Carte à jouer

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Ensemble d'un jeu de 32 cartes au portrait français ; le roi de cœur est placé à part.

Une carte à jouer est un petit carton, illustré de motifs permettant de la différencier et utilisé au sein d'un ensemble dans la pratique de divers jeux de société appelés jeux de cartes.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Les cartes à jouer sont des objets rectangulaires réalisées dans des feuilles d'une matière spécifique les rendant relativement rigides, essentiellement du carton, ou du papier épais, éventuellement du bristol, dans les versions récentes du papier plastifié ou une matière plastique. Destinées à être tenues en main, elles sont souvent de petite taille (rarement plus de 15×7 cm). Les cartes à jouer peuvent être traditionnelles (jeu de 52 cartes, jeu de tarot, etc.) ou avoir été créées spécifiquement pour un jeu de société particulier.

Le plus souvent, les cartes possèdent une face commune (le dos de la carte, parfois dit « taroté ») et une face particulière qui les distingue. Cet arrangement permet de présenter les cartes « face cachée », leur valeur n'étant lue que par la personne qui les manipule. Le dos taroté possède généralement une couleur ou un dessin unique, parfois un motif répétitif, parfois une publicité[1].

Dans les jeux de cartes traditionnels, les cartes possèdent typiquement deux éléments les distinguant : leur valeur et leur enseigne. Les valeurs sont souvent des nombres (deux, sept, dix, etc.) ou des figures (valet, dame, roi, etc.). Les enseignes, le plus souvent au nombre de quatre et parfois appelées « couleurs », sont les symboles d'une série (piques, carreaux, grelots, etc.). Associer une valeur à une enseigne permet de définir une carte de façon unique dans un jeu (as de cœur, roi de trèfle, dix de pique, etc.). L'ordre des cartes, tant en valeurs qu'en enseignes, varie fortement d'un jeu de cartes à l'autre.

Un ensemble de cartes complet forme un « jeu » ou un « paquet », tandis que les cartes qu'un joueur tient en main pendant une partie forment une « main ». Le nombre de cartes au total dépend là encore du jeu, de 24 cartes pour le Schnapsen allemand à 78 cartes pour le tarot français ou d’autres jeux de tarot ; toutefois, les jeux de 32 et 52 sont très répandus. Pour la plupart des jeux, les cartes sont assemblées en paquet et leur ordre est rendu aléatoire en mélangeant celui-ci.

Du fait de leur standardisation et de leur statut comme objets de consommation courante, les cartes peuvent être utilisées dans d'autres buts que le jeu, comme l'illusionnisme, la cartomancie ou les châteaux de cartes.

Origine et évolution[modifier | modifier le code]

Carte à jouer imprimée de la dynastie Ming, 1400

Chine[modifier | modifier le code]

Les plus anciennes cartes à jouer connues sont d'origine chinoise et apparurent durant la dynastie Tang (618-907) au moment où le format des livres passe du rouleau à la feuille[2]. Elles semblent avoir été développées à partir des anciens dés en provenance d'Inde[3] et en liaison avec des pratiques divinatoires. La plus ancienne carte, datée environ de 1400, a été trouvée par Albert von Le Coq à Tourfan en 1905 dans la province chinoise du Xinjiang[4]. Les cartes sont parmi les premiers exemples de xylographie apparus à la fin de dynastie des Tang (Xe siècle). Joseph Needham estime au vu de différentes sources que les cartes à jouer (en papier) remontent au moins au IXe siècle[5]. Au début de la période Song, soit au XIe siècle, une évolution donna naissance aux dominos[6].

Les cartes chinoises correspondent à trois types de jeux : les cartes domino, les cartes monétaires, et les cartes d'échecs, qui reproduisent les pièces du xiangqi (échecs chinois)[7].

Les cartes monétaires comprenaient un nombre variable de séries numériques, et étaient utilisés par différents jeux chinois :

  • ya-pai (32 cartes), pendant la dynastie Song
  • ma-diao (40 cartes), pendant la dynastie Ming

Moyen-Orient[modifier | modifier le code]

Il est possible que les précurseurs directs des cartes européennes aient atteint l'Europe par l'intermédiaire des Mamelouks d'Égypte à la fin du XIVe siècle, sous une forme très proche de celle connue aujourd'hui. Ces jeux contenaient 52 cartes divisées en quatre séries : les bâtons de polo, les pièces, les épées et les coupes ; chaque série contenait dix cartes de points et trois honneurs qui portaient les noms de malik (Roi), nā'ib malik (Vice-Roi), et thānī nā'ib (Second)[réf. nécessaire]. Dans les exemples conservés aujourd'hui, ces cartes portent des motifs géométriques abstraits, sans représenter des individus.

Un jeu complet de cartes Mamelouk a été découvert par Leo Mayer au palais du Topkapi à Istanbul en 1938[8]. Ce jeu n'était pas plus ancien que 1400, mais il a permis d'identifier des fragments de jeux datés du XIIe siècle ou du XIIIe siècle[9].

Europe[modifier | modifier le code]

Les cartes à jouer sont apparues en Europe au XIVe siècle (leur présence est attestée en Catalogne en 1371[10], en Allemagne et à Florence dès 1377[11], en Espagne entre 1377 et 1381 et en France en 1381[12]) ; elles y sont peut-être arrivées par l'intermédiaire des Arabes ou par les échanges marchands avec les Mongols le long de la Route de la soie, deux hypothèses retenues par Joseph Needham ou par Thomas Allsen[13],[14],[15],[16] ; les mêmes historiens suggèrent que les cartes à jouer aient pu stimuler en Europe le développement de la xylographie, et en conséquence les autres techniques d'imprimerie[17],[18], ceci paraît toutefois improbable puisque par exemple, si la datation du bois Protat est exacte, elle précède largement l'apparition des cartes à jouer en Europe avec des travaux de qualité dans des zones géographiquement éloignées des régions où les cartes sont apparues.

Le jeu de tarot ou tarots apparaît dans les années 1440 en Italie du Nord[19]. Très tôt sa structure se fixe : quatre couleurs composées de dix cartes numérales de l'as au dix, quatre figures (valet ou fante, cavalier, reine et roi) ; à ces quatre séries est ajoutée une cinquième série de cartes (les triomphes qui seront plus tard désignés comme atouts) de vingt-deux cartes.

Évolution[modifier | modifier le code]

Les cartes, un véhicule idéologique[modifier | modifier le code]

Carte appartenant à un jeu dessiné par Jacques-Louis David sous la Terreur, dans lequel les dames incarnent des vertus ou des libertés nouvelles. Ainsi, l'ancienne dame de cœur personnifie la fraternité et la liberté de culte.

La hiérarchie traditionnelle des cartes n'est pas toujours respectée. Ainsi, dans certains jeux comme la belote (et son dérivé la coinche), le Skat et le Jass, le Valet (en allemand Bube, garçon) est la carte maîtresse à l'atout. En France, ceci renvoie à une symbolique révolutionnaire (le valet plus fort que le roi).

Pendant la Révolution française, des jeux furent imprimés remplaçant les rois par des génies, les dames par des libertés, les valets par des égalités[20],[21].

L'idée d'employer les jeux de cartes comme symbole politique a connu un renouveau en 2003 durant la guerre en Irak quand les soldats américains reçurent des jeux représentant les hauts responsables irakiens les plus recherchés, la valeur de la carte (roi en premier) reflétant la place dans le régime[citation nécessaire].

Évolution matérielle[modifier | modifier le code]

En 1858, Baptiste-Paul Grimaud introduit en France les coins arrondis, pour éviter qu'ils ne s'effritent[22].

Avant 1800, le verso des cartes — à l'exception des jeux de tarot — était blanc. Les gens les utilisaient parfois pour transmettre des messages, mais les Américains innovèrent de ce côté-là. Au début, ils imprimaient des publicités pour promouvoir toutes sortes de choses (idées, modes, idéologies, services, paysages célèbres, etc.) mais, peu à peu, des gravures abstraites les remplacèrent. Les publicités tendent de nouveau à apparaître.

Jeu de cartes français[modifier | modifier le code]

Article détaillé : jeu de cartes français.

Les cartes d'un jeu standard se distinguent par leur valeurun (ou As) à dix — ou leur figureRoi, Dame, Valet — et par leur enseigne ou couleur. Ces « couleurs », au nombre de 4, varient suivant les usages, notamment nationaux ou régionaux.

Un jeu de cartes sous la Révolution française[modifier | modifier le code]

Jeu de cartes sous la Terreur.jpg

Jeu de cartes sous la Révolution française
dessiné par Jacques-Louis David


Force / Génie de la guerre
Fraternité / Liberté des cultes
Sécurité / Égalité de devoirs


Force / Génie du commerce
Industrie / Liberté des professions
Courage / Égalité de couleur


Prospérité / Génie de la paix
Pudeur / Liberté du mariage
Justice / Égalité de droits


Goût / Génie des arts
Lumière / Liberté de la presse
Puissance / Égalité de rang

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. « Playing cards featuring logo of the FJ Holden », National Museum of Australia
  2. Voir pages 116-117 in The Genius of China - 3,000 years of science, discovery and invention, Prion Books, 1983
  3. Voir page 55 in The shorter Science and Civilisation in China: an abridgement of Joseph Needham's original text - Volume 3, Colin A. Ronan, Cambridge University Press, 1986
  4. Voir Turfan Studies sur le site de la "Berlin - Brandenburgische Akademie der Wissenschaften"
  5. Voir pages 131-132 in Science and civilisation in China - Volume V : Chemistry and chemical technology - Part 1 : Paper and Printing, Joseph Needham & Tsuen-hsuin Tsien, Cambridge University Press, 1985 (edition de 2001) : Playing made of paper, written or printed with design, probably existed no later than the +9th century, when the relatives of a princess are said to have played the "leaf-game".
  6. Voir page 55 in The shorter Science and civilisation in China: an abridgement by Colin A. Ronan of Joseph Needham's original text : 3, Cambridge University Press 1986
  7. Temple 2007, p. 130-131.
  8. Leo Mayer, Le Bulletin de l’Institut français d’archéologie orientale, 1939, volume 38, pages 113–118
  9. International Playing Cards Society Journal, 30-3, page 139
  10. J. Brunet i Bellet, Lo joch de naibs, naips o cartas, Barcelona, 1886, cite dans le "Diccionari de rims de 1371 : darrerament/per ensajar/de bandejar/los seus guarips/joch de nayps/de nit jugàvem, voir aussi le site trionfi.com
  11. Thierry Depaulis Brève histoire des cartes à jouer, dans Cartes à jouer et tarots de Marseille, éditions Alors Hors du Temps, 2004, page 33 :« ...le nouveau jeu se répand comme une trainée de poudre. Déjà fixé dans sa forme à quatre couleurs, doté de trois figures (sans dame), et de cartes numérales dans chaque série, il est connu dès 1377 à Florence et dans la vallée du Rhin »
  12. ibid.
  13. Voir pages 116-117 in The Genius of China - 3,000 years of science, discovery and invention, Robert Temple, Prion Books, 1983 - Extrait: « Playings cards spread to the West from China either through the Arabs or through the travelers such as Marco Polo who circulated during the Mongol Dynasty, when thre was such freedom of travel between Europe and Asia. In the seventeenth century, Valère Zani claimed that Venice was the first European city to have playing cards from China. It may well have been the case, but the earliest appearance in Europe of which can be certain is Germany and Spain by the year 1377. By 1379, we know they were being used in Italy and Belgium, and by 1381 in France. »
  14. Voir page 329 in Science and civilisation in China - Volume IV, Part 1, Joseph Needham & Ling Wang, Cambridge University Press, 1962 (ed 2004)
  15. Voir milieu de page 181 in Culture and Conquest in Mongol Eurasia, Thomas T. Allsen, Cambridge University Press, 2001
  16. Voir milieu de page 55 in The shorter Science and civilisation in China, Colin A. Ronan, Cambridge University Press, 1986
  17. Voir milieu de page 181 in Culture and Conquest in Mongol Eurasia, Thomas T. Allsen, Cambridge University Press, 2001 - Extrait: « Further, there is the suggestion that playing cards from China stimulated printing in Europe. »
  18. Voir aussi page 78 in Asia in the Making of Europe - Volume II: A Century of Wonder - Book 1, Donald F. Lach, The University of Chicago Press, 1970 (ed. 1994) - Extrait: « Chinese printed textiles, playing cards, and image prints which circulated in late medieval Europe certainly influenced the development of block printing there. »
  19. Thierry Depaulis, Tarot, jeu et magie, Bibliothèque nationale, 1984, p. 35 : "C'est en 1442, à Ferrare, qu'est mentionné pour la première fois le jeu de carte da trionfi.", ancien nom du tarot.
  20. Les cartes à jouer de la Révolution - Histoire Généalogie - La vie et la mémoire des hommes
  21. Souvenirs de Paris - Jeu de cartes Revolution française
  22. « le Quid » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Recherches historiques et littéraires sur les danses des morts et sur l'origine des cartes à jouer, Gabriel Peignot, Librairie Victor Lagier, Paris, 1826.
  • Pierre Germa, « Dictionnaire des inventions », Berger-Levrault, 1986, p. 85 (ISBN 270130329X)
  • Robert Temple, Le génie de la Chine: 3 000 ans de découvertes et d'inventions,‎ 2007 (ISBN 9782877309479)
  • Laetitia Laguzet, Les cartes dans l'art contemporain depuis le cubisme, Jeu et Divination thèse soutenue en mars 2011, Paris Sorbonne.

Articles connexes[modifier | modifier le code]