Cisidentité

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La cisidentité, ou cissexualité, est un néologisme désignant un type d'identité de genre où le genre ressenti d'une personne correspond au genre assigné à sa naissance[1],[2], la personne est alors cisgenre ou cissexuelle (abrégé en cis). Le mot est construit par opposition à celui de transgenre.

Définitions[modifier | modifier le code]

Kristen Schilt et Laurel Westbrook[Qui ?] définissent l'adjectif cisgenre (en anglais cisgender) comme un terme pour « les individus dont le genre de naissance, le corps et l'identité personnelle coïncident », complétant ainsi le terme transgenre[3].

Dans le détail, d'après Julia Serano, cissexuel est un adjectif utilisé dans le contexte des questions de genre pour décrire « les personnes qui ne sont pas transsexuelles et qui ont toujours connu leurs sexes physique et mental alignés », alors que cisgenre est un terme désignant ceux qui ne se considèrent pas transgenres (une catégorie culturelle plus large que le terme transsexuel, qui est plus médical)[4].

Il existe un certain nombre de dérivés de ces termes, notamment homme cis pour une personne de sexe masculin se considérant comme tel, femme cis pour une personne de sexe féminin se considérant comme telle.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot cisgenre tire son origine du préfixe cis- dérivé du latin, qui signifie « du même côté » et est l'antonyme du préfixe trans- aussi dérivé du latin.

On retrouve par exemple ce sens dans le terme Gaule cisalpine ou dans la distinction cis-trans en chimie. Alexandre Baril explique que dans « les dictionnaires de langue française, en sciences pures, l’adjectif cis est employé comme antonyme de trans, le premier référant à un élément qui est du même côté, le second, qui, dans ses origines latines, signifie « par-delà », référant à un élément appartenant aux deux côtés. Plus généralement, le préfixe trans, par opposition au préfixe cis, indique une transformation. Le préfixe cis est accolé aux termes de sexe et de genre pour désigner les personnes qui ne font pas de transition de sexe[5] ». Dans le cas des genres, le préfixe cis- dénote pour quelqu'un l'alignement de son identité de genre avec son sexe assigné à la naissance.

Cissexisme et cisnormativité[modifier | modifier le code]

Cissexisme[modifier | modifier le code]

Pour Julia Serano, les personnes cis profitent du « privilège cissexuel » et participent au cissexisme qui peut être un synonyme de transphobie et qui désigne le fait de considérer que tous les hommes et toutes les femmes sont nés biologiquement hommes et femmes respectivement ou de considérer que les personnes trans sont inférieures aux personnes cis[6].

Cisnormativité[modifier | modifier le code]

De plus, certains chercheurs ont commencé à utiliser le terme cisnormativité, analogue au terme hétéronormativité des études de genre[7],[8],[9],[10], ou encore les termes cisgenrisme ou cisgenrocentrisme[11]. Le sociologue et militant des droits des personnes trans Alexandre Baril écrit : « Le cisgenrisme est un système d’oppression qui touche les personnes trans, parfois nommé transphobie. Il se manifeste sur le plan juridique, politique, économique, social, médical et normatif. Dans ce dernier cas, il s’agit de cisgenrenormativité. Je préfère la notion de cisgenrisme à celle de transphobie, car elle s’éloigne des origines pathologiques et individuelles de la « phobie » »[12].

Origine[modifier | modifier le code]

Usage sur Internet[modifier | modifier le code]

Le mot cisgenre est utilisé sur internet depuis au moins 1994, où il est apparu sur le groupe Usenet alt.transgendered dans un message de Dana Leland Defosse[13]. Defosse ne définit pas le mot et semble supposer que ses lecteurs le connaissent déjà. Il a peut-être été indépendamment réinventé un an plus tard : Donna Lynn Matthews, sur le groupe Usenet alt.support.crossdressing, attribue le terme à Carl Buijs, affirmant que Buijs a inventé le terme en 1995[14].

Usage dans la recherche[modifier | modifier le code]

Le sexologue allemand Volkmar Sigusch est peut-être le premier à avoir utilisé le terme cissexuel (zissexuell en allemand) dans une revue scientifique : dans un essai de 1998 The Neosexual Revolution, il cite son article de 1991 Die Transsexuellen und unser nosomorpher Blick comme origine du terme[15]. Il a aussi utilisé le terme dans le titre d'un article en 1995 : Transsexueller Wunsch und zissexuelle Abwehr (Désir transsexuel et défense cissexuelle). Les termes « cisgenre » et « cissexuel » (en anglais cisgender et cissexual) sont utilisés dans un article de 2006 du Journal of Lesbian Studies[16], puis dans un ouvrage de Julia Serano[17], popularisant le terme au sein des milieux universitaires et militants anglophones[18],[19],[20].

Usage par le grand public[modifier | modifier le code]

En février 2014[21], Facebook offre la possibilité à ses utilisateurs et utilisatrices de choisir parmi 52 options d'identité de genre, dont cis et cisgenre[22]. Le terme cisgender est ajouté au Oxford English Dictionary en 2015[23], contribuant à populariser son usage[24].

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Cisgender » (voir la liste des auteurs).
  1. (en) Crethar, H. C. & Vargas, L. A. (2007). Multicultural intricacies in professional counseling. Dans J. Gregoire & C. Jungers (Eds.), The Counselor’s Companion: What Every Beginning Counselor Needs to Know. Mahwah, NJ: Lawrence Erlbaum. (ISBN 0-8058-5684-6). p. 61.
  2. « Déclaration de naissance », sur Public.fr (consulté le ).
  3. (en) Kristen Schilt et Laurel Westbrook, « Doing Gender, Doing Heteronormativity: 'Gender Normals,' Transgender People, and the Social Maintenance of Heterosexuality », Gender & Society, vol. 23, no 4,‎ , p. 440–464 [461].
  4. (en) Julia Serano, Whipping Girl : A Transsexual Woman on Sexism and the Scapegoating of Femininity, Seal Press, , 1re éd. (ISBN 1-58005-154-5, OCLC 81252738), p. 12Voir et modifier les données sur Wikidata
  5. Alexandre Baril, « Transsexualité et privilèges masculins : fiction ou réalité? », L. Chamberland, B. Frank et J.L. Ristock (dir.). Diversité sexuelle et constructions de genre,‎ , p. 283-284 (lire en ligne).
  6. Martin Blais, Mathieu Philibert, Félix-Antoine Bergeron et Martine Hébert, « Les expériences de victimisation des jeunes à travers le prisme de l’intersectionnalité », Service social, vol. 64, no 1,‎ , p. 1–14 (ISSN 1708-1734, DOI 10.7202/1055887ar, lire en ligne, consulté le )
  7. (en) Carmen Logie, Lana James, Wangari Tharao et Mona Loutfy, « ‘‘We don’t exist’’: a qualitative study of marginalization experienced by HIV-positive lesbian, bisexual, queer and transgender women in Toronto, Canada », Journal of the International AIDS Society, vol. 15, no 2,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  8. (en) Edward Ou Jin Lee et Shari Brotman, « Identity, Refugeeness, Belonging: Experiences of Sexual Minority Refugees in Canada », Canadian Review of Sociology, vol. 48, no 3,‎ , p. 241–274 (lire en ligne).
  9. Alexandre Baril, « Transsexualité et privilèges masculins : fiction ou réalité? », Diversité sexuelle et constructions de genre,‎ , p. 263-295 (lire en ligne).
  10. Alexandre Baril, « Sexe et genre sous le bistouri (analytique) : interprétations féministes des transidentités », Recherches féministes,‎ , p. 121-141 (lire en ligne).
  11. « Arnaud Alessandrin, "La question Cisgenre", revue interrogations n.15, 2013 : », sur www.revue-interrogations.org, (consulté le )
  12. Alexandre Baril, « Sexe et genre sous le bistouri (analytique) : interprétations féministes des transidentités », Recherches féministes,‎ , p. 121 (lire en ligne).
  13. (en) Dana Leland Defosse, « Transgender Research », alt.transgendered newsgroup, (consulté le ).
  14. Donna Lynn Matthews, « Definitions », sur Donna's Hideout, (consulté le ).
  15. (en) Volkmar Sigusch, « The Neosexual Revolution », Archives of Sexual Behavior, vol. 27, no 4,‎ , p. 331-359 (PMID 9681118, DOI 10.1023/A:1018715525493).
  16. Green, Eli R. (2006). "Debating Trans Inclusion in the Feminist Movement: A Trans-Positive Analysis," Journal of Lesbian Studies. Volume: 10 Issue: 1/2. pp. 231−248. ISSN 1089-4160
  17. Julia Serano, Whipping Girl: A Transsexual Woman on Sexism and the Scapegoating of Femininity, Seal Press, (ISBN 978-1-58005-154-5, lire en ligne Inscription nécessaire), 12
  18. Carla Pfeffer, « Trans (Formative) Relationships: What We Learn About Identities, Bodies, Work and Families from Women Partners of Trans Men », Ph.D Dissertation, Department of Sociology, University of Michigan,‎
  19. Rhaisa Williams, « Contradictory Realities, Infinite Possibilities: Language Mobilization and Self-Articulation Amongst Black Trans Women », Penn McNair Research Journal, vol. 2, no 1,‎
  20. Jack Drescher, « Queer Diagnoses: Parallels and Contrasts in the History of Homosexuality, Gender Variance, and the Diagnostic and Statistical Manual », Archives of Sexual Behavior, vol. 39, no 2,‎ , p. 427–460 (PMID 19838785, DOI 10.1007/s10508-009-9531-5, S2CID 13062141)
  21. « Facebook: trans, cis, FTM... 50 identités de genre installées en français », sur LExpress.fr, (consulté le )
  22. Sam Bourcier, « Le dictionnaire des 52 nuances de genre de Facebook », sur Slate.fr, (consulté le )
  23. Katherine Martin, « New words notes June 2015 » [archive du ], sur Oxford English Dictionary, Oxford University Press (consulté le )
  24. « Tracing Terminology | Perspectives on History | AHA », sur www.historians.org (consulté le )

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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