Palmier à huile

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Le palmier à huile ou éléis de Guinée (Elaeis guineensis Jacq.) est un monocotylédone de la famille des Arécacées, largement cultivé pour ses fruits et ses graines riches en huile à usage alimentaire et industriel, appelée huile de palme, devenue depuis quelques années la « première source de corps gras végétal sur le marché mondial »[1].

Description[modifier | modifier le code]

Le palmier à huile mesure 20 à 25 m de haut, mais dans les palmeraies de culture les elaeis ne dépassent pas 15 mètres. Son « faux-tronc » est le stipe caractéristique des palmiers, cylindrique, vertical, non ramifié et de diamètre constant.

Les feuilles, pennées, mesurent de 5 à 7 m de long, à pétiole très robuste et épineux. Elles forment une couronne symétrique en haut du stipe, entourant et protégeant le bourgeon végétatif.

Les inflorescences sont des spadices, implantés à l'aisselle de chaque feuille. La plante est monoïque et présente des spadices mâles et femelles séparés.

Drupes de palmier à huile

Le fruit est une drupe charnue, de forme ovoïde, sessile. La pulpe ou mésocarpe, de couleur jaune-orangé, renferme près de 50 % de lipides qui constituent l'huile de palme. Les noix de palme sont groupées en régimes. Un régime peut porter jusqu'à quinze cents drupes.

Noyau du fruit du palmier à huile

Il contient un noyau très dur, ou coque, constitué par l'endocarpe. Le noyau, constitué de l’amande et de la coque, pèse de 1 à 6 g selon les variétés.

À l'intérieur du noyau, la graine ou amande, appelée palmiste, est également riche en lipides et fournit l'huile de palmiste. L’amande comprend un tégument mince et adhérent, un albumen cartilagineux qui contient environ 50 % d’huile et un embryon.

Distribution[modifier | modifier le code]

Cette espèce est originaire de l'Afrique tropicale : Kenya, Tanzanie, Ouganda, République démocratique du Congo, Bénin, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo. Son foyer d'origine semble se situer le long du golfe de Guinée, où subsistent des palmeraies naturelles. (Grâce à un pollen très caractéristique, qui diffère significativement de celui des autres palmiers africains, en particulier du Ronier (Borassus aethiopum) la palynologie a permis de mieux cerner ses origines et ses déplacements, depuis 3000 ans environ[2]) ; Alors que les palmiers étaient en Afrique, comme en Amérique du sud très fréquents, ils ont régressé dans les forêts d'Afrique durant le Cénozoïque, probablement à cause de changements climatiques[3]. Le Palmier à huile est l'un des rares à avoir résisté à ce recul en Afrique.

Elle est largement cultivée dans toutes les zones tropicales du globe, notamment en Asie, sous forme de plusieurs cultivars à la productivité fortement améliorée par sélection variétale[4].

Sa productivité a connu une croissance proche de celle du blé, maïs, tournesol, etc. durant la première révolution verte dans les régions tempérées. La sélection d'un gène « shell » (découvert en 1939 par Beirnaert) a fait croître sa productivité de 30 %[4], et plus encore (+ 10% supplémentaires) dans les années 1960 par hétérosis de croisements inter-origines, avant un gain supplémentaire de 12 à 18 % par sélection variétale récurrente pour arriver au début des années 1990 à une production de 6,7 tonnes d’huile par hectare et par an dans les meilleures conditions[4] passée à environ 7,2 t/ha/an vers l'an 2000, tout en développant des souches résistant mieux à la fusariose et la pourriture du cœur, deux maladies fréquentes respectivement en Afrique et en Amérique du Sud. La dormance de la graine reste difficile à lever. Ce sont donc des graines germées qui sont vendues aux planteurs. Après avoir été surtout cultivé en Asie où il a fait reculer les forêts tropicales, il tend maintenant à être cultivé industriellement en Afrique, dans le Bassin du Congo notamment (projets de millions d'hectares de plantation)[5].

En culture industrielle, les objectifs de production sont de 20 à 30 T/ha de fruits avec un taux d'extraction en huile de 23-25%

Culture[modifier | modifier le code]

Fruits du palmier à huile (Sénégal)
Plantations de palmiers à huile, Aracataca, Colombie.
Palmiers à huile, serres tropicales du Grand Blottereau (Nantes)

Les principaux producteurs sont le Nigeria, la Côte d'Ivoire, le Cameroun et la République démocratique du Congo pour l'Afrique, la Malaisie et l'Indonésie (les deux premiers producteurs mondiaux en 2008) pour l'Asie, la Colombie et l'Équateur pour l'Amérique du Sud. En Indonésie, les surfaces nouvellement consacrées au palmier à huile sont passées de 14 000 ha par an dans les années 1970 à 340 000 entre 2000 et 2009, selon l'USDA. Entre 1990 et 2005, les nouvelles plantations de palmiers à huile ont occupé 1,8 million d'hectares en Malaisie.

La rentabilité importante de cette culture est un facteur majeur de la déforestation dans certains pays comme la Malaisie. Des violations des droits de l'homme sont associées à cette monoculture[6].

Un palmier à huile donne des fruits douze mois sur douze, deux fois par mois, et peut produire jusqu'à 25 à 35 ans. Cependant vers 20 à 25 ans, les palmiers deviennent trop hauts et il devient difficile de cueillir les noix de palme ; ils sont alors coupés et leur « bois » est récupéré (en réalité ce n'est pas du bois car les plantes monocotylédones ne possèdent pas de cambium).

Utilisation[modifier | modifier le code]

On tire du palmier deux huiles et une boisson alcoolisée :

Huile de palme[modifier | modifier le code]

L'huile de palme est extraite par pression à chaud de la pulpe des fruits, de couleur rouge.

  • Elle est très utilisée pour l'alimentation (friture, fabrication de margarines, matières grasses…). C'est, en 2010, l’huile végétale la plus consommée au monde (25 %)[7].
  • Elle est aussi très utilisée pour la fabrication de savon, et en cosmétologie.
  • En 2006, 1 % des biodiesels était produit à partir d'huile de palme[8].

Huile de palmiste[modifier | modifier le code]

L'huile de palmiste est de couleur blanche. Extraite des graines décortiquées, à haute teneur en acidité, elle est utilisée également en alimentation et dans l'industrie (savons, lubrifiants…).

L'huile de palme et l'huile de palmiste sont riches en acides gras saturés et sont partiellement à l'état solide aux températures tempérées.

Vin de palme[modifier | modifier le code]

Cette boisson alcoolisée n'a de vin que le nom puisqu'elle est issue du palmier et non de la vigne.

La sève du palmier est récupérée durant 45-60 jours après l'abattage, à raison d'environ 5L par jour. Très sucrée et avec une odeur caractéristique de levures, elle se consomme fraîche sous diverses nominations locales ("Bandji" en Côte d'Ivoire). Cependant, le principal débouché est l'alcool fort obtenu après fermentation puis distillation. Cet alcool a également divers noms ("Koutoukou" en Côte d'Ivoire, "Sodébi" au Cameroun, etc.).

Ces deux boissons sont très prisées et consommées en Afrique de l'ouest et en Afrique centrale[9]. En société diola de la Basse-Casamance au Sénégal, la sève non fermentée était utilisée pour allaiter les nourrissons ayant perdu leur maman. Cette sève est pleine de vitamines. Les techniques d'exploitation du vin sont des pratiques durables qui se font depuis des générations et qui contribuent à assainir les populations de palmiers à huile, en asséchant les stipes des palmiers, ce qui limite la prolifération des insectes ravageurs.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Charles Jacquemard (2012), Le palmier à huile ; Ed Quae, Collection agriculture tropicale en poche (extraits avec google book)
  2. J Maley, S. Bahuchet & al, (1999), L'expansion du palmier à huile (Elaeis guineensis) en Afrique centrale au cours des trois derniers millénaires : nouvelles données et interprétations- ecologie-humaine.eu ; PDF, 20pp
  3. MALEY J. (1996), The African rain forest : main characteristics of changes in vegetation and climate from the upper Cretaceous to the Quaternary. Proceed. R. Soc. Edinburg, Biol. Sc., 104B, 31-73.
  4. a, b et c T Duarand-Gasselin & al. (2000) Diffusion variétale du palmier à huile (Elaeis guineensis Jacq.) - Revue Oléagineux, Corps Gras, Lipides, Volume 7, Numéro 2, Mars ; Avril 2000 ; jle (résumé)
  5. Valéry Laramée de Tannenberg (2013), Le palmier à huile menace désormais le bassin du Congo, brève datée 2013-02-22, consultée 2013-02-23
  6. Amisdelaterre.org[1]
  7. Mattea Battaglia, « Noyé dans l’huile de palme. L’explosion de la demande mondiale », Le Monde Magazine, no 39, supplément au Monde no 20336, 12 juin 2010, p. 14.
  8. FAO
  9. Ulysse - avril 2007

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (en) Biopalm Energy Limited, 2012, “Activities: Target countries”, Biopalm website ; consulté Dec 2012

Bibliographie[modifier | modifier le code]

121-123.