Châtelperronien

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Châtelperronien
Description de cette image, également commentée ci-après
Pendeloque en os du Châtelperronien (largeur 32 mm)
grotte du Renne, Arcy-sur-Cure
Définition
Autres noms Périgordien ancien
Lieu éponyme Châtelperron
Auteur Henri Breuil, 1906
Caractéristiques
Répartition géographique sud-ouest et centre de la France, Pyrénées, nord de l'Espagne
Période Paléolithique supérieur
Chronologie 42 000 à 32 000 ans AP
Type humain associé Homme de Néandertal (contesté)
Tendance climatique Interpléniglaciaire (SIO 3)
période froide entre deux périodes glaciales

Objets typiques

Pointe de Châtelperron

Le Châtelperronien (ou Castelperronien) est une culture préhistorique attestée en France et dans le nord de l'Espagne, datée de 42 000[1] à 32 000 ans avant le présent. Bien qu'il soit parfois attribué aux derniers Néandertaliens d'Europe, sa chronologie l'inclut dans le Paléolithique supérieur, qui commence vers 45 000 ans avant le présent.

Historique[modifier | modifier le code]

Le Châtelperronien doit son nom au site de la grotte des Fées à Châtelperron, dans l'Allier, en Auvergne. Il a été défini par l'abbé Henri Breuil en 1906. Il correspond au Périgordien ancien défini par Denis Peyrony en 1933[2].

Extension géographique[modifier | modifier le code]

Le Châtelperronien est surtout présent dans le sud-ouest de la France : les Landes (Brassempouy), les Pyrénées-Atlantiques (grottes d'Isturitz et d'Oxocelhaya), la Dordogne (La Ferrassie, Combe-Capelle), le Lot (Roc de Combe, Le Piage), la Charente-Maritime (Saint-Césaire), la Charente (La Quina), la Vienne (Quinçay). On le trouve aussi dans le bassin de la Loire (site éponyme) et de la Seine (grottes d'Arcy-sur-Cure) ainsi que dans le nord de l'Espagne, en région cantabrique (Cueva de Morín (es), El Pendo (es)).

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Pointes de Châtelperron

L'industrie lithique châtelperronienne se caractérise par le développement du débitage de lames, des éclats allongés produits en série et parfois retouchés, modifiés pour réaliser des outils spécialisés (grattoirs, burins, etc.). L'un des outils sur lame caractéristiques de cette culture est la pointe de Châtelperron (ou couteau de Châtelperron), présentant un dos courbe abattu par des retouches abruptes. La forme de ce fossile directeur pourrait être liée à une modalité d'emmanchement à l'aide de matériaux périssables qui ne nous sont pas parvenus.

Les autres éléments importants de la culture matérielle châtelperronienne sont l'apparition de la parure (pendentifs en os ou en ivoire, dents percées ou rainurées, fossiles aménagés pour la suspension, etc.) et le développement de l'outillage en matières dures animales (lissoirs, épingles, poinçons en os, etc.)

L'interprétation du Châtelperronien et la question de ses relations avec l'Aurignacien[modifier | modifier le code]

À la suite des travaux de François Bordes, le Châtelperronien et l'Aurignacien ont longtemps été considérés comme strictement contemporains. Selon cet auteur, les séquences stratigraphiques des gisements de Roc-de-Combe et du Piage auraient démontré cette contemporanéité par l'interstratification des deux industries (alternance répétée des deux faciès au cours du temps). Dans ce cadre, le Châtelperronien était interprété par certains comme une « imitation » par les Néandertaliens des comportements des hommes modernes (utilisation de parure, débitage de lames, etc.) par exemple à la suite de contacts.

Toutefois une étude de 2002 a montré que les interstratifications supposées résultaient de remaniements post-dépositionnels ou de problèmes de lecture de la stratigraphie[3],[4].

Plusieurs auteurs considéraient en 1998 que les spécificités culturelles du Châtelperronien ne sont pas liées à l'arrivée des porteurs de l'Aurignacien en Europe de l'Ouest, et qu'elles résultent plus probablement d'une invention indépendante par les Néandertaliens[5].

Une réévaluation en 2005 et 2007 des données du site de la grotte des Fées (Châtelperron) a relancé le débat au sujet de l'interstratification Châtelperronien / Aurignacien[6],[7]. L'existence d'une interstratification dans la séquence du site éponyme a également été remise en question en 2006 de manière radicale, également en raison de problèmes de perturbations post-dépositionnelles et du fait du manque de fiabilité de la documentation archéologique[8].

L'auteur du Châtelperronien[modifier | modifier le code]

Il était généralement admis que les industries châtelperroniennes avaient été réalisées par les derniers Néandertaliens, au temps de l'arrivée en Europe des premiers hommes modernes porteurs de l'Aurignacien[9],[10]. Ainsi, le Moustérien de tradition acheuléenne est souvent mentionné (notamment par Henri Breuil) comme précurseur du Châtelperronien, bien que ce dernier soit précédé par le Vasconien dont l'identité indépendante est cependant discutée.

L'attribution du Châtelperronien aux Néandertaliens reposait sur deux découvertes : le gisement de Saint-Césaire (fouillé en 1976)[11], où des fossiles néandertaliens étaient considérés comme associés à une industrie châtelperronienne[12],[13], et quelques restes humains d'Arcy-sur-Cure (site fouillé en 1950-51) considérés comme néandertaliens et mêlés à de délicats outils en os et pièces de collier[14].

L'origine néandertalienne des fragments osseux d'Arcy-sur-Cure a été prouvée en 2016 grâce à l'analyse de leur collagène (richesse en asparagine) et de leur ADN mitochondrial, et leur âge a été estimé autour de 42 000 ans AP[15].

Cependant cette association entre Châtelperronien et Néandertaliens sur les sites de Saint-Césaire et d'Arcy-sur-Eure est aujourd'hui à nouveau contestée. Une étude de 2018 a repris les travaux des découvreurs de Saint-Césaire à l'aide de méthodes actuelles. La présence de l'un et l'autre sur ce site n'est pas remise en cause, mais une analyse stratigraphique plus précise dément l'association entre outils châtelperroniens et fossiles néandertaliens[1].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Baffier, Les Derniers Néandertaliens : Le Châtelperronien (De -36.000 à -30.000 ans), La Maison des Roches, (lire en ligne).
  • Jacques Pelegrin, Technologie lithique : le Châtelperronien de Roc-de-Combe (Lot) et de La Côte (Dordogne), Paris, CNRS, coll. « Cahiers du quaternaire », , 304 p. (ISBN 978-2-271-05309-1).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Néandertal n’aurait pas copié sur Cro-Magnon », {Sciences2},‎ (lire en ligne).
  2. André Leroi-Gourhan, Les religions de la préhistoire - Paléolithique, Paris, Presses universitaires de France, , 156 p. (lire en ligne [PDF]), p. 7, note 1
  3. Jean-Guillaume Bordes, « Les interstratifications Châtelperronien / Aurignacien du Roc-de-Combe et du Piage (Lot, France). Analyse taphonomique des industries lithiques ; implications archéologiques », Sciences de l'Homme et Sociétés - Université Sciences et Technologies, Bordeaux I,‎ (lire en ligne [PDF]).
  4. (en) J.-G. Bordes, « News from the West : a reevaluation of the classical Aurignacian sequence of the Périgord », dans O. Bar-Yosef & J. Zilhão, Toward a definition of the Aurignacian, Instituto Portuges de Arqueologia - Trabalhos de Arqueologia n° 45, (lire en ligne), p. 147-171.
  5. (en) Francesco d'Errico, Joao Zilhão, Dominique Baffier, Michelle Julien et Jacques Pelegrin, « Neanderthal acculturation in Western Europe ? A critical review of the evidence and its interpretation », Current Anthropology, no 39,‎ , p. 1-44 (lire en ligne [PDF]).
  6. (en) Paul Mellars, Brad Gravina et Christopher Bronk Ramsey, « Radiocarbon dating of interstratified Neanderthal and early modern human occupations at the Chatelperronian type-site », Nature, no 483,‎ , p. 51–56 (lire en ligne).
  7. (en) P. Mellars, B. Gravina et C. Bronk Ramsey, « Confirmation of Neanderthal/modern human interstratification at the Chatelperronian type-site », PNAS, no 104,‎ , p. 3657-3662 (lire en ligne).
  8. (en) J. Zilhão, F. D'Errico, J.-G. Bordes, A. Lenoble, J.-P. Texier et J.-P. Rigaud, « Analysis of Aurignacian interstratification at the Châtelperronian-type site and implications for the behavioral modernity of Neandertals », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 103, no 33,‎ , p. 12643–12648 (lire en ligne).
  9. Dominique Baffier, Les derniers Néandertaliens - Le Châtelperronien, Paris, la Maison des Roches, , 120 p. (lire en ligne).
  10. S. Bailey et J.-J. Hublin, « Dental remains from the Grotte du Renne at Arcy-sur-Cure (Yonne) », Journal of Human Evolution, no 50,‎ , p. 485-508 (lire en ligne).
  11. « Les premiers hommes modernes d'Europe », sur ma.prehistoire.free.fr (consulté le 31 mars 2018).
  12. (en) F. Lévêque, A.-M. Backer et M. Guilbaud, Context of a late neandertal. Implications of multidisciplinary research for the transition to Upper Paleolithic adaptations at Saint-Césaire, Charente-Maritime, France, Madison (Wisconsin), Prehistory Press, coll. « Monographs in World Archaeology », , 130 p. (lire en ligne).
  13. François Lévêque et Bernard Vandermeersch, « Les restes humains de Saint-Césaire (Charente-Maritime) », Bulletins et Mémoire de la Société Anthropologique de Paris, série XIII, vol. 8, no 1,‎ , p. 103-104 (lire en ligne).
  14. Jean-Jacques Hublin, F. Spoor, M. Braun, F. Zonneveld et Silvana Condemi, « A late Neanderthal associated with Upper Paleolithic artefacts », Nature, no 381,‎ , p. 224-226 (lire en ligne [PDF]).
  15. (en) Lizzie Wade, « Neandertals made jewelry, proteins confirm », Science, vol. 353, no 6306,‎ , p. 1350 (DOI 10.1126/science.353.6306.1350).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]