Génitif

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En linguistique, le génitif est un cas grammatical utilisé pour marquer un complément de nom. Il exprime notamment la possession dans de nombreuses langues (voir possessif (cas)).

Il peut être formé en changeant la terminaison du nom du possesseur (comme en latin), en ajoutant une lettre à la fin de ce nom (comme en anglais et en néerlandais), en modifiant l'article défini (comme en allemand) ou en utilisant une préposition qui marque la possession (comme en français). Il faut entendre cette notion de « possession » au sens large, puisqu'elle inclut généralement la relation de partie au tout : Mary's house et Mary's leg (la maison de Marie / la jambe de Marie) ne réfèrent pas au même type de relation ; ainsi que les relations parentales (Mary's mother = la mère de Marie).

Il peut aussi, comme dans les langues slaves, par exemple, prendre un sens de partitif (p.ex.: выпить стакaн воды, boire un verre d'eau). Cela provient du fait que les nombres fonctionnent (ou ont fonctionné à un moment) comme des noms (cf. "une douzaine d'œufs").

En allemand[modifier | modifier le code]

Le génitif allemand peut être postposé ou antéposé (placé après ou avant le nom auquel il se rapporte). Dans ce dernier cas, il se substitue alors à l'article défini, et on parle de génitif saxon.

Article connexe : Déclinaisons allemandes.

Génitif « ordinaire »[modifier | modifier le code]

La marque forte du génitif est -(e)s au masculin et au neutre singulier et -(e)r au féminin singulier et au pluriel.

L'article défini au génitif est :

  • des au masculin et au neutre singulier ;
  • der au féminin singulier et au pluriel.

L'article indéfini au génitif est :

  • (k)eines au masculin et au neutre singulier ;
  • (k)einer au féminin singulier ;
  • keiner au pluriel.

Le génitif se marque également sur le substantif au masculin et au neutre singulier :

  • pour les substantifs à déclinaison forte, par la désinence -(e)s : der Vater, das Kind font des Vaters, des Kindes  ;
  • pour les substantifs à déclinaison faible, par l'habituelle désinence -(e)n : der Prinz, der Herr font des Prinzen, des Herrn  ;
  • pour les substantifs à déclinaison mixte, par la désinence -(e)ns : der Name, das Herz font des Namens, des Herzens .

Dans un groupe nominal au génitif, comme aux autres cas, l'adjectif prend la marque faible en présence de l'article, qui, au génitif, est toujours marqué. En revanche, contrairement aux autres cas, il ne prend la marque forte en l'absence d'article que lorsque le substantif ne porte pas la marque : ainsi, on dira guter Gesellschaft (de bonne société) mais guten Geschmacks (de bon goût).

Ces règles connaissent certaines exceptions :

  • certains noms finissant par -s (surtout les noms masculins se terminant par ismus) sont invariables au génitif singulier : der Kapitalismus, der Kommunismus, der Kolonialismus font des Kapitalismus, des Kommunismus, des Kolonialismus ;
  • les noms propres ne prennent pas la marque -(e)s lorsqu'ils sont précédés de l'article défini ; ils la prennent en revanche s'ils sont employés sans article. Par exemple, l'histoire de France se dira Die Geschichte Frankreichs

mais l'histoire de la France moderne se dira Die Geschichte des modernen Frankreich (sans -s) ; de même la vie de Mozart se dira indifféremment das Leben Mozarts ou das Leben des Mozart (sans le s)

Génitif saxon[modifier | modifier le code]

Il se forme de manière analogue au génitif ordinaire pour les noms communs ou les noms propres employés avec l'article. Pour les noms propres employés sans article, il se forme, à tous les genres, même au féminin, par l'adjonction d'un -(e)s.

Il est antéposé et se substitue à l'article (défini) du nom qu'il détermine.

Très utilisé en langue poétique, il ne s'emploie plus en langue courante que pour les noms propres sans article.

Par ailleurs, pour ces noms, le génitif formé par l'adjonction de la marque -(e)s peut également, contrairement à l'anglais par exemple, être postposé. Ainsi l'expression : le chien d'Anne peut se dire : - Annas Hund : génitif saxon (en allemand, il n'y pas d'apostrophe, et il n'y pas s'article défini devant le nom déterminé) ou - der Hund Annas.

En anglais[modifier | modifier le code]

Le génitif anglais est souvent appelé le possessif. Il se forme avec un 's pour les noms singuliers et pluriels qui ne se terminent pas en s : man's, men's (d'un homme, des hommes).

Il se forme avec ' seul pour les noms pluriels qui se terminent en s : buses' (des autobus).

Il se forme dans les deux manièrea pour les noms singuliers qui se terminent en s : bus's ou bus' (de l'autobus).

En basque[modifier | modifier le code]

La possession, en basque, est marquée par le suffixe -en, qui s'ajoute au radical du nom, mais il y a aussi un génitif spatio-temporel, qui est un complément de lieu et de temps.

En breton[modifier | modifier le code]

Dans ce qui suit, la confusion est faite entre le génitif ("Ki ar/ur verc'h") et l'adjonction ("an tamm bara").

Dès lors que le mot breton est complété par un complément défini, le mot principal est alors considéré comme étant suffisamment défini et perd son propre article.

Nom 1 : ar c'hi (le chien, avec mutation après l'article) Nom 2 : ar verc'h (la fille)

Nom 1 + Nom 2 = Ki ar verc'h (le chien de la fille, le mot complété "Ki" pert son article et donc sa mutation de k à c'h)

Il s'agit d'un problème relativement délicat que ce complément de nom en breton. Il faut apprécier en effet chaque fois la nature du complément (défini ou indéfini).

Quand on dit que le complément du nom est défini et que le nom complété perd son article, il faut préciser que le complément du nom est considéré comme suffisamment défini s'il est précédé d'un article indéfini : Nom 1 : ar c'hi (le chien). Nom 2 : ur verc'h (une fille, c'est en principe un nom indéfini, mais il est considéré comme suffisamment défini pour la présente règle) Nom 1 + Nom 2 = Ki ur verc'h (le chien d'une fille)

Par contre, dans l'exemple suivant, le complément du nom est un véritable indéfini, et le nom complété garde donc son article : Nom 1 : an tamm (le morceau) Nom 2 : bara (pain) Nom 1+ Nom 2 : an tamm bara (le morceau de pain, partitif)

En grec[modifier | modifier le code]

L'emploi du génitif est nettement plus étendu en grec qu'en latin: en effet, la déclinaison nominale grecque a perdu l'ablatif, conservé en latin, et les valeurs de ce cas ont été essentiellement transférées au génitif. Ainsi, le génitif grec, en plus des emplois signalés pour le latin, exprime l'origine spatiale ou temporelle, notamment après les prépositions qui ont ce sens (έξ éx suivi du génitif = ex suivi de l'ablatif en latin = sortant de; άπό hápó suivi du génitif = ab suivi de l'ablatif en latin = venant de, ou depuis, etc.).

De même, à l'ablatif absolu du latin correspond le génitif absolu en grec. Les compléments d'adjectif à l'ablatif en latin sont au génitif en grec: digne de se dit dignus avec l'ablatif en latin, άξιος áxios avec le génitif en grec.

En outre, l'emploi du génitif comme complément de verbe est beaucoup plus étendu en grec qu'en latin (après des verbes signifiant "atteindre" ou "désirer" ou des verbes signifiant "entendre", "sentir", "toucher" etc. ou avec une valeur partitive après les verbes signifiant "manger" ou "boire").

En latin[modifier | modifier le code]

En latin, le génitif marque, en général, le complément du nom. Par rapport au nom qu'il complète, le génitif peut marquer plusieurs types de rapports, comme celui de possession (liber Petri, le livre de Pierre) ou de parenté (fili Petri, le fils de Pierre).

Le génitif partitif exprime le tout dont est mentionnée une partie (caput Petri, la tête de Pierre; fortissimi Romanorum, les plus courageux des Romains; extremum provinciae, l'extrémité de la province).

Le génitif peut également servir de complément d'adjectif, (vestri similes, semblables à vous), ou de verbe (meminisse, se souvenir de ; oblivisci, oublier).

Le verbe être construit avec le génitif signifie "est le propre de..." (Ridere hominis est, rire est le propre de l'homme).

En letton[modifier | modifier le code]

En letton, on décline les noms, les adjectifs, les adjectifs numéraux et les pronoms.

Les substantifs (ou les noms) peuvent être soumis ou non soumis à la flexion (locījums). Les noms soumis à la flexion se partagent en six groupes, appelés déclinaisons (deklinācijas), par le genre et la terminaison du nominatif[1] :

Groupe Genre Terminaison (nominatif singulier) Exemple Terminaison (nominatif pluriel) Exemple Exception
1 masculin s, š dēls, teļš i dēli, teļi
2 masculin is kaķis, gulbis i kaķi, gulbji akmens, asmens, zibens, ūdens, mēness, rudens, suns, sāls
3 masculin et féminin us tirgus (m), pelus(f) i tirgi, peli
4 masculin et féminin a puika(m), māsa(f) as puikas, māsas
5 masculin et féminin e bende(m), zīle(f) es bendes, zīles
6 féminin s govs, zivs, krāsns is govis, zivis, krāsnis ļaudis

Pour former le génitif, en fonction du groupe et du nombre grammatical (pluriel ou singulier), la terminaison des lemmes change[1].

Groupe Nombre Terminaison Génitif formé Dans la phrase En français
1 singulier a dēla dēla māja la maison du fils
1 pluriel u dēlu dēlu māja la maison des fils
2 singulier a kaķa kaķa vieta la place du chat
2 pluriel u kaķu kaķu vieta la place des chats
3 singulier us tirgus tirgus piedāvājums proposition du marché
3 pluriel u tirgu tirgu piedāvājums proposition des marchés
4 singulier as māsas māsas māja la maison de la sœur
4 pluriel u māsu māsu māja la maison des sœurs
5 singulier es zīles zīles ligzda le nid de la mésange
5 pluriel u zīļu zīļu ligzda le nid des mésanges
6 singulier s govs govs trauks la gamelle de la vache
6 pluriel u govju govju trauks la gamelle des vaches
  • La flexion du troisième groupe des noms au pluriel est nuancée car il s'y regroupent des inquantifiables (la glace, le miel, la bière, etc.)

En néerlandais[modifier | modifier le code]

En néerlandais, le génitif se marque par l'ajout d'un "s", "'s" ou d'un "'" :

  • pour les noms communs et pour les noms de pays, de provinces et de régions sauf ceux en "a, i, o, u ou y" et les noms de famille et les prénoms et les noms usités comme titres, non précédés de l'article, sauf ceux dont il sera question au point suivant, on ajoute un simple -s : Nederland, Van Haag font Nederlands, Van Haags ;
  • les noms de pays, de continents, de provinces et de régions qui se terminent par a, i, o, u ou y, et les noms de famille et les prénoms qui se terminent par a, i, o, u ou y, on ajoute 's: Geschiedenis van Afrika, et Schoonheid van Anna font Afrika's geschiedenis, Anna's schoonheid ;
  • les noms de famille et les prénoms qui se terminent par s, sch, sh, x ou z prennent - '  : Verjaardag van Beatrix fait Beatrix' verjaardag :

Mijn vader's auto :La voiture de mon père.

Ou bien on le forme avec "van", qui signifie "de", "du" :

De auto van mijn vader :Litt. La voiture de mon père.

En russe[modifier | modifier le code]

Outre ses emplois habituels, le génitif en russe, comme dans d'autres langues slaves, s'utilise lors d'une négation :

Он – дома. (Il est à la maison. Он = nominatif).
Его дома нет. (Il n'est pas à la maison. Его = génitif, mot à mot : de lui à la maison il n'y a pas).
NB. On trouve l'équivalent en français : "Il n'y a pas de sucre."

En slovène[modifier | modifier le code]

La possession est marquée en slovène non par le génitif, mais par une suffixation du nominatif.

Exemples[modifier | modifier le code]

  • français : Le chien de la fille
  • allemand : Der Hund des Mädchens
    Le génitif saxon, de nos jours archaïque ou poétique sauf pour les noms propres, se substitue à l'article du nom déterminé : Des Mädchens Hund
  • breton  : Ki ar verc'h, ki ur verc'h
  • espéranto : La hundo de la knabino
  • letton  : Meitenes suns (meitene = « la fille », = suns = « le chien »)
  • latin  : Puellae canis
  • slovène  : Puncin pes
  • basque  : Herriko etxea
  • finnois  : Tytön koira
  • russe  : Собака девочки
  • suédois : Flickans hund

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (lv) Latvijas Universitāte (développé par l'Université de Lettonie dans le cadre du projet "Langue lettonne sur le réseau informatique international")., « Valodas izziņas : LIETVĀRDI . », sur Latviešu literatūras interneta bibliotēka (consulté le 9 mai 2015)

Articles connexes[modifier | modifier le code]