Stryge

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La célèbre Stryge de Notre-Dame de Paris de Henri Le Secq

Les stryges, ou striges (du grec στρίγξ / strígx, « oiseau de nuit »), sont des démons femelles ailés, mi-femmes, mi-oiseaux, qui poussent des cris perçants. Elles apparaissent dès l'Antiquité dans la croyance romaine (les premiers textes portant sur le sujet ont en effet été écrits en latin et semblent se référer à une ancienne croyance populaire).

Origine et antiquité[modifier | modifier le code]

Le terme Stryge a une origine grecque et prend deux formes: στρίξ (strix au singulier) ,στριγός (stryge au pluriel) de par la déclinaison des termes terminés par une occlusive aux cas nominatifs et vocatifs de la langue grec. Il s'agit donc du nom du cri strident de l'animal et de celui qui crie, un oiseau de nuit.

Il donne en latin striga (pluriel au sens de sorcière) ou du latin strix (singulier) au sens de hibou, strix provient du verbe grec στρίζω (strízô) au sens de siffler, crier.

Le mot se trouve donc dans certains textes latins[1],[2].

Le strix est décrit comme un oiseau à grosse tête avec des yeux transpercés, un bec rapace, des ailes blanches grisâtres, et des griffes crochetées dans Fastes d’Ovide.[3] C’est la seule description complète du strix dans la littérature classique. Ailleurs, il est décrit comme étant de couleur foncée.

Les stryges sont également associées aux cimetières. Selon Pline l'Ancien, elles empoisonnaient les enfants avec leur lait. Le mot « strige » servit aussi d'injure dans le monde romain. La déesse Carna, qui veillait sur les gonds des portes des maisons, avait pour fonction d'écarter ces monstres grâce à des incantations magiques.

Chez les Arabes pré-islamique, la stryge prend le nom de goule (ou ghole) et se repait de la chair corrompue des cadavres.

Démon et vampire[modifier | modifier le code]

À une époque ultérieure à la découverte des chauves-souris vampire d'Amérique, le terme stryge d'origine gréco-latine tend à être supplanté par le terme vampire d'origine slave. Les dictionnaires de l'époque établissant une équivalence entre les termes[4].

Les stryges s'en prennent essentiellement aux nouveau-nés, soit elles sucent leur sang, soit elles les enlèvent de leurs serres crochues. Elles sont pour cela souvent confondues avec les vampires. Après la publication du traité sur les vampires (1746) d'Augustin Calmet, qui introduit ces créatures dans l'univers francophone, la troisième édition du Dictionnaire de Trévoux, de 1752, renvoie ainsi au mot « stryge » pour expliquer, au lecteur français, le concept de vampire [5].

À cette époque, en Russie, le terme stryge fait référence à des morts qui restent visibles après être mort[6]

Les Saxons étaient convaincus que les stryges mangeaient ou suçaient le sang des vivants ; et que pour s'en préserver, il fallait à tout prix brûler celles qu'ils avaient surprises, et en manger la chair.

Naturalisme[modifier | modifier le code]

Le nom des stryges a été bien plus tard repris par les naturalistes pour désigner les Strigidae, famille de rapaces à laquelle appartiennent la plupart des chouettes et des hiboux. Il apparaît aussi dans le nom scientifique de certaines espèces de rapaces nocturnes.

Stryge de Notre-Dame[modifier | modifier le code]

Charles Meryon, La Stryge, gravure, 1853. On aperçoit la tour Saint-Jacques

La Stryge de la cathédrale Notre-Dame de Paris est la plus connue de la galerie des chimères. Elle fut popularisée par le graveur Charles Meryon qui en publia une célèbre gravure en 1850[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6534711p/f184.image
  2. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6252181g/f186.image
  3. Frazer, James George (1933) ed., Ovid, Fasti VI. 131–, Modèle:Harvp, tr.
  4. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1081750/f532.image
  5. Florent Montaclair, Le vampire dans la littérature romantique française, 1820-1868, Presses Univ. Franche-Comté, 2010, p. 8-9.
  6. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1081750/f441.image
  7. Ségolène Le Men, « De Notre-Dame de Paris au Stryge : l’invention d’une image », Livraisons de l'histoire de l'architecture, no 20,‎ (DOI 10.4000/lha.257, lire en ligne, consulté le 3 juin 2019)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Christopher Michael McDonough, « Carna, Proca and the Strix on the Kalends of June », Transactions of the American Philological Association, The Johns Hopkins University Press, vol. 127,‎ , p. 315–344 (DOI 10.2307/284396, JSTOR 284396).
  • (en) Samuel Grant Oliphant, « The Story of the Strix : Ancient », Transactions and Proceedings of the American Philological Association, The Johns Hopkins University Press, vol. 44,‎ , p. 133–149 (DOI 10.2307/282549, JSTOR 282549).

Articles connexes[modifier | modifier le code]