Prieuré de Saint-Arnoult (Oise)

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Prieuré de Saint-Arnoult
Image illustrative de l'article Prieuré de Saint-Arnoult (Oise)
Présentation
Culte Catholique romain
Type prieuré
Début de la construction fin XVe siècle
Protection  Inscrit MH (1988) (partiellement)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Hauts-de-France
Département Oise
Ville Saint-Arnoult
Coordonnées 49° 37′ 53″ nord, 1° 49′ 22″ est

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Prieuré de Saint-Arnoult

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Prieuré de Saint-Arnoult
Le prieuré vers 1900.

Le prieuré de Saint-Arnoult est un prieuré situé à Saint-Arnoult dans l'Oise dans les Hauts-de-France, qui dépendit successivement des abbayes de Saint-Germer-de-Fly et de Beaubec en Normandie.

La rareté de cette architecture datant de la fin du Moyen Âge, en pan de bois et torchis, à double encorbellement, et la qualité de son décor sculpté, ont motivé l'inscription au titre des monuments historiques de ses façades et toitures, ainsi que des deux cheminées du rez-de-chaussée, par un arrêté du 30 mai 1988[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Le prieuré de Saint-Arnoult a tout d'abord dépendu de l'abbaye Saint-Germer-de-Fly. Ses origines sont attestées « dans les anciens titres authentiques conservés aux archives de l'hospice de Clermont  »[2].

Son histoire est très liée à la propagation du culte de Saint-Arnoult, au milieu du XIe siècle, dans le comté de Clermont[3]. Saint-Arnoult (latinisé en Sanctio Arnulfus en 1210) possédait une seigneurie qui relevait du canton de Clermont, « elle appartenait à la maison de Cany »[4]. L'abbaye Saint-Germer-de-Fly en fit l'acquisition[5].

Le culte de Saint-Arnoult[modifier | modifier le code]

Le toponyme de Saint-Arnoult fait référence à Saint-Arnoult-en-Yvelines. Ce saint, qui aurait été évêque de Tours[6], épousa Scariberge, la nièce de Clovis. Il mourut à Reims vers 533 et fut enterré à Saint-Arnoult-en-Yvelines, sur le chemin de Tours. Ses reliques furent l'objet d'un vol en 935 au profit de Crépy-en-Valois, où fut fondée une abbaye[7].

Au début de l'an mille, le culte de ce saint se propage et s'étend aux XIe et XIIe siècles, au nord de Paris et dans toute l’Île-de-France. À Clermont-en-Beauvaisis, une collégiale dédiée à Saint-Arnoult et à Notre-Dame est fondée par les seigneurs de Clermont (1023)[8]. Sous l'influence de Guibert de Nogent, ancien religieux de l'abbaye de Saint-Germer-de-Fly, le culte d'Arnoult d'Yvelines se développe en Beauvaisis.

Saint-Arnoult, Saint-Jacques-de-Compostelle, et les autres[modifier | modifier le code]

Du VIe siècle au XIe siècle, de nombreux pèlerinages voient le jour, célébrant une multitude de saints. Les reliques tiennent une place importante dans la société médiévale et leur culte se propage au long d'itinéraires très fréquentés, la popularité des uns influençant les autres[9].

La coquille Saint-Jacques, présente à plusieurs endroits sur la façade du prieuré de Saint-Arnoult, n'est pas sans rappeler le grand pèlerinage qui naît à l'aube du IXe siècle et atteint son apogée au XIVe siècle. Saint-Arnoult, dans l'Oise, se trouve sur un axe Boulogne-Chartres, emprunté par les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ceux-ci descendaient de Boulogne à Paris en direction de Tours, empruntant la Via Turonensis par Chartres et passaient par Saint-Arnoult-en-Yvelines[10]. À Tours, se trouvait également le tombeau de saint Martin dont le pèlerinage très important a influencé le culte d'Arnoul[11].

Saint-Arnoult et Beaubec[modifier | modifier le code]

Les abbés de Beaubec furent seigneurs, pour partie, de Saint-Arnoult. Un plan de 1751 conservé aux archives départementales de l'Oise, atteste le lien du prieuré de Saint-Arnoult avec cette abbaye dont il dépend alors. On y voit les bâtiments d'exploitation agricole disposés autour de la cour carrée ainsi que le logis seigneurial. Sont également signalés, les terres et les bois appartenant à l'abbaye[12].

Un blâme d'aveu, à l'initiative de Charles du Sauzet Du Mas, dernier abbé régulier de Beaubec, est déposé en 1746, par devant les notaires royaux au bailliage d'Amiens, résidant à Grandvilliers[13].

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Une exploitation agricole[modifier | modifier le code]

Au cours de son histoire, le prieuré va prendre le statut de simple exploitation agricole. C'est probablement ce qui lui permettra de se conserver jusqu'à nous, tant bien que mal, malgré quelques vicissitudes[14]. En 1976, un incendie détruira un grand nombre des bâtiments, épargnant toutefois le logis du XVe siècle.

À la fin du XIXe siècle, le comte Louis Antoine Ferrand et son frère, le vicomte Ferrand demeurant ensemble au château de la Bernardière, commune de Tessonnière (Deux-Sèvres), en sont propriétaires indivis. Par adjudication, le prieuré est vendu le 30 janvier 1898, avec ses terres, à la famille Lenoir, apparentée à la famille de Boufflers[15].

Donnée en bail à plusieurs générations de fermiers, la propriété reste dans cette famille jusqu'en 1982, date à laquelle, elle est vendue à Gilles et Nelly Alglave. Elle devient la résidence familiale de ses nouveaux propriétaires qui entreprennent la restauration du site. Le prieuré fait l'objet d'une inscription partielle au titre des monuments historiques depuis 1988 et est ouvert à la visite.

Architecture[modifier | modifier le code]

Une ossature à bois courts[modifier | modifier le code]

La façade du prieuré, telle qu'elle se présente aujourd'hui, est l'expression de l'évolution de l'art de la charpenterie au cours de l'histoire. La partie la plus ancienne, le corps de logis, utilise une technique d'assemblage à bois courts. Elle présente deux niveaux d'encorbellement sur sommiers et un comble à surcroît. Les colombes se succèdent suivant le rythme du « tant plein que vide » caractéristique de l'époque[16]. L'utilisation du chêne à cœur et la puissance de l'ossature révèlent, qu'au sortir de la guerre de Cent Ans, le bois d'œuvre abonde et sa qualité est maximum[17]. Le hourdis est en torchis protégé par un enduit de chaux aérienne. Grâce à une exposition à l'est de la façade et au surplomb important des encorbellements, les sculptures présentes sur les sablières et les entretoises, se trouvant à l'abri des eaux de ruissellement, sont dans un excellent état de conservation.

Les deux appentis sont des adjonctions de la fin du XVIIIe siècle[18]. À cette époque, en Picardie, la technique de construction en pan de bois évolue vers une économie de moyens caractéristique de la marque paysanne, lisible sur ces ajouts[19]. Le pan de bois n'est plus destiné à être montré et est protégé par l'enduit qui le cache[20]. En observant le corps de logis, on remarque qu'il a été amputé d'un certain nombre de travées : la bâtisse originelle devait se prolonger de quelques travées vers la droite.

Un décor symbolique[modifier | modifier le code]

Les éléments du décor appartiennent au vocabulaire symbolique du Moyen Âge et sont empruntés aux règnes animal, végétal et humain. Roses, coquilles, chêne, paons, poissons, serpents et dragons alternent avec des personnages à visage humain à côté d'autres animaux tels un singe et des chiens. Les abouts des sommiers portent encore des traces de visages fort érodés mais dont on distingue encore les coiffes. Sur une des poutres, une alternance de roses sculptées en positif et en négatif, et de coquilles offrant une face convexe et une face concave, attire l'attention : ce type de décor est fréquent sur les monuments des itinéraires menant vers Compostelle.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice no PA00114851, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. Dom L. H. Cottineau, Bénédictin de l'abbaye de Farnborough-II, Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés, Protat frères éditeurs, Mâcon, 1939, p. 2598.
  3. M. J. et J. C. Houssinot, Saint-Arnoult, son histoire, son culte, ses légendes, ses homonymes et ses mystères…, Les éditions de La Tour Gile, (ISBN 2-87802-400-1), p. 334.
  4. Louis Graves, Précis statistique sur le canton de Formerie, arrondissement de Beauvais (Oise), Beauvais, Achille Desjardins, , 120 p. (lire en ligne), p. 67-38.
  5. Compte rendu et mémoires de la Société historique et archéologique de Clermont-en-Beauvaisis, Tome XXXIV, années 1983-1987, p. 52.[réf. incomplète]
  6. Dans la liste des évêques de Tours d'après Grégoire de Tours, cet évêque n'est pas mentionné : voir les explications de J. C. Houssinot, dans l'ouvrage déjà cité, Saint-Arnoul, pp. 39 à 47.
  7. Pour un récit complet de La Translatio Sancti Arnulphi écrite au Xe siècle, cf. M. J. et J. C. Houssinot, Saint-Arnoult, op. cit., p. 123 à 129.
  8. Mémoire de maîtrise d’Emmanuelle Depaty, sous la direction de M. G. Jehel et M. Racinet, La Collégiale Notre-Dame de Clermont-en-Beauvaisis et de Saint Arnoul, Université de Picardie, 1998.
  9. Houssinot, Saint-Arnoul, Société historique et archéologique de Saint-Arnoult-en-Yvelines, pp. 118 à 121.
  10. Ibidem, p. 118.
  11. Dans les Yvelines, l'oratoire de Saint-Arnoult est sur l'itinéraire qui mène au tombeau de saint Martin, à Tours.
  12. Plan de la terre de Beaubec, en 1751, sur le territoire de Saint-Arnoult, série des plans, réf. D19 327, Archives départementales de l'Oise.
  13. Archives de Rouen, série 2H 486.
  14. Rappelons que l'abbaye de Fontevraud, reconvertie en établissement pénitentiaire au XIXe siècle, est, aujourd'hui, un site cistercien des mieux conservés.
  15. Procès verbal d'adjudication conservé au Bureau des hypothèques de Beauvais, volume 3344, n° 23.
  16. Les colombes ont autant d'épaisseur que le hourdis de terre.
  17. Pendant la longue période de la guerre de Cent Ans, les chênes prospèreront à loisir dans les forêts ; la paix retrouvée, ils fourniront aux charpentiers une matière d'œuvre inégalée par la suite.
  18. L'un deux contient une cheminée et sa plaque d'époque Louis XVI.
  19. Sur la partie visible du pan de bois, certaines colombes sont du réemploi et leur rythme ne suit plus le principe du « tant plein que vide » : il s'agit d'une restauration paysanne.
  20. A. et R. Bayard, Les Maisons paysannes de l'Oise, les connaître pour bien les restaurer, éd. Eyrolles, (ISBN 978-2-212-12124-7), réédition 2007.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Lescroart et Régis Faucon, Manoirs du Pays d'Auge, Paris, Mengès, , 399 p. (ISBN 2-8562-0358-2)
  • Raymond Quenedey, Auguste Vincent et Yves Lescroart, L'Architecture à pans de bois en Normandie : Documents d'architecture civile, Varzy, les Provinciades, , 142 p. (ISBN 2-903396-03-5)
  • Michel Pastoureau, Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental, Paris, Seuil, coll. « La librairie du XXe siècle », , 436 p. (ISBN 2-02-013611-2)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]