Blemmyes

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Les Blemmyes en l'an 600, au sud-est de l'Égypte, alors province de l'Empire romain d'orient.

Les Blemmyes sont une population nubienne qui apparait dans la vallée du Nil à partir du milieu du IIIe siècle[1]. Ils prennent le contrôle de la province romaine du Dodekashoinos au sud de l’Égypte au milieu du IVe siècle. Ils y constituent un royaume qui sera annexé par la Nobatie après la victoire du roi SIlko sur les Blemmyes. En partie nomade, cette population est mentionnée durant les périodes ptolémaïque, romaine et byzantine au temple de Philæ, alors lieu de rencontres pacifiques entre les Égyptiens et les tribus nubiennes dont les Nobades et des Blemmyes.

Le peuple historique[modifier | modifier le code]

Selon L’Histoire Auguste, les Blemmyes apparaissent le sud de l’Égypte en soutenant en 273 l'usurpateur Firmus. L’Histoire Auguste mentionne les Blemmyes dans son énumération fantaisiste des captifs exhibés lors du triomphe d'Aurélien, célébré en 274[2].

Au temps de Probus, vers 280[3], les Blemmyes soutiennent l'insurrection de Ptolémaïs et de Coptos[4]. Probus, lui-même ou ses officiers, matte cette révolte et selon l’Histoire Auguste « envoie des prisonniers Blemmyes à Rome dont l'étrange apparence provoqua la stupéfaction »[5].

Avec l'affaiblissement du pouvoir central face aux insurrections égyptiennes de Domitius Domitianus et d'Achilleus, les raids des Blemmyes continuent sur le sud de l’Égypte, d'autant plus facilement qu'ils trouvent un accueil favorable auprès des habitants de la province de Thébaïde accablés d'impots. Dioclétien matte ces révoltes et diminue la pression en abandonnant en 298 le Dodécaschène, province d'Égypte la plus au sud, trop pauvre et couteuse à protéger, et confie moyennant subsides sa défense contre les incursions blemmyes aux Nobates[6].

Un parti blemmye pro-romain est mentionné en 336, en tant qu'alliés des Méroites avec lesquels ils participent à une ambassade auprès de l'empereur Constantin[7],[8].

En 394, les Blemmyes prennent le contrôle de Talmis (Kalabchah) et adoptent le culte d'Isis[9]. Olimpiodorus visite le royaume Blemmye centré sur leur capitale religieuse Kalabcha vers 423[9]. Selon Arthur Obluski, beaucoup d'indices laissent penser que leur royaume aurait été constitué des Blemmyes restés nomades, vivant de l'élevage de leurs troupeaux, mais contrôlant les populations sédentaires situées dans la vallée du Nil[10].[11]

Lorsque les cultes païens sont interdits dans l'empire romain, le culte d'Isis reste autorisé à Philæ pour les seuls Nubiens, qui sont autorisés à prendre la statue de la déesse et l'emporter dans leur pays à partir de 453[12].

Leur royaume est conquis par le roi Silko de Nobatie, les Blemmyes sont chassés dans les déserts à l'est du Nil. À l'entrée du temple de Kalabsha, une inscription en grec, datée d'environ 450 rend compte de cette victoire. Elle glorifie Silko, roi des Nobades, et proclame son triomphe sur les Blemmyes[13].

Le roi Silko à cheval transperce un ennemi couché, une victoire ailée lui appose la couronne portée par le dieu Mandoulis (couronne des pharaons de la période tardive)[14]

Les Ababdehs modernes pourraient descendre de cette tribu, islamisée au XIIIe siècle.

Le peuple légendaire[modifier | modifier le code]

Une représentation fantaisiste des Blemmyes, tiré de la Cosmographie universelle de Sebastian Münster (1544).

Les récits fantaisistes les décrivent comme monstrueux. Pline l'Ancien les situe près de l'Éthiopie et indique qu'« on rapporte que les Blemmyes sont sans tête, et qu’ils ont la bouche et les yeux fixés à la poitrine »[15].

Ces personnages sont abondamment représentés au Moyen Âge. C'est l'un des premiers monstres d'origine antique qui renaît dès les « bestiaires » romans, avant la généralisation des grylles et monstres similaires au XIIIe siècle[16].

En 1751 dans l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers et en 1766 dans son Suppléments figurent des articles sur les Blemmyes citant la description qu'en fait Pline. Leurs rédacteurs admettent l'existance de ce peuple, mais considèrent l'absence de tête comme une fable[17].

La présentation fantaisiste de Pline continue d'avoir cours au XIXe siècle, comme en témoigne un mémoire présenté en 1871 à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres par l'égyptologue Eugène Revillout, qui propose d'expliquer l'origine des fables sur les Blemmyes par l'apparence des Touaregs, « accourtés de telle sorte que leur tête semble tenir sans séparation au tronc et qu'on dirait qu'ils ont les yeux et la bouche au milieu de la poitrine[18] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Obluski 2014, p. 24.
  2. Histoire Auguste, Vie du divin Aurelien, XXXIII.
  3. Chastagnol 1994, p. 1067.
  4. Zosime, I, 69-70.
  5. Histoire Auguste, Vie de Probus, XVII et XIX.
  6. Remondon 1970, p. 284.
  7. Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, 4,7.
  8. Obluski 2014, p. 26.
  9. a et b Obluski 2014, p. 27.
  10. Obluski 2014, p. 33.
  11. Remondon 1970, p. 114.
  12. Jean Leclant, Histoire générale de l'Afrique, vol. 2, Paris, UNESCO, , 905 p. (ISBN 92-3-201708-3, lire en ligne), p. 316
  13. Kazimierz Michalowski, Histoire générale de l'Afrique, vol. 2, Paris, UNESCO, , 905 p. (ISBN 92-3-201708-3, lire en ligne), p. 349-364
  14. Rilly 2019, p. 385-387.
  15. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, Paris, Dubochet, Le Chevalier et Cie, ([[s:Histoire naturelle - Livre V, 8|lire sur Wikisource]], lire en ligne).
  16. Jurgis Baltrušaitis, Le Moyen Âge fantastique, Flammarion, coll. « Champs arts », , 319 p. (ISBN 978-2-08-122061-4), chap. 1 (« Grylles gothiques »), p. 35, 36 et 48.
  17. Jean-Louis Fischer, « L'Encyclopédie présente-t-elle une pré-science des monstres ? », Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, no 16,‎ , p. 133-152 (lire en ligne).
  18. Eugène Revillout, « Mémoire sur les Blemmyes d'après divers documents coptes », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 15ᵉ année,‎ , p. 26 (lire en ligne).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (la + fr) Auteur inconnu (trad. du latin par André Chastagnol, préf. André Chastagnol), Histoire Auguste, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , CLXXXII + 1244 p. (ISBN 2-221-05734-1).
  • (en) Arthur Obluski (trad. Iwona Zych), The rise of Nobadia : Social changes in Northern Nubia in late antiquity, Varsovie, Université de Varsovie, , 135 p. (ISBN 978-83-925919-9-3, lire en ligne)
  • Roger Remondon, La crise de l’Empire romain, Paris, PUF, coll. « Nouvelle Clio – l’histoire et ses problèmes », , 2e éd. (1re éd. 1964).
  • Claude Rilly, Olivier Cabon, Vincent Francigny, Bernard François, Marc Maillot, Mohamed Musa Ibrahim et Odile Nicoloso, Histoire et civilisations du Soudan, Collège de France, , 976 p. (ISBN 978-2-918157-30-4, lire en ligne)

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