Hannon le Navigateur

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Carte « possible » du périple de Hannon. Selon certaines analyses modernes, l'expédition d'Hannon n'aurait pas été plus loin que le sud du Maroc.

Hannon le Navigateur[1] est un explorateur carthaginois du VIe siècle av. J.-C. ou VIIe siècle av. J.-C.[2],[3], principalement connu pour son exploration navale de la côte ouest de l'Afrique. La seule source de son voyage est un périple grec. Selon certaines analyses modernes de son itinéraire, l'expédition de Hannon aurait pu atteindre le sud du Gabon, alors que pour d'autres il n'aurait pas été plus loin que le sud du Maroc.

Histoire de l'exploration[modifier | modifier le code]

Vers 500 av. J.-C., Hannon[4] est chargé par Carthage de franchir les Colonnes d'Hercule avec une flotte de soixante navires de cinquante rameurs chacun et 30 000 personnes à bord ; il doit débarquer à chaque étape pour y fonder des colonies ou peupler des comptoirs déjà existants et, une fois atteint le dernier comptoir, poursuivre sa route pour une expédition d'exploration[5].

Son périple a été transcrit sur une stèle déposée dans le temple de Ba'al-Hammon à Carthage. L'original punique n'a pas été retrouvé, mais il existe une version grecque intitulée Récit du voyage du roi des Carthaginois Hannon autour des contrées qui sont au-delà des Colonnes d'Hercule, gravée sur des plaques suspendues dans le temple de Kronos.

Selon ce récit, le périple se décompose en cinq étapes étudiées par Jérôme Carcopino :

  1. De Gadès (Cadix) à Thymatérion (embouchure de l’oued Sebou, près de l'actuelle Kénitra).
  2. De Thymatérion au Soloeis (cap Cantin, le cap Beddouza actuel, proche de Safi) et au Mur Carrien (Safi), puis retour par étape vers Gytté et Melitta (anciennes colonies de Cotté et Melissa, vers Tanger) et enfin un long arrêt à Lixus (Larache, sur l’actuel oued Loukkos).
  3. De Lixus à l’île de Cerné (banc d'Arguin, actuelle Mauritanie)
  4. Expédition de reconnaissance de Cerné jusqu'à l’intérieur du delta du fleuve Sénégal et retour à Cerné.
  5. De Cerné au fond du golfe de Guinée, sur les rivages de l'actuel Cameroun.

Il y avait déjà sept colonies fondées sur le littoral de l'actuel Maroc, immédiatement après Tanger, correspondant aux actuelles Larache, El-Jadida (ancienne Mazagan), Safi et l'Ile de Cerné près de Villa Cisneros (Dakhla) désigné sous le nom d'« île d'Hern » sur les anciennes cartes marines, à 1 800 kilomètres au sud de Gadès (Cadix). Jusqu'à Cerné, l'amiral carthaginois n'a pas voyagé au hasard ; il connaissait à l'évidence la route et Cerné devait être un avant-poste qui avait déjà été fondé, et où il laisse les derniers colons dont il avait la charge. L'expédition part de cette base aux marches du monde punique. Le but de cette exploration était vraisemblablement de repérer les côtes plus au sud pour y fonder ultérieurement de nouveaux comptoirs. De ce point de vue, le périple illustre bien la façon de procéder des Carthaginois et des Phéniciens avant eux. Le fleuve Chrétès correspond sans doute au fleuve Sénégal et Hannon, qui était revenu à Cerné sans avoir rien trouvé de concluant, ravitaille son navire et décide de continuer plus avant. Il double un contrefort boisé, sans doute le cap Vert, puis longe le littoral dominé par le volcan Kakoulima avant d'arriver à la « Corne d'Occident » qu'est la baie du Bénin. Il aperçoit au loin le « Char des Dieux », le mont Cameroun, pour arriver à la « Corne du sud », sans doute la baie de Biafra. Il semble toutefois plus probable que la « Corne du sud » atteinte après douze jours de navigation depuis Cerné, soit située en Guinée, ou au Liberia. L'imprécision du texte, sauf en ce qui concerne le nombre de jour de navigation ne permet pas d'aller au-delà dans les spéculations, notamment en ce qui concerne le « Char des Dieux », qui pourrait tout autant concerner un volcan du cap Vert, visité lors du retour de l'expédition.

Pour avoir pu prendre des interprètes parmi les nomades à Lixus, ce comptoir devait exister depuis déjà un certain temps pour que certains soient devenus bilingues. C’étaient en outre autant de guides connaissant les contrées que les Phéniciens embarquaient avec eux, capables de les renseigner sur les populations rencontrées. Par contre les habitants sub-sahariens visités par l'expédition parlaient une ou des langues totalement inconnues de ces guides; ce qui indique une absence de trafic trans-saharien à cette époque reculée.

Enfin, il paraît impossible qu'avec des comptoirs situés pratiquement en face des îles Canaries — qu'on peut parfois voir à l’œil nu depuis la côte —, Phéniciens ou Carthaginois ne s'y soient jamais rendus, même si nous ne possédons aucune trace directe de leur éventuel passage. En revanche, des pièces de monnaie puniques datant du IIIe siècle av. J.-C. ont été retrouvées dans l'île de Corvo aux Açores, plus distantes, qui, si elles y ont été apportées à l'époque, montreraient qu'existait un trafic entre cet archipel et la population des comptoirs les plus proches de la côte africaine. Les deux descriptions « d’îles contenant un lac contenant une île », pourraient d'ailleurs être une périphrase, au sens exact altéré depuis les transcriptions du texte d'origine mais concernant en fait les deux archipels proches du tracé de l'expédition : les Canaries et les îles du Cap Vert.

Analyse moderne de l'itinéraire[modifier | modifier le code]

Un certain nombre de chercheurs modernes ont commenté le voyage d'Hannon. Dans de nombreux cas, l'analyse a consisté à affiner l'information et l'interprétation du récit original. William Smith souligne que l'effectif du personnel s'élevait à 30 000 personnes et que la mission de base incluait l'intention de fonder des villes carthaginoises (ou dans les anciennes langues « libo-phéniciennes »)[6]. Certains chercheurs se sont demandé si tant de gens accompagnaient Hannon dans son expédition, et suggèrent que 5 000 est un nombre plus précis[7]. Robin Law note que certains commentateurs ont soutenu que les expéditions d'Hannon ne l'ont pas emmené plus loin que le sud du Maroc[8].

L'historien Raymond Mauny, dans son livre La navigation sur les côtes du Sahara pendant l'antiquité indique que, contrairement aux idées généralement reçues, il ne pense pas que les navigateurs antiques (Hannon, Euthymènes, Scylax de Caryanda, etc.) aient dépassé au Sud le cap Bojador dans l'Atlantique. Il y avait, en effet, impossibilité absolue pour les navires à voiles carrées, sans gouvernail d'étambot, à remonter contre les vents et les courants, contraires pendant toute l'année pour qui veut se rendre du Sénégal au Maroc. Pour les navires à rames, il y avait, sinon une impossibilité absolue, du moins de très grandes difficultés qui durent décourager les navigateurs ayant dépassé le Drâa, et aucun profit à retirer. Rien dans les textes ne permet d'affirmer que les Anciens ont atteint, par la mer l'Afrique noire occidentale et aucun établissement antique n'a été trouvé au Sud de Mogador, quoiqu'il soit certain que les Anciens connaissaient les Canaries, en Espagne. L'auteur termine en souhaitant que des fouilles soient faites par les archéologues espagnols dans l'île de Herné dans le golfe du Rio de Oro, site où les Anciens, s'ils ont parcouru cette côte, n'ont pas dû manquer de s'installer[9].

Transmission[modifier | modifier le code]

Le Périple d'Hannon se présente sous la forme d'un bref texte grec, censé être la traduction d'une inscription en phénicien dans le temple de Baal à Carthage. La tradition passe par un manuscrit unique, le Palatinus græcus 398, manuscrit byzantin du dernier quart du IXe siècle (texte de 101 lignes, fol. 55r-56r). Le Vatopedinus 655 (conservé à la British Library, Add. 19391), du XIVe siècle, contient aussi le texte, mais c'est une copie du précédent. L'editio princeps est due à Sigismund Gelenius (Bâle, 1533). Une traduction française est donnée dans un volume intitulé Historiale description de l'Afrique, tierce partie du monde..., publié à Lyon en 1556 par l'imprimeur Jean Temporal. Une traduction latine se trouve dans une édition du De totius Africæ descriptione de Léon l'Africain publiée à Zurich en 1559.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jehan Desanges, Recherches sur l'activité des méditerranéens aux confins de l'Afrique : VIe siècle av. J.-C. - IVe siècle après J.-C., Rome, 1978, p. 392-403 (Collection de l'École française de Rome, 38).
  • François Decret, Carthage ou l'empire de la mer, 1977, éditions du Seuil, Paris.
  • Stéphane Gsell, Histoire de l'Afrique du Nord, 1913-1920 (4 tomes), Paris.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cet Hannon est appelé le Navigateur pour le distinguer d'un certain nombre d'autres Carthaginois avec ce nom, y compris le peut-être plus important Hannon le Grand (voir Hannon pour les autres de ce nom). Le nom Hannon (Annôn) signifie « miséricordieux » ou « doux » en punique.
  2. (en) Fage, J. D., The Cambridge history of Africa. Vol. 2, From c.500 B.C. to A.D. 1050, Cambridge University Press, , p. 134
  3. François Decret, Carthage ou l'empire de la mer, Paris, Seuil, coll. « Points / Histoire »,
  4. Maurice Euzennat, « Le périple d'Hannon », Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 138, no 2,‎ , p. 559-580 (lire en ligne)
  5. (en) Alfred J. Church, The Story of Carthage, Biblo & Tannen, , p. 95-96
  6. (en) William Smith, Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology. 2, The Ancient Library, (1re éd. 1870) (lire en ligne), p. 346
  7. (en) « Hanno the Navigator (2) », Livius,‎ (lire en ligne)
  8. (en) J. D. Fage et Roland Anthony Oliver, The Cambridge History of Africa, Cambridge University Press, (ISBN 9780521215923, lire en ligne), p. 135
  9. Raymond Mauny, « La navigation sur les côtes du Sahara pendant l'antiquité », Revue des Études Anciennes, vol. 57, no 1,‎ , p. 92–101 (DOI 10.3406/rea.1955.3523, lire en ligne)