Réseau du Rupt-du-Puits

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Réseau du Rupt-du-Puits
Localisation
Coordonnées
Adresse
Localité voisine
Caractéristiques
Type
Altitude de l'entrée
155 m
(vasque du Rupt-du-Puits)
Longueur connue
11,4 km
(réseau du Rupt-du-Puits seul)
17,4 km
(système Béva - Rupt-du-Puits)
Statut patrimonial
Entrées contrôlées

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Point carte.svg

Géolocalisation sur la carte : Grand Est

(Voir situation sur carte : Grand Est)
Point carte.svg

Géolocalisation sur la carte : Meuse

(Voir situation sur carte : Meuse)
Point carte.svg

Avec plus de 17 km de galeries explorées et topographiées, le système Béva - Rupt-du-Puits, est le plus important réseau souterrain naturel du Bassin parisien. Mi 2016, en France, ce système est la 37e plus longue cavité naturelle et la 10e par la longueur de son siphon principal, d'un développement noyé de 1 770 mètres (longueur totale noyée par les siphons successifs : 2 950 mètres)[1].

Description[modifier | modifier le code]

Tête du puits artificiel du Rupt-du-Puits

Historiquement, l'entrée naturelle du réseau du Rupt-du-Puits est un siphon aval situé au niveau de l'exsurgence à Beurey-sur-Saulx (Meuse), appelée communément la vasque du Rupt-du-Puits ; cette vasque se trouve sous un ouvrage maçonné d'une ligne de chemin de fer désaffectée.

Le réseau non noyé se compose d'une galerie principale, nommée collecteur A.S.P.R.P.[note 1] et de plusieurs affluents (affluent des Dents de requins, affluent des Meilleurs, affluent de la Grande cheminée, galerie du Silence, affluent des Marmites, affluent Bertrand Légeretc.).

Depuis 1975, le forage d'un puits artificiel de 0,85 m de diamètre, sur le territoire de la commune de Robert-Espagne, assure aux spéléologues non plongeurs un accès à la partie non noyée du réseau, sans passer par le siphon aval.

À l'amont, les galeries non noyées du réseau s'achèvent sur des branches siphonantes.

Depuis 2003, ce réseau du Rupt-du-Puits est relié par des siphons amont au gouffre de la Béva[2], situé sur le territoire de la commune de Trois-Fontaines dans la Marne. Le gouffre de la Béva est donc une seconde entrée naturelle du système Béva - Rupt-du-Puits.

L'ensemble du réseau s'étend donc sous trois communes et deux départements de la région Grand Est.

Histoire[modifier | modifier le code]

Nacelle qui permit les premières descentes dans le puits artificiel du réseau du Rupt-du-Puits

En 1962, François Descaves (°1926 - †2006) publie un article[3] qu'il conclut en signalant l'émergence du Rupt-du-Puits comme intéressante à plonger : « Enfin, à Robert-Espagne, le Rupt-du-Puits (SD 3414) et le Rupt-de-Freiniau (SD 3410), mériteraient une tentative de plongée souterraine. » Cette communication attire, durant l'été 1966, Bertrand Léger (°1947 - †1984)[4], spéléo-plongeur du Camping club de France (Paris), qui désobstrue l'entrée du laminoir ennoyé à une profondeur de 7 mètres[5].

L'année suivante, les explorations prennent leur essor avec une petite équipe composée de Bertrand Léger et Jacky Bourgin (°1951 - †2010)[6], Jean-Louis Camus, Patrice Lucion et Gérard Paquin, du Groupe spéléologique de Fains-les-Sources (G.S.F.). Finalement, Camus et Paquin franchissent le siphon (prof. : −4 m ; dév. : 445 m) le . Le lendemain, Bourgin et Lucion explorent 1,7 kilomètres de galerie dans le réseau du Rupt-du-Puits et butent sur le siphon amont. Pendant les deux années qui suivent, ces cinq spéléo-plongeurs explorent et topographient le réseau (dév. : 10 650 mètres), ce qui en fait à cette époque le plus grand réseau post-siphon connu du monde[7].

Devant le potentiel de cette ressource en eau, un forage de sondage (prof. : 45 m ; diam. : 130 mm) est réalisé à l'extrémité du siphon aval en 1973. En 1975 ce forage est élargi (diam. : 850 mm) afin de permettre à des non-plongeurs de pénétrer dans le réseau. Au début, la descente s'effectuait à l'aide d'une nacelle, descendue et remontée par une grue ; la nacelle est visible sur le terrain de la Maison lorraine de la spéléologie (M.L.S.).

Les explorations et découvertes se poursuivent alors et permettent de découvrir de nouvelles galeries, portant le développement total du réseau du Rupt-du-Puits à 11,4 kilomètres. Parallèlement aux explorations des spéléologues, les spéléo-plongeurs Gérard Ancerment, Jacky Bourgin et P. Lucion, fondateurs en 1973 de l'Association des spéléo-plongeurs du Rupt-du-Puits (A.S.P.R.P.) à la suite de la dissolution du G.S.F., se lancent dans le siphon amont qui, au bout d'une soixantaine de mètres, débouche sur une nouvelle galerie puis dans un nouveau siphon exploré sur 500 mètres en septembre 1976.

Entre 2000 et 2003, Michel Pauwels, spéléo-plongeur belge, explore progressivement le siphon amont et relie physiquement le réseau du Rupt-du-Puits au gouffre de la Béva, portant ainsi le développement total de ce nouveau système à environ 17,4 km[2].

C'est à la détermination de François Descaves, père de la spéléologie meusienne et du Rupt-du-Puits, que sont dues les explorations du Rupt-du-Puits puis la réalisation du forage qui en permet aujourd'hui un accès aisé[8].

Archéologie - Paléontologie[modifier | modifier le code]

De nombreux fossiles sont visibles dans le réseau du Rupt-du-Puits, notamment une quantité importante de dents de requins dans la galerie éponyme. De nombreuses pièces sont visibles dans le musée privé de Jean-Luc Armanini à Lisle-en-Rigault[9].

Plusieurs pièces d'origine préhistorique (éclats à talon facetté, pointe moustérienne, racloir à retouches bifaciales à talon punctiforme) ont été découvertes dans les alluvions du réseau et proviennent d'un gisement de surface lessivé par les eaux d'infiltration[10]. De même du matériel osseux d'une faune relativement moderne (bœuf, porc, âne, chat, blaireau) a été retrouvé dans le lit de la rivière[11].

Biologie[modifier | modifier le code]

Avec les crues, une faune importante est transportée dans le réseau, composée essentiellement de batraciens et de salamandres.

On trouve également des Niphargus au fond de la galerie des Macaronis (Rupt-du-Puits) et dans le gouffre de la Béva où l'on trouve aussi des Caecosphaeroma[12],[13],[14].

Conditions d'accès[modifier | modifier le code]

Le forage du Rupt-du-Puits étant la propriété de l'Office national des forêts, il est fermé à clef. Son accès est possible grâce à une convention signée par la Ligue spéléologique lorraine avec l'O.N.F. qui garantit le libre accès aux spéléologues licenciés[15]. La clé est disponible pour tout spéléologue à la gendarmerie d'Ancerville et à la Maison lorraine de la spéléologie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Armanini, J.-L. :
    • (1979) - « Un mystérieux cavernicole au Rupt du Puits », Spéléo L no 11 (ISSN 0758-3974), Ligue spéléologique lorraine, Nancy, p. 20
    • (1988) - « Un Plesiosaurus au Rupt du Puits », L'écho des cavernes meusiennes no 1, Comité départemental de spéléologie de la Meuse, Bar-le-Duc
    • (1988) - « Activités S.C.L.R. - Activités 1984-1985 : Rupt du Puits », Spéléo L no 14 (ISSN 0758-3974), Ligue spéléologique lorraine, Nancy, p. 46
  • Armanini, J.-L., Beaudoin, J.-P., Depaquis, J.-P., Fréminet, Y., Hayot, É., Herbillon, Cl., Jaillet, St. et Robert, N. (1994) - « Le Rupt du Puits », L'écho des cavernes meusiennes no 3 (ISSN 0996-6803), Comité départemental de spéléologie de la Meuse, Bar-le-Duc, p. 152-155
  • Jean-Luc Armanini (1996), « Vingt-cinq années de recherches dans les forêts domaniales de Jean d'Heurs et de Trois Fontaines », Spelunca, Paris, Fédération française de spéléologie, no 64,‎ , p. 25-34 (ISSN 0249-0544, lire en ligne).
  • A.S.P.R.P. (1977) - « Le Rupt du Puits - Historique », Spéléo L no 9 (ISSN 0758-3974), Ligue spéléologique lorraine, Nancy, p. 61-63 + plan en annexe
  • Descaves, Fr. (1967) - « Société spéléologique de Robert-Espagne (Meuse) - Plongées souterraines au Rupt-du-Puits », Spelunca 4e série no 1, Fédération française de spéléologie, Paris, p. 65-66
  • Descaves, J.-P. (2016) - « Historique du forage du Rupt-du-Puits », Le P'tit Usania no 214 [PDF] (ISSN 1292-5950), Union spéléologique de l'agglomération nancéienne, Nancy, p. 1-2
  • Devos, A., Jaillet, St., Gamez, P. (1999) - « Structures tectoniques et contraintes de cheminement des eaux dans les aquifères karstiques du barrois (Lorraine/Champagne, France) », Geodinamica Acta tome 12, no 3-4, Paris, p. 249-257
  • Douchet, V. (1988) - « Plongées lorraines de Los Fouyants : gouffre du Rupt du Puits », Spéléo L no 14 (ISSN 0758-3974), Ligue spéléologique lorraine, Nancy, p. 107
  • Frachon, J.-Cl. & Aucant, Y. (1973) - « Meuse : le Rupt-du-Puits », Spelunca 4e série no 2, Fédération française de spéléologie, Paris, p. 54
  • Izouakane, H. (1989) - Études préliminaires du réseau karstique du Rupt du Puits, Mémoire de DEA Option Géographie et aménagement de l'espace, géomorphologie sous la direction du professeur A. Weisrock, Université de Nancy 2, Nancy, 65 p.
  • Jaillet, St. :
    • (1994) - Le karst de surface et d'infiltration du Rupt du Puits. Étude du milieu naturel pour la réalisation d'un sentier karstique, Mémoire de Licence géographie, Université de Metz, 103 p.
    • (1995) - Le géosystème karstique du Rupt du Puits : étude morphologique de l'exo- et de l'endokarst, Mémoire de Maîtrise géographie, Université de Metz, 173 p.
    • (1996) - Dynamique des karsts couverts de bas plateaux : l'exemple du Rupt du Puits (Lorraine / Champagne, France), Mémoire de DEA géographie, Université de Bordeaux III, 151 p.
    • (2000) - Un karst couvert de bas-plateau : le Barrois (Lorraine / Champagne, France). Structure - Fonctionnement - Évolution, Thèse doctorat géographie, Université de Bordeaux III (déc. 2000), 2 vol., 712 p, en cours d'édition partielle dans Karstologia Mémoires no 12 (2005), présentation en ligne=[1]
  • Jaillet, St. et Gamez, P. (1995) - « Observations morphologiques sur le géosystème karstique du Rupt-du-Puits (Meuse, Lorraine) », Karstologia no 26, Fédération française de spéléologie, Lyon
  • Léger, B. :
    • (1973) - « Plongées souterraines dans l'est de la France - Meuse, Exsurgence du Rupt-du-Puits, Robert-Espagne », Spelunca 4e série no 1, Fédération française de spéléologie, Paris, p. 18
    • (1973) - « Meuse : Exsurgence du Rupt-du-Puits, Beurey-sur-Saulx », Spelunca 4e série no 3, Fédération française de spéléologie, Paris, p. 92
  • Pauwels, M. (2008) - « Jonction Rupt du Puits – Gouffre de la Béva (Robert-Espagne, Meuse) », Spéléo L no 17 (ISSN 0758-3974), Ligue spéléologique lorraine, Tomblaine, p. 39-50
  • Spéléo-club de la Seine (1968) - « Plongées souterraines - Rupt-du-Puits », Spelunca 4e série no 2, Fédération française de spéléologie, Paris, p. 17-18
  • Prévot Chr. (2017) - « Le réseau du Rupt-du-Puits », Spelunca 5e série no 147, Fédération française de spéléologie, Lyon, p. 4-5
  • (en)Jean-Jacques Delannoy, Christophe Gauchon, Fabien Hobléa, Stéphane Jaillet, Richard Maire, Yves Perrette, Anne-Sophie Perroux, Estelle Ployon et Nathalie Vanara, « Le karst : des archives paléogéographiques aux indicateurs de l’environnement », Géomorphologie : relief, processus, environnement, Paris, vol. 15, no 2,‎ , p. 86-87 (ISSN 1266-5304, lire en ligne).
  • Philippe Audra-Responsable d'édition et Stéphane Jaillet, Association française de karstologie, « Grottes et karts de France - Le système karstique du Rupt du Puits(Lorraine) », Karstologia Mémoires, Paris, Association française de karstologie, no 19,‎ , p. 160-161 (ISBN 978-2-95-042225-5)
  • SCAM (1979) - « Fouilles archéologiques au Rupt du Puits », Spéléo L no 11 (ISSN 0758-3974), Ligue spéléologique lorraine, Nancy, p. 28-31
  • SCAM (1979) - « Détection au Rupt du Puits », Spéléo L no 11 (ISSN 0758-3974), Ligue spéléologique lorraine, Nancy, p. 44-47

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce nom est donné en hommage aux spéléo-plongeurs de l'Association des spéléo-plongeurs du Rupt-du-Puits (A.S.P.R.P.) qui ont effectué l'exploration du réseau entre 1973 et 1976.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Siphonométrie de France », sur Plongée souterraine, (consulté le 30 août 2016)
  2. a et b (fr) Pauwels, M. (ESCM, Collectif du Rupt du Puits) (2008) - « Jonction Rupt du Puits - gouffre de la Béva (Robert-Espagne, Meuse) », Spéléo L no 17 (ISSN 0758-3974), Ligue spéléologique lorraine, Nancy
  3. (fr) Descaves, Fr. (1962) - « Répertoire des cavités de la région de Bar-le-Duc », Spelunca 4e série no 4, Comité national de spéléologie - Société spéléologique de France, Paris, p. 27-32
  4. (fr) Andrés, D. & Lismonde, B. (1995) - « Bertrand Léger - Spéléonaute », C.D.S. de l'Isère, G. S. La Tronche, Grenoble, p. 10, 15, 16, 17, 18, 37-40, 118, 121
  5. (fr) Descaves, Fr. (1967) - « Société spéléologique de Robert-Espagne (Meuse) - Plongées souterraines au Rupt-du-Puits », Spelunca 4e série no 1, Fédération française de spéléologie, Paris, p. 65-66
  6. (fr) Prévot, D. (2010) - « In Memoriam : Jacky BOURGIN 1951-2010 », Le P'tit Usania no 139 (ISSN 1292-5950), Union spéléologique de l'agglomération nancéienne, Nancy, p. 5
  7. (fr) Prévot, D. (2001) - « Trentième anniversaire du forage du Rupt-du-Puits », Le P'tit Usania no 39 (ISSN 1292-5950), Union spéléologique de l'agglomération nancéienne, Nancy, p. 5
  8. (fr) Prévot, D. (2006) - « in memoriam : François DESCAVES (1926-2006) », Le P'tit Usania no 93 (ISSN 1292-5950), Union spéléologique de l'agglomération nancéienne, Nancy, p. 4-5
  9. (fr) « Le musée de fossiles de Jean-Luc ARMANINI », sur le site de la Maison lorraine de la spéléologie (M.L.S.) (consulté le 29 décembre 2013)
  10. SCAM, 1979, p. 28-30
  11. SCAM, 1979, p. 30-31
  12. (fr) Gradot, O. (2016) - « Les sessions meusiennes du Rat et du Lynx – Volume 1 », Le P'tit Usania no 220 (ISSN 1292-5950), Union spéléologique de l'agglomération nancéienne, Nancy, p. 1-2
  13. (fr) Gradot, O. (2017) - « Les sessions meusiennes du Rat et du Lynx – Volume 2 », Le P'tit Usania no 221 (ISSN 1292-5950), Union spéléologique de l'agglomération nancéienne, Nancy, p. 1-2
  14. (fr) Hamon, B. (2017) - « La vie des stations de Niphargus : le point en janvier 2017 - Trois-Fontaines (51)-Lisle-en-Rigault (55) », Scories Spécial Biospéologie no 477, CPEPESC nationale, Besançon, p. 4
  15. (fr) ONF / LISPEL, « Convention d'accès au gouffre du Rupt-du-Puits du 11 février 2004 » (consulté le 5 juin 2008)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]