Madame de Montesson

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Madame de Montesson. Portrait par Élisabeth Vigée-Lebrun, vers 1779.

Charlotte Jeanne Béraud de La Haye de Riou, marquise de Montesson, est née en 1738 et morte en 1806.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine et mariage[modifier | modifier le code]

Elle est originaire d'une famille distinguée de Bretagne. Charlotte Jeanne Béraud de La Haye de Riou épousa à 16 ans, 1754, Jean-Baptiste, marquis de Montesson qui en avait 67[1], qui la laissa veuve en 1769, non sans l'avoir introduite à la Cour de Versailles.

Maîtresse du duc d'Orléans[modifier | modifier le code]

Sa fortune s'accrut beaucoup par la mort de son frère unique, le marquis de la Haie de Riou, gentilhomme de la manche du duc de Bourgogne, petit-fils aîné du roi, et officier supérieur de gendarmerie, qui fut tué à la bataille de Minden (1759). Madame de Montesson resta veuve en 1769 ; son excellente réputation, sa beauté, ses talents, son amabilité et la bonté de son caractère la firent rechercher dans le monde.

Après la mort de la duchesse d'Orléans en 1759, et peu de temps avant son veuvage, elle devint la maîtresse en titre de Louis Philippe d'Orléans (1725-1785) dit « le Gros », duc d'Orléans à la suite de son père en 1752, prince du sang qu'elle appelait « Gros-Père » en lui tapant sur le ventre.

Un mariage difficile[modifier | modifier le code]

Le duc d'Orléans avait autrefois vécu un amour partagé avec Madame Henriette, fille aînée du roi mais n'avait pu l'épouser, Louis XV ne pouvant donner l'autorisation pour des raisons que la politique lui imposait. Le jeune duc avait alors convolé avec la fille du prince de Conti qui le trompa ouvertement. Veuf depuis 1759, il tenta pendant plusieurs années d'obtenir de Louis XV la permission d'épouser sa maîtresse. Cette fois c'était son fils, le duc de Chartres, qui s'y opposait résolument. Le roi n'y consentit qu'en 1772, et à la condition expresse que le mariage ne fût que morganatique et que Mme de Montesson ne devînt pas duchesse d'Orléans, ce qui fit dire que faute d'avoir pu faire de la marquise de Montesson une duchesse d'Orléans, le duc d'Orléans s'était fait marquis de Montesson.

La bénédiction nuptiale fut donnée le 23 avril 1773 dans la chapelle de l'hôtel de Mme de Montesson à la chaussée d'Antin, par le curé de Saint-Eustache, dont elle était paroissienne, il y avait été autorisé par l'archevêque de Paris, sur le consentement du roi[2], Sa Majesté « voulant que le mariage restât secret, autant que faire se pourrait », c'est-à-dire aussi longtemps qu'aucun enfant n'en serait le fruit ; À la connaissance près des circonstances qui ne durent pas être rendues publiques, on peut dire que ce mariage ne fut ignoré ni à la cour ni à la ville ; et l'on pensa généralement que madame de Montesson, devenue l'épouse du premier prince du sang, sans avoir le titre et le rang de princesse, se trouvait dans une position intermédiaire fort difficile.

Leur mariage fut indiqué longtemps dans le calendrier romain ; mais comme il n'était pas ostensiblement avoué en France, Louis XVI, par des lettres patentes du 26 août 1781, enregistrées deux jours après au parlement, autorisa madame de Montesson à procéder, tant dans les tribunaux que dans les actes et contrats volontaires, sous ses seuls noms de famille.

Une vie discrète[modifier | modifier le code]

Madame de Montesson (Antoine Vestier)

Après le mariage, le duc d'Orléans et sa nouvelle épouse durent fuir le Palais-Royal et Saint-Cloud, leur situation étant désormais incompatible avec les obligations de l'étiquette. Ils vécurent discrètement entre le château du Raincy et le château de Sainte-Assise, cadeau de mariage offert à Mme de Montesson, situé à Seine-Port (actuel département de Seine-et-Marne), au bord de la Seine, et où, en dépit de plusieurs années d'intrigue, elle n'eut jamais l'honneur d'une visite royale.

Mme de Montesson eut une grande passion pour le théâtre. Un certain nombre d'auteurs bénéficièrent de sa protection. Certains qui étaient mal reçus dans les théâtres royaux purent donner en lecture leurs productions chez Mme de Montesson. La bibliothèque Soleinne, composée et dispersée au XIXe siècle, comprenait un très grand nombre de pièces tant manuscrites qu'imprimées provenant de la collection particulière de Mme de Montesson. Celle-ci avait d'ailleurs fait installer un théâtre de société dans son somptueux hôtel de la rue de la Chaussée-d'Antin construit par Alexandre-Théodore Brongniart[3], et on y créa un certain nombre de spectacles agencés par les soins du chevalier de Saint-Georges qui, selon l'auteur des Mémoires de la marquise de Créqui, joua en quelque sorte le rôle de régisseur.

La marquise y divertissait son époux en donnant de petites comédies qu'elle écrivait – mais que Carmontelle revoyait avant qu'on les jouât – et où mari et femme jouaient souvent eux-mêmes : Marianne ou l'orpheline, L'Heureux échange, L'Amant romanesque, Le Sourd volontaire, La Fausse vertu, etc. Au dire de sa nièce Mme de Genlis (qui ne l'aimait guère), le jeu de Mme de Montesson était aussi médiocre que ses pièces, mais ces représentations n'attiraient pas moins à Sainte-Assise la société la mieux choisie. On dit que D'Alembert alla jusqu'à envisager d'admettre des femmes à l'Académie française pour y faire entrer Mme de Montesson.

Bien que censément résidence privée de Mme de Montesson et simple maison de campagne, on menait grand train au château de Sainte-Assise. Une abondante domesticité composait une véritable maison civile et militaire.

Vive, spirituelle et gaie[4], Mme de Montesson fut également la bienfaitrice de Seine-Port, encourageant le développement du village par d'importantes attributions foncières et faisant montre de beaucoup de charité à l'égard des nécessiteux. Sur un terrain dépendant de son domaine, elle fit aménager une grande place pour accueillir deux foires annuelles. Elle organisa également un marché tous les jeudis, fit ouvrir de nouvelles rues pour développer le village. Elle céda des terrains à des conditions avantageuses à ceux qui souhaitaient s'établir à Seine-Port. Elle créa également une ferme hollandaise appelée la Vachette flamande.

Vers la fin de la vie du duc d'Orléans, Mme de Montesson prit pour amant le jeune comte de Valence, qui aurait pu être son fils et qui avait d'ailleurs épousé une de ses petites-nièces, Pulchérie de Genlis.

Devenue veuve une seconde fois, en 1785, elle fut payée, après quelques discussions, du douaire qui avait-été stipulé par son contrat de mariage. Elle n'en fut pas moins très affectée par la mort subite du duc et par l'humiliation que lui fit le roi en lui interdisant de porter son deuil de manière voyante et de le faire porter à ses domestiques. Elle fit inhumer le cœur de son mari dans l'église de Seine-Port et, délaissant Sainte-Assise, se retira pendant un an au couvent de l'Assomption.

Révolution française[modifier | modifier le code]

Une nouvelle contestation s'étant élevée, Louis XVI signa au mois de juillet 1792 un acte par lequel il reconnaissait les droits qu'elle avait à ce douaire, comme épouse du duc d'Orléans.

La réserve qu'elle garda pendant toute la durée de sa vie, où elle compta de véritables amis sans s'exposer jamais à exciter la moindre inimitié ; la douceur et l'affabilité qui lui étaient naturelles ; peut-être aussi le souvenir des bienfaits répandus par elle autrefois dans la classe indigente du peuple : tout concourut à la sauver des plus grands dangers de la Révolution française. On n'avait pas pu oublier entièrement que dans l'hiver excessivement froid de 1788 à 1789, elle avait fait ôter les arbres de son orangerie et les plantes qui ornaient les serres de ses jardins, pour que ces bâtiments devinssent des salles de travail ouvertes aux pauvres. Ils y recevaient la nourriture et des secours de toute espèce, en même temps qu'ils y trouvaient un abri. contre les rigueurs de la saison.

Plus tard, elle fit élever dans l'église de Seine-Port une chapelle, la chapelle Saint-Louis, pour recevoir les restes de son époux, en prévoyant de s'y faire inhumer elle-même, à la suite de quoi elle vendit Sainte-Assise et alla s'installer dans sa maison de la rue de Provence où elle résida jusqu'à sa mort en 1806.

Brièvement emprisonnée sous la Terreur, elle fut libérée après le 9 Thermidor.

Amie de Joséphine[modifier | modifier le code]

Elle avait été l'amie de l'impératrice Joséphine. Elle avait autrefois connu madame de Beauharnais, avec laquelle sa liaison s'était renouée pendant l'expédition d'Égypte et dans un voyage aux eaux de Plombières. À son retour le général Napoléon Bonaparte, parcourant les papiers de sa femme, distingua plusieurs lettres de madame de Montesson[5].

Elle joua un rôle mondain de premier plan, tenant un salon très brillant.

L'affection du premier consul, devenu ensuite empereur, fut acquise à la personne qui le jugeait aussi favorablement il fit payer son douaire, qui fut assis sur les canaux d'Orléans et du Loing. Madame de Montesson avait mieux aimé risquer d'en perdre la valeur entière, que de le faire liquider comme ses autres-créances sur l'État.

En 1802, elle se fit aménager par Brongniart une retraite paisible dans une propriété appelée le moulin de Romainville[6].

À la mort du comte de Pont-de-Veyle, elle avait fait l'acquisition de sa riche bibliothèque dramatique[7].

La mort[modifier | modifier le code]

Inscription dans l'église de Seine-Port

Elle mourut à Paris le 6 février 1806 [8]. Les obsèques de madame de Montesson furent célébrées avec beaucoup de pompe. Le corps resta dans une chapelle ardente à l'église Saint-Roch pendant trois jours, qui furent nécessaires pour les préparatifs de la translation.

Selon son désir, son héritier, le comte de Valence, la fit inhumer à Seine-Port, dans le superbe monument qui abrite le cœur du duc d'Orléans [9]. Mais, ultime avanie, l'inscription qu'y fit graver le roi Louis-Philippe Ier, beau-petit-fils de la défunte, en 1834 ne mentionne pas sa présence. Seule une modeste plaque au mur donne son nom.

Talents variés[modifier | modifier le code]

Madame de Montesson, remarquable par son caractère, par son esprit et par la singularité de sa situation dans le grand monde, se distinguait encore par des talents d'agrément peu communs. Élève de Van Spaendonk, elle a laissé plusieurs tableaux de fleurs dignes de l'école de ce grand maître. Elle jouait bien de la harpe, chantait de manière à faire le plus grand plaisir et passait pour une excellente actrice de société. Tels étaient enfin l'assiduité de son application, son ordre et sa méthode dans la distribution de son temps, qu'elle a pu encore recevoir avec suite des leçons de physique et de chimie de MM. Claude Louis Berthollet et Pierre-Simon de Laplace, admis jusqu'à sa mort dans son intimité.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Baptisé à Saint-Sulpice de Paris, en 1687. le marquis mourut après 15 ans de mariage non sans avoir introduit son épouse à Versailles.Madame de Montesson était une des plus jolies veuves de la cour. Le marquis fut enterré aux Arcis de Meslay, 1769. Sa tombe fut violée pendant la Révolution française, et son corps, conservé par l'embaumement, outragé.
  2. Par un édit de Louis XIII, il est défendu à tous les prélats du royaume de marier aucun prince du sang sans une lettre écrite de la propre main du roi. Celle de Louis XV ne contenait que ces mots : «Monsieur l'archevêque, vous croirez ce que vous dira de ma part mon cousin, le duc d'Orléans, et vous passerez outre. » Voy. la Correspondance de Grimm, 3ème part., t. 3, p. 459.
  3. Où, ayant quitté son hôtel de la rue des Bons Enfants au Palais-Royal, elle vint s'installer après 1780
  4. Selon Mme de Chastenay dans ses Mémoires : « Cette femme, sans supériorité dans aucun genre, avait pourtant de véritables talents : elle peignait les fleurs d'une façon pleine d'agrément ; elle avait joué de la harpe et chanté avec succès ; elle avait beaucoup joué la comédie. Un peu gourmée dans ses manières et même, si l'on veut, affectée, à cause de l'incertitude de son attitude dans le monde, elle maintenait autour d'elle une sorte de cérémonial et d'apprêt. Parlant bas et assez lentement, le son de sa voix devenait comme le diapason au ton duquel restaient les conversations autour d'elle. Jamais Mme de Montesson n'avait dû briller par sa taille et par l'élégance des formes mais toute sa personne était gracieuse : la douceur de son esprit, la bonté parfaite de son cœur, la complaisance, l'aménité que l'on trouvait toujours en elle en faisaient la personne la meilleure à connaître et la plus sûre à aimer. »
  5. « N'oubliez jamais, lui disait-elle, que vous avez épousé un grand homme. »
  6. « Madame de Montesson habite le bois (de Romainville) été comme hiver au milieu de jeunes femmes avec qui elle confectionne pour Joséphine, en 1804, de beaux ouvrages de crochet, de broderie et de tapisserie. » (Jean Huret, Les Lilas, histoire de la colline des Lilas et de ses occupants au cours des âges, 1993)
  7. Les deux bibliothèques réunies furent mises en vente et dispersées en 1847. C'est Paul Lacroix qui en rédigea le catalogue.
  8. Son acte de décès porte : «Veuve en secondes noces de Louis-Philippe d'Orléans.»
  9. Le prince avait ordonné par son testament que son cœur et ses entrailles seraient apportés dans cette église, « espérant, dit-il, que la dame du lieu y serait inhumée, à ses côtés, et voulant qu'ils fussent aussi unis après leur mort qu'ils l'avaient été pendant leur vie ».

Dans les Mémoires d'Alexandre Dumas, nous apprenons que son grand-père "tenait en véritable idolâtrie" madame de Montesson "dans Mes Mémoires, éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1989, p. 6.

Source partielle[modifier | modifier le code]

« Madame de Montesson », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, 2e édition,‎ 1843-1865 [détail de l’édition]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • G. Strenger, « La Société de la marquise de Montesson », Nouvelle revue, 1902
  • Joseph Turquan, Madame de Montesson douairière d'Orléans, Paris, Émile Paul, 1904
  • Gaston Capon et R. Ive-Plessis, Les Théâtres clandestins du XVIIIe siècle, 1904
  • Liliane Olah, Mme de Montesson, Paris.

Liens externes[modifier | modifier le code]