Francophobie

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La francophobie aussi appelée Gallophobie, est une hostilité à l'encontre de la France, que ce soit son gouvernement, sa culture, son histoire, son peuple ou sa langue, mais aussi à l'encontre des francophones de façon générale. La francophobie recouvre sous un même vocable des réalités très différentes. Ainsi, ce sentiment a existé sous diverses formes et dans différents pays depuis l'existence de la France et/ou toutes la francophonie. Le terme « francophobie » peut également désigner l'hostilité vis-à-vis des francophones. Par exemple, en Belgique francophone, certains francophones, minoritaires, accusent les milieux indépendantistes flamands d'être « francophobes ». Le terme peut aussi désigner en France même, l'hostilité vis-à-vis de ceux perçus comme « Français de souche ».

Son antonyme est la francophilie.

Usage du terme[modifier | modifier le code]

Étant donné la longue histoire et les différents changements de statut international, la notion d'hostilité à l'égard de la France et de ses habitants est difficile à délimiter historiquement. Le terme « francophobie » correspond essentiellement au sentiment éprouvé au Royaume-Uni entre les XVIIe et XIXe siècles, période où cette hostilité a été la plus courante et la plus prononcée[réf. nécessaire], de même que la « francophilie » et les qualificatifs aujourd'hui archaïques de « gallophobie » et de « gallomanie ».

Francophobie dans le monde[modifier | modifier le code]

Allemagne[modifier | modifier le code]

La francophobie en Allemagne, accentuée par le sentiment de revanchisme, trouve son origine dans les guerres de Louis XIV, avec le Ravage du Palatinat en 1674. L'occupation par Napoléon au début du XIXe siècle ne fera qu'exacerber ce sentiment.

En fait le nationalisme allemand s'est créé par l'opposition à Napoléon et puis de la peur que la France cherche à définir le Rhin comme sa frontière. Ainsi est exprimé par August Heinrich Hoffmann von Fallersleben, dans ses poèmes et ses lettres, sa haine de la France, coupable d'avoir abattu le Saint-Empire romain germanique. De plus la trahison de nombreux nobles allemands en 1813, a suscité une grande germanophobie chez les Français[réf. nécessaire]. Ce sentiment s'est amplifié avec le long refus français de terminer la guerre de 1870, une série de défaites et la capture de l'empereur Napoléon III, popularisant l'expression Erbfeind (« ennemi héréditaire »), d'abord dans la presse.

Après la Première Guerre mondiale, le traité de Versailles et l'occupation de la Ruhr de 1923 créaient une francophobie générale en Allemagne, Adolf Hitler présentant la France, dans Mein Kampf, comme le principal ennemi à abattre en Europe.

Ce sentiment a considérablement diminué depuis le début des accords européens et la circulation des jeunes générations dans les deux pays, qui ne se sentent plus concernées par les querelles du passé. Dans l'ensemble des tendances politiques, l'entente franco-allemande est reconnue comme un impératif incontournable, autant qu'en France voire davantage. Par contre, la presse fait souvent preuve d'une virulente francophobie, notamment en employant de façon obsessionnelle l'expression Grande Nation, voire, en toute mauvaise foi, selbsternannte Grande Nation (« Grande nation autoproclamée »)[1] et en présentant régulièrement la France comme un pays arriéré qui s'efforce de vivre aux crochets de l'Allemagne. C'est singulièrement le cas de l'hebdomadaire Der Spiegel, qui affirme de cette façon son indépendance en brisant un tabou partagé par toute la classe politique.

Canada[modifier | modifier le code]

Une partie des Québécois manifestent par ailleurs une défiance vis-à-vis des Français, remontant à la perte par la France du Québec face aux Britanniques ; un ressentiment que l’expression « Maudits Français » illustre peut-être[2],[3],[4].

Espagne[modifier | modifier le code]

La francophobie en Espagne trouve ses racines dans l'émergence des nations européennes à la Renaissance[5]. Elle s'explique, d'abord, par le nombre considérable d'immigrés français pauvres à cette époque[6], qui suscitent mépris et méfiance[7].

L'énorme antagonisme politique et militaire qui oppose les deux pays, pendant les règnes de François Ier de France et de Henri II de France, exacerbe les sentiments nationalistes et xénophobes préexistants[8]. Au XVIIIe siècle, une forte propagande, véritable « cordon sanitaire idéologique » selon l'expression de Franck Lafage, fut organisée par l'Inquisition espagnole pour limiter l'impact des idées révolutionnaires françaises en Espagne[9], entretenant la francophobie espagnole, qui était encore bien ancrée, ainsi que le remarque en 1784 le comte de Floridablanca, alors ambassadeur espagnol à Paris[10].

Au XIXe siècle, Napoléon envahit l'Espagne par surprise en 1808 alors qu'elle était son alliée. À la suite d'une intense propagande[11] organisée, d'un côté, par le clergé espagnol et de l'autre par les Britanniques, essayant de profiter de la situation[12], la violence de cette invasion a été dénoncée par les intellectuels espagnols ; les tableaux Dos de Mayo et Tres de Mayo de Francisco de Goya en restent un témoignage particulièrement célèbre. À la fin de la guerre, à la suite de la restauration du pouvoir de Ferdinand VII d'Espagne, les intellectuels proches de la philosophie des Lumières (« ilustrados ») et, plus généralement, des mouvements intellectuels et de la culture français (« afrancesados ») ont été tenus à l'écart[13] ; c'est à cette période que la francophobie atteignit son paroxysme en Espagne. Elle faiblit peu jusqu'au début du XXe siècle, en raison des conséquences de cette guerre : en dévastant l'Espagne et ses armées, elle a permis aux colonies espagnoles de se révolter et de prendre leur indépendance, mettant ainsi un terme à l'Empire colonial espagnol et laissant le champ libre à la domination de l'Empire britannique et a été suivie de plus d'un siècle de crise politique et économique, empêchant l'industrialisation de l'Espagne jusqu'à la fin du XIXe siècle. La France et Napoléon ont perdu cette guerre et 300 000 Français. Napoléon a reconnu par la suite qu'il avait commis une grave erreur en lançant la campagne d'Espagne : « Cette malheureuse guerre m'a perdu ; toutes les circonstances de mes désastres se rattachent à ce nœud fatal. Elle a compliqué mes embarras, divisé mes forces, détruit ma moralité en Europe ».

En Catalogne, plus spécifiquement, la francophobie remonte également à la formation d'une identité nationale à l'Époque moderne[14], surtout lors des guerres de religion entre Français protestants et Espagnols catholiques et encore davantage à la fin du XVIIe siècle quand, à la fin de la guerre franco-espagnole, la signature du traité des Pyrénées entraîne l'annexion par la France de territoires espagnols jusqu'alors considérés avant tout comme catalans (comté de Roussillon, Vallespir, Conflent, Capcir et les bourgs et villages de l'est du comté de Cerdagne). La répétition des conflits en terre catalane et la présence de troupes françaises suscite une francophobie croissante, qui explique le rejet de Philippe V d'Espagne par les Catalans[15].

États-Unis[modifier | modifier le code]

Le sentiment francophobe aux États-Unis est présent parmi les élites intellectuelles depuis la Quasi-guerre. L'opposition de la France, avec la Russie et l'Allemagne, à la troisième guerre du Golfe, en 2003, a déclenché une hausse significative du sentiment francophobe aux États-Unis[16],[17],[18]. Ce qui est exceptionnel, dans cette période récente, c'est le degré avec lequel nombre de personnalités des médias et de politiciens se sont laissés aller à exprimer des sentiments francophobes. Depuis les années 1960, les comics dépeignent pratiquement tous les Français comme maladroits, idiots. Parmi les personnages de comics appartenant à cette catégorie, on peut citer : monsieur Mallah, André Le Blanc, madame Rouge et Brain. La version Ultimate de Captain America possède un sentiment anti-français[19]. Ceci est l'opposé de son homologue classique, qui a du respect pour les Français, ayant collaboré plusieurs fois avec la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale[20]. Dans les années 1990, les médias dominants américains présentent régulièrement la France comme archaïque et arrogante[21].

Suisse[modifier | modifier le code]

Elle apparaît notamment dans les régions frontalières où une partie de la population accuse les frontaliers français, qui formaient une communauté de 278 534 personnes en 2013 selon L'Expansion[22], de prendre le travail des habitants du pays[23], qu'ils soient Suisses ou étrangers bénéficiant d'un permis de travail et cela particulièrement dans le canton de Genève qui connait le plus fort taux de chômage de Suisse[24]. Les Français sont alors parfois appelés frouzes[25] ou shadoks[réf. souhaitée][26].

À Genève, le Mouvement citoyens genevois et l'Union démocratique du centre sont des partis politiques qui dénoncent l'« invasion » de frontaliers français[27],[28],[29] dont le nombre y atteint 68.900 à fin juin 2013[30].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Voir par ex. l'article de Sven Böll dans Der Spiegel, [1].
  2. Didier Lamaison, Discours sur l'universalité de la francophonie : de Rivarol à Charles Hélou, Paris, ACCT, (ISBN 978-92-9028-114-6), p. 146.
  3. Marie-Hélène Morot-Sir, Le Lys, la Rose et la feuille d’Erable, Paris, Publibook, (ISBN 978-2-7483-3494-4), p. 72.
  4. David Alcaud, André Malraux et le rayonnement culturel de la France, Bruxelles, Editions Complexe, , 443 p. (ISBN 978-2-8048-0005-5, lire en ligne), p. 195.
  5. Hugon 2004, chapitre II, « I - Francophobie et hispanophobie », p. 54-63.
  6. Hugon 2004 : Alain Hugon cite pour preuve, page 56, que la soupe des pauvres (« sopa boba ») est appelée « soupe française » (« sopa francesa »), comme on peut le constater au début de l'acte II de Juan de Dios y Antón Martín de Lope de Vega.
  7. Hugon 2004, page 56 : « Au dédain s'ajoutent les soupçons de trafic commercial, fraude, commerce interlope, contrebande, passage de livres hérétiques, faux-monnayage, etc. ».
  8. Hugon 2004, page 57.
  9. Franck Lafage, L'Espagne de la contre-révolution: Développement et déclin - XVIIe-XIXe siècles, L'Harmattan, 1993, p. 64.
  10. Franck Lafage, L'Espagne de la contre-révolution: Développement et déclin - XVIIe-XIXe siècles, L'Harmattan, 1993, p. 70.
  11. Lorblanchès 2007, « 3. Résistance des Espagnols », « 2 mai sanglant à Madrid », p. 83.
  12. Lorblanchès 2007, « 3. Résistance des Espagnols », « Xénophobie francophobe », p. 77.
  13. Lorblanchès 2007, p. 45.
  14. Christian Desplat, Les Villageois face à la guerre (XIVe-XVIIIe siècle), Presses Universitaires du Mirail, 2002, p. 239.
  15. Christian Desplat, Les Villageois face à la guerre (XIVe-XVIIIe siècle), Presses Universitaires du Mirail, 2002, p. 240.
  16. (en) Harvey Levenstein, We'll Always Have Paris: American Tourists in France since 1930, University of Chicago Press, 2004, p. 278.
  17. (en) Richard A. Higgott et Ivona Malbašić, The Political Consequences of Anti-Americanism, Taylor & Francis US, 2008, p. 199.
  18. (en) Thomas L. Ilgen, Decline Or Renewal: The Future of EU-US Relations, Ashgate Publishing, 2006, p. 180.
  19. The Ultimates #12 (novembre 2003).
  20. Captain America (vol. 5) #1-6 (janvier - juin 2005).
  21. Thomas Frank, « Cette impardonnable exception française », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le 23 avril 2018)
  22. L'Expansion 5.3.2014.
  23. « Les Français sont exclus de certains emplois en Suisse », sur lematin.ch/ (consulté le 25 mai 2015).
  24. Mathilde Damgé, Préférence cantonale et campagne contre les frontaliers à Genève, Le Monde.fr et AFP, 30 avril 2012.
  25. Mélanie Delattre, Qui veut économiser des millions ?, http://www.lepoint.fr, 2 août 2007 .
  26. « Frouze d'un jour, Frouze toujours ! - David Talerman - blog » (consulté le 25 mai 2015).
  27. « Genève : un tract appelle à brûler les maisons des frontaliers », Le Point.fr, 23 avril 2012, : « Depuis des années, le Mouvement citoyens genevois (MCG), le parti le plus à droite de l'échiquier politique local, s'en prend très régulièrement aux frontaliers ».
  28. « Genève : l'extrême droite poursuit son offensive contre les frontaliers », Le Point.fr, 24 mai 2012.
  29. Marie Prieur, « Une publicité de l’UDC choque. Et divise le parti », La Tribune de Genève, 6 octobre 2009.
  30. [Tribune de Genève 4.9.2013].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur l'Espagne :

Articles connexes[modifier | modifier le code]