Zhang Qian

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Dans ce nom chinois, le patronyme, Zhang, précède le prénom.
Zhang Qian prenant congé de l’empereur Wudi, pour son expédition en Asie centrale de -139 à -126, peinture murale des grottes de Mogao, 618-712.

Zhang Qian (chinois simplifié : 张骞 ; chinois traditionnel : 張騫 ; pinyin : Zhāng Qiān ; Wade : Chang¹ Ch'ien¹ ; EFEO : Tchang K'ien mort en -113), fut un explorateur et envoyé impérial chinois du IIe siècle av. J.-C., à l’époque de la dynastie Han.

Il fut le premier diplomate officiel à ramener des informations fiables d'Asie centrale à la cour de l'empereur Han, Wudi le « Guerrier » (-141 - -87). Il joua un important rôle de pionnier dans la colonisation et la conquête par la Chine de la région appelée aujourd'hui Xinjiang.

Les voyages de Zhang Qian sont aujourd'hui étroitement associés avec l'histoire de la Route de la soie.

Les récits de ses explorations en Asie centrale sont consignés dans les chroniques historiques des Han antérieurs (Shiji, ou Mémoires du grand historien), compilées par Sima Qian au Ier siècle av. J.-C.

Les missions diplomatiques de Zhang Qian[modifier | modifier le code]

Carte de la Chine des Han 87 avant J.-C.

Zhang Qian est né près de Hanzhong dans la province chinoise du Shaanxi. Il s'installe à Chang'an (aujourd'hui Xi'an) où il entre au service de l'empereur comme officier du palais impérial.

Depuis leur conquête, en 209 avant J.-C., des territoires à l'ouest de la Chine, les Xiongnu (匈奴), barbares venus du nord[1], menaçaient de faire alliance avec les Qiang du Tibet. Aussi, Wudi souhaitait-il coloniser le couloir fertile du Gansu et ménager des alliances avec les tribus locales. En -139, l'empereur décide donc d'envoyer Zhang Qian en mission vers l'ouest pour conclure une alliance avec les Yuezhi qui avaient été chassés de leur territoire par les Xiongnu en -177 et s'étaient installés en Daxia (en) (la Bactriane, l'actuel Turkménistan)[2].

Accompagné par une escorte d'une centaine de gardes, Zhang Qian est rapidement capturé par les Xiongnu et reste leur prisonnier une dizaine d'années, ponctuées d'évasions multiples pendant lesquelles il traverse le Pamir, le fleuve Oxus (aujourd'hui appelé Amou Darya) et le Tibet. Il fut néanmoins bien traité durant cette captivité et épousa une femme xiongnu dont il eut un fils. Le désordre qui suivit la mort du chef des Xiongnu (le chan-yu[3]) lui permit de rentrer au pays avec sa famille, en -126, sans accord d'alliance mais avec de précieuses connaissances[4].

En effet, il rapporte non seulement des informations fiables sur l'Asie centrale et les peuples qui y vivent (les Parthes, les Bactriens (dans l'actuel Afghanistan), les Sogdiens (dans l'actuel Ouzbékistan,...) mais aussi des produits (l'alfalfa, le raisin, le vin,...), des itinéraires (routes, passes) jusqu'alors inconnus des Chinois et une possible localisation de la source du fleuve jaune, le Huang He.

Cheval céleste - bronze Dynastie Han

Il a également découvert l'existence des ânes, des chameaux de Bactriane et surtout d'une race de chevaux aux longues jambes, les « chevaux célestes » dans la vallée de Ferghana (aux confins de l'Ouzbékistan). C'est, entre autres, pour en obtenir que l'empereur de Chine enverra des caravanes chargées de soie, alors que son exportation était jusque là interdite et punie de mort[5].

Vers -119, il entreprend une seconde mission diplomatique durant laquelle il traverse de nouveau le Turkestan jusqu'à la Sogdiane et fait une incursion sur la rive gauche de l'Indus[6]. Nommé général des gardes du palais (zhonglang Jiang) pour l'occasion, il emmène avec lui avec 300 hommes, de l'or et de la soie et revient après avoir obtenu le tribut du royaume des Wusun, cousins des Xiongnu et redoutables archers. Il revient en Chine avec une ambassade de wusum. Ses émissaires, qu'il avait pris soin d'envoyer dans les autres contrées, revinrent une année plus tard accompagnés de représentants des divers peuples. Une princesse chinoise de sang royal est même envoyée pour consolider les liens d'alliance avec le chef des Wusun[7] (le kun mo[8]).

Zhang Qian, qui meurt peu après son retour, est souvent considéré comme l'initiateur de la Route de la soie et du commerce avec l'ouest.

Les généraux Wei Qing (en), beau-frère de l'empereur, puis Li Ling ne tardèrent pas à repartir en mission dans ces régions[9]. Vers 60 avant J.-C., un protectorat général Han fut institué pour administrer ces territoires de l'ouest.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. A ne pas confondre avec les Huns - voir page 383 in Cambridge History of China, Volume 1, Cambridge University, 1986
  2. Voir pages 70-76 in The Great Wall: China Against the World, 1000 BC-AD 2000, Julia Lovell, Grove Press, 2006
  3. Transcription chinoise du titre par lequel les Xiongnu désignaient leur chef
  4. Voir page 129 in La civilisation de la Chine classique, Vadime et Danielle Elisseeff, Arthaud, 1987
  5. Voir page 131 in La civilisation de la Chine classique, Vadime et Danielle Elisseeff, Arthaud, 1987
  6. Voir pages 38-39 in Chronicle of the Chinese Emperors, Ann Paludan, Thames and Hudson, 1998
  7. Voir pages 33-56 in Voyageurs chinois à la découverte du monde, Dominique Lelièvre, Olizane, 2004
  8. Transcription chinoise du titre par lequel les Wusun désignaient leur chef
  9. Voir page 55 in China: Its History and Culture, William S. Morton et Charlton M. Lewis, McGraw-Hill, 2005

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Susan Whitfield, Ursula Sims-Williams, The Silk Road: Trade, Travel, War and Faith, Serindia Publications, 2004
  • (en) Sima Qian (Ch'ien Ssu-Ma), Records of the Grand Historian: Han Dynasty, (traduction de Burton Watson), Columbia University Press, 1993
  • Dominique Lelièvre, Voyageurs chinois à la découverte du monde, Olizane, 2004 - (notamment le chapitre consacré à Zhang Qian pages 33-56)