Folco de Baroncelli-Javon

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Folco Baroncellli-Javon, dit Lou Marqués

Folco de Baroncelli-Javon ( à Aix-en-Provence à Avignon) est un écrivain et un manadier camarguais.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et jeunesse[modifier | modifier le code]

Folco de Baroncelli-Javon est né à Aix-en-Provence[1], mais sera baptisé à Avignon où demeurent ses parents. Il descend d'une vieille famille florentine installée en Provence depuis le XVe siècle dans un bâtiment au plein centre d'Avignon, le palais de Baroncelli, appelé plus récemment « palais du Roure ». Celui qui devait devenir gentilhomme-gardian appartient par son père[2], Marie-Lucien-Gabriel-Folco de Baroncelli-Javon[3], à une très vieille famille d’origine toscane et de tradition gibeline, qui possède depuis le début du XVIe siècle le marquisat et le château de Javon, dans le diocèse de Carpentras. Sa famille, quoique aristocratique, parle le provençal, une véritable hérésie à l'époque où cette langue ne peut être que celle du peuple. Il est le frère du célèbre cinéaste Jacques de Baroncelli et de Marguerite de Baroncelli-Javon qui fut reine du Félibrige sous le capouliérat (la présidence) de Mistral et qui épousa le peintre postimpressionniste Georges Dufrénoy.

Il passe son enfance au château de Bellecôte près de Nîmes où il fait ses études[4] . Nîmes est alors ville taurine et capitale des félibres ; il y rencontre Roumanille et, en 1889, Mistral. Dès 1890, il publie en provençal un premier ouvrage, Babali, et l'année suivante fonde avec Mistral le journal l'Aioli. La même année il est appelé au service militaire[5].

Sa vie camarguaise[modifier | modifier le code]

Au mas de l'Amarée[modifier | modifier le code]

En 1895, lou Marqués (le Marquis), comme on l'appellera désormais, se rend en Camargue et monte une manade, la Manado Santenco (la Manade saintine), aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Peu de temps auparavant, le 7 février 1895, il avait épousé Henriette Constantin, fille d'Henri Constantin, propriétaire du domaine des Fines Roches à Châteauneuf-du-Pape[6] ; de ce mariage, il aura trois filles[7], mais sa femme supportera mal le climat camarguais et leur vie commune sera épisodique. Néanmoins, le 30 juillet 1899, il s'installe définitivement aux Saintes sur la petite route du Sauvage, au mas de l'Amarée[8],[9], en locataire du propriétaire d’alors, monsieur Allègre.

Le marquis de Baroncelli-Javon, en tenue de gardian, observant son troupeau dans sa manade aux Saintes-Maries-de-la-Mer au début des années 1900.
Manade du Marquis Folco de Baroncelli-Javon lors d'une abrivade, vers 1900-1910

En 1905, il fait connaissance de Joe Hamman puis en octobre de la même année de Buffalo Bill[10] à l'occasion d'une représentation de la troupe américaine à Nîmes. Ayant noué une relation d'amitié avec ce dernier, il propose les services de ses gardians qui participent avec les Indiens et les cows-boys aux spectacles de Buffalo Bill, puis à partir de 1909 met à disposition d'Hamman ses gardians et ses taureaux pour des films tournés en Camargue[11].

En septembre 1907, les crues liées aux orages du 27 de ce mois noient une partie de sa manade[12].

En mai 1908, il rencontre à Arles Jules Charles-Roux et Jeanne de Flandreysy à l'occasion du tournage de la première version cinématographique de Mireille[13]. Cette rencontre avec Jeanne de Flandreysy, déjà aperçue quatre ans plus tôt à Valence, le marque à jamais. Il tombe amoureux de cette belle mais très indépendante femme, véritable égérie provençale. Si leur relation amoureuse fut brève, leur amitié dura jusqu'à la mort du marquis.

Mas de l'Amarée en attente de la ferrade.
Ferrade sous la supervision du marquis de Baroncelli-Javon.

Dès le début du XXe siècle, le marquis s’attelle avec d’autres à la reconquête de la pure race Camargue, tout comme il participe activement à la codification de la course camarguaise naissante. La sélection draconienne qu'il opère est récompensée par son taureau Prouvenço, historique cocardier qui déchaîne les foules, baptisé ainsi autant pour ses qualités esthétiques que ses aptitudes combatives. Le 16 septembre 1909, il crée la Nacioun gardiano[14] (la « Nation gardiane »), qui a pour objectif de défendre et maintenir les traditions camarguaises.

Mobilisé, il est profondément affecté par les carnages de la guerre de 1914-1918 et, à la suite de propos anti-militaristes qui auraient pu lui valoir le peloton d’exécution, il est interné au fort de Peccais.

À la fin de la Guerre et plus précisément le 18 avril 1918, Jeanne de Flandreysy, associée à son père Étienne Mellier, rachète le palais du Roure[15], sauvant ainsi le marquis d’une première ruine. Ce palais, maison historique et familiale des Baroncelli, avait été mise en vente au cours de l'été 1907 puis vendu le 15 mai 1909 à la société Immobilière de Vaucluse[16] qui en avait dispersé la plupart des trésors, dont de superbes boiseries. C'est à cette époque que Jeanne de Flandreysy l’incite à écrire.

Le 17 octobre 1921, à Nîmes, il conduit la Levée des Tridents, à la tête de la Nacioun gardiano et en compagnie de son ami Bernard de Montaut-Manse, pour protester contre l'interdiction des corridas[17]. Il s'agit d'un défilé pacifique comme le montrent les anciennes photographies[18]. Bernard de Montaut-Manse réussit à faire débouter la SPA de son action en justice contre les corridas à Nîmes[19].

En 1924, il demande à Hermann Paul de concevoir et dessiner la croix camarguaise qui symbolise la Nacioun gardiano. La croix originelle est réalisée par Joseph Barbanson, forgeron aux Saintes-Maries-de-la-Mer et inaugurée le 7 juillet 1926 sur un terre-plein de l’ancienne sortie sud-est de la cité camarguaise [20].

Au mas du Simbèu[modifier | modifier le code]

Mas du Simbeu dans les années 1930

Toutefois, les problèmes financiers s’accumulent et en 1930, désargenté, il doit quitter le mas de l'Amarée dont il n'est que locataire. Les Saintois se cotisent alors et lui offrent un terrain sur lequel il construit une réplique du mas de l'Amarée, le mas du Simbèu (littéralement « signe », « enseigne », « point de mire », nom donné au vieux taureau, chef du troupeau) [21]; le 1er octobre 1931 à minuit, il quitte l’Amarée pour le Simbèu.

Dans les années 1930, il dénonce le projet d'assèchement du Vaccarès, se bat pour la création d'une réserve en faisant valoir l'importance à venir du tourisme et manifeste pour le maintien des courses camarguaises[22]. Il témoigne aussi en faveur du maire communiste des Saintes-Maries-de-la-Mer, Esprit Pioch [23], et prend parti dans la guerre d’Espagne pour les Républicains espagnols. Il soutient également les gitans et leur pèlerinage. À sa demande, l’Archevêque d’Aix, Monseigneur Roques, tolère que la statue de Sara, patronne des gitans, soit amenée jusqu’à la mer, ce qui est réalisé, pour la première fois, le 25 mai 1935. Toutefois, ce n’est qu’à partir de 1953 que des prêtres participeront à cette procession.

La fin des années 1930 n'est pas très heureuse pour le marquis. En février 1935, il tombe gravement malade puis est très affecté par le décès de son épouse, survenu le 8 août 1936. En 1938, à nouveau gravement malade, il est transporté d’urgence au centre médical de Nîmes. Et à la veille de la guerre en février 1939, c’est la fin de sa manade. En 1940, il proteste auprès de Daladier après des manœuvres de tirs d'avions dans le Vaccarès.

La guerre 1939-1945 lui sera en quelque sorte fatale. Lors de leur arrivée en zone libre en 1942, les Allemands s'installent, dès le 16 novembre 1942, dans son mas du Simbèu, réquisitionné en janvier 1943. Finalement, le 17 février, le marquis de Baroncelli est expulsé et s’installe dans le village même des Saintes. Affaibli par la maladie et terriblement attristé, il s’éteint à la fin de 1943. Il reçoit l’extrême onction et meurt le 15 décembre, peu avant 13 heures, à Avignon.

Son tombeau[modifier | modifier le code]

Tombeau du marquis de Baroncelli à l'emplacement de son mas lou Simbèu aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

Son mas Lou Simbèu est détruit à l'explosif en 1944 par les troupes allemandes lorsqu'elles quittent le pays. Il n'aura duré que 13 ans. Le 21 juillet 1951, les cendres du Marqués sont transférées dans un tombeau à l’endroit même où se trouvait le mas du Simbèu. Lors de ce transfert, alors que le convoi funèbre longe les prés, les taureaux de son ancienne manade se regroupent et suivent lentement le cortège, comme accompagnant leur maître une dernière fois. Ainsi, selon sa volonté :

lorsque je serai mort, quand le temps sera venu, amener mon corps dans la terre du Simbèu, ma tête posée au foyer de ma vie, mon corps tourné vers l'église des Saintes, c'est ici que je veux dormir,

le marquis repose sur les lieux de son dernier mas. On peut se rendre sur sa tombe, qui est d'une grande sobriété.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

  • Blad de Luno (Blé de Lune), préface de Frédéric Mistral, Paris ( Lemerre) et Avignon ( Roumanille), 1909, 155 pages, recueil de poèmes bilingue provençal-français.
  • Babali, Nouvello prouvençalo, préface de Frédéric Mistral, Paris ( Lemerre) et Avignon ( Roumanille), bilingue provençal-français, 1910, 53 pages, 33 illustrations, 8 reproductions d'aquarelles inédites de Ivan Pranishnikoff, Teissère de Valdrôme, Roux-Renard, Morice Viel et 4 lettrines de Louis Ollier
  • L'élevage en Camargue Le Taureau (tiré-à-part des travaux du 5e Congrès du Rhône), Tain-Tournon, ed. Union Générale des Rhodaniens, 1931, 14 pages.
  • Souto la tiaro d'Avignoun - Sous la tiare d'Avignon, Société Anonyme de l'Imprimerie Rey, Lyon, 1935.
  • Recueil de poèmes bilingue français-provençal contenant : Les deux veuves ; Préface ; La cavale de Grégoire XI ; Le nombre 7 et la Provence ; Le jour de la Saint-André (30 novembre) et les Pénitents gris d'Avignon ; Politesse provençale ; La Madone du Château de Bellecôte ; La chèvre d'or ; La chasse au perdreau en Camargue ; Les chevaux camarguais ; Le grand loup ; Bauduc ; La Madone de l'hôtel de Javon ; Valence, cité cavare et provençale.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Hôtel Villeneuve d'Ansouis, 9 rue du Quatre-Septembre, angle rue Goyrand.
  2. Ce seigneur de très vieille noblesse avait épousé une Nîmoise, mademoiselle de Chazelles, dont il eut neuf enfants : Jacques Folco ; Henri (mort pour la France à Massiges le 24 septembre 1915) ; Marie-Thérèse, religieuse carmélite ; Jeanne, mariée en 1906 à Soubhi Ghali bey ; Emma ; Gabrielle, mariée en 1905 au comte Raoul Deltour de Chazelles ; Marguerite, mariée en 1914 au peintre Georges Dufrénoy et enfin Adrienne, mariée en 1907 à Robert des Portes, officier de marine, fils de l'Amiral des Portes.
  3. Palais du Roure - Le crépuscule du Marquis, p.13
  4. Palais du Roure - Le crépuscule du Marquis, p.13
  5. Palais du Roure - Le crépuscule du Marquis, p.13
  6. Palais du Roure - Le crépuscule du Marquis, p.13
  7. Nerte, Maguelone et Frédérique, dite Riquette. Nerte et Maguelone se marient respectivement le 27 juin 1916 et le 6 novembre 1928. Le 25 avril 1933, sa troisième fille, Frédérique, épouse Henri Aubanel.
  8. Ce terme serait la francisation du provençal amaréu désignant en Camargue un bouquet d'arbres (Louis Alibert, Dictionnaire occitan-français, nouvelle édition, Toulouse, IEO, 1977).
  9. Palais du Roure - Le crépuscule du Marquis, p.14 ; cet ouvrage n'indique que "juillet 1899".
  10. Palais du Roure - Le crépuscule du Marquis, p.14
  11. Anaïs Kien et Charlotte Roux, documentaire « Western Baguetti : l'Incroyable Histoire de Joe Hamman » sur France Culture, 26 juin 2012
  12. Palais du Roure - Le crépuscule du Marquis, p.15
  13. Palais du Roure - Le crépuscule du Marquis, p.15
  14. L'association est déclarée au journal officiel le 16 septembre 1909 sous son nouveau nom. C'est donc le 16 septembre 1909 que naît officiellement la Nacioun gardiano, fleur de son âme et de son idéal, en remplacement du « Coumitat Virginien » dissout. Le conseil des membres fondateurs reste le même. Le siège social de la Nacioun sera aux Saintes-Maries-de-la-Mer. D’après le site officiel de la Nacioun gardiano, consultable ici
  15. Palais du Roure, Le crépuscule du Marquis, p. 17.
  16. Palais du Roure, Le crépuscule du Marquis, p. 15.
  17. levée des tridents.
  18. défilé pacifique.
  19. Baroncelli au secours de la corrida.
  20. À cette fête furent présents de nombreuses personnalités et les amis du Marquis de Baroncelli : le poète Joseph d'Arbaud, Rul d'Elly, Maguy Hugo (la petite-fille du grand poète Victor Hugo), Madame de la Garanderie, Fanfonne Guillierme, la famille des éditeurs Aubanel, le peintre Paul Hermann, et bien d'autres.
  21. Il s'agit d'un taureau castré, auquel on a inculqué la peur de l'homme et qui obéit à la voix; une sonnaille pend à son cou. Il sert à manœuvrer la manade (le troupeau). Il est au gardian ce que le chien est au berger.
  22. Frédéric Saumade, Des sauvages en Occident : les cultures tauromachiques en Camargue et en Andalousie, (Livre numérique Google), Les Éditions de la MSH, 1994, 275 p., p. 198 : « Dès 1930, et par une argumentation éclairée faisant valoir l'importance future de la consommation touristique, il demandait la création d'un parc national pour sauvegarder la Camargue des "tentatives commerciales de desséchement et de défrichement" ».
  23. Condamné en 1934; fin du rêve de parc naturel.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • René Baranger, En Camargue avec Baroncelli, l'auteur, Clichy, 1983, 164 p. (Récit des quatorze années passées par l'auteur comme gardian au mas de l'Amarée puis au mas du Simbèu).
  • Robert Zaretsky, Le Coq et le Taureau, Comment le Marquis de Baroncelli a inventé la Camargue, traduit de l'anglais (américain) par Cécile Hinze et David Gaussen, Éditions Gaussen, 2008 (L'auteur, qui enseigne la culture française à l'Université de Houston au Texas, replace l'action et l'œuvre de Baroncelli dans le contexte de la formation de la France moderne. Avant-propos de Sabine Barnicaud, conservatrice du palais du Roure - Références de l'édition en anglais : Cock & Bull Stories, Folco de Baroncelli and the Invention of the Camargue, Lincoln & London, University of Nebraska Press, 2004, 192 p.)
  • Henriette Dibon (Farfantello), Folco de Baroncelli, Imprimerie René, Nimes, 1982, 429 p.
  • Palais du Roure, Le crépuscule du Marquis, Éditions Palais du Roure, Avignon, 2013, (ISBN 978-2-9546921-1-1)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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