Pedro Castillo

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Pedro Castillo
Illustration.
Pedro Castillo en 2020.
Fonctions
Président de la République du Pérou
(élu)
En attente d'investiture –
Élection 6 juin 2021
Vice-président Dina Boluarte
Prédécesseur Francisco Sagasti
Biographie
Nom de naissance José Pedro Castillo Terrones
Date de naissance (51 ans)
Lieu de naissance Puña (province de Chota, Pérou)
Nationalité Péruvienne
Parti politique PP (2002-2017)
Conjoint Lillia Paredes
Diplômé de Université César Vallejo
Profession Instituteur

Signature de Pedro Castillo

José Pedro Castillo Terrones, né le à Puña (province de Chota, département de Cajamarca), est un instituteur, syndicaliste et homme d'État péruvien. Il doit devenir président de la République du Pérou le .

En 2017, il est l'un des meneurs d'une grève nationale d'enseignants qui dure près de trois mois. Candidat de Pérou libre, parti de gauche radicale dont il n'est cependant pas membre, à l'élection présidentielle de 2021, il est élu avec 50,12 % des suffrages exprimés au second tour face à Keiko Fujimori.

Situation personnelle[modifier | modifier le code]

José Pedro Castillo Terrones est issu d'une famille paysanne pauvre, avec deux parents illettrés[1]. Il est le troisième d'une famille de neuf enfants[2].

Pendant son adolescence, Pedro Castillo milite au sein d’une organisation paysanne de son village natal de Puña. Il se définit comme un « rondero », du nom des groupes de paysans instaurés dans les années 1970 afin de lutter contre le vol de bétail au nord du pays ; par la suite développées pour faire face aux milices du Sentier lumineux, ces structures font souvent office de référence dans les zones rurales[3].

À partir de 1995, il travaille comme instituteur à Puña. Il est titulaire d'une maîtrise en psychopédagogie de l'université César Vallejo[4].

Il est marié à Lilia Paredes Navarro, une enseignante également d'origine paysanne, et père de trois enfants[5],[6].

Engagement syndical[modifier | modifier le code]

Alors qu'il enseigne dans l’une des régions les plus pauvres du Pérou, où ses élèves sont souvent sujets à la sous-nutrition, Pedro Castillo décide de s'engager dans la lutte syndicale pour que l'éducation en milieu rural soit mieux soutenue par les autorités[7].

Il acquiert une notoriété nationale en 2017, lorsqu'il conduit une grève suivie pendant près de trois mois, avec un pic à plus de 200 000 enseignants pour obtenir une augmentation du budget de l'éducation[7]. Fragilisant le président de la République, le libéral Pedro Pablo Kuczynski, le mouvement obtient partiellement gain de cause, avec notamment des hausses de salaire[8],[9].

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

En 2002, Pedro Castillo se présente sous les couleurs du parti de centre gauche Pérou possible (PP) pour devenir maire d’Anguía, mais il est battu[10]. À partir de 2005, il est l’un des principaux militants de Pérou possible dans la région de Cajamarca ; il reste membre du parti jusqu’à sa dissolution en 2017, à la suite de mauvais résultats électoraux[11].

Élection présidentielle de 2021[modifier | modifier le code]

Pedro Castillo est choisi par une assemblée nationale des représentants des professeurs pour être leur candidat à l'élection présidentielle de 2021[7]. Approché par plusieurs partis, il choisit en 2020 la formation de gauche radicale, marxiste-léniniste, Pérou libre (PL)[12], afin de pouvoir officialiser sa candidature ; il n'est cependant pas membre du parti et indique ne pas être marxiste[13].

Comme colistiers pour la vice-présidence, Pedro Castillo désigne Dina Boluarte et Vladimir Cerrón. Secrétaire général de Pérou libre, ce dernier est condamné en 2019 à plus de quatre ans de prison pour corruption, une situation qui conduit à l'invalidation de sa candidature[14],[15]. Si Pedro Castillo essaie par la suite de s'en dissocier, l'influence de Cerrón et l'hypothèse de son entrée au gouvernement en cas de victoire reviennent régulièrement dans le débat[16],[17].

S'exprimant moins dans les médias que ses adversaires, Pedro Castillo fait campagne pour une réforme constitutionnelle, une restructuration du système des retraites et la nationalisation de l'industrie du gaz[17],[18],[19]. Son programme s'appuie sur trois thématiques principales : la santé, l'éducation et l'agriculture, qu'il compte renforcer pour stimuler le développement du pays[20].

Bulletin de vote du second tour de l'élection présidentielle ().

À la surprise générale, il arrive en tête du premier tour, avec 18,9 % des suffrages exprimés, réalisant ses meilleurs scores dans les régions rurales et pauvres[21],[22]. Outre ses performances lors des débats télévisés et son discours sur les inégalités sociales, il pourrait avoir bénéficié d'une image de probité puisqu'il fait partie des huit candidats (sur dix-huit) à n’être cité dans aucune affaire dans un pays où la corruption politique est importante[8],[23]. Sa candidature rencontre en revanche l'hostilité des milieux d'affaires et de la plupart des médias péruviens[12],[24].

Au second tour, il affronte la populiste de droite Keiko Fujimori, fille de l'ancien président autoritaire Alberto Fujimori, emprisonné pour crimes contre l'humanité et corruption. Alors que la monnaie nationale, le sol, tombe à un niveau historiquement bas face au dollar à quelques jours du second tour, le Financial Times indique que l'élite péruvienne s'inquiète de la perspective d'une victoire de Pedro Castillo et que les plus grandes fortunes cherchent à transférer leurs économies à l'étranger et à les convertir en dollars[17].

À l’issue de dix jours d’incertitudes, il est donné vainqueur par les résultats définitifs avec seulement 50,12 % des suffrages exprimés, soit 44 000 voix d’avance sur près de 19 millions de votants[25]. Son adversaire refuse cependant de reconnaitre le résultat des élections. Plusieurs centaines d'officiers à la retraite signent une lettre appelant l'armée à empêcher l'investiture de Pedro Castillo[26].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Questions économiques et sociales[modifier | modifier le code]

Pedro Castillo est classé à gauche ou à l'extrême gauche sur l'économie et la politique étrangère. Il tient un discours socialiste et populiste, réclamant en particulier de fortes hausses des budgets de l'éducation et de la santé. Cependant, il s'engage à défendre les intérêts des entreprises privées péruviennes[23].

Sujets sociétaux[modifier | modifier le code]

Catholique conservateur, il est considéré comme de droite sur les questions sociétales[27]. Il exprime son opposition à la légalisation de l'avortement, au mariage homosexuel, à l'euthanasie ainsi qu'à « l'approche de l'égalité des sexes » dans l’éducation[28]. Il se prononce également pour le retrait du Pérou de la Convention américaine relative aux droits de l'homme afin de pouvoir rétablir la peine de mort dans le pays[29]. Il promet également de gracier Antauro Humala, un militaire ethnocacériste emprisonné à la suite d'un soulèvement armé conduit en 2005 pour renverser le pouvoir en place (Andahuaylazo) et pour lequel il est reconnu coupable du meurtre de policiers (quatre policiers et deux rebelles étant tués)[30].

Il propose aux Péruviens une expérience culturelle qui serait semblable à une révolution, avec des normes de consommation devant améliorer leurs « habitudes décentes » (buenas costumbres)[31][source insuffisante].

Hostile à l'immigration, il promet en 2021 d'expulser sans délai les migrants illégaux qui commettraient des crimes au Pérou[8],[32]. Il défend l'idée que la société civile doit pouvoir s'armer et appelle à étendre le modèle de « justice à la rondera » à tout le Pérou[3],[31]. Il propose également de transformer les prisons en ateliers dans lesquels les détenus travailleraient pour assumer leur entretien[33].

Institutions[modifier | modifier le code]

Il propose de faire élire une Assemblée constituante pour remplacer la Constitution de 1993, héritée du régime d'Alberto Fujimori, le texte étant selon lui excessivement favorable à l'économie de marché[8],[34]. Il indique qu'il dissoudra la Cour constitutionnelle si celle-ci s’oppose à son projet de changement de Constitution[32].

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

Les analystes comparent parfois Pedro Castillo à Evo Morales, ancien président de la Bolivie[35]. Il considère que le régime dirigé par Nicolás Maduro au Venezuela constitue un gouvernement démocratique et non une dictature, et estime qu'il revient aux Vénézuéliens eux-mêmes de résoudre les problèmes de leur pays, sans ingérence étrangère ; ce soutien au régime de Maduro est minoritaire au sein de la gauche péruvienne[8],[36].

Relations avec le Movadef[modifier | modifier le code]

Pendant la grève des enseignants de 2017, il est accusé par le ministre de l'Intérieur Carlos Basombrio d'être lié au Movadef (Mouvement pour l'amnistie et les droits fondamentaux), généralement considéré comme la branche politique du Sentier lumineux et comme terroriste par le gouvernement péruvien[37],[38]. Il participe en 2020 à des réunions virtuelles avec des membres de l'organisation pour évoquer son expérience syndicale[39]. Lui-même dément cependant avoir des liens avec le Movadef et indique avoir appartenu à une ronde paysanne visant à empêcher les incursions de la guérilla dans les villages[27],[34].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Bougon, « Présidentielle : au Pérou, un maître d’école défie l’héritière de l’autocrate Fujimori », sur mediapart.fr, (consulté le 5 juin 2021).
  2. (en) Franklin Briceño et Regina Garcia Cano, « Students’ struggles pushed Peru teacher to run for president », sur apnews.com, (consulté le 6 juin 2021).
  3. a et b Pablo Stefanoni, « Qui a peur de Pedro Castillo ? », sur alencontre.org, (consulté le 14 juin 2021).
  4. (es) « Quién es Pedro Castillo, el candidato de izquierda y maestro de escuela que fue la sorpresa en las elecciones en Perú », sur infobae.com, (consulté le 12 avril 2021).
  5. (es) « Pedro Castillo, un candidato sorpresa que canaliza el malestar de los pobres en Perú », sur larepublica.co, (consulté le 9 juin 2021).
  6. (es) « Lilia Paredes Navarro, esposa Pedro Castillo, podría ser la primera dama de la nación », sur caretas.pe, (consulté le 9 juin 2021).
  7. a b et c « Pérou : Pedro Castillo, de la campagne andine au second tour de la présidentielle », sur rfi.fr, (consulté le 5 juin 2021).
  8. a b c d et e « Présidentielle au Pérou: le novice Pedro Castillo et l'expérimentée Keiko Fujimori », sur lexpress.fr, (consulté le 13 avril 2021).
  9. (es) « Maestro rural Pedro Castillo, candidato sorpresa en Perú », sur prensa-latina.cu, (consulté le 12 avril 2021).
  10. (es) « Elecciones 2021: Pedro Castillo, el dirigente magisterial que busca hacerse un lugar desde la izquierda », sur rpp.pe, (consulté le 6 juin 2021).
  11. (es) « Elecciones 2021: Conoce a Pedro Castillo, candidato a la presidencia por Perú Libre », sur canaln.pe, (consulté le 6 juin 2021).
  12. a et b « Pedro Castillo, un marxiste-léniniste aux portes du pouvoir au Pérou », sur lexpress.fr, (consulté le 5 juin 2021).
  13. « Présidentielle au Pérou : l'instituteur Pedro Castillo, candidat des pauvres, peut-il l'emporter ? », sur francais.rt.com, (consulté le 6 juin 2021).
  14. (es) « Vladimir Cerrón es condenado a 4 años y 8 meses de prisión efectiva », sur larepublica.pe, (consulté le 6 juin 2021).
  15. (es) Ana Bazo Reisman, « Fact-checking: Pedro Castillo sobre la sentencia de Vladimir Cerrón, líder del partido Perú Libre », sur elcomercio.pe, (consulté le 6 juin 2021).
  16. (es) René Zubieta Pacco, « Vladimir Cerrón organiza actividades finales de Castillo en la capital », sur elcomercio.pe, (consulté le 6 juin 2021).
  17. a b et c (en) Michael Stott, « Peru’s elite in panic at prospect of hard-left victory in presidential election », sur ft.com, (consulté le 6 juin 2021).
  18. (es) « Maestro rural Pedro Castillo, candidato sorpresa en Perú », sur prensa-latina.cu, (consulté le 12 avril 2021).
  19. (de) « Linksgerichteter Kandidat Pedro Castillo liegt überraschend vorn », sur tagesspiegel.de, (consulté le 12 avril 2021).
  20. « Programme radical et débutant en politique: Pedro Castillo sera-t-il le futur président du Pérou ? », sur lalibre.be, (consulté le 13 avril 2021).
  21. (es) Inés Santaeulalia, Jacqueline Fowks, « Perú se encamina a una lucha por la presidencia entre el radical Pedro Castillo y Keiko Fujimori », sur elpais.com, (consulté le 13 avril 2021).
  22. (es) « Elecciones Generales y Parlamento Andino 2021 », sur eleccionesgenerales2021.pe (consulté le 2 mai 2021).
  23. a et b (es) « Pedro Castillo: perfil del candidato presidencial de Perú Libre », sur larepublica.pe, (consulté le 13 avril 2021).
  24. « Au Pérou, la droite fait bloc pour contrer le « communiste » Castillo », sur lemonde.fr, (consulté le 5 juin 2021).
  25. (es) « Presentación de resultados - segunda elección presidencial 2021 », sur resultadossep.eleccionesgenerales2021.pe (consulté le 15 juin 2021).
  26. « Élection au Pérou: le président par intérim critique une lettre d'ex-militaires », sur Le Figaro,
  27. a et b (es) « Quién es Pedro Castillo, el líder de izquierda que puede llegar a la presidencia de Perú », sur semana.com, (consulté le 5 juin 2021).
  28. (es) « Pedro Castillo está en contra del enfoque de género en el currículo escolar », sur gestion.pe, (consulté le 12 avril 2021).
  29. (en) « Castillo and Fujimori, rivals vying for Peru's presidency », sur france24.com, (consulté le 6 juin 2021).
  30. (es) « Pedro Castillo asegura que indultará a Antauro Humala si es elegido presidente », sur gestion.pe, (consulté le 6 juin 2021).
  31. a et b (en) Javier Puente, « Who is Peru’s Frontrunner Pedro Castillo? », sur nacla.org, (consulté le 6 juin 2021).
  32. a et b « Le Pérou se lamente sur les résultats du premier tour de la présidentielle », sur franceculture.fr, (consulté le 17 avril 2021).
  33. (es) « Pedro Castillo plantea convertir las cárceles en talleres donde los reos trabajen por su alimentación », sur gestion.pe, (consulté le 16 avril 2021).
  34. a et b (es) « ¿Quién es Pedro Castillo? La gran sorpresa de la elección en Perú », sur pagina12.com.ar, (consulté le 13 avril 2021).
  35. (es) « Evo Morales es el padrino del candidato Pedro Castillo », sur expreso.com.pe, (consulté le 13 avril 2021).
  36. (es) « Pedro Castillo: "Venezuela no es una dictadura" », sur peruhoy.pe, (consulté le 12 avril 2021).
  37. (es) « Pedro era el lobo (y casi nadie lo cree), por Carlos Basombrío », sur elcomercio.pe, (consulté le 14 avril 2021).
  38. (es) « Castillo and Fujimori, rivals vying for Peru's presidency », sur batimes.com.ar, (consulté le 16 avril 2021).
  39. (es) « Sendero organiza reuniones virtuales durante pandemia », sur peru21.pe, (consulté le 12 avril 2021).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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