Loterie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Ce chat porte-bonheur invite les clients à acheter des tickets de takarakuji à Tokyo (Japon).

La loterie (ou tombola) est un jeu d'argent et de hasard visant à distribuer des lots à des gagnants sélectionnés au hasard parmi les joueurs ayant payé une mise de départ. Son origine est ancienne : à Rome, Néron créa des loteries de mille billets par jour, elle est mentionnée et interdite par le Coran.

Histoire de la loterie[modifier | modifier le code]

La plus vieille preuve de loterie vient d'une découverte de billets pour jouer au Keno utilisé durant la Dynastie Han entre 205 et 187 avant J.C.

Le Classique des vers en Chine, recueil de poésies et de chroniques, fait déjà mention d'une forme de la tombola, ce qui témoigne d'une origine très ancienne de la loterie. Dans la Rome antique, les loteries sont associées aux fêtes religieuses, comme les bacchanales et les Saturnales. L'empereur Néron instaure des tirages fréquents avec parfois pour lots des chevaux et des esclaves. L'Église catholique tout comme l'Islam mettent un terme à ces pratiques considérées comme païennes.

Elle réapparaît en Europe, en 1441, à Bruges. La loterie refait son apparition à la Renaissance. À Gênes, des paris sont faits sur les noms des membres du Grand Conseil qui sont tirés au sort tous les six mois.

En France[modifier | modifier le code]

François Ier découvre cette pratique durant ses campagnes d'Italie et décide de l'implanter dans son royaume pour l'aider à renflouer ses coffres. La première loterie connue tirée en France date de 1539. Elle est l’œuvre d’un Italien[1] et reçoit l'autorisation du roi qui signe l'édit à Châteaurenard. Le loterie se nomme alors blanque, de l'italien blanca (blanche) d'après les billets où seuls ceux colorés en noir, parmi les billets blancs distribués, sont gagnants. Après cette première loterie, qui connaît peu de succès, et durant deux siècles, les loteries restent interdites ou simplement tolérées dans le meilleur des cas.

Le retour des loteries date de la fin du XVIIe siècle avec la Loterie de l'Hôtel de Ville, à Paris, qui permet de payer les rentes des emprunts contractés par la ville de Paris, lorsqu'elle n'avait plus assez d'argent (il s'agissait donc d'un palliatif budgétaire).

Les loteries religieuses sont parfois autorisées par le pouvoir royal pour permettre à certaines congrégations en difficulté de trouver des revenus complémentaires. Elles évitent ainsi à la monarchie de devoir subvenir à leurs besoins. Les loteries permettent à de très nombreux ordres réguliers, faisant fi de la morale, de survivre au XVIIIe siècle, de réparer, rebâtir, voire bâtir de nombreuses églises, en particulier, à Paris, l’église Saint-Sulpice, ou encore l’église Sainte-Geneviève, futur Panthéon de Paris. Les loteries de l'Hôtel de ville à Paris servent également à financer la restauration des monuments.

Le total des sommes générées par les loteries devient tellement important que durant la seconde moitié du XVIIIe siècle le pouvoir royal tente avec succès, mais non sans difficultés, de les récupérer à son seul profit. La monarchie commence par interdire ou récupérer pour elle certaines loteries, versant aux ordres religieux des indemnités inférieures aux revenus précédemment générés.

Elle renforce également son arsenal juridique contre les tricheurs et les faussaires. La gradation des peines est révélatrice : modérée dans le cas d'une tricherie à une loterie religieuse, sévère dans le cas d'une loterie semi-publique comme celle de l'Hôtel de ville, allant jusqu'aux galères dans le cas des loteries d'État.

En 1754, à l'initiative de Madame de Pompadour, naît la Loterie de l'École militaire, première vraie tentative de loterie nationale pour financer l'achat du Champ de Mars et construire l'École Militaire où quelques années plus tard Napoléon Bonaparte fera ses études. La Loterie de l'École militaire est transformée en Loterie Royale de France en 1776, l'année de la création de la Administration générale des loteries. L’État s’attribue un monopole qui, à la veille de la Révolution française, lui permet d'encaisser entre 5 et 7 % de ses revenus (estimation réalisée d'après les documents disponibles aux Archives nationales).

Les loteries suscitent de nombreux débats et de violentes querelles tout au long du siècle entre les moralistes, philosophes des Lumières ou les théologiens qui considèrent les loteries comme de véritables arnaques, générant accoutumance, vice, crime et pauvreté parmi les joueurs, et d'autre part les bénéficiaires du produit des loteries. Les Archives nationales conservent un pamphlet (Des loteries, 1789) d'une virulence extrême et d'une grande finesse contre les loteries, dont l'auteur n'est autre que l'évêque d'Autun, Talleyrand, ce qui est assez ironique vue la moralité du personnage.

La loterie est supprimée en 1791 ou 1792 par les députés révolutionnaires, mais réapparaît dès 1799. Napoléon les multiplie, en créant de nouvelles dans les provinces conquises de l'Empire.

La Loterie nationale française, ancêtre de La Française des jeux naît en 1933, dans le prolongement de la Grande crise de 1929, qui verra la généralisation des loteries à travers le monde. Le 7 novembre 1933, Paul Bonhoure empoche la somme de 5 millions de francs lors du premier tirage de la Loterie nationale.


Au Québec[modifier | modifier le code]

Publicité pour la loterie de la Province de Québec, 1891.

En Nouvelle-France, les jeux de hasard sont interdits dès 1648 par voie de règlement. À partir de 1732, on fait exception pour certaines loteries de charité[2]. En 1783, le marchand et notaire Edward Grey est chargé de la vente de billets de loterie afin de financer la construction de la prison de Montréal; « apparemment, la loterie fut un échec, car on continua de se servir de l’ancienne prison, qui remontait au Régime français[3]. »

Laurent-Olivier David, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de 1887 à 1893 et ministre au Parlement de Québec, doit concevoir et réaliser l’édifice du Monument national. Pour le financer, il demande au premier ministre Honoré Mercier la mise en place d’une loterie annuelle. Malgré l’opposition du clergé, un arrêté en Conseil de 1890 établit la Loterie de la Province de Québec, qui sera renommée la Loterie du Peuple[4]. La Citizen's League et le Witness font campagne contre cette Loterie[5].

En 1884 le curé Antoine Labelle obtient une loterie nationale de colonisation.[2]

Loto-Québec a été créée en 1969 afin d'implanter une loterie publique. Elle a pour mission d'exploiter dans l'ordre et la mesure des jeux de hasard et d'argent au Québec.

Les problèmes de jeu pathologique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jeu pathologique.

Les personnes qui s'adonnent aux jeux de hasard et d'argent (gambling) peuvent développer une forte dépendance à ceux-ci. On nomme cette psychopathologie « jeu pathologique ».

Parmi ceux qui s'adonnent aux jeux de hasard et d'argent (gambling en anglais), certaines personnes développent une pathologie : le jeu devient une maladie ou une dépendance se traduisant par une impulsion incontrôlable à miser de l'argent. La dépendance est caractérisée par un état de besoin impérieux de faire une activité, ou de consommer une substance, et par la nécessité d'en augmenter la fréquence ou la dose afin d'en maintenir l'effet et d'éviter l'état de manque (malaise, angoisse). En 1980, l'association américaine de psychiatrie reconnaissait le jeu pathologique comme un trouble de l'impulsion (DSM-III, 1980). Selon une étude, 1 à 2 % des adultes répondraient aux critères du jeu pathologique.

Sur le plan de la politique de la santé, le débat s'articule autour de deux conceptions opposées. D'un côté, une position défendue par l'industrie américaine et européenne des jeux d'argent, pour qui le taux de prévalence du jeu pathologique n'est pas corrélé à l'accessibilité aux activités de « jeu », et selon eux il n'y aurait pas lieu de les réglementer. D'un autre côté, il y a ceux pour qui une réglementation à ce niveau peut limiter substantiellement le nombre de joueurs pathologiques et les coûts sociaux importants qui sont associés à cette psychopathologie.

Records de gains[modifier | modifier le code]

Le record mondial de gain est de 656 millions de dollars américain et a été partagé entre trois billets gagnants le 30 mars 2012 à la loterie Mega Millions (en) aux États-Unis. Le record mondial de gain par une seule personne est de 590 millions de dollars américain gagné à la loterie Powerball (en) le 18 mai 2013 aux États-Unis[6]. Le record de gain en Europe est de 190 millions d'euros lors du tirage de l'Euro Millions remporté au Royaume-Uni le 10 août 2012[7].

La loterie dans le monde[modifier | modifier le code]

Europe[modifier | modifier le code]

Océanie[modifier | modifier le code]

Afrique[modifier | modifier le code]

Amérique[modifier | modifier le code]

Asie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les Italiens, les Lombards en particulier, sont alors à la pointe de l'innovation financière et mathématique en Europe.
  2. a et b Pierre P. Tremblay, L'Argent de l'État : pourquoi et comment?, vol. Tome 01 : Le revenu, PRESSES UNIVERSITÉ DU QUÉBEC,‎ 2012, 294 p. (ISBN 9782760535848), p. 159-163
  3. Myron Momryk, GRAY, EDWARD WILLIAM, vol. vol. 5, Québec et Toronto, Canada, Université Laval/University of Toronto,‎ 1983 (lire en ligne)
  4. « La Société Saint-Jean-Baptiste au XIXe siècle, l’antichambre du pouvoir à Québec | Société Saint-Jean-Baptiste : », sur ssjb.com,‎ 29 octobre 2014 (consulté le 29 octobre 2014)
  5. « Montréal 13. Les Loteries », Journal Le Matin de Québec, no Première année, no. 1,‎ 13 janvier 1892, p. 4 (lire en ligne)
  6. (fr)« Le plus gros lot de l'histoire: 590 millions de dollars pour un américain », sur latribune.fr,‎ 19 mai 2013 (consulté le 19 mai 2013)
  7. (fr)Le Figaro, « Euro Millions: la cagnotte gagnée en GB », sur lefigaro.fr,‎ 10 août 2012 (consulté le 19 mai 2013)

Annexe[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Giol, « La loterie », Historia,‎ novembre 2011, p. 85 (ISSN 0750-0475).