Gouffre de La Pierre Saint-Martin

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Gouffre de la Pierre-Saint-Martin
Lepineux 1280.jpg
Localisation
Coordonnées
Adresse
Massif
Localité voisine
Caractéristiques
Type
Altitude de l'entrée
1 717 m
Longueur connue
>83 km
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Le gouffre de La Pierre Saint-Martin, nommé aussi gouffre Lépineux (Pozo Lepineux en espagnol), est une cavité majeure située dans le massif de La Pierre Saint-Martin, sur la commune d'Arette dans les Pyrénées-Atlantiques, en région Nouvelle-Aquitaine, en France, à proximité de la frontière espagnole au-delà de laquelle se développe une partie du réseau souterrain.

Contexte karstique et topographie[modifier | modifier le code]

Gouffre de La Pierre Saint-Martin en contrebas de la route

Le gouffre Lépineux, ainsi que l'ensemble du réseau de La Pierre Saint-Martin auquel il appartient, fait partie d'un karst de 140 km2 entre 1 500 et 2 100 mètres d'altitude, à cheval sur la frontière entre la France[1] et l'Espagne. Ce karst, drainé par quatre systèmes hydrogéologiques[2], compte des gouffres parmi les plus profonds et développés du monde ; orienté Nord -111°-115° (ou 290°-295°), treize rivières reconnues y coulent.

La description du gouffre Lépineux est ainsi notée lors de la première descente le 12 août 1951 : « doline, puis éboulis à −80 m, rétrécissement du gouffre jusqu'à −213 m au passage d'une cascade, puis à −275 m, arrivée dans l'immense salle Lépineux.  »

L'organisation de la suite du réseau depuis son entrée historique par le gouffre Lépineux est ensuite décrite ainsi: « Salle Lépineux, suivie d'un goulot nommé Gibraltar puis d'une immense salle nommée salle Elizabeth Casteret. La salle la plus monumentale découverte est l'immense salle de La Verna[3] , qui mesure 245 mètres de diamètre pour 194 mètres de hauteur ; on pourrait y rentrer dix fois la cathédrale Notre-Dame de Paris ; un vol de montgolfière y a même été organisé en 2003[4]. »

Le karst de La Pierre Saint-Martin, au pied du pic d'Anie (2504 m)

En 2014, le développement[N 1] de l'ensemble des galeries, recensées par l'ARSIP (Association pour la Recherche Spéléologique Internationale à La Pierre Saint-Martin) correspondait à 430 km de long. Plus de 2 000 gouffres relient ces galeries à la surface, parmi lesquels 50 gouffres dépassent les 300 m de profondeur. Le volume des salles explorées est approximativement de dix millions de mètres cubes.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Arres d'Anie
La salle de la Verna
À proximité du gouffre des Partages

Exploré par Eugène Fournier et Édouard-Alfred Martel dès la fin du XIXe siècle, le massif devient célèbre avec la découverte en 1950 par Georges Lépineux, du puits qui constituera le premier accès au réseau de La Pierre Saint-Martin. À la recherche de gouffres dans la région, il voit un « choucar » ou « choucas », sorte de corbeau pyrénéen, sortir d'un trou et remarque qu'un souffle en provenait. Il décide avec ces camarades de le dégager et trouve l'entrée du gouffre[5].

En 1951, cette verticale de 320 mètres, la plus grande du monde à l'époque (ce qui lui vaut rapidement le qualificatif d'« Everest des profondeurs », l'ascension victorieuse de cette montagne de l'Himalaya ayant lieu en 1953), est descendue par Georges Lépineux, Marcel Loubens et Haroun Tazieff, au cours d'une expédition menée par le physicien Max Cosyns[5].

En 1952, une expédition de grande ampleur à laquelle participe encore Haroun Tazieff tourne au drame : un serre-câble se dévisse, Marcel Loubens fait une chute de 15 mètres au cours de sa remontée et décède au fond du gouffre. Le corps est enterré sur place, et ne sera ramené à la surface que 2 ans plus tard. Ce drame au fond du gouffre le plus profond du monde est relayé par la presse mondiale et sera relaté par Tazieff dans son livre[6]. Une plaque située au fond du gouffre commémore le drame. L'épitaphe de Marcel Loubens sera gravée au burin, sur place au fond du gouffre, par Jacques Labeyrie, membre de l'équipe qui tenta tout pour sauver Loubens[5].

La page « Marcel Loubens » relate en détail cet événement.

En 1953, l'immense salle de la Verna (255 × 245 × 194 m) est découverte par des spéléologues lyonnais. La société EDF perce en 1956 un tunnel permettant d'atteindre cette salle, dans le but d'effectuer un captage hydraulique, projet abandonné à l'époque, puis repris en 2006.

En 1961 via le tunnel une escalade de 70 mètres, dans la salle de la Verna, permet de découvrir la galerie Aranzadi, ancien parcours de la rivière, et une suite aval. Le point bas est atteint en 1965, après le méandre Martine et le puits Parment, à 1006 mètres de profondeur par rapport au puits Lépineux.

En 1966 est créée l'Association pour la recherche spéléologique internationale de La Pierre Saint-Martin (ARSIP), dans le but de coordonner les différentes recherches sur le massif. Le D9 ou gouffre de la Tête Sauvage[N 2] situé à 1 882 m sur les Arres d'Anie est relié au gouffre Lépineux et devient l'entrée haute du réseau.

En 1975 le gouffre Moreau ou M3[N 3], 1 984 m, porte la profondeur à 1 273 m mais quinze jours plus tard le SC3 ou gouffre du Beffroi[N 4], 2 037 m, amène à 1 321 m le dénivelé.

En 1982, le gouffre du Pourtet (M31)[N 5], 2 058 m, fait progresser la profondeur à 1 342 m[7].

En 2006, un projet de conduite forcée à partir de la salle située au fond du gouffre est réactualisé. Il avait débuté dans les années 1950, puis le projet avait été abandonné car la rivière souterraine ne fournissait pas un débit suffisant. Des galeries avaient été creusées jusqu'à la salle, avec des difficultés et des erreurs de tracé. Aujourd'hui, une galerie de 600 mètres de long rejoint la salle.

Le projet a été repris par la SHEM (Société Hydro Électrique du Midi, ex-filiale de la SNCF, aujourd'hui du Groupe SUEZ). Une prise d'eau a été construite à l'amont de la salle de la Verna ; les canalisations nécessaires sont posées en encorbellement pour longer le mur Est de la salle, puis en souterrain dans la galerie d'accès EDF et à l'extérieur, pour finalement alimenter l'usine située plus bas au bord du Gave de Sainte-Engrâce.

Ce barrage hydroélectrique souterrain de La Verna à Sainte-Engrâce (Pyrénées-Atlantiques), d’une puissance de 4 mégawatts a été mis en service le 2 avril 2008[8].

Ce nouveau projet a permis également d'ouvrir la salle au public, grâce à un aménagement conçu et géré par le Comité Départemental de Spéléologie des Pyrénées-Atlantiques[9]. Les visites sont possibles depuis juillet 2010, sur réservation.

Le mardi , le gouffre des Partages[N 6] (-1122 m, 24 km) est relié au réseau de La Pierre Saint-Martin par jonction avec le gouffre du Pourtet (M31)[10]. Avec cette jonction, le complexe La Pierre Saint-Martin - Gouffre des Partages dépasse en 2008 les 82 kilomètres pour 1410 mètres de dénivelée (deuxième réseau français pour le développement, troisième pour la profondeur)[11].

En 2014 avec trois nouvelles entrées: le gouffre des quinquas (C2-C104)[N 7] et la Sima Grande de Llano Carreras (C226)[N 8] le réseau a un développement de plus de 83 km et est pourvu de 13 entrées[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En spéléologie, le développement correspond à la longueur cumulée des galeries interconnectées qui composent un réseau souterrain.
  2. Le gouffre de la Tête Sauvage a pour coordonnées 42° 57′ 44″ N, 0° 44′ 37″ O.
  3. Le gouffre Moreau a pour coordonnées 42° 57′ 31″ N, 0° 44′ 10″ O.
  4. Le gouffre du Beffroi a pour coordonnées 42° 57′ 42″ N, 0° 43′ 46″ O.
  5. Le gouffre du Pourtet a pour coordonnées 42° 57′ 12″ N, 0° 44′ 31″ O.
  6. Le gouffre des Partages a pour coordonnées 42° 57′ 00″ N, 0° 44′ 22″ O.
  7. Le gouffre C2 a pour coordonnées 42° 57′ 22″ N, 0° 46′ 04″ O.
  8. la Sima Grande de Llano Carreras a pour coordonnées 42° 57′ 38″ N, 0° 45′ 23″ O.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Thomas, « Le lapiaz de la Pierre Saint Martin (Pyrénées Atlantiques), l'un des plus grands lapiaz de France », sur planet-terre.ens-lyon.fr, (consulté le 14 novembre 2017).
  2. A. Pont & P. De Bie, « Synthèse topographique du massif de La Pierre Saint-Martin / Larra », sur http://arsip.fr/, (consulté le 17 novembre 2017).
  3. [PDF] « La salle de la Verna, réseau de la Pierre Saint Martin : visite géologique », sur Géolval, (consulté le 23 novembre 2016)
  4. « La salle de la Verna, chiffres-clés », sur laverna.fr (consulté le 4 février 2017)
  5. a, b et c Les découvreurs du Gouffre de La Pierre Saint-Martin, Jacques Labeyrie, éditions Cairn, 2005.
  6. Haroun Tazieff, « Le gouffre de La Pierre Saint-Martin », sur arsip.fr, Arthaud, (ISBN 2-7003-0175-7), p. 190.
  7. Michel Douat, Jean-François Pernette et Serge Puisais, Spéléo sportive à La Pierre Saint-Martin, Aix-en-Provence, Edisud, , 136 p. (ISBN 2-85744-182-7).
  8. Suez met en service un barrage souterrain au Pays basque
  9. « Entrez dans l'aventure souterraine », sur cds64.org.
  10. [PDF]« A la recherche de Z - Massif de la Pierre-Saint- Martin », sur clan.des.tritons.free.fr, (consulté le 17 décembre 2016).
  11. « Naissance d’un géant – Spéléo Tritons », sur clan.des.tritons.free.fr (consulté le 18 août 2016)
  12. Alain Bressan et Michel Douat, « Gouffre des Quinquas (C2-C104) et Sima Grande de Llano Carreras (C226). Trois nouvelles entrées pour le système La Pierre Saint-Martin – Partages », Spelunca, Paris, Fédération française de spéléologie, no 136,‎ , p. 13-22 (ISSN 0249-0544, lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]


Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]