Ressentiment antifrançais aux États-Unis

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Le ressentiment antifrançais aux États-Unis ou francophobie américaine désigne des mouvements dans l'opinion américaine à l'encontre de la France, et accompagne certaines périodes de tension dans l'histoire des relations franco-américaines. Le « French bashing » désigne aussi bien le dénigrement de la France à l'étranger que l'autodénigrement français en lien avec un certain déclinisme[1].

Avant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Portrait du marquis de la Fayette.

La francophobie aux États-Unis après 1945 inverse un précédent sentiment francophile. Du point de vue patriotique américain, la France fut le premier allié des révolutionnaires américains. Quand le marquis de La Fayette parcourut les États-Unis en 1824-1825, il fut accueilli en héros en tant que première célébrité américaine, et de nombreuses nouvelles localités furent baptisées en son honneur, comme Lafayette, Fayette ou encore Fayetteville.

Avec l'arrivée des émigrants irlandais dans les années 1840 et la montée d'une culture populaire antibritannique, la France est devenue un point de ralliement, quoique ambivalent, car son républicanisme était terni. Les classes américaines cultivées embrassèrent les styles et produits de luxe français après la guerre de Sécession : elles étudiaient les Beaux-Arts, la cuisine française régnait sur les grandes tables américaines, et les femmes de la classe supérieure suivaient la mode parisienne[réf. nécessaire].

Après la Première Guerre mondiale à laquelle participèrent des volontaires américains dès le début, et les troupes américaines à partir de 1917 (« Lafayette nous voilà ! » - général Pershing), et qui fut pour la France l'occasion de découvrir le jazz noir américain (orchestres des régiments « colorés » - Jim Europe), une génération de riches Américains, et de nombreux artistes tels que Natalie Clifford Barney, Edith Wharton ou encore Francis Scott Key Fitzgerald s'expatrièrent pour mener une vie de bohème à Paris durant les années folles.

La crise de 1929 mit un frein au style de vie international et un changement du climat politique français durant les années 1930 causa le retour de beaucoup d'Américains politiquement sensibles[réf. nécessaire].

Pendant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Couverture du livret 112 Gripes about the French, publié plus tard en français sous le titre Nos amis les Français.

L'écroulement de la France en 1940 sous l'attaque allemande a profondément choqué les Américains francophiles, qui avaient à travers la culture populaire une image idyllique de Paris : The Last Time I Saw Paris (« La dernière fois que j'ai vu Paris »), succès de Tony Martin en 1941, et Un Américain à Paris (1951) ont nourri une imagerie sentimentale de Paris, qui reflétait cependant la période des années folles des années 1920 plutôt que les années 1930.

Pendant toute la durée de l'occupation, les Français luttent pour leur survie. Pauvres, sales et mal-nourris, ils sont parfois mal jugés à la Libération par les soldats américains[2].

Le général américain George Patton aurait déclaré qu'il préférait « avoir une division allemande devant lui qu’une division française derrière »[3].

Après la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les relations entre les États-Unis et la France devinrent amères, les États-Unis critiquèrent les activités coloniales françaises durant la guerre d'Algérie[4] et s'opposèrent à la France (et au Royaume-Uni) lors de la crise de Suez (1956). Les États-Unis, par leur histoire, traditionnellement opposés au colonialisme, ont poussé la France à abandonner son empire colonial, notamment en Algérie[réf. nécessaire]. Plus prosaïquement, la possibilité pour les États-Unis de mettre fin à l'influence française sur des zones pétrolières et gazières a certainement joué tout autant que l'idéologie[réf. nécessaire].

Les relations franco-américaines se dégradèrent fortement sous Charles de Gaulle (qui s'était déjà opposé à Franklin Roosevelt durant la guerre), qui refusa que la France soit traitée comme un partenaire plus faible que les États-Unis et tenta de faire contrepoids à l'influence américaine en Europe et dans certaines parties du tiers monde. Ceci comprit notamment la demande d'un statut égal dans l'OTAN, dont la France quitta le commandement intégré lorsque ce statut fut refusé.

En effet, de Gaulle prit l'une de ses décisions les plus spectaculaires en 1966, lorsque la France, non seulement se retira du commandement militaire intégré de l'OTAN (dont l'état-major était installé sur le sol français), mais expulsa les bases américaines et tout leur personnel de son territoire. Lorsqu'il annonça cette dernière décision par téléphone à Lyndon Johnson, celui-ci lui aurait demandé si cela incluait les quelque 60 000 Américains qui y étaient enterrés[5].

La France s'est aussi éloignée d'Israël, avec qui elle avait des liens étroits, et devint plus sensible à la cause palestinienne au Moyen-Orient. Israël s'est ensuite rapproché des États-Unis.

Le gouvernement du général de Gaulle a commencé à critiquer la guerre du Viêt Nam (américaine), qui était assez impopulaire en France. Les opinions sur la guerre du Viêt Nam restent cependant partagées même en France. En commentant l'épisode vietnamien, l'écrivain et journaliste Jean-François Revel affirme qu'« en déployant cet antiaméricanisme, inspiré ou plutôt décuplé par la guerre du Viêt Nam, les Européens et surtout les Français, de façon plus remarquablement injustifiée, oubliaient ou feignaient d'oublier que la guerre américaine du Viêt Nam était le rejeton direct de l'expansion coloniale européenne en général et de la guerre française d'Indochine en particulier. C'est parce que la France aveugle avait refusé toute décolonisation après 1945 ; c'est parce qu'elle s'était fourvoyée dans une guerre lointaine et interminable durant laquelle elle avait d'ailleurs maintes fois imploré et parfois obtenu l'aide américaine ; c'est parce que la France battue à Diên Biên Phu avait dû signer en 1954 les désastreux accords de Genève, livrant le nord du Viêt Nam à un régime communiste qui s'était aussitôt empressé de violer lesdits accords ; c'est donc indubitablement à la suite d'une longue suite d'erreurs politiques et d'échecs militaires de la France que les États-Unis furent amenés plus tard à intervenir ».

Lors du soutien de De Gaulle à l'indépendance du Québec (« Vive le Québec libre ! » en juillet 1967), certains[Qui ?] pensèrent que c'était plus destiné à provoquer les États-Unis qu'à réellement encourager l'indépendance québécoise. La France a aussi tenté de développer des relations plus amicales avec les pays communistes, dont l'URSS. La France a poursuivi un programme d'armement nucléaire national et développé ses capacités militaires pour rompre sa dépendance vis-à-vis des États-Unis. Durant cette période, les relations franco-américaines étaient au plus bas et des commentateurs américains[Qui ?] accusèrent la France de ne plus faire partie des « puissances occidentales ».

Les relations s'améliorèrent un peu sous Georges Pompidou, mais des tensions intermittentes subsistaient. La France voyait l'Union européenne comme un contrepoids à la puissance américaine, et travailla notamment au développement d'une monnaie pouvant contrebalancer le dollar dans le commerce mondial. La France a aussi consacré beaucoup d'efforts à la conservation de ses liens avec l'Afrique de l'Ouest. Le gouvernement américain est resté assez distant envers la France et a poursuivi des relations nettement plus proches avec des États comme le Royaume-Uni.

Plus récemment, des tensions s'alimentèrent avec l'affaire des quotas sur les films américains en France (accord Blum-Byrnes), l'opposition aux essais nucléaires français dans le Pacifique, les visions divergentes sur la finalité de la construction européenne (l'Europe puissance perçue comme un contre-pouvoir) notamment concernant la défense européenne.

Guerre d'Irak[modifier | modifier le code]

Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères français au moment de la guerre d'Irak.

En 2003, la francophobie est revenue au premier plan aux États-Unis lorsque la France refusa d'approuver le plan d'invasion de l'Irak présenté par les États-Unis au Conseil de sécurité des Nations unies. Alors que d'autres nations étaient aussi ouvertement opposées au plan (notamment l'Allemagne, la Russie et la Chine), la France essuya des critiques particulièrement féroces[6],[7].

La France fut accusée d'antiaméricanisme primaire, de défendre avec hypocrisie ses intérêts pétroliers en Irak (les mêmes accusations furent portées contre la Russie et l'Allemagne, mais avec beaucoup moins de force), et d'hypocritement envoyer une force militaire en Côte d'Ivoire durant la crise irakienne.[réf. nécessaire] Arguments d’autant plus controversés que la France n’entretenait ces dix dernières années que des relations minimes avec l’Irak, elle n’en était que le treizième partenaire économique en 2002[réf. nécessaire], et dans le cadre du programme de l’ONU « pétrole contre nourriture », les États-Unis achetaient 50 % du pétrole irakien alors que la France seulement 8 %[réf. nécessaire]. En ce qui concerne les forces militaires françaises présentes en Côte d’Ivoire, leur présence a été légalisée après coup. En effet, le Conseil de sécurité a mis en place la mission ONUCI (résolution 1528) le alors que l'Opération Licorne a été créée en septembre 2002.

La France et la Russie, toutes deux membres permanents de Conseil de sécurité des Nations unies, s'opposèrent le à une nouvelle résolution autorisant l'invasion de l'Irak. Comme d'autres nations étaient aussi ouvertement opposées à une invasion, nombreux[Qui ?] sont ceux qui se demandèrent pourquoi la France était ainsi mise en avant. Beaucoup[Qui ?] pensent que cela vient du fait qu'elle est membre permanent du Conseil de sécurité et menaça de mettre son veto. D'autres[Qui ?] considèrent qu'il s'agit d'une manipulation médiatique rendue possible par la concentration des médias américains, certains[Lesquels ?] particulièrement liés à l’administration politique au pouvoir, et que la France fut utilisée comme bouc émissaire pour éviter de mentionner et discuter de tous les autres pays opposés. Il a aussi été avancé que l'accusation d'antiaméricanisme primaire a servi à éluder un débat sur les raisons invoquées par la France, à savoir le fait que la France considérait que les armes de destruction massive de l'Irak, alléguées par le gouvernement américain, ne présentaient pas un danger clair et immédiat et que la guerre ne pourrait que déstabiliser le Moyen-Orient sans apporter de solution à long terme, tout en y favorisant l’émergence d’un front d’opposition panarabe face à un tel interventionnisme dépourvu de toute légitimité légale[8].

Tensions diplomatiques[modifier | modifier le code]

La dernière en date sur le plan diplomatique se déroula à la veille de l'invasion de l'Irak en 2003, et fut amplifiée à compter de la fin de l'année 2002, ce que traduisent les propos prêtés à Condoleezza Rice au printemps 2003 (alors conseillère à la Sécurité nationale) : « punir la France, ignorer l'Allemagne, et pardonner à la Russie »[9] pour leurs postures.

Le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld a notoirement qualifié la France et l'Allemagne de « Vieille Europe » tout en qualifiant de « nouvelle Europe » les nombreux pays de l'Est qui soutenaient la position américaine - afin d'obtenir un appui contre la puissance russe. Ceci a réveillé les craintes que l'élargissement de l'Union européenne soit utilisée par les États-Unis pour diviser les États européens. Cette interprétation reste cependant très discutable : l'expression"« Vieille Europe » désigne traditionnellement aux États-Unis l'intelligentsia des universités de Nouvelle-Angleterre (qui s'était opposée à cette guerre), sans s'intéresser à ce qui se passe outre-Atlantique.

L'ancien maire de New York Ed Koch a déclaré lors d'un show radio américain « Gallia delenda est », « La Gaule doit être détruite », faisant allusion au mot de Caton l'Ancien « Carthago delenda est ». Il a néanmoins ajouté qu'il ne fallait pas prendre sa déclaration au pied de la lettre.

En février 2003, John McCain, qui sera le candidat du Parti républicain aux élections présidentielles de 2008, déclare sur la chaîne Fox News  : « La France est comme une vieille actrice des années 1940, essayant toujours de se faire inviter à dîner pour son look, mais qui n'a plus la tête pour ça »[10].

Le ministre français des Affaires étrangères de l'époque, Dominique de Villepin, s'est distingué dans la critique de la position américaine sur l'Irak.

Tensions culturelles[modifier | modifier le code]

Freedom Fries
Menu d'une des cafétérias de la chambre des représentants des États-Unis, « Freedom Fries » remplace « French Fries ».
« American Fries » remplace « French Fries ».

Pendant l'hiver 2002-2003, l'expression au départ humoristique de « Cheese-eating surrender monkeys » (« singes capitulards bouffeurs de fromage »)[11] venant d'un épisode télévisé des Simpson de 1995 pour nommer les Français (c'est le jardinier d'origine écossaise Willie qui l'utilise), s'est répandue dans certains tabloïds et médias[6]. Le contributeur Jonah Goldberg du magazine National Review, un important magazine américain conservateur, prétend être à l'origine de cette mode[12]. Cette expression restée depuis et qui a même fait son apparition à deux reprises dans le dictionnaire de citations Oxford[13]. De nombreux commentateurs et politiciens américains, dont Andy Rooney sur le programme de télévision 60 Minutes (diffusé le dimanche à 19 heures, depuis 1968), ont traité la France d'ingrate[7] à cause de son opposition à la politique étrangère américaine alors que des soldats américains s'étaient battus en France contre l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale.

Ces sentiments se sont accrus par un incident en avril 2003, quand des vandales ont profanés des tombes de soldats britanniques morts en France pendant la Première Guerre mondiale ou l'on pouvait lire « Déterrez vos déchets, ils souillent notre sol. Rosbeefs go home. Saddam vaincra et fera couler votre sang. Mort aux yankees. Bush, Blair au TPI (Tribunal Pénal International) »[14]. Bien qu'aucun Américain ne fut enterré dans ce cimetière, l'incident a alimenté le sentiment anti-français aux États-Unis[15].

Des autocollants (bumper stickers, qu'on colle à l'arrière des automobiles et sur le pare-choc) ont été imprimés avec des slogans comme : « Iraq first, France next! » (« L'Irak d'abord, la France ensuite ! »)[11] et « First Iraq, then Chirac! » (« D'abord l'Irak, puis Chirac ! »). Des slogans américains plus traditionnels (insultants ou humoristiques selon les points de vue), ont été repris et dirigés contre la France, exemple ; « France kiss my American ass » (« France, embrasse mon cul d'Américain »), ou encore « Texas is bigger than France » (« Le Texas est plus grand que la France »), ce qui est géographiquement vrai pour le Texas, mais ce slogan a été repris pour d'autres États américains[16], quand bien même la plupart sont plus petits par la superficie.

Le , les menus des cafétérias des trois bâtiments de bureau de la chambre des représentants des États-Unis ont changé le nom des French fries (« frites françaises », qui est l'appellation normale pour désigner des frites aux États-Unis) en « freedom fries » (« frites de la liberté ») dans un reproche culinaire adressé à la France, appuyant l'opinion populaire américaine sur l'opposition française à la position diplomatique des États-Unis[11]. Les French toasts (« toast français », soit le pain perdu) ont aussi été rebaptisés « freedom toast » (« toasts de la liberté ») dans certains établissements.

Dans un esprit similaire, durant la Première Guerre mondiale, le terme « sauerkraut » (terme d'origine allemande pour la choucroute) a été rebaptisé « liberty cabbage » (« chou de la liberté »)[17], les « French toast » ont alors remplacé les « German toast » (« toasts allemands »)[18].

En avril 2003, le député Billy Tauzin de Louisiane, le seul Cadien de la chambre des représentants, a retiré les pages francophones de la section officielle de son site web en protestation contre la position de la France sur la question irakienne[19]. Depuis 1999, la version française était la version par défaut de son site[19].

Quelques Américains ont même acheté du vin français pour le verser dans le caniveau au lieu de le boire[20],[21]. Certains ont noté que quoi qu'on fasse du vin, l'acheter rapportait toujours de l'argent à ceux qui l'avaient produit[20],[21].

La chaîne de restauration rapide Subway aux États-Unis, a affiché une publicité jouant sur les mots, désignant la France comme une poule mouillée[22]. Il y est écrit « France and chicken, somehow, it just goes together », qui pourrait se traduire par « La France et le poulet, d'une certaine façon, ça va juste ensemble » (« Chicken » en anglais veut dire « poulet » mais également « poule mouillée »).

En 2003, par exemple, un groupe de lycéens français a dû annuler un voyage à Philadelphie en Pennsylvanie, dans le cadre d'un échange scolaire et culturel avec un lycée américain, la Springside School. Un professeur de ce lycée a annoncé que son école avait décidé de suspendre l'échange pour les années 2003 et 2004, la raison invoquée étant la francophobie de certaines familles d'accueil en raison de la position de la France au sujet de la guerre d'Irak[23].

Railleries sur l'armée française[modifier | modifier le code]

En 2003, lors de l’invasion de l’Irak, et même après, les blagues sur l'armée française sont monnaie courante aux États-Unis faisant référence à la défaite française de 1940.

Au cours de l'année 2003, le bombardement Google a été utilisé afin que la recherche « French military victories » (« victoires militaires françaises »), aboutisse au résultat « Did you mean : French military defeats » (« Vous avez voulu dire : défaites militaires françaises »), en renvoyant l'utilisateur vers une fausse page d'erreur[24],[25]. La recherche pour « French military defeats » renvoyant vers une liste de défaites françaises.

Depuis le début des discussions à l'ONU sur la guerre en Irak, un certain nombre de journalistes, d'animateurs et d'humoristes américains sont les auteurs de blagues péjoratives sur l'armée française. Jay Leno (tout comme ses confrères David Letterman, Conan O'Brien, Dennis Miller, Craig Kilborn, etc.)[26],[27],[28] déclare par exemple sur le plateau du The Tonight Show le 26 novembre 2004 : « Les troupes françaises sont arrivées en Afghanistan la semaine dernière, pile quand il fallait. Les Français y sont conseillers des talibans, pour leur apprendre à se rendre comme il faut[28]. »

En février 2003, le journaliste George Will du Washington Post décrit la retraite militaire comme un exercice dans lequel la France affinait son savoir-faire depuis 1870[29].

Norman Schwarzkopf, stratège de l'opération Tempête du désert, aurait déclaré « qu’aller à la guerre sans les Français, c’est un peu comme aller à la chasse au cerf sans son accordéon »[3].

Néanmoins certains soldats américains n'hésitent pas à défaire ces vieux clichés en faisant part de leur propre expérience aux côtés de militaires français en opération lors d'interviews. Comme Chris Hernandez qui a déclaré « Les seuls soldats qui sont vraiment là pour se battre sont les américains, les britanniques et les français »[30],[31].

Boycott[modifier | modifier le code]

Début 2003, des élus et des médias américains ont lancé des appels au boycott des produits français et de la France[32],[33]. Le plus connu dans ce domaine et sans doute le plus virulent est Bill O'Reilly, un journaliste et présentateur de télévision de la chaîne Fox News. Un site internet a été créé uniquement dans ce but. O'Reilly a également menacé de lancer un appel au boycott contre le Canada car celui-ci accueillait des déserteurs de l'US army. S'adressant à une journaliste canadienne dans son émission The O'Reilly Factor : « [...] votre pays subira un boycott et en souffrira énormément. La France en ressent aujourd'hui les effets douloureux », ajoutant « ils ont perdu des milliards de dollars en France »[34],[35]. Ce chiffre, ne reposant sur aucune base réelle sera contesté puisque le pic de boycott de produits français n'aura duré qu'un mois, sans réelles conséquences sur le commerce entre les deux pays[36],[34],[11]. Selon le Bureau du recensement des États-Unis, les États-Unis ont importé 2,26 milliards de dollars US en biens et services français en février 2004, en hausse de 2,18 milliards de dollars US en février 2002[37].

Un certain nombre de facteurs peuvent expliquer l'inefficacité du boycott. Les appels au boycott étaient axés sur les produits stéréotypée associés à la France (vins, fromage et des produits de luxe). Ceux-ci constituent une petite minorité du commerce français (0,8 %), alors que les produits moins médiatisés mais plus important par leur chiffre d'affaires n'ont pas été ciblés.

Selon le président de IC&A Inc., une entreprise qui n'importe que des produits français de décoration a vu la demande pour ses produits tombée de 50 à 40 % depuis février 2003[38]. Le MEDEF a rapporté que « des entreprises françaises souffrent à cause de la position de la France sur la question irakienne[39] ».

Des médias américains conservateurs ont largement contribué à faire passer l'idée que les touristes américains couraient un risque pour leur sécurité à aller en France, en raison de l'antiaméricanisme supposé des Français et des possibles représailles contre les touristes. Bien qu'aucune agression n'ait été rapportée sur un touriste américain en France, en raison des positions de son gouvernement concernant la guerre d'Irak, de nombreux Américains ont décidé d'annuler ou de reporter leur voyage en France[40],[41], principalement par crainte d'un mauvais accueil[40], plus que par réaction francophobe. Le nombre de visiteurs américains plonge de 80 % dans la première moitié de 2003 comparé à la même période en 2002[40].

La langue française[modifier | modifier le code]

En 2004, le candidat démocrate à l'élection présidentielle, John Kerry déclarait qu'il parlait français et qu'il avait de la famille en France. De ce fait il avait dû subir les moqueries de ses opposants républicains lui reprochant également son look jugé trop français[42],[43].

Pendant les primaires républicaines pour la nomination du candidat à l'élection présidentielle 2012, le candidat Newt Gingrich a publié une publicité télévisée attaquant son rival Mitt Romney lui reprochant de parler lui aussi français. On pouvait entendre à la fin de la publicité « Et, tout comme John Kerry, il parle français ! »[44].

Préjugés et clichés sur les Français[modifier | modifier le code]

Pendant la controverse entre la France et les États-Unis à propos de l'engagement en Irak, certains éditorialistes et politiciens américains ont utilisé des blagues antifrançaises, souvent très féroces. De nombreuses blagues suggéraient que les Français étaient incapables de réussite militaire et prompts à collaborer avec l'envahisseur et les terroristes[45] ; Les préjugés exploités sont notamment :

  • La France serait un pays préférant se rendre plutôt que combattre ; ce préjugé est une référence à la défaite militaire de la France en 1940[45] ;
  • Les Français seraient ingrats envers les Américains[3] ;
  • La France est un pays d'efféminés ; les Américains ont hérité ce cliché de leurs ancêtres britanniques. À la fin du XVIe siècle, un Anglais tournait la langue française en ridicule en la qualifiant de « délicate mais résolument charmante, telle une femme osant à peine entrouvrir les lèvres de peur de gâter sa mine »[46] ;
  • Les Français seraient sales et se laveraient rarement[45] ;
  • Les Français seraient arrogants et impolis[45].

Enquêtes d'opinion[modifier | modifier le code]

Cependant, la francophobie aux États-Unis semble diminuer : en effet, dans un sondage effectué en mai 2007 pour le CSA et la French-American Foundation France, 48 % des Américains reconnaissent la France comme un partenaire et 41 % ont de la sympathie envers la France[47]. Selon le même sondage, 9 % des Américains éprouvent de l'antipathie envers la France (alors que 15 % des Français n'aiment pas les États-Unis[48]).

Un sondage du Pew Research Center publié le 3 décembre 2009, montre que 62 % des Américains ont une bonne opinion de la France. Et selon un dernier sondage Gallup publié le 20 février 2010, 63 % des Américains ont une bonne opinion de la France, contre 31 % qui ont une mauvaise opinion. Le chiffre ne montre pas d'amélioration notable par rapport au dernier sondage.

En 2011, 75 % des Français déclarent avoir une bonne opinion des États-Unis[49].

En 2015, une étude projetait que la France serait le quatrième pays le plus visité par les touristes Américains pendant l'année, loin derrière le Mexique et le Canada (deux pays limitrophes) et juste derrière la Grande-Bretagne[50].

Affaire Dominique Strauss-Kahn[modifier | modifier le code]

L'affaire Dominique Strauss-Kahn est l'occasion d'une nouvelle vague de ressentiment antifrançais aux États-Unis. L'émoi suscité dans l'opinion française par la diffusion de films montrant Dominique Strauss-Kahn menotté et encadré par des policiers, sa figure mal rasée lors de la première audience, et son incarcération participe des tensions franco-américaines à ce moment. Alors qu'en France une grande partie de la classe politique prend parti pour Dominique Strauss-Kahn, aux États-Unis la presse traite sans ménagement cette figure de la vie politique française. « Chauds lapins », « grenouilles », « Louis XIV » ou « mangeurs de foie gras ». Avec l'affaire DSK, des Américains peuvent à nouveau s'adonner à l'un de leurs sports favoris : se moquer des Français et de leurs coutumes exotiques », rapporte l'Agence France Presse[51]. La presse à sensation newyorkaise se montre la plus virulente. Apprenant la libération sous condition de Dominique Strauss-Kahn, Le New York Post titre à la « une » : « frogs legs it! » (la grenouille prend ses jambes à son cou)[52]. Le Daily news titre quant à lui « le perv » dans son édition du 15 mai 2011 pour annoncer la survenue de l'affaire[53]. Le journal commente son départ de la prison en ces termes « dur, à Rikers Island il n'y avait ni « hors-d’œuvre », ni « foie gras » ». La presse sérieuse n'est pas en reste. Ainsi, le New York Times ouvre ses tribunes à Stephen Clarke, figure du french bashing : « Les politiciens français sont connus pour être des séducteurs en série. [...] Le danger est, toutefois, que leur réputation de chaud lapin peut leur donner un sentiment d'impunité »[54]". Par ailleurs le New York Times s'interroge comme un fait de société : « Les femmes françaises sont-elles plus tolérantes aux agressions sexuelles ? »[55].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Yvon Gattaz, Création d'entreprise. La double révolution, Éditions Eyrolles, , p. 141
  2. Nos amis les Français - 112 Gripes about the French - Stimuli-insolite.com (voir archive)
  3. a, b et c Du « french bashing » en Amérique - Antoine Bourguilleau, Slate, 23 mars 2011
  4. Voir Guerre d'Algérie
  5. (en) France's rendezvous with history - BBC, 14 mars 2009
  6. a et b (en) Wimps, weasels and monkeys - the US media view of "perfidious France" - The Guardian, 11 février 2003
  7. a et b (en) France's Unpaid Debt - CBS News, 16 février 2003
  8. Le temps présidentiel : Mémoires, tome 2, Jacques Chirac, éditions NIL
  9. (en) France hopes spa trip will heal war wounds - The Times, 17 avril 2003
  10. (en) McCain's Out-of-Control Anger: Does He Have the Temperament to Be President? - NewsMax.com, 5 juillet 2006
  11. a, b, c et d La France à nouveau fréquentable - Le Point, 31 mai 2007
  12. (en) Frogs in Our Midst
  13. Aux États-Unis, la francophobie n'a pas disparu - Max Fisher (The Washington Post), Courrier international, 13 février 2014
  14. « Salauds, ceux qui ont profané » - Haydée Sabéran, Libération, 3 avril 2003
  15. (en) Graveyard graffiti taunts the allies - The Washington Times, 4 avril 2003
  16. (en) Janray Car Stickers & Janray Stickers
  17. (en) From Liberty Cabbage to Freedom Fries
  18. (en) Is French Toast Really French? - Slate, 16 septembre 2003
  19. a et b (en) Tauzin pulls French Web site in protest - States News Service, HighBeam, 2 avril 2003
  20. a et b (en) Protesting with your money: Does it work? - Ga-Bama, 4 mars 2011
  21. a et b (en) Why Boycotting Wine Won't Work - Alan Reynolds, The Washington Times, site du Cato Institute, 23 mars 2003
  22. French bashing, pas mort... - Blog de Laurent Mauriac et Pascla Riché, 25 août 2005 (voir archive)
  23. Des lycéens de Carcassonne victimes de la francophobie américaine - Thierry Dupont, Transfert.net, 3 juin 2003
  24. (en) Parodie de page d'erreur sur Albino Blacksheep
  25. Le bombardement Google - ATuVu.com
  26. (en) Meanwhile: Laughing all the way to the war - Opinion - International Herald Tribune - Paul Lewis, The New York Times, 8 décembre 2006
  27. (en) A Lot of Gaul - David Montgomery, The Washington Post, 1er mars 2003
  28. a et b (en) Late-Night Jokes About France and War on Terrorism - Daniel Kurtzman, About.com
  29. (en) George F. Will, « Disregarding the Deniers », The Washington Post,
  30. « "No more French bashing !" Récit d'un soldat américain en Opex », sur mywelkit.com,
  31. (en) « White flags and dropped rifles? The real truth about working with the French Army », sur breachbangclear.com,
  32. Le boycott dégainé contre la France - Libération, 15 avril 2003
  33. (en) Congress lashes out at 'old Europe' - BBC News, 12 février, 2003
  34. a et b (en) FOX's O'Reilly fabricated evidence of success of purported boycott - Media Matters for America, 28 avril 2004
  35. (en) Bill O'Reilly Boycotts Canada - YouTube [vidéo]
  36. (en) French Wine and the U.S. Boycott of 2003: Does Politics Really Affect Commerce? - Étude de Orley C. Ashenfelter de l'université de Princeton, Stephen Ciccarella de l'université Cornell, et Howard J. Shatz de RAND Corporation, mai 2007 [PDF]
  37. http://www.census.gov/foreign-trade/balance/c4279.html
  38. (en) Mon Dieu! The French Boycott, she iz working! - The Greatest Jeneration, 17 avril 2003
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Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]