Gouffre de La Pierre Saint-Martin

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Gouffre de la Pierre Saint-Martin
Image dans Infobox.
Localisation
Coordonnées
Adresse
Massif
Localité voisine
Caractéristiques
Type
Altitude de l'entrée
1 717 m
Longueur connue
>87 km
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Le gouffre de La Pierre Saint-Martin, nommé aussi gouffre Lépineux (Pozo Lepineux en espagnol), est l'entrée historique d'une cavité souterraine majeure située dans le massif de La Pierre Saint-Martin (massif de Larra-Belagua pour les Espagnols), à proximité immédiate de la frontière française et de la commune française d'Arette, dans les Pyrénées-Atlantiques en région Nouvelle-Aquitaine, sous laquelle se développe une partie du réseau souterrain.

Contexte karstique et topographie[modifier | modifier le code]

Gouffre de La Pierre Saint-Martin en contrebas de la route.

Le gouffre Lépineux, ainsi que l'ensemble du réseau de La Pierre Saint-Martin auquel il appartient, fait partie d'un karst de 140 kilomètres carrés entre 1 500 et 2 100 mètres d'altitude, à cheval sur la frontière entre la France[1] et l'Espagne. Ce karst, drainé par quatre grands systèmes hydrogéologiques ARSIP[2],[3], compte des gouffres parmi les plus profonds et développés du monde ; orienté nord -111°-115° (ou 290°-295°), treize rivières reconnues y coulent et six exsurgences restituent les eaux souterraines [4].

La description du gouffre Lépineux est ainsi notée lors de la première descente le  :

« doline, puis éboulis à −80 m, rétrécissement du gouffre jusqu'à −213 m au passage d'une cascade, puis à −275 m, arrivée dans l'immense salle Lépineux.  »

L'organisation de la suite du réseau depuis son entrée historique par le gouffre Lépineux est ensuite décrite ainsi :

« Salle Lépineux, suivie d'un goulot nommé Gibraltar puis d'une immense salle nommée salle Elizabeth Casteret. La salle la plus monumentale découverte est l'immense salle de La Verna[5], qui mesure 245 mètres de diamètre pour 194 mètres de hauteur ; on pourrait y rentrer dix fois la cathédrale Notre-Dame de Paris ; un vol de montgolfière y a même été organisé en 2003[6]. »

Le karst de La Pierre Saint-Martin, au pied du pic d'Anie (2504 m).

En 2020, le développement[N 1] de l'ensemble des galeries du karst, recensées par l'ARSIP (Association pour la Recherche Spéléologique Internationale à La Pierre Saint-Martin) correspond à 465,750 kilomètres de long[7]. Plus de 2 000 gouffres relient ces galeries à la surface, parmi lesquels 50 gouffres dépassent les 300 mètres de profondeur. La superficie des salles explorées est de 248812 mètres carrés (France)[8] et approximativement de dix millions de mètres cubes dont 3 600 000 mètres cubes pour la salle de la Verna et 2 000 000 mètres cubes pour la salle de l'Eclipse[9].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Arres d'Anie.
Expédition de 1952 au gouffre de la Pierre Saint-Martin.
Entrée du gouffre de la Pierre Saint-Martin en 2010.
La salle de la Verna.
À proximité du gouffre des Partages.

Exploré par Eugène Fournier et Édouard-Alfred Martel dès la fin du XIXe siècle[10], le massif devient célèbre avec la découverte en 1950 par Georges Lépineux, du puits qui constituera le premier accès au réseau de La Pierre Saint-Martin. À la recherche de gouffres dans la région, il voit un « choucar » ou « choucas », sorte de corbeau pyrénéen, sortir d'un trou et remarque qu'un souffle en provenait. Il décide avec ces camarades de le dégager et trouve l'entrée du gouffre[11].

En 1951, cette verticale de 320 mètres, la plus grande du monde à l'époque (ce qui lui vaut rapidement le qualificatif d'« Everest des profondeurs », l'ascension victorieuse de cette montagne de l'Himalaya ayant lieu en 1953), est descendue par une équipe comportant notamment Jacques Labeyrie, Georges Lépineux, Marcel Loubens et Haroun Tazieff, au cours d'une expédition menée par le physicien Max Cosyns[11],[12].

En 1952, une expédition de grande ampleur à laquelle participent encore Jacques Labeyrie et Haroun Tazieff tourne au drame : un serre-câble se dévisse, Marcel Loubens fait une chute de 15 mètres au cours de sa remontée. Après être resté plusieurs jours dans le coma, il décède au fond du gouffre. Le corps est enterré sur place, et ne sera ramené à la surface que 2 ans plus tard. Ce drame au fond du gouffre le plus profond du monde est relayé par la presse mondiale et sera relaté en détail par Tazieff dans son livre[12]. Une plaque située au fond du gouffre commémore le drame. L'épitaphe de Marcel Loubens sera gravée au burin, sur place au fond du gouffre, par Jacques Labeyrie, membre de l'équipe qui tenta tout pour sauver Loubens[11].

La veille du drame Labeyrie et Loubens auraient découvert une salle, origine probable d'un ancien lac souterrain[13] mais dont on n'a pas encore retrouvé l'entrée[14].

En 1953, l'immense salle de la Verna (255 × 245 × 194 m) est découverte par des spéléologues lyonnais[15]. La société EDF perce en 1956 un tunnel permettant d'atteindre cette salle, dans le but d'effectuer un captage hydraulique, projet abandonné à l'époque, puis repris en 2006.

En 1961 via le tunnel une escalade de 70 mètres, dans la salle de la Verna, permet de découvrir la galerie Aranzadi, ancien parcours de la rivière, et une suite aval. Le point bas est atteint en 1965, après le méandre Martine et le puits Parment, à 1006 mètres de profondeur par rapport au puits Lépineux.

En 1966 est créée l'Association pour la recherche spéléologique internationale de La Pierre Saint-Martin (ARSIP), dans le but de coordonner les différentes recherches sur le massif. Le D9 ou gouffre de la Tête Sauvage[N 2] situé à 1 882 m sur les Arres d'Anie est relié au gouffre Lépineux et devient l'entrée haute du réseau[16].

En 1975 le gouffre Moreau ou M3[N 3], 1 984 m, porte la profondeur à 1 273 m mais quinze jours plus tard le SC3 ou gouffre du Beffroi[N 4], 2 037 m, amène à 1 321 m le dénivelé.

En 1982, le gouffre du Pourtet (M31)[N 5], 2 058 m, fait progresser la profondeur à 1 342 m[17].

En 2006, un projet de conduite forcée à partir de la salle située au fond du gouffre est réactualisé. Il avait débuté dans les années 1950, puis le projet avait été abandonné car la rivière souterraine ne fournissait pas un débit suffisant. Des galeries avaient été creusées jusqu'à la salle, avec des difficultés et des erreurs de tracé. Aujourd'hui, une galerie de 600 mètres de long rejoint la salle.

Le projet a été repris par la SHEM (Société Hydro Électrique du Midi, ex-filiale de la SNCF, aujourd'hui du Groupe SUEZ). Une prise d'eau a été construite à l'amont de la salle de la Verna ; les canalisations nécessaires sont posées en encorbellement pour longer le mur oriental de la salle, puis en souterrain dans la galerie d'accès EDF et à l'extérieur, pour finalement alimenter l'usine située plus bas au bord du gave de Sainte-Engrâce.

Ce barrage hydroélectrique souterrain de La Verna à Sainte-Engrâce (Pyrénées-Atlantiques), d’une puissance de 4 mégawatts a été mis en service le [18].

Ce nouveau projet a permis également d'ouvrir la salle au public, grâce à un aménagement conçu et géré par le Comité départemental de spéléologie des Pyrénées-Atlantiques[19]. Les visites sont possibles depuis , sur réservation.

Le mardi , le M 413 ou gouffre des Partages[N 6] (-1122 m, 24 km) est relié au réseau de La Pierre Saint-Martin par jonction avec le gouffre du Pourtet (M31)[20],[21]. Avec cette jonction, le complexe La Pierre Saint-Martin - gouffre des Partages dépasse en 2008 les 82 kilomètres pour 1410 mètres de dénivelée (deuxième réseau français pour le développement, troisième pour la profondeur)[22].

En 2014 avec trois nouvelles entrées : le gouffre des quinquas (C2-C104)[N 7] et la Sima Grande de Llano Carreras (C226)[N 8] et en août 2021 après la jonction avec Xendako Ziloa[N 9] puis en janvier 2022 avec le Trou Huet, le réseau a un développement de plus de 86 km et est pourvu de 14 entrées.[23],[24].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En spéléologie, le développement correspond à la longueur cumulée des galeries interconnectées qui composent un réseau souterrain.
  2. Le gouffre de la Tête Sauvage a pour coordonnées 42° 57′ 45″ N, 0° 44′ 37″ O.
  3. Le gouffre Moreau a pour coordonnées 42° 57′ 30″ N, 0° 44′ 11″ O.
  4. Le gouffre du Beffroi a pour coordonnées 42° 57′ 42″ N, 0° 43′ 46″ O.
  5. Le gouffre du Pourtet a pour coordonnées 42° 57′ 12″ N, 0° 44′ 31″ O.
  6. Le gouffre des Partages a pour coordonnées 42° 57′ 00″ N, 0° 44′ 22″ O.
  7. Le gouffre C2 a pour coordonnées 42° 57′ 22″ N, 0° 46′ 04″ O.
  8. la Sima Grande de Llano Carreras a pour coordonnées 42° 57′ 38″ N, 0° 45′ 23″ O.
  9. Xendako Ziloa a pour coordonnées 42° 58′ 13″ N, 0° 47′ 53″ O.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Thomas, « Le lapiaz de la Pierre Saint Martin (Pyrénées Atlantiques), l'un des plus grands lapiaz de France », sur planet-terre.ens-lyon.fr, (consulté le ).
  2. « Organigramme des systèmes hydrologiques Pierre Saint Martin - Larra. », sur karsteau.org.
  3. Groupe Spéléologique Haut-Pyrénéen de Tarbes et Jean-Daniel Larribau, « La Pierre Saint-Martin - Plongée souterraine » [PDF], sur plongeesout.com (consulté le ).
  4. « La synthèse numérique de la Pierre St Martin », sur arsip.fr (consulté le ).
  5. « La salle de la Verna, réseau de la Pierre Saint Martin : visite géologique » [PDF], sur Géolval, (consulté le )
  6. « La salle de la Verna, chiffres-clés », sur laverna.fr (consulté le )
  7. Michel Douat, « La Pierre-Saint-Martin : un karst de légende, une histoire méconnue … », sur karsteau.org (consulté le ).
  8. Jean-Yves Bigot, « Spéléométrie de la France. Cavités classées par département, par dénivellation et développement. », Spelunca Mémoires, La Ravoire, no 27,‎ , p. 116-117 (ISBN 2-7417-0291-8, OCLC 123511827, lire en ligne, consulté le ).
  9. Fabien Darne, « Les plus grandes salles souterraines naturelles », .
  10. Michel Douat, « Historique de la Pierre Saint_Martin », sur arsip.fr.
  11. a b et c Les découvreurs du Gouffre de La Pierre Saint-Martin, Jacques Labeyrie, éditions Cairn, 2005.
  12. a et b Haroun Tazieff, « Le gouffre de La Pierre Saint-Martin », sur arsip.fr, Arthaud, (ISBN 2-7003-0175-7), p. 190.
  13. Jacques Labeyrie, Les découvreurs du Gouffre de la Pierre Saint-Martin, Cairn, , «Le lac fossilisé»
  14. Jacques Bon, Hommage à Jacques Labeyrie - La salle perdue de Labeyrie et Loubens, 10 mars 2011, cafcom.free, archivé le 14 aout 2018
  15. Clan des Tritons (Jean Philippe Grancolas), « Le clan de la Verna à la Pierre Saint-Martin en 1952,1953 & 1954 - Collection Archives et Documents Spéléo n°2 / 2020 ».
  16. Michel Douat, « 40 ans déjà !...A l’occasion du 40ème anniversaire de la jonction Tête Sauvage - Pierre Saint Martin », sur docplayer.fr, (consulté le ).
  17. Michel Douat, Jean-François Pernette et Serge Puisais, Spéléo sportive à La Pierre Saint-Martin, Aix-en-Provence, Edisud, , 136 p. (ISBN 2-85744-182-7).
  18. Suez met en service un barrage souterrain au Pays basque
  19. « Entrez dans l'aventure souterraine », sur cds64.org.
  20. [PDF]« A la recherche de Z - Massif de la Pierre-Saint- Martin », sur clan.des.tritons.free.fr, (consulté le ).
  21. Jean-Philippe Grancolas, « Échos des profondeurs-France-Pyrénées Atlantiques-Activités 1997 à 2008 du Clan des Tritons-Massif de la Pierre-Saint-Martin-Gouffre des Partages (Arette). », Spelunca, Paris, Fédération française de spéléologie, no 114,‎ , p. 6-7 (ISSN 0249-0544, lire en ligne).
  22. « Naissance d’un géant – Spéléo Tritons », sur clan.des.tritons.free.fr (consulté le )
  23. Alain Bressan et Michel Douat, « Gouffre des Quinquas (C2-C104) et Sima Grande de Llano Carreras (C226). Trois nouvelles entrées pour le système La Pierre Saint-Martin – Partages », Spelunca, Paris, Fédération française de spéléologie, no 136,‎ , p. 13-22 (ISSN 0249-0544, lire en ligne, consulté le ).
  24. Alexandre Pont et Paul De Bie, « Synthèse générale des réseaux », sur Association pour la recherche spéléologique internationale à la Pierre Saint Martin, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Autres liens[modifier | modifier le code]