Jean-Baptiste Perronneau

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Jean-Baptiste Perronneau portrait.jpg

Jean-Baptiste Perronneau (ou Perroneau[1]), né à Paris en 1715 et mort à Amsterdam le 19 novembre 1783, est un peintre, graveur, pastelliste, et surtout portraitiste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en 1715, Jean-Baptiste Perronneau reçut d'abord sa formation auprès du graveur Laurent Cars et du peintre Charles-Joseph Natoire, lui-même disciple de François Lemoyne. L'on sait également que Perronneau a travaillé pour le graveur Gabriel Huquier, éditeur et marchand d'estampes rue Saint-Jacques, à Paris. C'est à partir des années 1740 qu'il commença une carrière de portraitiste en utilisant surtout l'huile sur toile et le pastel.

Il exposa pour la première fois au Salon de Paris en 1746. Quelques années plus tard, lors du Salon de 1750, un incident l'opposa à son grand rival, Maurice Quentin de La Tour : dans son Salon de 1767[2], Diderot relate que La Tour avait commandé son portrait à Perronneau, qui présenta le tableau comme il se devait, sans se douter que La Tour, pour sa part, avait secrètement réalisé son Autoportrait. Une fois les deux pastels exposés côte à côte, l'œuvre de l'artiste confirmé supplanta celle du jeune Perronneau et remporta le prix. À cette occasion, Diderot soupçonna La Tour de jalousie envers ce cadet si prometteur et lui reprocha d'avoir inutilement « humilié [son] confrère »[3].

La consécration vint cependant lors du Salon de 1753 grâce à deux portraits qui se trouvent aujourd'hui au musée du Louvre : celui du peintre Jean-Baptiste Oudry, à dominante de vert et de bleu, et celui du sculpteur Lambert Sigisbert Adam, à dominante de verts. Perronneau fut dès lors admis à l'Académie royale de peinture et de sculpture.

Sa carrière paraît toutefois s'interrompre à partir d'une certaine époque[4] : il se peut que Perronneau ait cessé d'exposer ses œuvres au Salon de Paris vers la fin des années 1770 et n'ait plus guère exercé dans la capitale. En revanche, on retrouve sa trace dans différentes villes de France : surtout Orléans, mais aussi Bordeaux, Toulouse et Lyon, où il travaillait en fonction de ses commandes. Divers historiens ont avancé l'hypothèse de sa rivalité avec Quentin de La Tour, portraitiste attitré de la cour de Versailles, mais le fait n'est pas établi.

Toujours est-il que Perronneau voyagea constamment à travers l'Europe ; c'est ainsi qu'on le vit à Turin et à Rome, à Hambourg, en Angleterre, en Espagne, en Pologne, en Russie et aux Pays-Bas.

Il mourut en 1783 à Amsterdam, oublié par ses contemporains. Sa veuve, Louise-Charlotte Aubert, épousa trois mois plus tard le peintre Jean-Baptiste Claude Robin[5].

Les portraits[modifier | modifier le code]

Portrait de Mme de Sorquainville

Perronneau a produit une œuvre variée où il insiste sur la psychologie de ses personnages et transmet un peu de l'esprit des Lumières, comme en témoignent l'expressivité des visages qu'il dépeint, la vivacité des regards, les demi-sourires que l'on devine. Souvent proches des harmonies du camaïeu, ses pastels et ses huiles jouent volontiers sur des variations monochromes : les ocres du Portrait de Mme de Sorquainville, les gris de Pierre Bouguer, de François-Hubert Drouais ou de Laurent Cars, les bleu-gris de la Fillette au chat de la National Gallery de Londres. Georges Brunel[6] note que « les pastels de Perronneau ont toujours l'air quelque peu inachevés, ou altérés par le temps », et ajoute : « Impression trompeuse, car il s'agit vraisemblablement d'un parti de style et de technique délibéré. Perronneau cherche avant tout la solidité et la force » [...].

Ses modèles, outre lui-même dans son Autoportrait de 1750, appartiennent souvent à son entourage, qu'il s'agisse de son jeune frère en 1746, de son maître le graveur Laurent Cars ou du graveur Gabriel Huquier et de sa fille en 1747, ou encore de sa femme représentée en déesse Aurore. Parfois aussi, il reçoit commande pour peindre des célébrités de son temps.

À la différence de Quentin de La Tour, les clients de Perronneau font moins partie de l'aristocratie que de la bourgeoisie (commerçants ou financiers[7]) ou du monde des sciences et des arts : l'écrivain Jacques Cazotte, le physicien Pierre Bouguer, le juriste Daniel Jousse, le peintre François-Hubert Drouais, l'architecte Jean-Michel Chevotet et son épouse, l'architecte Robert Soyer, le collectionneur Charles Le Normant du Coudray, le bourgmestre d'Amsterdam Joachim Rendorp, l'échevin Raguenet de Saint-Albin.

Fait rare pour son époque, Perronneau représente également des chats en premier plan, c'est-à-dire en tant qu'animaux de compagnie. Tel est le cas pour Magdaleine Pinceloup de La Grange, pour Mlle Huquier ou encore pour la Fillette au chat[8] (1745) de la National Gallery de Londres – sans doute l'une de ses œuvres les plus célèbres.

L'œuvre de Perronneau[modifier | modifier le code]

Portrait de Pierre Bouguer.

Plusieurs dizaines de portraits de cet artiste se trouvent aujourd'hui dans différents musées ou collections privées d'Europe et d'Amérique. Bien que son œuvre soit particulièrement dispersée[9], les deux collections publiques les plus importantes sont au Louvre et au musée des Beaux-Arts d'Orléans. Certains de ses tableaux apparaissent de temps en temps sur le marché de l'art à l'occasion d'une mise en vente[10].

En 1986, à Lausanne, une toile provenant de la collection Thyssen-Bornemisza et antérieurement attribuée à Watteau fut authentifiée par des experts comme une œuvre de Perronneau[11]. Il s'agit du portrait de l'un des fils du financier Antoine Crozat, sans que l'on ait de certitude quant à son identité : peut-être est-ce le collectionneur Joseph-Antoine Crozat (1696-1751), ou peut-être le général Louis-François Crozat (1691-1750).

Longtemps éclipsé au profit de Quentin de La Tour, Jean-Baptiste Perronneau attend d'être redécouvert et de regagner sa juste place.

Quelques tableaux[modifier | modifier le code]

Portrait de Magdaleine Pinceloup de La Grange.
Portrait de Jacques Cazotte.

Paris, musée du Louvre

Paris, musée Cognacq-Jay

  • Charles Le Normant du Coudray, huile sur toile, c. 1766 (portrait également réalisé au pastel par Perronneau)

Bordeaux, musée des Beaux-Arts

  • Pierre-Henry du Mas de La Roque, huile sur toile, 1768

Orléans, musée des Beaux-Arts[12]

Tours, musée des Beaux-Arts

  • Autoportrait, huile sur toile, 1750

Londres, National Gallery

  • Fillette au chat, pastel, 1745
  • Jacques Cazotte, huile sur toile, 1760-1764[13]
  • Mme Legrix, née d'Hégar, pastel, 1760-1769

Burnley, comté de Lancashire (Royaume-Uni), (en) Towneley Hall Art Gallery & Museum

  • John Towneley, pastel, 1749

Dublin, National Gallery

  • Portrait d'homme, huile sur toile, 1766

Amsterdam, Rijksmuseum

  • Sara Hinloopen, pastel, 1763
  • Antoni Warin, pastel, 1763

Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage

  • Jeune Garçon avec un livre, présenté au Salon de 1746 (portrait présumé du frère cadet de l'artiste), musée des beaux-arts de Boston
  • Portrait de femme au corsage orné de fleurs bleues, pastel
  • Portrait d'homme, huile sur toile, 1747-1748 (antérieurement identifié à Francis Hastings, comte de Huntington)

Chicago, Art Institute

  • Jean-Baptiste Antoine Le Moyne, pastel, 1747

Washington, National Gallery of Art

  • Portrait d'homme, pastel, c. 1753

Los Angeles, Getty Center

  • Magdaleine Pinceloup de La Grange, huile sur toile, 1747
  • Charles-François Pinceloup de La Grange, huile sur toile, 1747

Victoria (Australie), (en) National Gallery

  • Petrus Woortman, huile sur toile, 1771

Galerie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Correspondance
Autres sources du XVIIIe siècle
  • Louis-Abel de Fontenai (1736-1806), Nécrologie de Perronneau, dans Affiches, annonces et avis divers, Paris, Galeries du Louvre, 1784.
  • Diderot, Salons (1763, 1765, 1767, 1769[14]), Essais sur la peinture (suite au Salon de 1765 et Pensées détachées sur la peinture... publ. en 1798[15]).
Monographies
  • Léandre Vaillat et Paul Ratouis de Limay, J.-B. Perronneau (1715-1783) : sa vie et son œuvre, Paris, Bruxelles, G. Van Oest, 1923 [1re éd. 1909] (Bibliothèque de l'Art du XVIIIe siècle) (en ligne).
  • Maurice Tourneux, Jean-Baptiste Perronneau, Paris, Gazette des Beaux-Arts, 1903.
Articles
  • Georges Brunel (Conservateur en chef du musée Cognacq-Jay), Jean-Baptiste Perronneau, dans Encyclopédie Universalis, Paris, [av.] 2003.
  • Lise Duclaux, Un portrait d’Hubert Drouais par J. B. Perronneau, dans Revue du Louvre, 1968/4–5, p. 212.
  • Maurice Meaudre de Lapouyade (1870-?), Perronneau à Bordeaux [1947], dans Le Port des Lumières. La peinture à Bordeaux : 1750-1800 [exposition], sous la dir. de Philippe Le Leyzour, Bordeaux, Musée des Beaux-Arts, 1989, p. 109 et sq.
  • Dugald Sutherland MacColl (1859–1948), Perroneau, dans The Burlington Magazine for Connoisseurs, vol. 45, no 256, juillet 1924, p. 28-30.
Autres références
  • Pastels et dessins, sous la dir. de Thérèse Burollet, Paris, Paris musées, 2008 (Catalogue des collections. Musée Cognacq-Jay) (ISBN 978-2-7596-0039-7) (critique).
  • La franc-maçonnerie [exposition], sous la dir. de Jean-Pierre Hiéret, Bordeaux, Musée d'Aquitaine, 1994 (ISBN 2-85076-658-5).
  • Mary O'Neill, Les Peintures de l'école française des XVIIe et XVIIIe siècles : catalogue critique [thèse], Orléans, Musée des Beaux-Arts, 1981 ; voir p. ex., vol. II, p. 109.
  • René Huyghe, La Peinture française des XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Flammarion, 1962.
  • Jean-Louis Vaudoyer, Le XVIIIe siècle : Fragonard, Chardin, Watteau, Perronneau, La Tour, Nattier, Greuze, Boucher, Pater, Lancret, De Troy, Vernet, Hubert, Robert, Moureau l'Ainé, Paris, Skira, 1946 (Les trésors de la peinture française).
  • Luc Benoist, Les Peintres de fêtes galantes : le portrait et le paysage, Paris, Skira, 1938.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir Pierre-Marie Gault de Saint-Germain, Les trois siècles de la peinture en France, Paris, 1808, p. 283.
  2. Cela dans une note à propos de l'artiste Lundberg. Voir Tome XI, p. 151-152 de l'éd. de 1875-1877 des œuvres de Diderot.
  3. Voir l'analyse des rapports entre Quentin de La Tour et Perronneau, en liens externes, où l'on trouvera une reproduction des deux tableaux.
  4. Il semblerait qu'il était protestant, ou le soit devenu (d'où son installation à Amsterdam ?). On pourrait alors imaginer que cela ait influencé sa carrière. Cf. J.-B. Perronneau, peintre de portrait, dans L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, Paris, 10 juillet 1876, coll. 285-286 (Gallica).
  5. Histoire des communes annexées à Paris en 1859 : Charonne : publiée sous les auspices du Conseil général. Tome 1 / par Lucien Lambeau, p. 386. [1]
  6. Cf. Encyclopédie Universalis.
  7. Et sont « souvent anonymes » selon Brunel.
  8. Voir la notice de A Girl with a Kitten, sur le site de la National Gallery.
  9. Cf. Georges Brunel.
  10. Voir en 2006 une vente à Besançon, en liens externes.
  11. Pierre Rosenberg & Marion Stewart, French Painting, 1500-1825, Fine Arts Museum of San Francisco, 1987.
  12. Voir le site du musée d'Orléans.
  13. Ce même tableau se trouve au Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Châlons-en-Champagne qui provient de la saisie des biens de Cazotte en son château en 1794.
  14. Voir dans l'éd. de 1875-1877 les mentions de Perroneau, en part. le Tome 10, p. 204-205 et 310 ; Tome XI, p. 151-152 (à propos de La Tour), 155, 306 et 414 ; Index, Tome XX, 375-376.
  15. Sans mention de Perroneau, mais voir Tome X, p. 455-520 de la même édition, et Tome XII, p. 73-133.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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