Iéna (cuirassé)

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Iéna
Image illustrative de l'article Iéna (cuirassé)
En mars 1907

Histoire
A servi dans Civil and Naval Ensign of France.svg Marine nationale française
Quille posée 3 avril 1897
Lancement Septembre 1898
Armé 14 avril 1902
Statut Désarmé le 3 juillet 1907, coulé le 2 décembre 1909
Caractéristiques techniques
Type Cuirassé
Longueur 122,15 m
Maître-bau 20,80 m
Tirant d'eau 8,40 m
Déplacement 11.860 tjb
Propulsion 20 chaudières, 3 machines, 3 hélices
Puissance 16 500 ch
Vitesse 18,1 nœuds (aux essais).
Caractéristiques militaires
Blindage ceinture 230 à 320 mm
pont 80 mm
Kiosque = 304 mm
tourelle = 280 mm
Armement 2 x 2 canons de 305 mm (axiales)
8 x 164 mm (casemate)
8 x 100 mm
16 x 47 mm
4 tubes lance-torpilles de 450 mm (dont 2 submergés)
Rayon d'action 7.030 milles nautiques à 10 nœuds (1.80 tonne de charbon)
Autres caractéristiques
Équipage 694
Chantier naval Brest, Drapeau de la France France

L’Iéna est un cuirassé d’escadre pré-dreadnought de 12 750 tonnes. Lancé en septembre 1898, l’Iéna était, en 1907, une des unités les plus récentes de la flotte française ; il portait le nom d’une des plus grandes victoires de Napoléon dont on venait juste de fêter le centenaire en grande pompe, la bataille d'Iéna. Le Suffren, lancé le 25 juillet 1899, sera un modèle dérivé de l’Iéna.

Carrière[modifier | modifier le code]

Ce navire, mis en chantier le 3 avril 1897 à Brest, est une modification du type Charlemagne précédent. Lancé en septembre 1898, il est armé définitivement le 14 avril 1902. Il sert en Méditerranée. En 1906, lors de l'éruption du Vésuve, il est envoyé à Naples pour porter secours.

Il est désarmé le 3 juillet 1907. Utilisé comme cible, il est coulé le 2 décembre 1909. L'épave est vendue en 1912.

L'explosion de l’Iéna dans le port de Toulon[modifier | modifier le code]

Mardi 12 mars 1907, l’Iéna était entré depuis quelques jours dans un des bassins de carénage de Missiessy pour une visite de sa coque. Les travaux étaient presque achevés, tout était normal ; vers une heure passée de l’après-midi, les hommes d’équipage regagnèrent leur poste, les ouvriers de l’arsenal n'étaient pas encore revenus à bord. Une première explosion se produisit. Une grande flamme jaillit de la cheminée et du monte-charge de la soute tribord. L’incendie gagna rapidement les autres soutes et les torpilles, les explosions se succédèrent.

Les toitures de trois ateliers furent soufflées. Le Suffren, qui se trouvait dans un bassin proche, se coucha presque complètement sur un de ses flancs. Des éclats furent projetés à des centaines de mètres, blessant des passants et tuant même un enfant dans les bras de sa nourrice. Les dégâts furent considérables. Des débris humains furent dispersés dans un rayon de 200 mètres.

Sur un équipage de 630 hommes, officiers compris, le bilan officiel fut de 37 blessés, dont l’amiral Henri-Louis Manceron légèrement blessé, et de 118 morts, dont sept officiers parmi lesquels le capitaine de vaisseau Adigard qui commandait le navire.

Le jour même, le ministre de la Marine, Gaston Thomson, partit pour Toulon où il arriva le lendemain. Dans un contexte international toujours tendu au lendemain de la crise de Tanger l’émotion fut vive. Les messages de sympathie affluèrent du monde entier. Le roi Édouard VII d’Angleterre et l’infant d’Espagne se rendirent sur les lieux et visitèrent l’épave.

Les obsèques nationales eurent lieu le samedi 23 mars sur la place d’Armes à Toulon en présence du Président Armand Fallières, des différentes personnalités dont Mgr Guillibert évêque de Fréjus et des corps constitués. Les cercueils des victimes étaient portés par des prolonges d’artillerie et le long cortège funèbre défila devant les survivants réunis.

Une enquête parlementaire sur l’origine de la catastrophe fut immédiatement ouverte. Le gouvernement Clemenceau constitua une commission mixte, la Commission scientifique d'étude des poudres de guerre créée le 6 avril suivant par décret du président Fallières. L’enquête mit en cause la poudre B. En vieillissant, la poudre B se décomposait, devenait instable et s’auto-enflammait. C’est ainsi que débuta la fameuse « affaire des poudres », qui opposa violemment Léopold Maissin, alors directeur de la poudrerie du Moulin blanc au Relecq-Kerhuon près de Brest et Albert Louppe, alors directeur de la poudrerie de Pont-de-Buis qui se rejetèrent réciproquement les responsabilités. Cette polémique dura jusqu’en 1914, ravivée en novembre 1911 par l’explosion du cuirassé Liberté.

En 1908-1909, l’Iéna fut amarré en baie d'Alycastre à Porquerolles pour servir de cible de tir pour la Marine. Il servit en particulier à la mise au point des obus perforants, devant exploser seulement après avoir traversé le blindage de la cible.

Remarque[modifier | modifier le code]

Dans sa chanson On est en République, le chansonnier Montehus fait allusion à ce dramatique accident. La chanson datant de 1910, il ne peut s'agir que de cet accident (et peut être celui du Magenta en 1875), le Liberté explosant à Toulon en 1911.

Enfin, ça y est ! On est en République!
Tout marche bien, tout le monde est content !
Nos cuirassés, ça c'est magnifique !
Ne coûtent plus que trente millions par an.
Ils sont d'une force extraordinaire
Même en temps d'paix, ils sèment la terreur,
Les canons éclatent ainsi qu'les chaudières !
Vive les trois couleurs !

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L’Illustration n°3342 du 16 mars 1907 et 3343 du 23 mars 1907
  • Le Petit Journal, supplément illustré 31 mars 1907, 21 avril 1907
  • E. Gille, Cent ans de cuirassés français, Marines Editions, 1999, (ISBN 2909675505)
  • Ph. Caresse, Histoire des cuirassés Iéna et Suffren, Lela Presse 2009 (ISBN 978-2-914017-54-1)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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