Domestication du chien

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Un grand chien employé à la chasse au lion figuré sur une mosaïque romaine.

La domestication du chien est intervenue au Paléolithique[1], longtemps avant celle de toutes les autres espèces domestiques actuelles. Elle précède de plusieurs dizaines de milliers d'années la sédentarisation de l'homme et l'apparition des premières civilisations agricoles. C'est l'unique espèce domestique ancienne dont la domestication n'est pas liée à l'apparition de l'agriculture et à la sédentarisation. Cette place que le chien occupe auprès de l'espèce humaine en fait un cas particulier parmi les espèces domestiques.

Ancêtre du chien[modifier | modifier le code]

Les chiens pourraient être issus de plusieurs lignées lupines différentes, domestiquées à plusieurs endroits du monde. Avant les progrès de la génétique, l'identité exacte de l'ancêtre du chien a longtemps été un mystère. Darwin, dans The Variation of Animals and Plants under Domestication (1868), subodorait ainsi qu'ils provenaient d'un croisement entre des loups et des chacals. Les progrès récents en génomique ont finalement permis d'établir que le chien est plus proche génétiquement des sous-espèces actuelles de Canis lupus, le loup gris) que de tout autre canidé[2], avec lequel il partage 99,9% de son ADN [3]. En 1997, une comparaison de génome sur 300 échantillons appartenant à la lignée des chiens domestiques actuels et celle des représentants sauvages actuels de l'espèce Canis lupus ont montré, dans un premier temps, que ces lignées s'étaient séparées il y a entre 150 000 ans et 100 000 ans[4]. Ces résultats ont depuis été remis en cause, certains parlant plutôt de 30 000 ans [3]. Une étude Suédoise datant de 2015 a pu préciser la date de divergence entre le loup et le chien grâce à la découverte d'une lignée de loup éteinte, le loup Taïmyr[5]. Cet individu, vieux de 35 000 ans, a vécu avant la divergence entre le loup et le chien et a permis aux scientifiques de recalibrer l'horloge moléculaire à laquelle sont soumis le loup et le chien. Ils ont ainsi pu déterminer que les ancêtres des chiens ont divergé des ancêtres des loups il y a 27 000 ans au moins, bien plus tôt que ce que les analyses génétiques récentes avançaient.

Contexte de domestication[modifier | modifier le code]

La relation entre humains et canidés sauvages est très ancienne. Des restes de loup ont été retrouvés en association avec ceux d'hominidés datant de 400 000 ans [réf. nécessaire]. Les chasseurs-cueilleurs et les loups avaient plusieurs points communs : ils appartenaient à des espèces sociables, ils partageaient le même habitat et ils se nourrissaient des mêmes proies. Des études ont montré que les louveteaux capturés tout jeunes et élevés par des hommes s'apprivoisent et se socialisent facilement, d'autant plus qu'ils dépendent de leurs maîtres pour leur alimentation. Cela n'explique toutefois pas leur domestication, puisque ces louveteaux demeuraient des... loups [3].

La domestication du chien a longtemps été considérée comme une innovation marquant le Mésolithique (entre le Paléolithique et le Néolithique, soit, en Europe, entre environ - 10 000 et - 5 000 av. J.-C.) et accompagnant les profondes mutations socio-économiques liées au radoucissement climatique post-glaciaire. En 1977, on découvrit cependant des restes d'un chiot dans une tombe humaine en Israël, datant de 12 000 ans BP ("avant le présent"), suggérant que les chiens en tant que tels avaient été domestiqués au Moyen-Orient peu avant que les peuples y résidant deviennent agriculteurs [3]. Des découvertes ultérieures de crânes, en Russie et en Allemagne, repoussèrent la date d'encore 4 000 ans, montrant que les chiens avaient été apprivoisés par des populations de chasseurs-cueilleurs [3]. Jusqu'à la découverte du « chien de l'Altaï » [1] plusieurs restes morphologiquement semblables au chien suggéraient en effet une domestication précoce, dans un contexte d'économie de chasseurs-cueilleurs, au cours du Paléolithique supérieur (Aurignacien). L'absence d'ADN exploitable ne permettait alors pas de rattacher formellement ces chiens à la lignée du chien moderne, la domestication du chien pouvant en effet être issue d'une redomestication de loups ou de chiens ensauvagés[6].

Les plus anciens restes de chien domestique ont été trouvés à Předmostí en République tchèque (26 000 ans BP)[7], dans les grottes de Goyet en Belgique (36 000 ans BP[8] - certains savants ont cependant soutenu, contre la paléontologiste Mietje Germonpré (nl), qu'il ne s'agissait pas d'un chien [3]) et en Sibérie (33 000 ans BP[9]) où a été trouvé le « chien de l'Altaï ». La découvert d'ADN exploitable dans une dent de ce dernier, a permis en 2013 de montrer qu'il était plus proche, génétiquement, du chien moderne et préhistorique que des loups ; les auteurs soulignent toutefois qu'il est possible, voire probable, qu'il ne s'agisse pas de l'ancêtre actuel du chien, mais plutôt d'une lignée disparue [1].

Toutes ces découvertes demeurent cependant débattues [3] (Druzkhova et. al, les auteurs de l'étude sur le « chien de l'Altaï », affirment ainsi que les restes de Předmostí sont ceux de loups, et soutiennent en revanche que le « chien de l'Altaï » et celui de la grotte de Goyet sont bien des chiens, mais dont la lignée s'est éteinte avant la dernière période glaciaire (- 100 000 à - 10 000 ans av. J.-C. [9]). Peter Savolainen, un généticien du Royal Institute of Technology de Stockholm, s'est par exemple fondé sur une comparaison de l'ADN de 1 500 chiens actuels pour soutenir, en 2009, que le chien en tant que tel était apparu dans le delta du Yangtze il y a moins de 16 000 ans, contestant ainsi le fait que les restes découverts par les archéologues appartiennent vraiment à l'espèce canine [3]. Un autre spécialiste, Robert Wayne, biologiste et rival de Savolainen, s'est fondé quant à lui sur une comparaison des échantillons d'ADN prélevés sur des restes anciens de chiens, pour affirmer en 2012 que l'espèce canine provenait en fait d'une race extincte de loups, présente en Europe, de laquelle elle aurait évolué il y a entre 19 000 et 32 000 ans [3]. Ces experts travaillent maintenant ensemble, aux côtés également de la paléontologiste Mietje Germonpré (nl), sur un programme mêlant génétique et morphométrie géométrique, permettant de comparer par ordinateur les crânes découverts et ainsi retracer la lente évolution du loup au chien [3].

Une étude suédoise datant de 2015 reprécise la date de divergence entre l'ancêtre du loup et du chien, lui donnant 27 000 ans au moins. De ce fait, les ancêtres des chiens et des loups gris se seraient séparés avant le dernier maximum glaciaire[5]. La même étude avance que la domestication du chien s'est faite en plusieurs étapes. Les auteurs ont en effet trouvé une forte apparentée entre une ancienne race de loup, le loup de Taïmyr, avec le Husky de Sibérie, le chien du Groenland, le Shar Pei et le Spitz Finlandais. Les auteurs expliquent ce lien soit par la colonisation plus tardive du nord de l'Eurasie par les premiers humains, soit par un contact prolongé des ancêtres de ces races de chien avec le loup de Taïmyr. Ces différents degré de parenté entre loup et chien suggèrent donc que plusieurs événements de domestications ont eu lieu à travers le globe, ce qui a donné les races de chien d'aujourd'hui. Par ailleurs, l'ancienneté de la divergence entre loup et chien soutient l'estimation de l'âge du chien de l'Altaï datant de 33 000 ans de même que ceux d'anciens restes de chiens découverts en Belgique, Ukraine et Russie remontant à 36 000 ans[10]. Elle est aussi concordante avec une étude avançant que des événements de domestications ont eu lieu dans les Amériques[11].

Lors de l'apparition de l’agriculture, le chien s'adapte à l'alimentation humaine plus riche et acquiert la capacité de digérer l'amidon. Une étude génétique en 2013 a mis en évidence que le chien domestiqué a de nombreux gènes impliqués dans le développement du cerveau (favorable à la recherche des restes des repas humains) et la formation d'amylases (favorable à la digestion de l'amidon qui est rare dans le régime carné du loup) lui permettant de découvrir une nouvelle niche écologique au milieu des premières colonies humaines sédentaires[12],[13]. Enfin, une étude de 2015 comparant le rôle du regard et de l'oxytocine (une hormone liée à l'affectivité) chez les chiens et les loups vis-à-vis de leurs maître ou maîtresses montre l'importance accrue de ceux-ci pour les chiens [14].

Vitesse de domestication[modifier | modifier le code]

Les dates fournies par l'archéologie, la morphométrie géométrique (comparaison assistée par ordinateur des formes des crânes) et la génétique laissent supposer une domestication qui s'étale plutôt sur plusieurs millénaires, liée à la fois à l'évolution du comportement inné des chiens et à une évolution culturelle des humains et donc à une évolution des relations entre les deux espèces.

Évolutions ultérieures[modifier | modifier le code]

Depuis le Paléolithique, plusieurs centaines de races présentant des variations et des différences très importantes ont été développées : entre un chihuahua et un lévrier irlandais les rapports de taille sont de près de 1 à 10 et ceux de masse de 1 à 50. Les couleurs varient du blanc au noir, avec des roux, des gris et des bruns, parmi une très grande gamme de coloris.

Par ailleurs, des groupes de chiens errants ont constitué des populations canines plus ou moins indépendantes de l'homme et distinctes des chiens domestiques. Certains d'entre eux sont toujours restés semi-sauvages et vivent en commensal de l'homme, comme éboueurs des villes. Ce sont les chiens parias qui abondent notamment en Inde. D'autres sont retournés à la vie sauvage par marronnage. C'est le cas du Dingo et du Chien chanteur[15].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Druzhkova AS, Thalmann O, Trifonov VA, Leonard JA, Vorobieva NV, et al. (2013) Ancient DNA Analysis Affirms the Canid from Altai as a Primitive Dog. PLoS ONE 8(3): e57754. doi:10.1371/journal.pone.0057754
  2. Pour la Science, n° 423, janvier 2013, Pierre Jouventin - La domestication du loup - Jusqu'à ces dernières années, il était tout simplement impossible de déterminer l'origine du chien. Puis la biologie moléculaire a tranché : le chien est le descendant du loup et de lui seul, et la jolie formule de La Fontaine s'est révélée prémonitoire ! Le chien est une création de l'homme préhistorique par sélection artificielle.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j David Grimm, "Dawn of the dog", Science, 17 avril 2015, Vol. 348 no. 6232 pp. 274-279
  4. About.com - Archaeology - Dog History How were Dogs Domesticated? By K. Kris Hirst - Dog history has been studied recently using mitochondrial DNA, which suggests that wolves and dogs split into different species around 100,000 years ago...
  5. a et b (en) Skoglund Pontus, « Ancient Wolf Genome Reveals an Early Divergence of Domestic Dog Ancestors and Admixture into High-Latitude Breeds. », Current Biology, no 25,‎ , p. 1515-1519 (lire en ligne)
  6. Jean-Denis Vigne, archéozoologue et biologiste au MNHN, « La domestication du chien », émission La Tête au carré sur France Inter, 6 février 2013
  7. Futura Science - Un os de mammouth dans la mâchoire d’un chien fossile !
  8. Germonpré, M., Sablin, M.V., Stevens, R.E., Hedges, R.E.M., Hofreiter, M., Stiller, M. et Després, V.R. (2009) - « Fossil dogs and wolves from Palaeolithic sites in Belgium, the Ukraine and Russia: osteometry, ancient DNA and stable isotopes », Journal of Archaeological Science, vol. 36, n° 2, pp. 473-490.
  9. a et b Ovodov ND, Crockford SJ, Kuzmin YV, Higham TFG, Hodgins GWL, van der Plicht J (2011), A 33,000-Year-Old Incipient Dog from the Altai Mountains of Siberia: Evidence of the Earliest Domestication Disrupted by the Last Glacial Maximum, PLoS ONE, 6(7): e22821. doi:10.1371/journal.pone.0022821
  10. (en) Gemonpré M., « Fossil dogs and wolves from Palaeolithic sites in Belgium, the Ukraine and Russia: osteometry, ancient DNA and stable isotopes. », Journal of Archaeological Science, no 36,‎ , p. 473-490 (lire en ligne)
  11. (en) Jennifer A. Leonard, Robert K. Wayne, Jane Wheeler et Raúl Valadez, « Ancient DNA Evidence for Old World Origin of New World Dogs », Science, vol. 298,‎ 11/22/2002, p. 1613-1616 (ISSN 0036-8075 et 1095-9203, PMID 12446908, DOI 10.1126/science.1076980, lire en ligne)
  12. (en) Erik Axelsson, Abhirami Ratnakumar et Maja-Louise Arendt, « The genomic signature of dog domestication reveals adaptation to a starch-rich diet », Nature,‎ (DOI 10.1038/nature11837)
  13. La génomique entre chiens et loups, Nicolas Gompel, Benjamin Prud'homme, lemonde.fr, 28 février 2013 et mis à jour le 7 mars 2013
  14. MacLean et Briar, "Dogs hijack the human bonding pathway", et Nagasawa et al., "Oxytocin-gaze positive loop and the coevolution of human-dog bonds", in Science, 17 April 2015: Vol. 348 no. 6232 pp. 333-336
  15. Entre chien et loup : histoire du chien - le chien paria - les chiens errants, site Futura nature par Futura science.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]