible de définir a priori ou a posteriori par rapport à un test, des conditions initiales avec n'importe quel degré de précision souhaité, il reste qu'aucun test scientifique ne peut jamais être suffisant pour décider avec certitude qu'une réfutation ou une corroboration soit concluante dans le sens où elle apporterait une vérité absolue et définitive, (l'accès à la définition de toute mesure empirique qui serait parfaitement précise étant, à jamais, totalement impossible[ra 23]). Il ne peut donc jamais y avoir de prétendu accès à la certitude dans aucun résultat véritablement scientifique, ni plus généralement dans aucune connaissance relative à la Nature, nature humaine comprise.

Imprécision relative aux tests et aux résultats scientifiques consécutifs, et heuristique

L'inévitable imprécision des résultats des tests, donc leur corrélative faillibilité alliée au fait qu'il est tout aussi impossible d'éviter complètement l'introduction d'éléments de subjectivité, rend le travail scientifique, (et les résultats qu'il produit), toujours critiquable, donc toujours potentiellement renouvelable ou heuristique : puisque tout test scientifique est imparfait ou "imprécis", il est toujours envisageable de supposer l'existence d'erreurs dont la résolution serait source de découverte d'un accroissement des connaissances. En outre, cette imperfection inhérente à tout test scientifique peut constituer cette part de l'inconnu qui soit éventuellement connaissable par la mise à l'essai de nouvelles conditions initiales.

L'univers de la vraie science ne peut donc être un univers clos, mais "ouvert". Il ne peut reposer sur des bases solides, (ou "ultimes". Karl Popper), mais « sur des pilotis toujours mieux enfoncés dans la vase »[note 15]. Et une science comprise au sens de Karl Popper ne peut jamais être "vraie" (au sens de la vérité certaine), mais toujours incomplète, imprécise, non suffisante, donc "fausse" par rapport à la vérité certaine, laquelle demeure pour Karl Popper une "idée directrice" et métaphysique mais également nécessaire pour les progrès de la recherche scientifique.

C'est la raison essentielle selon laquelle, le "jeu de la science" est logiquement sans fin[note 15].

Condition méthodologique de la réfutabilité scientifique selon Karl Popper et dimension sociale de la preuve

S'ajoute à la condition méthodologique le fait qu'un test ne peut être reconnu comme "scientifique" « que s'il est déductible d'une tradition de recherche déjà reconnue comme scientifique par des institutions », (et encadrée par ces dernières), d'une part, et, d'autre part, que si les expérimentateurs ont eux-mêmes des compétences reconnues et contrôlées par de telles institutions.

Il reste enfin que quelle que soit la valeur d'une réfutation ou d'une corroboration, ce sont, in fine, toujours la communauté des chercheurs qui prend la "décision méthodologique"[ra 24] d'accepter ou de rejeter les résultats des tests, après discussion critique sur la validité des méthodes ainsi que leur usage qui ont mené aux résultats.

Une bonne démarche scientifique est en somme, selon Karl Popper, toujours le fruit d'un travail collégial et contrôlé, lequel ne devrait, en principe, jamais échapper à ce qu'il nomme, "le rationalisme critique". Il s'ensuit que la science ne procède donc jamais d'un travail isolé ou privé, voire d'un groupe d'individus qui ne pourrait justifier que leur démarche soit inscrite dans une tradition qui les précède, (y compris depuis les prémisses de leur activité, c'est-à-dire les premières conjectures métaphysiques constitutives des engagements ontologiques ayant permis de fonder leur projet "scientifique"), et en l'absence d'une divulgation de leurs méthodes.

Réfutationnisme

L'objectif du réfutationnisme est d'arriver à un processus évolutionniste par lequel les théories deviennent moins mauvaises. Le processus de réfutation des propositions dérivées d'une théorie permet de définir pour chaque théorie un contenu de vérité ou vérisimilitude qui permet, à défaut de classer les théories entre fausses (ce qu'elles ne sont jamais que plus ou moins) ou vraies (ce qu'elles ne sont jamais par définition), d'avoir un critère permettant de les ordonner.

On peut alors dire qu'une meilleure théorie est une théorie qui a une meilleure puissance explicative (c'est-à-dire qu'elle est plus compatible avec les faits d'observation que les précédentes), et qui apporte plus de possibilités pour sa propre réfutation.

Le critère de démarcation

Article détaillé : Problème de la démarcation.

En philosophie des sciences, le vérificationnisme affirme qu'un énoncé doit être empiriquement vérifiable pour être à la fois signifiant et scientifique. Popper relève que les penseurs du positivisme logique ont mélangé deux problèmes, celui du sens et celui de la démarcation. Il s'oppose à cette vue en affirmant qu'il y a des théories signifiantes qui ne sont pas scientifiques.

Popper utilise la réfutation comme critère de démarcation entre les théories scientifiques et les théories non scientifiques. Il est utile de savoir si un énoncé ou une théorie est réfutable, ne serait-ce que pour comprendre la manière d'estimer la valeur de la théorie. On peut ainsi s'épargner la peine de tenter de réfuter une théorie non scientifique.

Le critère de Popper exclut du champ de la science non les énoncés mais seulement les théories complètes qui ne contiennent aucun énoncé réfutable. Il n'aborde toutefois pas le problème Duhemien du holisme épistémologique de savoir ce qui constitue une « théorie complète »[réf. nécessaire].

Popper s’est strictement opposé au point de vue selon lequel les énoncés ou théories non réfutables seraient non signifiantes ou même fausses et affirma que le réfutationnisme ne l'implique aucunement[ra 25].

Critiques

Les critiques de Popper portent sur la pertinence historique et/ou prescriptive du réfutationnisme mais pas sur le concept même[réf. nécessaire].

Notion de réfutabilité naïve

Les problèmes liés à l'application de la réfutabilité ont été exposés par Thomas Samuel Kuhn, et traités par Imre Lakatos. On peut trouver un exposé d'ensemble des éléments montrant l'inconsistance de la notion de réfutabilité par exemple chez Alan Chalmers[24]. Popper a attiré l'attention sur ces limitations dans la Logique de la découverte scientifique en réponse aux critiques de Pierre Duhem. Popper estime qu'il s'agit de ce point de vue de « réfutabilité naïve », mais ses réponses aux problèmes soulevés n'ont pas satisfait ses critiques comme Chalmers, Kuhn et même Lakatos.

Dans la réalité, on ne considère pas une proposition isolée mais un ensemble de prémisses et de propositions dérivées qui constituent une théorie. Certaines de ces propositions peuvent être réfutables et d'autres non. Une théorie est scientifique si elle comporte au moins une proposition réfutable. L'idée selon laquelle la réfutation d'une proposition d'une théorie réfute cette théorie est dite naïve parce que :

  • Il est toujours possible d'ajouter à la théorie une proposition ad-hoc pour prendre en compte l'observation.
  • Il est possible, la plupart du temps, de modifier la proposition réfutée dans un sens qui permet à la fois de prendre en compte l'observation et d'imaginer d'autres possibilités de réfutation. C'est même une des principales techniques par lesquelles progresse la recherche scientifique.
  • L'observateur peut avoir fait une erreur (le corbeau blanc était en fait noir), ou l'imprécision des mesures suffit à rendre compte du résultat.
  • Les prémisses de l'expérience peuvent être fausses (le corbeau blanc n'était pas un corbeau).
  • Toute observation doit s'appuyer sur une ou des théories scientifiques, par exemple pour le fonctionnement des instruments de mesure. En tant que telles elles sont donc réfutables. L'observation peut donc être due à la fausseté d'une autre théorie que celle testée.
  • Il peut ne pas exister de théorie alternative.

Il résulte de ces considérations que cette vision naïve[réf. nécessaire] de la réfutabilité est un critère inopérantt qui ne permet pas de décrire le processus réel de la découverte scientifique.

Chalmers

La notion de réfutabilité suppose ce que Popper note une « base empirique », autrement dit des énoncés d'observation susceptibles de démontrer la fausseté d'une thèse. Or, comme le remarque Popper lui-même, il n'existe pas d'observation pure de toute théorie, ce qui revient à dire qu'une observation censée réfuter une théorie peut être fausse ou inappropriée (par exemple, l'observation à l'œil nu que Vénus a toujours la même taille était censée réfuter la théorie de Copernic). Selon le philosophe des sciences Alan Chalmers, cela conduit à la conclusion qu'il n'y a pas de réfutation concluante et que la notion de réfutabilité ne nous apprend rien sur l'histoire réelle des découvertes scientifiques.

Kuhn et Lakatos

Dans The Structure of Scientific Revolutions, Thomas Kuhn a examiné en détail l'histoire des sciences. Kuhn affirme que les scientifiques travaillent à l'intérieur d'un paradigme conceptuel qui influence fortement la façon dont ils voient les faits. Les scientifiques sont prêts à se battre pour défendre leur paradigme contre la réfutation, en ajoutant autant d'hypothèses ad-hoc que nécessaire aux théories existantes. Changer de paradigme est difficile parce que cela nécessite qu'un individu rompe avec ses pairs et défende une théorie hétérodoxe.

Certains réfutationnistes virent le travail de Kuhn comme une attaque, car il apporte une preuve historique que la science progresse en rejetant les théories inadéquates, et que c'est la décision des scientifiques d'accepter ou de refuser une théorie qui est l'élément crucial.

Il demeure que le reproche essentiel fait par Kuhn à Popper est que les théories scientifiques ne peuvent être réfutées selon la méthode du rationalisme critique défendue par Popper, étant donné qu'elles seraient "incommensurables". Karl Popper a répondu à cette critique, notamment dans un article intitulé "Le mythe du cadre de référence"[ra 26]. Il argumente sur le fait qu'il est toujours possible de comparer au moins logiquement deux systèmes théoriques par rapport à leurs conséquences logiques, d'une part, et, d'autre part, à leurs conséquences empiriques, et qu'ensuite la question est de savoir s'il est possible d'envisager des tests permettant de départager deux systèmes théoriques concurrents à l'aune de leurs conséquences testables, sachant que c'est le système qui comporterait le moins de conséquences inacceptables qui, par "décision méthodologique", serait préférable ou "accepté", après discussion, par une communauté de chercheurs.

Imre Lakatos tenta d'expliquer le travail de Popper en affirmant que la science progresse par des réfutations au sein de programmes de recherche plutôt que par de grandes "expériences cruciales de falsification" entre deux programmes de recherche. Suivant l'approche de Lakatos, un scientifique travaille dans le contexte d'un programme de recherche qui correspond grossièrement à ce que Kuhn appelle un paradigme. Alors que Popper considère les hypothèses ad hoc comme non scientifiques, Lakatos les accepte dans le développement de nouvelles théories.

Par ailleurs, dans son livre "Histoire et méthodologie des sciences" (Editions PUF, Paris, 1994), Imre Lakatos prend la défense du programme de recherche de Karl Popper contre celui de Kuhn, en affirmant que ce dernier n'est pas recevable pour comprendre l'évolution du savoir scientifique dans la mesure où Kuhn défend l'idée d'un changement irrationnel des paradigmes scientifiques, du fait de leur incommensurabilité. En outre, l'une des principales critiques formulées par Lakatos à l'encontre de Popper est qu'il n'y aurait pas de "grandes expériences cruciales" de falsification (de réfutation) entre deux programmes de recherches concurrents, contrairement à ce qu'affirme Karl Popper, mais qu'un programme de recherche en supplanterait un autre par le fait que son heuristique positive supporterait mieux que l'autre le "modus tollens", (le choc des mises à l'épreuve expérimentale), par le biais de ses hypothèses auxiliaires. Ou, selon les termes de Lakatos, un programme de recherche scientifique finirait par être "réfuté", parce que son heuristique positive entrerait en "dégénérescence" : elle deviendrait progressivement incapable de produire des hypothèses inédites, riches en contenu, et qui soient susceptibles d'être testées et corroborées[ra 27],[note 16].

Au sujet des "expériences cruciales de falsification" dont l'existence est contestée par Imre Lakatos mais affirmée et exemplifié par Karl Popper, notamment dans son ouvrage "Le réalisme et la science"[ra 28] ; l'un de ses disciples, Carl Hempel, soutient, en argumentant à partir d'exemples tels que ceux de Foucault, Fresnel et Young, (sur la nature de la lumière) ; Einstein, Lenard, Maxwell et Hertz, (sur la théorie des quantas), et Galilée, que : "(...) deux hypothèses étant données, les tester de la façon la plus minutieuse et la plus étendue ne peut permettre de rejeter l'une et de prouver l'autre : ainsi, une expérience cruciale, stricto sensu, est impossible en science. Mais, en un sens large et pour la commodité, une expérience comme celle de Foucault ou celle de Lenard peut être dite cruciale : elle peut révéler que, de deux théories opposées, l'une est sérieusement inadéquate"[27]. Cependant, Karl Popper a toujours défendu la thèse selon laquelle aucune réfutation ni même aucune corroboration ne pouvait être parfaitement précise donc définitive ou absolue en science, ce qui revient à dire "cruciale", "stricto sensu". Il écrit, par exemple, dans "Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance" : "La série des tentatives de falsification d'une théorie est par principe illimitée. (Il n'y a pas de tentative de falsification qui se distinguerait en ceci qu'elle serait la dernière".[ra 29]

Popper soutient l'existence d'expériences cruciales dans l'histoire des sciences, parce que les scientifiques doivent prendre des "décisions méthodologiques"[ra 30] pour décider du caractère concluant, (mais relatif), d'une réfutation ou d'une corroboration, (et ainsi faire progresser le savoir scientifique), mais toujours en acceptant l'inévitable faillibilité de tout type de test scientifique : une théorie n'est "rejetée (réfutée) ou "prouvée" (corroborée) que sur la seule base toujours potentiellement discutable et relativement imprécise de tests dont les résultats sont finalement acceptés par une communauté de scientifiques. Il est impossible de définir aussi loin que l'on souhaite la minutie ou l'étendue d'un test, ou d'une série de tests, pour des raisons logiques démontrées par Popper[ra 23]. Pour Karl Popper cela signifie que jamais une théorie scientifique est réfutée ou corroborée "stricto sensu" ou de manière absolue, bien qu'il soit possible d'affirmer qu'une théorie en réfute une précédente grâce à des tests démontrant ses pouvoirs de description et d'explication plus riches en contenu comme ce fut le cas, par exemple, pour la théorie d'Albert Einstein par rapport à celle d'Isaac Newton. Enfin, et en réponse à une autre critique formulée par Thomas Kuhn, Karl Popper écrit que : "(...) En ce qui concerne aussi bien la falsifiabilité que l'impossibilité d'une preuve concluante de la falsification d'une hypothèse, ainsi que le rôle qu'ont joué les réfutations dans l'histoire des sciences et singulièrement celle des révolutions scientifiques, il ne m'apparaît pas qu'il existe, entre Kuhn et moi, la moindre différence significative"[ra 31].

Feyerabend

Paul Feyerabend considère que le travail de Kuhn montre que ce sont des facteurs sociaux, plutôt que l'adhésion à une méthode rationnelle, qui décident quelles théories sont généralement acceptées. Kuhn conteste ce point de vue.

Feyerabend a choisi[note 17] d'exposer un point de vue radical, souvent qualifié de point de vue extrémiste, consistant à rejeter toute méthodologie prescriptive. Selon lui, la science a historiquement progressé en faisant usage de toutes les méthodes disponibles pour imposer une théorie ou une autre et si on tient à établir une règle méthodologique universellement valide, la seule qui est susceptible de convenir est l'anarchisme épistémologique ou dadaïsme désigné encore par la formule « tout est bon ».

Sokal et Bricmont

Dans Impostures Intellectuelles, les physiciens Alan Sokal et Jean Bricmont critiquent le réfutationnisme parce qu'il ne décrit pas la façon dont fonctionne la science. Ils affirment que les théories sont utilisées à cause de leurs succès, pas à cause des échecs de leurs concurrentes. Selon eux, les scientifiques considèrent qu'une théorie qui résiste à la réfutation est confirmée alors que Popper a toujours été opposé à la notion de confirmation ou même de probabilité d'une théorie[réf. nécessaire] des positivistes logiques comme Carnap.

Passeron

Jean-Claude Passeron soutient, dans son ouvrage Le raisonnement sociologique, que « la mise à l'épreuve empirique d'une proposition théorique ne peut jamais revêtir en sociologie la forme logique de la réfutation (« falsification ») au sens poppérien »[ra 32]. Il n'attaque donc pas le critère de réfutabilité en tant que tel, mais son applicabilité aux sciences sociales. Passeron estime que « l'universalité des propositions les plus générales de la sociologie est au mieux une "universalité numérique", jamais une "universalité logique au sens strict", selon la distinction poppérienne des deux sens logiques du "tous" employé dans les propositions universelles »[ra 33].

Passeron refuse de considérer la réfutabilité comme la seule forme possible d'épreuve empirique, qui mettrait la sociologie devant le dilemme poppérien, mortel pour sa scientificité, entre réfutabilité et exemplification. Il appelle à une revalorisation de l'exemplification empirique telle qu'elle est produite dans le cadre des méthodologies des sciences sociales[note 18].

Évolution

Karl Popper considérait initialement que la sélection naturelle n’était pas testable[30],[31], mais s'est plus tard rétracté : « J'ai changé de point de vue sur la testabilité et le statut logique de la théorie de la sélection naturelle, et je suis heureux d'avoir l'opportunité de présenter une rétractation[32]. » Dès lors, des moyens potentiels (indirects) de réfuter une ascendance commune ont été proposées par ses partisans. J. B. S. Haldane, lorsqu'on lui a demandé quelle preuve hypothétique pourrait réfuter l'évolution, a répondu : « des lapins fossiles à l'ère précambrienne »[33],[note 19].

Notes et références

Notes

  1. Granger 1989[2], page : 53. "Il n'est de connaissance scientifique, en effet, qu'exprimable dans un système symbolique, transmissible par un langage, par opposition à certaines connaissances essentiellement imitatives et qui relèvent, en un sens élargi, de l'art".
  2. Zahar 1989, page : 180. "Popper, qui reconnaît sa dette envers Tarski, affirme que la rechereche de la vérité constitue le but essentiel de la science. Une hypothèse ayant succombé à une épreuve empirique est rejetée parce qu'elle est fausse, c'est-à-dire parce qu'elle ne correspond pas aux faits ; et l'on a une raison valable de croire une hypothèse fausse dans la mesure où un énoncé de base peut être reconnu comme vrai".
  3. Voir sur ce sujet le paradoxe de Hempel
  4. Boyer 1999[5], p.958 : "Les Grecs inventèrent plusieurs techniques de réfutation : modus tollens, preuve par l'absurde, régression à l’infini. Ces techniques étaient avant tout dialogiques : dialoguer, c'est discuter une thèse, l'un cherchant a la défendre, l'autre a la réfuter. L’idée de réfutation par des contre-exemples est familière a tout lecteur des dialogues socratiques."
  5. Soler 2001[9], paragraphes 10 et 11 : Dans les années trente, le problème de l’induction est en fait déjà connu, et depuis longtemps – le philosophe empiriste David Hume y ayant consacré au XVIIIe siècle des réflexions aussi approfondies que célèbres. Le projet des positivistes logiques réactive seulement le problème, qui est en substance le suivant.
    Beaucoup d’énoncés théoriques constitutifs de la science sont des lois, c’est à dire des énoncés de la forme « tous les A sont B » (par exemple : tous les métaux se dilatent sous l’effet de la chaleur). Supposons que l’on veuille appliquer les critères de scientificité stipulés par les empiristes logiques à un tel énoncé. Il faudrait s’assurer que tous les énoncés d’observation déductibles de la loi sont vrais, c’est-à-dire correspondent bien à ce qui est observé. Seulement, une infinité d’énoncés d’observation sont déductibles d’une loi universelle. Pour vérifier la loi « tous les métaux se dilatent sous l’effet de la chaleur », il faudrait en toute rigueur avoir examiné la réaction au chauffage de tous les échantillons métalliques qui ont existé, existent et existeront.
  6. Malherbe 1976[12], page 9 : David Hume se présente, muni du titre doublement incertain d’empiriste et de sceptique, ... Considérez son projet: instaurer sceptiquement une science nouvelle et première. Considérez sa méthode: s’en rapporter a l’expérience, ...
  7. a et b Deleule 1999[13], p.400 : "L’empirisme, en effet, met en lumière un paradoxe que on peut repérer dans ce qu’on appelle traditionnellement «le problème de Hume» - conjonction constante [de deux phénomènes] n’implique pas connexion nécessaire [entre ces phénomènes.] ... L’empirisme — et pas seulement dans sa version humienne — se trouve ainsi écartelé entre la confiance spontanée dans la reproduction future du phénomène passé et coutumier et l’impossibilité de justifier rationnellement le processus empiriquement constaté."
  8. Deleule 1999, p. 400 : "Désigné comme tel (Empirismus) par Kant pour définir, sur le plan pratique, une attitude qui, en substituant au devoir un intérêt « empirique », se révèle susceptible de mettre en péril l’idée même de moralité, empirisme, sur le plan théorique, doit en revanche être accueilli comme une maxime féconde capable de dresser une barrière face aux prétentions de la spéculation métaphysique."
  9. Bouveresse 2000[16], page : 28. "Un énoncé de base est pour Popper un énoncé empirique capable de servir de prémisse à une réfutation. Il peut contredire une loi, mais il ne peut être déduit d'une loi sans conditions initiales".
  10. Popper 1973, Sec. 22, Falsifiabilité et falsification, page 85 : "La nécessité d'une hypothèse d'être empirique et par là falsifiable signifie seulement qu'elle doit être dans un certain rapport logique avec les énoncés de base possibles. Cette condition concerne donc la seule forme logique de l'hypothèse. "Nous disons qu'une théorie est falsifiée dans le seul cas où nous avons accepté des énoncés de base qui sont en contradiction avec elle. Cette condition est nécessaire mais non suffisante. (...). Nous ne la considérons falsifiée que si nous découvrons un effet reproductible qui la réfute. La condition annexe qui requiert la corroboration de l'hypothèse fait référence à des tests qu'elle devrait avoir passés, tests qui la confrontent à des énoncés de base acceptés."
  11. a et b Boyer 1999, p. 960: La relation de réfutabilité est une relation logique entre des énoncés, mais elle comprend une référence anthropologique à la notion d'observation, qui ne saurait être définit formellement.
  12. Peu importe la théorie, on peut toujours construire des énoncés qui la contredisent. La réfutabilité demande que parmi ces énoncés, on trouve des énoncés de base.
  13. Popper 1990, p. 3-4: "J'ai toujours soutenu, et ce dès la première édition de Logik der Forschung (1934), (...), qu'il est absolument impossible de prouver de manière décisive qu'une théorie scientifique empirique est fausse. (...). Il est toujours possible de trouver certains moyens d'échapper à la falsification, par exemple en introduisant une hypothèse auxiliaire ad hoc (...) ; "On ne peut jamais réfuter une théorie de manière concluante"."
  14. Popper 1979[20], p. 190 : "C'est une illusion de croire à la certitude scientifique et à l'autorité absolue de la science ; la science est faillible parce qu'elle est humaine. Mais cela ne donne pas raison au scepticisme ni au relativisme. Nous pouvons nous tromper, certes ; il n'en résulte pas que le choix que nous faisons entre plusieurs théories est arbitraire, que nous ne pouvons apprendre, et nous rapprocher de la vérité".
  15. a et b Popper 1973, Chapitre 2, section 11, pages : 51: "Le jeu de la science est en principe sans fin. Celui-là se retire du jeu qui décide un jour que les énoncés scientifiques ne requièrent pas de test ultérieur et peuvent être considérés comme définitivement vérifiés".
  16. Zahar 1989, page : 173. "A l'opposé de Popper qui veut que les théories soient falsifiables, Lakatos maintient qu'aucune hypothèse scientifique digne de ce nom n'a pu être infirmée par l'expérience ; que ce sont au contraire les confirmations dramatiques qui ont décidé du sort des programmes de recherche. Un programme qui reste à la remorque des faits dégénère par rapport à un autre qui les anticipe".
  17. Contre la méthode devait initialement être un dialogue entre Feyerabend et Lakatos qui aurait présenté l'éventail complet des points de vue possibles. Avec la mort de Lakatos Feyerabend décida de continuer la rédaction du seul point de vue anti-réfutationniste qui lui était initialement échu.
  18. Passeron 2006, p. 594, proposition 3.3. : « L'exemplification ne se réduit pas à l'univers amorphe des constats empiriques de valeur probatoire nulle, dont le modèle poppérien ne peut donner qu'une description négative, puisqu'il la constitue seulement comme classe complémentaire de la classe des opérations "falsificatrices" qui sont possibles et nécessaires dans les sciences expérimentales. »
  19. Citation originale : « Fossil rabbits in the Precambrian era. ».Voir l'article détaillé (en anglais) concernant cette citation : Precambrian rabbit.

Références abrégées

  1. Popper 1973, Contenu empirique, implication nécessaire et degrés de falsifiabilité. Page : 120.
  2. Popper 1990, pages : 8 - 11.
  3. Zahar 1989[1], page : 189 - 197.
  4. Boyer 1994[3], Première partie, Section 3 (Le rôle du langage).
  5. Popper 1991, pages : 98 - 115. (Remarques sur la vérité).
  6. Popper 1991, pages : 101 - 103.
  7. Popper 1973, Chapitre 1, pages : 23 - 27.
  8. Brendan 2016[4], sec. 3.1
  9. a et b Lange 2011, page : 43
  10. Lange 2011[10], page 56.
  11. Hume 1739[11]
  12. Boyer 1999, p. 959
  13. Boyer 2017[14], Chapitre 4, Le problème de Duhem, page 188.
  14. Catherine Bastyns. (Popper 1978, "Notes et remerciements de la traductrice")[15]
  15. Popper 1973, pages : 100 - 103.
  16. Popper 1990[17], Introduction, sec. I.
  17. Popper 1991[18], [réf. incomplète]
  18. Popper 1973, Sec. 24
  19. Popper 1973, Sec. 21, 2e paragraphe
  20. Popper 1973[19], page : 286-287.
  21. Popper 1973. Section 37 : "Domaines logiques. Notes sur la théorie des mesures", pages : 124 - 126.
  22. Popper 1999, p. 411
  23. a et b Popper 1973, Section 47 : "Domaines logiques. Notes sur la théorie des mesures", page : 124.
  24. Oger 1989[23], pages : 103 - 107.
  25. Popper 1973, section 6, note 3
  26. Popper 1981[25],
  27. Lakatos 1994[26], pages: 62 - 127
  28. Popper 1990, p. 8-11
  29. Popper 1999[28], page : 396.
  30. Popper 1999, p. 396
  31. Popper 1990, p. 14
  32. Passeron 2006[29], page 542, proposition 3.
  33. Passeron 2006, p. 576, proposition 3.1.1.

Références

  1. Elie G. Zahar. Colloque de Cerisy. Karl Popper et la science d'aujourd'hui. "La controverse Lakatos-Popper". "Exemples de découvertes scientifiques". Edition Aubier, Paris, 1989
  2. Gilles Gaston Granger. Colloque de Cerisy, Karl Popper et la science d'aujourd'hui. "Peut-on assigner des frontières à la connaissance scientifique ?" Editions Aubier, Paris, 1989
  3. Alain Boyer. "Introduction à la lecture de Karl Popper". Editions Presses de l'Ecole Normale Supérieure, Paris, 1994
  4. (en) Gillon, Brendan. "Logic in Classical Indian Philosophy". The Stanford Encyclopedia of Philosophy (Fall 2016 Edition). Edward N. Zalta (ed.). https://plato.stanford.edu/archives/fall2016/entries/logic-india/
  5. Alain Boyer. "Réfutabilité". Dictionnaire d'histoire et philosophie des sciences. Presse Universitaires de France, 2006, pages : 958 - 961.
  6. Christian Godin, La Totalité (Collection), vol. 3 : La philosophie, Champ Vallon, 1024 p. (ISBN 9782876732513, EAN 9782876733060, lire en ligne), partie II, Section XVIII : L'empirisme, pp. 281-289
  7. Pierre Jacob, « Qu’est-ce que l’autoritarisme épistémologique ? », L'Âge de la science, Odile Jacob, vol. 2 « Épistémologie »,‎ , Sec. II : Le problème de l’induction. p.32 (ISBN 9782738159168, lire en ligne)
  8. Luc Ferry et Jean-Didier Vincent, Qu'est-ce que l'Homme ? Sur les fondamentaux de la biologie et de la philosophie, Odile Jacob, (ISBN 9782738163035, lire en ligne), chap. 2 (« Initiation à la philosophie »), Sec. III. Popper : science et fausses sciences. Le critère de la « falsifiabilité ».
  9. Léna Soler, Certitudes, incertitudes et enjeux de la philosophie des sciences contemporaine », Le Portique, 2001, URL: https://web.archive.org/web/20171216013830/http://journals.openedition.org:80/leportique/pdf/236
  10. (en) Marc Lange. Hume and the Problem of Induction. In Handbook of the History of Logic. Volume 10: Inductive Logic. Volume editors: Dov Gabbay, Stephan Hartmann and John Woods. General Editors: Dov M. Gabbay, Paul Thagard and John Woods. URL: « CiteSeerX: HUME AND THE PROBLEM OF INDUCTION », sur citeseerx.ist.psu.edu, 2011, pages : 43 - 92
  11. a et b David Hume. Traité de la nature humaine. Livre 1 : De l’entendement.« David Hume, 1711-1776, Traité de la nature humaine. », 1739, 261 pages.
  12. Michel Malherbe (1ère éd. 1976). La philosophie empiriste de David Hume. Paris : Librairie Philosophique J. Vrin, 2001.
  13. Didier Deleule. "Empirisme". Dictionnaire d'histoire et philosophie des sciences. Presse Universitaires de France, 2006, pages : 400 - 401.
  14. Alain Boyer. Introduction à la lecture de Karl Popper. Editions Rue d'Ulm. Référence 9782728836918. 2017
  15. Karl R. Popper, La connaissance objective, Traduit de l'anglais par Catherine Bastyns. Éditions Complexe, 1978.
  16. Renée Bouveresse, "Le rationalisme critique de Karl Popper". Editions Ellipses, Paris, 2000
  17. Karl Popper. "Le réalisme et la science". Traduit de l'anglais par Alain Boyer et Daniel Andler. Editions Hermann, Paris 1990
  18. Karl Popper. "La connaissance objective". Éditions Aubier, 1991
  19. Karl Popper. "La logique de la découverte scientifique". Traduit de l'anglais par Nicole Thyssen-Rutten et Philippe Devaux. Préface de Jacques Monod, Prix Nobel. Editions Payot, 480 pages, Paris, 1973
  20. Karl Popper. "La société ouverte et ses ennemis". Editions du Seuil, Paris, 1979. Tome 2 : "Hegel et Marx".
  21. Encyclopædia Universalis, « FRAUDE SCIENTIFIQUE », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 24 septembre 2018)
  22. « Les tricheurs de la science | Marie-Claude Malboeuf | Enquêtes », La Presse,‎ (lire en ligne)
  23. Erik Oger. Colloque de Cerisy. Karl Popper et la science d'aujourd'hui. "La relation entre méthodologie et métaphysique chez Popper". Editions Aubier, Paris, 1989
  24. Alan Chalmers, Qu'est-ce que la science. (ISBN 978-2-25305-506-8)
  25. Karl Popper (1981). "Le mythe du cadre de référence". In Karl Popper et la science d'aujourd'hui. Colloque de Cerisy. Editions Aubier, Paris, 1989. pages : 33 - 35
  26. Imre Lakatos. "Histoire et méthodologie des sciences". Editions PUF. Paris, 1994
  27. In : Car Hempel. "Eléments d'épistémologie". Editions Armand Colin, Paris, 2002, pages : 39 - 43.
  28. Karl Popper. "Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance". Editions Hermann. Paris, 1999
  29. Jean-Claude Passeron. Le raisonnement sociologique: un espace non poppérien de l'argumentation (éditions refondue et augmentée), Paris, Albin Michel, 2006.
  30. Sophie Lannes et Boyer Alain, « Les chemins de la verite: L’Express va plus loin avec Karl Popper », L'Express,‎ ;
  31. (en) K. Popper (trad. de l'italien), Unended Quest: An Intellectual Autobiography, La Salle, Open Court, , poche (ISBN 978-0-08-758343-6, LCCN 85011430)
  32. (en) K. Popper, « Natural selection and the emergence of mind », Dialectica, no 32,‎ , p. 339–355.
  33. (en) Mark Ridley, Evolution, Blackwell Publishing, , 3e éd. (1re éd. 1993), 751 p. (ISBN 1-4051-0345-0).

Articles connexes