Theodor Leutwein

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Theodor Leutwein (1849-1921)

Theodor Gotthilf Leutwein (1849-1921) était un officier allemand, ancien gouverneur du Sud-Ouest africain de 1894 à 1904.

Les 10 années de son commandement du Sud-Ouest Africain ont été marquées par l'établissement d'une infrastructure administrative et économique du protectorat. La politique indigène se caractérisa par un mélange de diplomatie, de séduction, de roueries et de coercition militaire basé sur le principe "diviser pour mieux régner".

Origine[modifier | modifier le code]

Fils de pasteur, Theodor Gotthilf Leutwein est né le 9 mai 1849 à Strümpfelbronn en Allemagne.

Il rejoint l'armée prussienne en 1868 où il est promu second lieutenant dès 1869.

Il grimpe la hiérarchie militaire et en 1893 le major Leutwein est envoyé par le ministère des affaires étrangères dans le Sud-Ouest Africain pour reprendre le commandement de Curt von François alors en prise avec les tribus namas du chef Hendrik Witbooi.

Le gouverneur du Sud-Ouest Africain[modifier | modifier le code]

Theodor Leutwein (assis à gauche), Zacharie Zeraua (2e à gauche) et Manassé Tyiseseta (assis, 4e à partir de la gauche), 1895

Arrivé dans le protectorat au 1er janvier 1894, il est nommé Landeshauptmann (gouverneur avec titre officiel le 18 avril 1898). Sa mission est de coloniser pacifiquement le territoire sans effusion de sang. Il décentralise alors l'administration dont les bureaux sont répartis entre Windhoek, Otjimbingwe et Keetmanshoop.

En février 1894, il rencontre Samuel Maharero, le chef des Hereros, à Okahandja.

Le 24 février, il participe à l'attaque des Khauas Nama à Aais et Naosanabis (Leonardville).

Le 19 mars, le chef des Khauas Nama, Andreas Lambert (!Nanib), est exécuté après un jugement en cour martiale sur ordre de Leutwein, pour avoir refusé de signer le traité de protection au Reich Allemand. Il obtint finalement cette signature de son successeur, Eduard Lambert.

Après le départ définitif de la colonie de Von François en août 1894, Leutwein prit le commandement de la Schutztruppe, l'armée coloniale.

Le 27 août, il attaquait les Nama d'Hendrik Witbooi dans les montagnes de Naukluft. Les armées sont saignées à blanc. Les Allemands perdent 27 % de leur effectif mais Witbooi propose alors une reddition sous condition accepté par Leutwein. Un traité de protection est alors signé accordant aux Witboois le droit de posséder des armes à feu et garantissant leur autonomie (le traité sera respecté pendant 10 ans).

Le 26 novembre, Leutwein obtint par la diplomatie la soumission de plusieurs chefs hereros dont Manasse Tyiseseta d'Omaruru.

Durant les années qui suivent, par des manœuvres diplomatiques habiles, Leutwein obtint la soumission de l'ensemble des Hereros et des Damaras ainsi que la neutralisation des clans hostiles.

Ainsi, en décembre 1894, les frontières sud du Hereroland sont fixées avec Samuel Maharero lequel requit le soutien de Leutwein pour protéger celle-ci. En janvier 1895, une expédition punitive et organisée par Leutwein en alliance avec Hendrik Witbooi contre les clans Khauas, les Fransman Nama et les Bondelswarts.

À la suite de ses victoires, Leutwein fait établir une garnison à Gobabis et un poste militaire à Olifantskloof pour contrôler le commerce avec le Bechuanaland voisin.

Le 27 août 1895, la frontière nord du Hereroland était fixée avec Samuel Maharero.

En 1896, plusieurs révoltes ou rivalités de clans sont sévèrement réprimées. Des camps de concentration sont construits pour accueillir les vaincus notamment les Khauas Nama condamnés aux travaux forcés pour les autorités allemandes. Des chefs tribaux sont même exécutés par des cours martiales.

En dépit de cette prise en main répressive du territoire, Theodor Leutwein fait figure d'humaniste pour les colons allemands qui critiquent sa gestion et lui reproche de ne pas être plus répressif.

En novembre 1899, Leutwein intervint dans un conflit entre Samuel Maharero et Michael Tyiseseta de Omaruru et trancha en la faveur de ce dernier. Il devint alors clair que les arbitrages passés favorables autrefois à Maharero avaient été rendues tant que ceux-ci l'étaient dans le sens des intérêts des autorités allemandes qui avaient besoin de Maharero pour lutter contre les clans Ovaherero.

En février 1901, le Lieutenant-Colonel Leutwein refusa la demande de la mission rhénane d'établir une réserve indigène dans le Hereroland. Il accepta d'étudier l'idée de telles réserves dans les districts de Windhoek, Omaruru, Karibib et Gobabis.

Le 25 octobre 1903, à la suite d'un litige judiciaire, le chef des Bondelswarts, Jan Abraham Christian, et le responsable allemand du district, Walter Jobst, s'entretuent au cours d'une violente dispute à Warmbad. Les Bondelswarts se soulevèrent bien que le Colonel Leutwein ait admis que le lieutenant Jobst ait eu tort de recourir à la violence contre Abraham Christian. Les autorités allemandes reçurent sur place le soutien des troupes d'Hendrik Witbooi contre les Bondelswarts d'autant plus que Leutwein avait mis leurs têtes à prix (500 marks pour chaque Bondelswart impliqué dans la tuerie de Warmbad et 2 000 marks pour la tête du nouveau chef Bondelswart). En janvier 1904, la paix de Kalkfontein marquait la fin du soulèvement des Bondelswart alors que commençait le soulèvement des Hereros.

Le 11 février 1904, Leutwein divisait la troupe coloniale en 4 sections afin de maintenir l'ordre sur le territoire et faire face aux troupes en rébellion de Samuel Maharero. Il chercha à négocier cependant avec ce dernier mais il fut alors désavoué par le gouvernement allemand. Alors que la missive retenait l'attention de Maharero, Meutwein mettait en garde le commandement allemand contre toute politique d'extermination des Ovaherero.

Après la quasi défaite allemande de Oviumbo, Leutwein réitéra ses observations et demanda à la presse allemande, diffusée dans le Sud-Ouest Africain, de cesser d'appeler au démantèlement des structures indigènes, laquelle encourageait indirectement les tribus à gagner la rébellion. Il refuse l'anéantissement total de tout un peuple et parla de fanatisme à propos des partisans de l'annihilation totale des tribus rebelles.

À la fin de mai 1904, Leutwein tente encore de trouver un accord de paix alors que le général Lothar von Trotha était en route depuis l'Allemagne pour prendre le commandement de la troupe coloniale. Leutwein fit imprimer en Otjiherero une proclamation appelant à une reddition des Hereros qui ne souffriraient que d'un juste chatiment : "You well know that after you have risen against your protector, the German Kaiser, nothing else awaits you but a fight to the death. Until then I cannot stop the war. However, you can stop the war, by coming over to me, handing in your guns and ammunition and receiving your expected punishment. ... ".

A son arrivée, Von Trotha mit fin immédiatement aux négociations en cours. Leutwein fut relevé du commandement de la Schutztruppe en juin 1904. À la fin de l'année, le Major-General Leutwein cédait sa fonction de gouverneur du Sud-Ouest Africain au Général von Trotha.

Il quitta le Sud-Ouest Africain en décembre 1904, désavoué par la grande majorité des colons et par l'Empereur Guillaume II.

La retraite après le désaveu[modifier | modifier le code]

En août 1905, il prenait sa retraite dans le sud de l'Allemagne où il devint un partisan du parti national-libéral.

En 1906, il publia son autobiographie "Elf Jahre als Gouverneur in Deutsch-Südwestafrika".

Il meurt le 13 avril 1921 à Fribourg.

Famille[modifier | modifier le code]

Marié, son fils, Paul Leutwein (1882-1956), avait participé à la guerre contre les Hereros en 1904 avant de devenir un écrivain colonialiste et militant du Parti du peuple allemand dans les années 1920.

Lien externe[modifier | modifier le code]

(de) Biographie de Theodor Leutwein