Couverture médiatique du conflit israélo-arabe

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  • La couverture médiatique du conflit israélo-arabe est constamment critiquée par des allégations de partialité des deux côtés. Ces perceptions de partialité génèrent plus de plaintes que pour tout autre sujet. Cela conduit à une prolifération de groupes de surveillance des médias des deux côtés.
  • Dans les pays qui ont pris fait et cause pour l'un des belligérants, surtout dans les pays ayant une faible liberté de la presse, la présentation du conflit est naturellement biaisée. Il y a dans ce cas peu de contestation de la présentation qu'en font les journalistes, par leurs lecteurs.
  • Le cas de la France est particulier. En effet, de tous les pays ayant une liberté de la presse jugée satisfaisante par les ONG travaillant sur le sujet [1] , la France est celui qui possède à la fois la communauté musulmane la plus importante : environ 10 % de la population mais aussi une importante communauté juive : environ 1 % de la population. Parmi les membres de ces deux communautés, nombreux sont ceux qui trouvent que les médias français, avantagent la partie adverse. À chaque présentation de ce conflit dans les médias, une polémique se déclenche, plus ou moins importante.

Les groupes de surveillance des médias[modifier | modifier le code]

  • Ceux-ci semblent moins structurés que de l'autre côté de l'Atlantique. Il s'agit surtout de sites communautaires juifs d'un coté, musulmans de l'autre qui rapportent ce qu'ils appellent la désinformation des médias français. Ils sont considérés comme extrémistes par leurs communautés respectives, et accusés d'antisémitisme d'un côté et d'islamophobie de l'autre. Leur influence réelle est difficile à évaluer mais ils semblent très minoritaires. Les plus connus sont, du côté musulman : les ogres.info et du côté juif : desinfos.com, juif.org, jssnews.com[réf. nécessaire].

Les mots utilisés[modifier | modifier le code]

Pour Denis Sieffert et al., « la bataille de l'image [et des mots] précède et accompagne celle des armes » et vise les opinions publiques, dont les empathies sont fortes et diversifiées. Ces dernières sont sujettes à la désinformation, manipulées et instrumentalisées par tous les gouvernements impliqués qui au vu des enjeux « doivent à tout instant avoir un discours sur ce qui se passe au Proche-Orient »[2]

Polémiques pour propos jugés anti-israéliens[modifier | modifier le code]

Affaire Mohammed al-Durah[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Mohammed al-Durah.

L’affaire Mohammed al-Durah (arabe : محمد الدرة[3]) désigne les controverses générées par la diffusion d’un reportage de France 2 et Charles Enderlin sur la mort d’un enfant arabe palestinien de 12 ans, Mohammed al-Durah, tué par balles (d'origine très vraisemblablement israélienne selon Charles Enderlin[4]) alors que son père tentait de le protéger, lors d’échanges de tirs entre les Forces de sécurité palestiniennes et l’armée israélienne, le 30 septembre 2000, au début de la seconde Intifada. Cet événement a donné naissance à une controverse qui va de la contestation de la provenance des balles jusqu’à l'allégation d'une mise en scène.

Reportage « Un État palestinien est-il encore possible ? »[modifier | modifier le code]

Les faits[modifier | modifier le code]

Début octobre 2011, le reportage « Un État palestinien est-il encore possible ? » de l'émission Un œil sur la planète déclenche une polémique dans la communauté juive. Au lendemain de la diffusion de ce reportage, Richard Prasquier, président du CRIF adresse une lettre ouverte[5] destinée au Président du Groupe France Télévision Rémy Pflimlin. Dans ce courrier, il rappelle l'affaire Al Dura, que selon lui, « France 2 a toujours refusé d'éclaircir », et juge « que l'équipe qui l'a réalisé "a présenté, d'un conflit complexe, une image caricaturale et unilatérale", "en distordant les causalités, en ridiculisant l'adversaire, sans éviter les insinuations à la limite des théories conspirationnistes antisémites" ». À la suite de cette prise de position, la direction du groupe public a indiqué rencontrer prochainement l'ambassadeur d'Israël et le président du CRIF[6]. Cette réaction entraîne les protestations de journalistes, dont Charles Enderlin qui y voit une tentative de censure des médias français[7]. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) lance le 10 octobre 2011 une pétition intitulée « Défendons la liberté d'information » [8]. Il dénonce par ailleurs des menaces proférées contre certains journalistes de France Télévisions[9] et déclare qu'« il ne revient pas à une ambassade ni à un organisme communautaire de dicter aux journalistes ce qu’ils doivent et ne doivent pas écrire ou dire. »[10].

Le 14 octobre, dans un communiqué, France Télévisions condamne « les menaces et insultes à l'encontre des journalistes d'un Œil sur la planète à la suite de la diffusion d'un reportage sur l'avenir des territoires palestiniens mis en cause par le CRIF ». « Bien au-delà des critiques habituelles, ces procédés visent à intimider et à empêcher le travail des journalistes » précise le groupe public[11]. En plus du SNJ, les journalistes ont reçu de nombreux soutiens, notamment de la part de l'association du prix Albert-Londres, de l'association Une autre voix juive et de la Fédération Européenne des Journalistes (FEJ)[12]. L'Union des juifs pour la résistance et l'entraide (UJRE) se déclare également « solidaire de France 2 et des journalistes » [13].

Le 26 octobre, Richard Prasquier réaffirme que "le reportage de France 2 violait les règles de neutralité et d’équilibre qui sont inscrites dans la charte même de la chaine (...). Nous le démontrerons au cours de notre entretien avec le Président de France Télévision le 2 novembre."[14] "Ce rendez-vous, ajoute-t-il, est sans lien avec le rendez-vous de l’Ambassadeur d’Israël".

Consulté, le Conseil supérieur de l'audiovisuel « juge impartial le travail du magazine »[15].

Les arguments[modifier | modifier le code]

  • La communauté juive dénonce des contre-vérités dans ce reportage. L'ambassade d'Israël en France les reprend dans un "droit de réponse" : "deux yeux sur la planète"[16]. Le site desinfos.com établi une liste de faits qu'il trouve erronés dans le reportage[17]. L'observatoire des médias Acrimed fait une analyse détaillée de ces contre-arguments[18], cette analyse est complétée par le site Arrêt sur image[19].

Les guignols de l'info[modifier | modifier le code]

  • Lors de l'émission du 5 octobre 2011 prenant le prétexte d'informer que le nouveau Prix Nobel de chimie était israélien. La marionnette représentant PPDA, commentant l'attribution du Prix Nobel de chimie décerné à un chercheur israélien déclare : " Voyons l'expérience qui lui a valu ce prix" et la caricature du chercheur qui apparaît avec un sac poubelle explique : "J'ai réussi à faire entrer la Palestine dans un sac-poubelle" et PPDA de conclure : "En même temps, c'est le fruit de 50 ans de recherche, il fallait bien que cela aboutisse". Cela a entraîné de vives protestations postées sur les sites internet de la communauté juive[20].

Polémiques pour propos jugés anti-arabes[modifier | modifier le code]

Diffusion de fausses nouvelles[modifier | modifier le code]

Accusations d'empoisonnement de l'eau[modifier | modifier le code]

Raphael Israeli (en), professeur d'histoire émérite de l’université hébraïque de Jérusalem note que les médias occidentaux et arabes sont prompts à relater en détails les accusations palestiniennes d'empoisonnement de Palestiniens au moyen de gaz toxiques, d'eau contaminée, de canettes de Coca-cola frelatées par Israël, l’armée israélienne, les colons ou de « mystérieux émissaires ». Il souligne qu'une fois qu'il est mis en évidence qu'il s'agit de hoax, l'information disparaît aussitôt des médias[21].

Dans Beyond Chutzpah: On the Misuse of Anti-Semitism and the Abuse of History, Norman Finkelstein souligne que l'accusation inverse existe dans le contexte du conflit israélo-palestinien. Le Mufti de Jérusalem est ainsi (faussement) accusé d'avoir durant la Seconde Guerre mondiale mis sur pied l'opération Atlas au cours de laquelle une unité de la Waffen-SS composée de cinq soldats (trois anciens membres de la Société des Templiers en Palestine et deux arabes palestiniens) aurait eu pour mission d'empoisonner les puits de Tel-Aviv avec du cyanure[22].

Le 14 juin 2016, le quotidien israélien Maariv publie sur son site internet, NRG, une vidéo filmée en caméra cachée de l'un des fondateurs de Breaking the Silence, Yehuda Shaul, expliquant à un groupe de touristes en visite au village palestinien de Susya que « les villageois y étaient revenus s'installer récemment, le réseau de distribution d'eau du village ayant été empoisonné par des colons juifs quelques années auparavant »[23]. Le 19 juin 2016, l'agence de presse officielle turque, Anadolu publie un communiqué[24] faisant état que « le rabbin Shlomo Mlma, président du Conseil des rabbins de Cisjordanie » a émis un avis juridique religieux autorisant les colons à empoisonner l'eau des Palestiniens. Le même jour, le ministère palestinien des affaires étrangères, relate sur son site internet ce qu'il présente comme « un appel à l’empoisonnement de l'eau de Rabbi Mlmad et demande son arrestation ». L'agence de presse internationale Reuters, ainsi que d'autres médias basés en Israël ne parviennent pas à identifier un rabbin de ce nom ni l'existence d'un « Conseil des rabbins de Cisjordanie ». Wafa, l'agence de presse palestinienne officielle, reprend aussi l’allégation citant Yehuda Shaul de Breaking the Silence: « L'objectif derrière l'empoisonnement des eaux en Cisjordanie est de pousser les Palestiniens hors de leurs villes et villages afin que les colons s'emparent des terres palestiniennes »[25]. Gulf News quotidien anglophone publié à Dubaï dans les Émirats arabes unis, la publie aussi le 19 juin aussi l'attribuant à Breaking the Silence [26] qui dément alors être à l'origine de l'information[27]. Cependant, le 23 juin 2016, prononçant un discours devant le Parlement de l'Union Européenne à Bruxelles où il dénonce les « incitation[s] à la violence contre les Palestiniens (en) »[28], Abbas rapporte ces accusations selon lesquelles des rabbins voudraient empoisonner les puits palestiniens. En réaction, Israël crie à la calomnie[28],[29]. Deux jours plus tard, le bureau du président palestinien publie un communiqué en ces termes « Après qu’il est devenu évident que les déclarations supposées d’un rabbin, relayées par de nombreux médias, se sont révélées sans fondement, le président Mahmoud Abbas a affirmé qu’il n’avait pas pour intention de s’en prendre au judaïsme ou de blesser le peuple juif à travers le monde »[30].

Accusation de meurtre pour vol d'organes[modifier | modifier le code]

  • En 2004 débute sur la chaîne iranienne Sahar 1 une série télévisée Les Yeux bleus de Zahra (ou Pour vous, Palestine). Elle a été créée par Ali Derakhshi, un ancien fonctionnaire du Ministère de l'éducation. L'intrigue se déroule en Cisjordanie et se focalise sur les militaires et sur les civils israéliens (tous habillés comme des Juifs religieux) qui conspirent pour voler les yeux des enfants palestiniens. La série a été condamnée, en dehors du Moyen-Orient, en raison de la représentation à forte connotation antisémite des Juifs et plus particulièrement des Israéliens.
  • En 2009, un article du tabloïd suédois Aftonbladet, intitulé « Nos enfants sont dépouillés de leurs organes » accuse Tsahal de couvrir un trafic d'organes prélevés sur des Palestiniens. Deux jours après la publication de l'article, l'auteur avait admis, qu’il « n’avait aucune idée » ni « aucune preuve » de la véracité de ces accusations[31],[32].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Denis Sieffert, La guerre israélienne de l'information, La Découverte, (ISBN 978-2707138392)

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Voir le colloque : information relative au Proche-Orient, organisé par l'Acrimed le 20 octobre 2011 à Paris.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. [1]
  2. Sieffert 2002, p. 11-13
  3. Parfois transcrit en al-Dura ou al-Doura ou al-Durrah, avec ou sans tiret.
  4. Charles Enderlin, Un enfant est mort, éd. Don Quichotte, 2010-10-07, (ISBN 978-2-35949-026-8).
  5. Richard Prasquier, « Lettre de Richard Prasquier, président du CRIF, à Rémy Pflimlin, président directeur général de France Télévisions », sur le CRIF,‎
  6. Une émission sur la Palestine déclenche une polémique avec la communauté juive, Le Monde, 9 octobre 2011
  7. Charles Enderlin, « Bonjour, les censeurs », sur son blog
  8. « Pétition. Défendons la liberté de l’information ! », sur le site du SNJ, 10 octobre 2011.
  9. « Des menaces proférées contre France 2 et ses journalistes », sur le site du SNJ, 10 octobre 2011.
  10. Télérama, 12 octobre 2011.
  11. http://blog.france2.fr/charles-enderlin/2011/10/14/la-direction-de-france-televisions-condamne/
  12. http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jluIn0FCW5MKNf64cTa9UEEVWJCQ?docId=CNG.820eb272e451196b14a12c255a2e9590.2d1
  13. « L'UJRE solidaire de France 2 et des journalistes (communiqué) », L'Humanité, 14 octobre 2011.
  14. Lettre du CRIF, 26 octobre 2011
  15. Télérama, 17 janvier 2012
  16. [2]
  17. [3]
  18. [4]
  19. [5]
  20. [6]
  21. (en) Raphael Israeli, Poison : Modern Manifestations of a Blood Libel, Lexington Books, , 250 p. (lire en ligne), p. 193
  22. (en) Norman Finkelstein, Beyond Chutzpah: On the Misuse of Anti-Semitism and the Abuse of History, University of California Press, 2005, p. 322.
  23. « מייסד שוברים שתיקה: מתנחלים הרעילו מים של פלסטינים », sur NRG,‎
  24. « Palestinians decry rabbi call to poison West Bank water », Agence Anadolu,‎
  25. « Israel Must Arrest Jewish Rabbi Calling to Poison Palestinians’ Water, says Foreign Ministry »,‎
  26. « Israelis poisoning Palestinian water wells », sur Gulf News,‎
  27. « Abbas Repeats Debunked Claim That Rabbis Called to Poison Palestinian Water in Brussels Speech », sur Haaretz,‎
  28. a et b « Abbas accuse les rabbins de vouloir empoisonner les puits palestiniens, Israël crie à la calomnie », sur France24,‎
  29. « Netanyahu Accuses Abbas of Spreading 'Blood Libel' in European Parliament Speech », sur Haaretz,‎
  30. « Abbas revient sur ses propos relatifs aux rabbins voulant “empoisonner” les puits palestiniens », sur Times of Israel,‎
  31. Rudy Reichstadt, conspiracywatch.info
  32. http://com/rue89.nouvelobs.com, «Les juifs voleurs d'organes, un mythe qui date du Moyen Âge»