Course camarguaise

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Un tourneur face à un Cocardier à corne nu lors d'une course camarguaise à Aimargues, juillet 2007

La course camarguaise est un sport dans lequel les participants tentent d'attraper des attributs primés fixés au frontal et aux cornes d'un bœuf appelé cocardier ou biòu (bœuf en provençal), mais auquel on confère parfois la dignité de taureau en l'appelant : taureau cocardier[1]. Ce jeu sportif, sans mise à mort, est pratiqué dans les départements français du Gard, de l'Hérault, une large partie des Bouches-du-Rhône, ainsi que dans quelques communes du Vaucluse.

La course camarguaise se distingue de la course andalouse par de nombreux aspects : « du taureau intègre que l'on met à mort (Espagne), on passe au taureau castré, glorifié de son vivant, d'un idéal de domination de l'officiant à un idéal de domination de l'animal consacré (Camargue). Une contradiction aussi remarquable n'empêche pas pour autant un grand nombre d'amateurs de courses camarguaises de suivre les corridas qui sont présentées dans leurs région sans éprouver de malaise particulier au moment de la mise à mort[1]. ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Raseteur tentant d'attraper les attributs primés (feria de Palavas, 30 avril 2007)

Les premières traces de courses en Camargue que l'on ait concernent les exploits d'un certain Capitaine de Ventabren, qui aurait affronté des taureaux furieux à une date imprécise, et de deux courses de taureaux que Catherine de Médicis, puis Henri IV auraient présidées en Camargue dès le XVIe siècle[2].

D'autre historiens apportent des données plus anciennes : « les plus anciennes mentions font état de jeux taurins à Arles lors d'une foire qui se tenait à la Pentecôte dès le XIIe ou XIIIe siècle[3]. On mentionne encore les jeux taurins qui se multiplient dès le XVIe siècle dans les bourgs du Gard méridional et la région de Nîmes, s'étendant jusqu'à Avignon et ses environs au XIXe siècle [3]. »

Les origines des jeux taurins en Camargue sont fréquemment en lien avec les activités des abattoirs. Mais à la campagne, ils se déroulaient dans des mas, avant de gagner les villes où ils faisaient partie des fêtes, sur les places ou dans les rues. Jean Baptiste Maudet signale une course donnée en 1594 à Arles devant Catherine de Médicis et le jeune roi Charles IX. Bien avant le XIIIe siècle il y avait déjà, sur place, et avant même l'importation de taureaux espagnols, une forte afiecioun illustrées à la fois par des jeux ruraux et des courses[3].

On dispose aussi de témoignages écrits sur les manades et les ferrades dès 1551 sous la plume de Quiqueran de Beaujeu : « La ferrade, c'est imprimer avec un fer rouge la marque des maîtres en la fesse des taureaux[4] ». Dix ans plus tard, c'est Poldo d'Albenas qui définit le fer comme le moyen le plus sûr de reconnaître un animal de son troupeau s'il a été perdu ou volé[4].

Si la course camarguaise est issue des jeux rustiques des vachers et garçons bouchers elle intéresse très vite la bourgeoisie dès la révolution française. La course camarguaise participe des fêtes patriotiques. Les cornes des taureaux sont décorées de fleurs de foulards et de toutes sortes d'éléments dont le plus important est le ruban rouge qui orne le front du taureau et qui porte le nom patriotique de cocarde[5]

La course camarguaise a connu diverses appellations. D'abord désignée sous le nom de course provençale au XVe siècle à cause d'un antagonisme historique entre Languedoc et Nacioun Provençalo que des lettrés ont entretenue et que le folklore a prolongé jusqu'au XIXe siècle[6], elle s'est ensuite appelée course libre dont la ville de Lunel était déclarée reine[7].

Le 27 février 1966, le congrès qui se déroule au Paluds-de-Noves dans les Bouches-du-Rhône adopte la mise en place du projet Vignon. La course à la cocarde a son premier règlement, La « Charte de la course à la cocarde ». Avec lui, l’appellation « course libre », même si elle a continué longtemps d'être utilisée, devient caduque et cède la place à « course à la cocarde ».

En 1975, la Fédération française de la course camarguaise[8] est créée sous la loi des associations de 1901[9],[10].

Le 10 octobre 1975, la Fédération française de la course camarguaise (FFCC) est agréée par le Ministère. La course camarguaise est reconnue comme sport par le Secrétariat d’État à la jeunesse et aux sports. La « Course à la cocarde » devient définitivement la « Course camarguaise ».

La course[modifier | modifier le code]

Avant la course[modifier | modifier le code]

Les attributs : la cocarde, le gland et la ficelle.

L'« abrivado » précède la course, c'est l'arrivée dans les arènes des taureaux en provenance des prés, accompagnés à cheval par les gardians de la manade. Leur retour aux prés après la course dans les mêmes conditions est appelé la « bandido ». Le but des gardians, chevaux et taureaux est de rester groupés « emmaillés », le but des gens dans la rue (« attrapaïres ») est de détourner les taureaux et défaire leur bel ordre de marche.

C'était ainsi jusqu'aux alentours des années 1970. Depuis, quel que soit le prestige dû au rang des différents taureaux, ils sont conduits en camion : ce sont des stars, leurs noms sur les affiches, sont écrits bien plus grand que ceux des raseteurs invités. Récemment, une exposition a été consacrée au cocardier Goya, surnommé le « Seigneur de Provence », dans la ville de Beaucaire[11],[12]. Exemple du prestige et de l'admiration que les afeciounados portent au taureau.

Puis dans le toril, les gardians fixent les attributs primés du taureau.

À l'inverse de la démarche tauromachique de la corrida espagnole, c'est le taureau qui est une star et non l'homme. Il arrive que l'animal soit blessé à cause d'un coup de crochet mal ajusté du raseteur ou d'une mauvaise réception dans un coup de barrière, les raseteurs font signe à la présidence qui ordonne la suspension de toute action ; le manadier vient alors en contre-piste pour juger de la blessure de son animal, et décider s'il poursuit la course ou non.

Déroulement de la course[modifier | modifier le code]

Dans l'arène, la course commence par une capelado qui est l'équivalent du paseo de la corrida. Le défilé a lieu sur l'air d'ouverture de Carmen répartis en deux files sans ordre préliminaire ; le défilé des raseteurs se termine avec le salut à la présidence[13].

L'arrivée du taureau dans l'arène est annoncée par une sonnerie de trompette jouant L'èr di biòu[14].

Après avoir laissé une minute de répit au cocardier pour s'habituer à l'arène, une seconde sonnerie retentit pour indiquer aux raseteurs le début de leur « attaque » qui se fait, comme leur nom l'indique avec un raset.

Course camarguaise du 29 juillet 2007.

Chaque cocardier est travaillé pendant un quart d'heure maximum par un groupe de raseteurs indépendants les uns des autres et assistés de tourneurs, qui sont l'équivalent des peons de corrida. Le nombre de protagonistes varie d'une course à l'autre, généralement de 4 à 20 personnes.

Dès sa sortie du toril, l'animal doit être capable de prendre position le dos à la barricade pour surveiller ses adversaires. Lorsque ceux-ci courent vers lui les bras tendus vers sa tête pour essayer de décrocher une prime, il réagit avec beaucoup de fougue, poursuivant les officiants jusqu'au bout de la piste.

Les raseteurs défient le taureau afin d'aller chercher sur ses cornes des attributs à l'aide d'un crochet. Ces attributs sont des trophées qui rapportent des points permettant de déterminer le meilleur des raseteurs dans les différentes manifestations de chaque catégorie, comme celles que l'on trouve dans les divisions au football : trophée de l'Avenir, trophée des Raseteurs, trophée des As. Le barème est très précis : la coupe de la cocarde vaut 1 point, l'enlèvement de la cocarde et des glands 2 points par attribut, l'enlèvement de la coupe du frontal 1 point, l'enlèvement de chaque ficelle 4 points[15].

D'autre part les raseteurs sont rémunérés sous forme de primes. La valeur de l'attribut augmente au fil du temps, par des « mises » sponsorisées par le public et annoncées au micro pour inciter les raseteurs à « travailler »[16].

Après la course, le taureau regagne ses prés et ses congénères, physiquement intact.

À la fin de la course se déroule la bandido, qui est une abrivado dans le sens inverse : les taureaux rentrent aux prés.

Le raset[modifier | modifier le code]

Raseteur en action.

Un raset se déroule en quatre temps. Le tourneur peut être un ancien raseteur. Il aide le raseteur à fixer le taureau et détourne l'attention de la bête pour que le raseteur puisse faire son raset. Son nom est écrit en rouge dans le dos de son tricot[17].

Il ne possède pas de crochet. Il est chargé d'attirer l'attention du taureau pour le « tourner » face au raseteur qui s'apprête à s'élancer[18]. Lorsque le cocardier et le raseteur se croisent, le raseteur tend son crochet et essaie de retirer un attribut ; si nécessaire le raseteur saute par-dessus la barrière puis s'accroche au mur de l'enceinte de l'arène[19].

Les attributs primés[modifier | modifier le code]

Les attributs sont les éléments clef de la course camarguaise. En effet sans eux, il n'y aurait pas de jeu. Il y a trois attributs, ils vont être décrits dans l'ordre où les raseteurs doivent les enlever dans la course[20],[21]

  • La cocarde est un ruban de couleur rouge d'une dimension de cinq à sept centimètres de longueur et de un centimètre de largeur. Elle est attachée à l'aide d'une ficelle sur le haut de front du taureau et au centre.
  • Deux glands, des pompons de laine blanche, sont accrochés par un cordon à la base de chaque corne. Les glands, introduits à partir des années 1920 pour agrémenter le jeu, évoqueraient les organes génitaux perdus du cocardier[15].
  • La ficelle qui est le dernier attribut à enlever est enroulée autour de la corne avec un nombre de tours variable et déterminé par le classement du taureau.

Intervenants et accessoires[modifier | modifier le code]

Le raseteur[modifier | modifier le code]

Un crochet.

Il affronte le taureau pour glaner les attributs primés à l'aide d'un crochet. Il déclenche la charge du taureau orienté par son tourneur. Le but étant de couper ou lever les cocardes, glands, ou ficelles. Il saute la barrière des arènes pour se protéger et préparer sa prochaine action.

Les raseteurs professionnels sont des sportifs de haut niveau qui suivent un entraînement quotidien.

Les tourneurs[modifier | modifier le code]

Ce sont toujours d'anciens raseteurs qui aident, selon que le raseteur est gaucher ou droitier, à placer ou à rabattre l'animal dans l'arène.

Les habits[modifier | modifier le code]

Les raseteurs, comme les tourneurs, doivent porter une tenue blanche. Leur nom est inscrit sur leur t-shirt, en noir pour les raseteurs, en rouge pour les tourneurs. Si leur tenue présente une inscription publicitaire, elle ne peut dépasser 10 cm2.

Le crochet[modifier | modifier le code]

Le crochet en fer doit comporter quatre branches de 8 cm de longueur, dotées chacune de quatre dents qui doivent, notamment la dent supérieure, être incurvées vers l’intérieur. Une barrette transversale est permise à condition qu’elle soit dépourvue de dents. L'as du crochet est un raseteur qui a concouru au Trophée des As.

Le cocardier[modifier | modifier le code]

Un cocardier, ici, emboulé lors d'une séance d'entraînement.

L'animal est appelé « taureau cocardier » car c'est lui qui porte la cocarde.

Il s'agit ici d'un bœuf castré alors qu'il est encore un veau de un an anouble. Il est de race camarguaise (les « Camargue » ou « raço di biòu »), qui diffère des taureaux de race brave. Le cocardier camarguais est plus petit (entre 250 et 350 kg pour les mâles[22]), plus nerveux et plus rapide que son cousin espagnol et ses cornes sont en forme de lyre ou de croissant très relevé.

Le meilleur cocardier de la saison remporte chaque année un prix : le Biòu d'or décerné par un jury:

Année - Nom du cocardier (Manade)

  • 1954 - Royale (Bilhau)
  • 1955 - Gandar (Blatière)
  • 1956 - Cosaque (Lafont)
  • 1957 - Régisseur (Raynaud)[note 1]
  • 1958 - Lopez (Thibaud)
  • 1959 - Tigre (Laurent)
  • 1960 - Tigre (Laurent)
  • 1961 - Vergézois (Blatière)
  • 1962 - Caraque (Laurent)
  • 1963 - Mario (Lafont)
  • 1964 - Petit Loulou (Aubanel)
  • 1965 - Loustic (Laurent)
  • 1966 - Loustic (Laurent)
  • 1967 - Cailaren (Lafont) et Loustic (Laurent)
  • 1968 - Galapian (Guillierme)
  • 1969 - Rami (Fabre-Mailhan)
  • 1970 - Vergézois (Blatière)
  • 1971 - Rami (Fabre-Mailhan)
  • 1972 - Joinville (Lafont)
  • 1973 - Dur (Blatière)

| valign="top" width="33%" |

  • 1974 - Gardon (Laurent)
  • 1975 - Duc (Rouquette)
  • 1976 - Goya (Laurent)
  • 1977 - Ventadour (Lafont)
  • 1978 - Ringot (Blatière)
  • 1979 - Ventadour (Lafont)
  • 1980 - Pascalet (Rébuffat)
  • 1981 - Rousset (Cuillé)
  • 1982 - Rousset (Cuillé)
  • 1983 - Segren (Guillierme)
  • 1984 - Samouraï (Saumade)
  • 1985 - Fidélio (Laurent)
  • 1986 - Furet (Lafont)
  • 1987 - Filou (Laurent)
  • 1988 - Barraïé (Lafont)
  • 1989 - Barraïé (Lafont)
  • 1990 - Banco (Laurent)
  • 1991 - Sangar (Janin)
  • 1992 - Barraïé (Lafont)
  • 1993 - Président (Saumade)
  • 1994 - Président (Saumade)

| valign="top" width="33%" |

  • 1995 - Mourven (Blatière)
  • 1996 - Dalton (Joncas)
  • 1997 - Rubis (Laurent)
  • 1998 - Muscadet (Rouquette)
  • 1999 - Tristan (Saumade)
  • 2000 - Pythagore (Cuillé)
  • 2001 - Tristan (Saumade)
  • 2002 - Virat (Nicollin)
  • 2003 - Scamandre (Boch et Jean)
  • 2004 - Virat (Nicollin)
  • 2005 - Camarina (Chauvet)
  • 2006 - Mathis (Lautier)
  • 2007 - Camarina (Chauvet)
  • 2008 - Camarina (Chauvet)
  • 2009 - Pasteur (Fabre-Mailhan)
  • 2010 - Guépard (Cuillé frères)
  • 2011 - Garlan (Les Baumelles)
  • 2012 - Garlan (Les Baumelles)
  • 2013 - Ratis (Raynaud)

Les compétitions destinées aux raseteurs[modifier | modifier le code]

Chaque année, trois rendez-vous retiennent l'attention des « afeciounados », équivalent provençal de l'espagnol aficionado. D'après Frédéric Mistral, le mot afeciounado signifie passion, zélé, et « qui a du goût pour »[23].

Ces trois courses sont les plus importantes, mais de nombreuses autres courses avec trophée, ont lieu telles que le « Trophée San Juan ». Elles comptent pour le Trophée des As.


Le développement de la course camarguaise[modifier | modifier le code]

En forte augmentation depuis le début des années 1980, les courses camarguaises ont connu un véritable explosion en 2004, année où l'on recensait 921 courses avec 250 000 spectateurs selon les chiffres donnés par la Fédération française de la course camarguaise, avec une légère augmentation en 2005 (263 653 spectateurs)[24]. « Le passage officiel de la course libre à la course camarguaise par agrément ministériel de la Fédération en 1975 a sans aucun doute favorisé l'augmentation du nombre de compétitions et a permis de rationaliser la carrière des tenues blanches (...) Dès 1977, des courses pour débutants sont organisées avec de jeunes cocardiers, en 1988, les vaches sont autorisées à participer[24]. »

On note cependant un léger coup d'arrêt dans l'augmentation des spectacles à cause des nouvelles règles de l'URSSAF sur la taxation des primes considérées comme rémunérations de travail[24].

Mais si quelques municipalités comme Saint-Hippolyte-du-Fort, Quissac, Calvisson et d'autres, ont fermé leurs portes, dans le même temps, une remarquable extension s'est produites vers les zones géographiques des bandido et des abrivados. Manifestations autrefois pratiquées dans les villes situées près des élevages, et qui se rattachent désormais plus largement à toutes les fêtes ayant un rapport de près ou de loin avec la culture du taureau[25].

La croissance du nombre de spectacles camarguais est à l'origine du développement du nombre d'élevages qui a pratiquement triplé en 20 ans. On compte plus de 150 manades à la fin des années 1990 alors qu'en 1970 il n'en existait que 50. Actuellement chaque manade disposerait de 15 000 hectares en partie stabilisés dans le Parc naturel régional de Camargue[25].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Luc Chazel et Muriel Da Ros, Secrets de Camargue, Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), Edisud,‎ 2007 (ISBN 978-2-744-90681-7)
  • Frédéric Saumade, Des sauvages en occident, les cultures tauromachiques en Camargue et en Andalousie, Paris, Mission du patrimoine ethnologique,‎ 1994 et 1995 (ISBN 2-735-10587-3)
  • Jean-Baptiste Maudet (préf. Jean-Robert Pitte), Terres de taureaux - Les jeux taurins de l'Europe à l'Amérique, Madrid, Casa de Velasquez,‎ 2010, 512 p. (ISBN 978-8-496-82037-1)
  • Véronique Flanet et Pierre Veilletet, Le Peuple du toro, Paris, Hermé,‎ 1986 (ISBN 2-866-65034-4)
  • Robert Bérard (dir.), Histoire et dictionnaire de la Tauromachie, Paris, Bouquins Laffont,‎ 2003 (ISBN 2-221-09246-5)
  • Jacky Simeon, Dictionnaire de la course camarguaise, Au Diable Vauvert,‎ 2013 (ISBN 978-2-846-26424-2)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le titre fut refusé par ses manadiers estimant qu'il aurait dû l'avoir avant.

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]