Abraha

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Royaume axoumite vers 230

Abraha[1], Abraha al-Achram (Abraha au nez coupé) ou Abraha al-Habasîy (Abraha l'abyssin) fut un général éthiopien qui avait conquis le Yémen pour le royaume éthiopien d'Aksoum. Nommé vice-roi il prend ensuite son indépendance et se proclame roi du Yémen.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est difficile de fixer des dates précises aux événements de la vie d'Abraha.

Origines[modifier | modifier le code]

Procope le décrit comme faisant profession de la religion chrétienne, esclave d'un Romain, qui s'était établi à Adulis en Éthiopie, où il trafiquait par mer[2]. Tabari écrit qu’Abraha s'appelle Abû Yaksum al-Achram Abraha ben as-Sebâh et qu'il est de la famille des rois d'Abyssinie[3].

Vers 520/523, Dhu Nuwas roi arabe converti au judaïsme est au pouvoir dans le royaume d'Himyar. Il tue les chrétiens de l'oasis de Najran. Cet épisode est évoqué dans le Coran[4],[5]. Une ancienne tradition fait remonter au règne de l'empereur Constance II la conversion de la ville de Najran à la foi chrétienne. La ville avait un évêque qui était probablement rattaché à l'église d'Éthiopie.

La prise de pouvoir au Yémen[modifier | modifier le code]

Version des auteurs musulmans[modifier | modifier le code]

Ce massacre donne le prétexte au Négus chrétien Ella Asbeha (Caleb) d'Éthiopie (Abyssinie) d'envahir le Yémen. Pour permettre cette invasion, l'empereur byzantin Justin Ier lui offre soixante navires. Ella Asbeha envoie une armée commandée par Aryat[6]. Dhu-Nuwas manœuvre pour éviter l'affrontement cette trop forte armée. Il propose de se soumettre. Il attend que les armées éthiopiennes se dispersent pour attaquer et mettre en déroute cette armée divisée. Aryât rentre en Éthiopie pour rendre compte de cet échec. Le négus envoie cette fois une armée sous le commandement d'Abraha[7]. Abraha s'empare de Sanâ'a. Il engage le peuple de la ville à abandonner la religion juive et à se convertir, ceux qui refusent ont la tête tranchée. Le Négus attend de recevoir une part du butin et demande à Abraha de rentrer en Éthiopie. Abraha refuse prétextant qu'il ne peut quitter son poste au risque de perdre les positions acquises. Le Négus envoie un nouveau contingent conduit par Aryât pour reprendre le contrôle des opérations. Tabari raconte que les deux hommes s'affrontent en duel. Au cours du combat Aryat blesse Abraha au nez. Abraha devient Abraha al-Achram (Abraha au nez coupé). Un esclave d'Abraha frappe Aryat d'un coup de lance et le tue[8]. Les troupes qui l'accompagnaient se dispersent. Abraha s'installe sur le trône[9]. Ella Asbeha averti de la mort d'Aryat jure de tuer Abraha. Celui-ci sait qu'il risque la mort si le Négus vient le combattre car les soldats abyssins refuseront de se battre contre leur roi. Il envoie un messager au Négus pour lui raconter une version plus acceptable de la mort d'Aryat. Le Négus n'ayant plus réellement les moyens de mobiliser une nouvelle armée se satisfait de cette explication et confirme Abraha dans son poste de roi du Yémen (vers 558).

Version de Procope[modifier | modifier le code]

Procope propose une version un peu différente de la prise de pouvoir par Abraha.

Ella Asbeha mène lui-même son armée au Yémen. Dhu-Nuwas est tué pendant les combats. Ella Asbeha nomme Sumyafa' Ashwa'[10] comme vice-roi d'Himyar et rentre en Éthiopie. Sumyafa' Ashwa' est un himyarite de religion chrétienne. Une partie de la troupe venue d'Éthiopie préfère rester au Yémen car le pays leur semble agréable. En 535, la population se révolte contre le vice-roi et met Abraha sur le trône. Ella Asbeha lève une armée de 3 000 hommes[11] qu'il envoie au Yémen sous le commandement d'un de ses parents. Les soldats, trouvant le pays à leur goût, se rebellent contre leur chef, le tuent et négocient leur séjour au Yémen avec Abraha. Ella Asbeha envoie une nouvelle armée, c'est un nouvel échec. Par la suite, Ella Asbeha abdique en faveur de son fils Ghebré-Meskel et se retire dans un monastère où il finira ses jours. Abraha conclut alors un traité de paix avec Ghebré-Meskel. Il obtient d'être reconnu comme souverain du Yémen en acceptant de se déclarer vassal du Négus et de lui verser un tribut[2].

Le règne[modifier | modifier le code]

Abraha déplace la capitale de Zafâr à Sanâ'a. Il entreprend la restauration du barrage de Ma'rib. Le barrage avait souffert à plusieurs reprises au Ve siècle. En 549, Abraha fait d'importantes réparations au barrage de Ma'rib, attestées par une inscription[12]. Cette restauration est complétée par un curage complet en 558.

En 558, début du règne de Ghebré-Meskel, roi d'Aksoum (558-584). Après l'accord de paix Ghebré-Meskel soutient les entreprises menées par le vice-roi du Yémen, Abraha, contre les Perses, les Juifs et les Arabes. Abraha remporte de nombreux succès contre les Arabes établis au nord.

D'après Tabari, Abraha fait construire une cathédrale à Sanâ'a dans le but de créer un pèlerinage capable de concurrencer le pèlerinage païen de la Kaaba[13]. Un païen, habitant de la Mecque, vient visiter Sanâ'a. Il obtient la permission de passer la nuit dans l'église. Le matin il souille l'autel avec des excréments. Abraha furieux de ce forfait jure qu'il va détruire la Kaaba.

L'année de l’éléphant[modifier | modifier le code]

La tradition musulmane attribue à Abraha une attaque de La Mecque avec une troupe d'éléphants, le nom d'Abraha n'est pas cité dans le Coran, mais aussi bien Tabari dans La Chronique, que la Sira lui attribuent cette attaque. La Mecque est alors défendue par Abd al-Muttalib grand-père de Mohammed. La Mecque est préservée « miraculeusement »[14],[15],[16]. Le Coran rapporte ce récit (Coran 105:1-5), et il est dit que l'attaque fut repoussée par la riposte miraculeuse d'oiseaux jetant des pierres brûlantes. La tradition musulmane dit que des témoins oculaires de cette attaque étaient encore en vie lors de la révélation de cette sourate. Plusieurs textes éthiopiens mentionnent l'apparition de ces mystérieux oiseaux[17]. L'année de cette attaque est appelée « année de l'éléphant » serait l'année de naissance de Mohammed traditionnellement située en 570 ou 571[18].

La tradition fixe à cette même année la rupture définitive du barrage de Ma'rib entrainant « la grande inondation » elle-même cause de l'émigration de tribus arabes vers le nord de la péninsule[19].

Succession[modifier | modifier le code]

Abraha serait mort de la variole cette même année de l’éléphant[20] Un de ses fils nommé Axoum (Yaksoum ou Yaksum) lui aurait succédé et aurait régné dix-neuf mois. Son frère Mashrouq (Masruq) le remplace à sa mort[21]. Leur règne tyrannique provoque la réaction des aristocrates Himyarites. Un prince juif yéménite, Sayf Ibn Dhi-Yaz'an, se rend à Constantinople à la cour de Justin II (r. 565-578), à qui il promet le Yémen s'il l'aide à chasser les Éthiopiens. Après l'échec de sa demande, il prend contact avec le prince Lakhmide d'Al-Hira, qui l'introduit à la cour du shah sassanide de Perse. Sayf meurt à la cour de Khosro avant d'avoir eu une réponse. Son fils Ma'di Karib obtient cependant l'envoi d'une expédition de 800 hommes tirés des geôles perses, conduite par Vahriz. Malgré des pertes subies en route, elle parvient à prendre pied au Yémen et à éliminer Masruq (575). Ma'di Karib, devenu tributaire des Perses, règne pendant deux ans avant d'être assassiné par une conspiration orchestrée par les Axoumites. Vahriz est envoyé de nouveau par le roi de Perse, cette fois avec 4 000 hommes, avec l'ordre de massacrer tous les Éthiopiens. Après ce massacre, le Yémen devient une satrapie perse avec Vahriz à sa tête (577)[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Abraha en arabe ʾabraha al-ḥabašīy, أبرهة الحبشي, Abraha l'abyssin ou
    ʾabraha al-ʾašram, أبرهة الأشرم, Abraha au nez coupé
  2. a et b (fr) (grc) Procope de Césarée, « histoire de la guerre contre les Perses, Livre I, Chapitre XX »
  3. Tabari (trad. Herman Zotenberg), La chronique, Histoire des prophètes et des rois, vol. I, Actes-Sud/Sindbad, coll. « Thésaurus »,‎ 2001 (ISBN 978-2-7427-3317-0), « De Salomon à la chute des Sassanides », p. 267
  4. Les hommes de l'ukhdud (Le Coran, « Les Signes célestes », LXXXV, 4, (ar) البروج en arabe : ʾaṣḥāb al-ʾuḫdūd, أَصْحَابُ الأخْدُودِ, compagnons des fossés) sont traditionnellement identifiés aux habitants de Najran.
  5. Il y a 20 000 victimes d'après Tabari, op. cit., p. 263.
  6. 70 000 hommes d'après Tabari, op. cit., p. 265
  7. 100 000 hommes d'après Tabari, op. cit., p. 267.
  8. Coup de lance dans Tabari, op. cit., p. 267. Flèche d'après la Mahmoud Hussein (Gaghar Elnadi et Adel Rifaat), Al-sîra, Le prophète de l'islam raconté par ses compagnons, vol. I, Hachette littérature, coll. « Pluriel »,‎ 2006, 550 p. (ISBN 978-2-01-279291-3), « Abraha (V) », p. 185-189
  9. Tabari, op. cit., p. 267.
  10. Sumyafa' Ashwa' est appelé Esimiphée, en grec : Esimiphaios, Ἐσιμιφαῖος, dans Procope, op. cit.
  11. 3 000 est un nombre plus vraisemblable que les 30 000 et 100 000 évoqués par Tabari
  12. Un article de Jérémie Schiettecatte dans L'Archéo Théma no 9 (revue), juillet-août 2010, page 49. Archeodenum SAS. (ISSN 1969 - 1815).
  13. Tabari, op. cit., p. 271.
  14. Le Coran, « L’Éléphant », CV, 1-5, (ar) الفيل
  15. Tabari, op. cit., p. 270-281
  16. Mahmoud Hussein, op. cit., « Abraha (V) et L'année de l'éléphant (VI) », p. 185-198
  17. (en) Donald R. Hopkins, The greatest killer: smallpox in history, with a new introduction, University of Chicago Press,‎ 2002, 380 p. (ISBN 0-226-35168-8, lire en ligne), p. 165
  18. Mohammed est né entre 570 et 580 d'après (en) Bernard Lewis, Islam, Gallimard, coll. « Quarto »,‎ 2005, 1344 p. (ISBN 978-2-07-077426-5), « Les Arabes dans l'histoire », p. 95, Voir aussi : Kazimirski, Le Koran ([s:Page:Le_Koran_(traduction_de_Kazimirski).djvu/544| lire en ligne]), « Notice biographique sur Mahomet », vi
  19. Le Coran, « Saba », XXXIV, 15-21, (ar) سبأ
  20. Jean Jolly, L'Afrique et son environnement européen et asiatique, L'Harmattan,‎ 2008 (ISBN 229605773X, lire en ligne)
  21. Jean Doresse, L'empire du Prêtre-Jean, Volume 1, Plon,‎ 1957 (lire en ligne)
  22. Francis E. Peters, Muhammad and the origins of Islam, SUNY Press,‎ 1994 (ISBN 0791418766, lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tabari (trad. Herman Zotenberg), La Chronique, Histoire des prophètes et des rois, vol. I, Actes-Sud/Sindbad, coll. « Thésaurus »,‎ 2001 (ISBN 978-2-7427-3317-0)
  • Mahmoud Hussein (Gaghar Elnadi et Adel Rifaat), Al-sîra, Le prophète de l'islam raconté par ses compagnons, vol. I, Hachette littérature, coll. « Pluriel »,‎ 2006, 550 p. (ISBN 978-2-01-279291-3)
  • (en) Th. Houtsma et E. van Donzel, E. J. Brill's First Encyclopaedia of Islam, 1913-1936, BRILL,‎ 1993 (ISBN 90-04-08265-4, résumé, lire en ligne), p. 72, article Abraha