Société des mines et fonderies de zinc de la Vieille-Montagne

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Blason utilisé jusqu'en 1972.

La Société des mines et fonderies de zinc de la Vieille-Montagne est une entreprise d'origine liégeoise productrice de zinc fondée en 1837 et dont le siège d'exploitation était à Angleur. Elle a pour origine un procédé inventé par Jean-Jacques Dony au début du XIXe siècle. Le nom provient de Vieille-Montagne (en allemand Altenberg), un lieu-dit sur la commune de La Calamine, où elle exploitait une riche mine de carbonate de zinc. La société fait actuellement partie du groupe Umicore.

Historique[modifier | modifier le code]

Le siège historique de la Vieille Montagne à Moresnet

Sous le régime français, le , un décret impérial concède la mine de Moresnet au 'chimiste' liégeois, Jean-Jacques Dony pour 50 ans[1], avec obligation de prouver qu'il est capable de produire du zinc à l'état métallique. Il ouvre une usine dans le faubourg Saint-Léonard à Liège le et fait la démonstration de son procédé devant le Préfet du département de l'Ourthe le . Celui-ci ne peut que constater l'authenticité du procédé et un brevet de 15 ans lui est accordé par décret impérial, le [2],[3],[4]. Dony est donc parvenu à produire un métal malléable, résistant à la corrosion, facilement laminable et d'un prix modique. En 1811, à titre promotionnel, il couvre l'église Saint-Barthélemy d'une toiture en zinc, une première pour la Belgique. Il ne lui trouve hélas pas de débouchés et connaît des ennuis financiers. En 1813, il s'associe avec plusieurs personnes dont Francois-Dominique Mosselman à qui, complètement ruiné, il abandonnera l'entreprise en 1818.

À la suite des défaites de Napoléon, l'Europe est redécoupée lors du Congrès de Vienne en 1814-1815. Les négociateurs ne parvenant pas à se mettre d'accord sur le sort du riche gisement de zinc, un minuscule territoire indépendant est créé : le Moresnet neutre. Et François-Dominique Mosselman, négociant bruxellois à l'époque du Royaume uni des Pays-Bas, qui vivait à Paris connaît quelques difficultés pour jouir de son bien, convoité par les Prussiens. Les choses ne s'éclairciront pour lui qu'à l'indépendance de la Belgique en 1830.

Usine Vieille-Montagne le long de l'Ourthe à Angleur

En 1835, Alfred Mosselman fait l'acquisition, à Angleur, le long de l'Ourthe, d'un terrain pour y construire une usine à zinc, des bureaux et une maison. En 1837, avec ses enfants et la Banque de Belgique, il crée la société anonyme : Société des Mines et Fonderies de zinc de la Vieille Montagne. Trois sites de production sont actifs : Moresnet, Saint-Léonard et Angleur. Le zinc est laminé à Tilff, facilement accessible via le canal de l'Ourthe et à Bray, en France. La production s'élève à 1 833 tonnes. Vieille Montagne est le seul producteur de zinc du pays.

En 1846, Louis-Alexandre Saint-Paul de Sinçay prend la direction des opérations en Belgique et entreprend une politique de croissance. De 5 941 tonnes en 1845, la production atteint 18 000 tonnes en 1855. En 1846, V-M s'associe à la Houillère Valentin et Cocq réunis, alors en difficulté, et installe une fonderie de zinc à Hollogne-aux-Pierres. En 1872, Valentin-Cocq (et l'annexe Colliados) fournissent la totalité du blanc de zinc Vieille-Montagne. En 1912, avec une production de 40 000 tonnes, c'est l'usine à zinc la plus importante du monde. Le site ne sera définitivement abandonné qu'en 1982.

Entrée de l’usine de Flône de la sté américaine La Vieille Montagne.

La concurrence, aussi, s'installe. À Corphalie[5], la Nouvelle-Montagne à Engis et Prayon, la Grande-Montagne à Flône mais aussi à Ampsin/Antheit (de Laminne). Dès 1852, la Grande-Montagne de Flône rejoint la Vieille-Montagne.

En 1857, commence l'exploitation d'une riche mine (polymétallique) de blende en Suède, à Åmmeberg (Zinkgruvan (en)). V-M construisit une ligne de chemin de fer de 11 kilomètres pour transporter le minerai jusqu'au port de Åmmeberg et en fit une des mines souterraines les plus vastes d'Europe. Vieille-Montagne l'exploita jusqu'en 1995, date à laquelle elle fut vendue à un groupe minier australien. Depuis 2004, elle est exploitée par Lundin Mining Corporation et on ne prévoit pas son épuisement avant 2020[6].

On découvre des gisements dans le bassin méditerranéen. Devant la crainte de voir le centre de gravité de l'industrie du zinc se déplacer vers le sud, Vieille-Montagne acquiert, en 1871, l'usine de Viviez, dans l'Aveyron. Celle-ci jouera un rôle important lors de la première Guerre mondiale pour l'approvisionnement en zinc de haute qualité, nécessaire au laiton entrant dans la fabrication des munitions ainsi que dans la production d'acides sulfurique et nitrique pour la production d'explosifs. En 1922, Viviez sera la première usine de zinc électrolytique sur le continent. Vieille-Montagne a construit le barrage de Thuriès sur le Viaur pour en assurer l'alimentation en électricité[7].

L'usine de Balen/Wezel est créée le long du canal de Campine en 1889 pour traiter les minerais sulfurés (blende) en provenance de Åmmeberg et prend rapidemenent une grande importance. Elle produit également d'autres métaux qui sont associés au zinc comme le plomb, l'argent. Les deux secteurs sont liés car on trouve beaucoup de plomb dans les mines et les minerais de zinc[8]. D'autres groupes belges s'inspirent du succès de l'usine en coentreprise entre Metallgesellschaft et Degussa à Hoboken, implantée en 1887 près d'Anvers, qui est devenue leader du plomb en Europe. Cette usine est passée de 32 000 tonnes par an de production en 1994[9] à 400 000 tonnes en 1902[9], et elle suscite des convoitises. Beaucoup de grands groupes belges spécialistes du zinc investissent alors dans des opérations permettant d'utiliser les résidus de ce métal pour en obtenir du plomb[10]. Parmi les groupes belges spécialistes du zinc qui investissent dans le plomb, on compte aussi la Société Austro Belge, premier producteur de zinc du pays[9]. En 1911, la Belgique est capable d'exporter 48 000 tonnes de plomb par an alors qu'elle n'en produisait que 17 000 tonnes, presque trois fois moins, en 1902[9].

En Sardaigne, Vieille-Montagne exploite des mines dans la région d'Iglesias et utilise un système ingénieux pour charger le minerai à bord de bateaux : Porto-Flavia (du nom de la fille aînée du directeur technique, Cesare Vecelli). De grands silos furent taillés dans la roche. Approvisionné par une galerie supérieure, le bas des trémies donnait sur une bande transporteuse dont l'extrémité, articulée, menait le minerai dans les navires au pied de la falaise. Construit en 1924, ce site est exploité aujourd'hui touristiquement[11],[12]. Ce gîte de calamine avait été étudié pour Vieille-Montagne par Edmond Fuchs en 1869[13].


Administrateurs[modifier | modifier le code]

Rôle social[modifier | modifier le code]

La société de la Vieille-Montagne a créé diverses institutions en faveur de ses ouvriers, leur permettant ainsi d’améliorer leur position sociale et de devenir parfois propriétaires : caisse des ouvriers (caisse de secours (1847) et caisse de prévoyance), caisse d’épargne, dons de la société, vente d’habitation à prix coûtant (1860), fourniture d’aliments à prix réduit, création d’une école gratuite et obligatoire pour les enfants d’ouvriers, création de sociétés d’harmonie et de chant, d’archers et de carabiniers, organisation de fêtes spéciales aux jours de kermesse, une maison de retraite pour les pensionnés et les orphelines à Cointe en 1892[14].

On trouve également ce genre d'institutions, à la même époque, à quelques kilomètres de là, aux Cristalleries du Val-Saint-Lambert.

Évolution du nom de la société[modifier | modifier le code]

  • 1837, Société des Mines et Fonderies de Zinc de la Vieille-Montagne
  • , ACEC-Union Minière (après absorption-fusion avec Métallurgie Hoboken-Overpelt (MHO), Vieille-Montagne (VM) et Mechim par ACEC-Union Minière (Annexe Moniteur - 900127.70)
  • , Union Minière (changement de dénomination; Annexe Moniteur - 920616-316)
  • , Umicore (changement de dénomination; Annexe Moniteur - 20010927-233)

Établissements[modifier | modifier le code]

site années activités coordonnées
Angleur 1837- Direction, laboratoires, fours, laminoirs, poussière de zinc 50° 36′ 36″ N, 5° 36′ 45″ E
Moresnet/La Calamine 1806-1880 Mine fondatrice 50° 43′ 49″ N, 6° 00′ 48″ E
Liège/Saint-Léonard 1809-1880 premiers établissements de Jean-Jacques Dony (école en 1906) 50° 39′ 01″ N, 5° 35′ 29″ E
Tilff 183?-19?? Laminoirs 50° 34′ 12″ N, 5° 35′ 18″ E
Flône 1853- fours ?? 50° 33′ 15″ N, 5° 19′ 56″ E
Grâce-Hollogne 1846-1982 (Valentin-Cocq) blanc de zinc 50° 37′ 39″ N, 5° 28′ 44″ E
Balen-Wezel 1889- Grillage, plomb, argent, H2SO4, germanium 51° 12′ 02″ N, 5° 14′ 47″ E
Bensberg 1853- mines (+Silbersand)
Åmmeberg 1857- (Zinkgruvan), Mine (blende) 58° 48′ 47″ N, 15° 06′ 28″ E
Creil 1915-1992 Fonderie de zinc (site détruit) 49° 15′ 27″ N, 2° 27′ 47″ E
Levallois-Perret Usine à blanc de zinc
Bray-et-Lû Laminoirs à zinc, ateliers de zinguerie
Dangu 1884- Laminoirs
Hautmont 1887- Laminoirs à zinc, ateliers de zinguerie
Port-de-Bouc Grillage des blendes, acide sulfurique
Saint-Félix-de-Pallières 1915- Mines du Gard : Mines de zinc et de plomb
Viviez 1871- zinc électrolytique 44° 33′ 26″ N, 2° 13′ 12″ E
Penchot 1871- laminoirs 44° 35′ 16″ N, 2° 12′ 08″ E
Pampelonne 1922- Barrage de Thuriès 44° 07′ 25″ N, 2° 15′ 20″ E
Calais 1975- grillage de minerais
Auby 1985- usine à zinc
Iglesias 1865- Mine 39° 20′ 00″ N, 8° 25′ 30″ E
Porto-Flavia 1924- chargement des navires 39° 20′ 11″ N, 8° 24′ 29″ E
Bergame 1899- Mines de zinc et de plomb 45° 52′ 06″ N, 9° 49′ 23″ E
Ouarsenis Mines de zinc et de plomb (? Hammam (1871))
Djebba (Tunisie) Mines de galène
Nenthead Mines de zinc et de plomb 54° 47′ 02″ N, 2° 20′ 14″ O

Album[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • ouvrage collectif, Vieille Montagne dans Le patrimoine industriel de Wallonie, 1994, (ISBN 2-8711-4113-4)
  • Christine Wirtgen-Bernard et Michel Dussart, Visages industriels d'hier et d'aujourd'hui en pays de Liège, ed. Pierre Mardaga, 1981, (ISBN 2-8021-0032-7)
  • E. Flavien, Mines et fondries de zinc de la Vieille-Montagne dans Les grandes Usines de Turgan, 1882 (sur CNAM)
  • René Brion, Jean-Louis Moreau, De la mine à Mars, Lannoo, 2006, (ISBN 9-0209-6656-1)
  • Vieille-Montagne 1837-1937, plaquette du centenaire
  • Vieille-Montagne 1837-1962, plaquette du 125e anniversaire

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. J.B. Duvergier, « Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlemens (XV - p.315) », Google Books (consulté le 13 septembre 2008)
  2. J.B. Duvergier, « Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlemens (XVII - p.9) », Google Books (consulté le 13 septembre 2008)
  3. « Archives des découvertes et des inventions nouvelles ... 1810 (p.427) », Google Books (consulté le 13 septembre 2008)
  4. En remerciement, Dony offre à l'empereur une 'baignoire de campagne' (en zinc). Elle est exposée à la Maison de la métallurgie à Liège.
  5. À auteur du tunnel de chemin de fer et du port de yacht, en face de la centrale.
  6. (en) « Zinkgruvan », infomine.com (consulté le 11 octobre 2008)
  7. « Vallée du Viaur », mairie-salvetat-peyrales (consulté le 16 octobre 2008)
  8. René Brion et Jean-Louis Moreau, De la Mine a Mars, Tielt, Lannoo Uitgeverij, , 471 p. (ISBN 9789020966565, lire en ligne), p. 55
  9. a b c et d René Brion Jean-Louis Moreau, p. 48
  10. René Brion Jean-Louis Moreau, p. 56
  11. « Patrimoine Industriel Entre Terre et Mer : SARDAIGNE, Iglésias et son bassin minier », (réseau européens d'écomusées) (consulté le 16 octobre 2008)
  12. (it) « tp://www.igeaminiere.it/visite/pflavia.html »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  13. René Brion Jean-Louis Moreau
  14. Annales des travaux publics de Belgique, Tome XIV, p. 543 et suivantes, Van Dooren, Bruxelles, 1855-1856 sur GoogleBooks