Marie Lafarge

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Marie Lafarge

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Portrait de Marie Lafarge

Nom de naissance Marie Fortunée Capelle
Naissance 15 janvier 1816
Décès 7 novembre 1852 (à 36 ans)
Ornolac-Ussat les Bains en Ariège, France
Nationalité française
Ascendants
parents supposés : Philippe Égalité et Félicité de Genlis ;

Marie Fortunée Capelle, connue sous le nom de Marie Lafarge (15 janvier 1816 - 7 novembre 1852), est une criminelle française. Elle est condamnée en 1840 aux travaux forcés à perpétuité et à l’exposition sur la place publique de Tulle pour le meurtre de son époux, Charles Lafarge, 28 ans. Elle est censée être l'arrière-petite-fille supposée de Philippe Égalité, et de Félicité de Genlis (1746-1830).

Biographie[modifier | modifier le code]

Marie Capelle est supposée descendre de Louis XIII par sa grand-mère Herminie Compton, censée être née d'une liaison entre Félicité de Genlis et Philippe Égalité, duc d’Orléans. Cette ascendance aura un impact considérable lors de son procès, tenu sous la Monarchie de Juillet et le règne de Louis-Philippe d'Orléans, le fils légitime de Philippe Égalité. La presse, que le pouvoir avait muselée par les fameuses lois de septembre 1835, allait s’empresser de dénoncer cette « bâtarde Orléaniste devenue empoisonneuse », et cela pouvait bien faire vaciller le trône.

Alors qu'elle a douze ans,son père,officier,est tué à la chasse.Sa mère,remariée,décède sept ans plus tard.A dix-huit ans,elle est adoptée par sa tante maternelle qui l'incrit dans une école pour jeunes filles de la haute socièté.

Mariage avec Charles Lafarge[modifier | modifier le code]

Marie Fortunée Capelle épouse, à 23 ans, Charles Lafarge (1811-1840), maître de forge au Glandier, commune de Beyssac ; encombré par des difficultés financières, il sait qu’en l'épousant, il reçoit une dot de 80 000 francs-or qui lui permet d’éviter la faillite. Toujours présenté comme un « brave homme, mais un peu bourru », Charles Lafarge aurait été en fait un personnage vil et corrompu, rongé par la violence et sujet à des crises d’épilepsie.

Emma Pontier, cousine germaine de Charles Pouch-Lafarge, rapportera que sa situation financière était connue de tout le pays : « Il devait essayer un nouvel emprunt, trouver un mariage d’argent à faire ou ne plus revenir. »

Le Glandier[modifier | modifier le code]

Le Glandier en 1840.

Pour Marie, le changement est radical entre sa vie au château de Busagny et Beyssac : Charles Lafarge a en effet fait miroiter à sa fiancée qu’il était propriétaire du château de Pompadour en Corrèze, mais lorsque le couple arrive au Glandier, Marie découvre une vieille demeure délabrée, infestée de rats et prétendument hantée.

Le Glandier est en réalité un ancien monastère fondé en 1219, à la suite d'une donation d’Archambaud VI de Comborn, en expiation d’un crime ; il a été soutenu au cours des siècles par de nombreux bienfaiteurs ; abandonné et saccagé à la Révolution, il est acquis en 1817 par la famille Lafarge, qui implante en aval une forge industrielle en 1834.

Les Chartreux rachèteront la propriété aux Lafarge en 1860 et rebâtiront le monastère, qui abrite aujourd’hui un centre de soins pour handicapés mentaux.

Un décès suspect[modifier | modifier le code]

Désespérée, Marie adresse une lettre à son époux, où elle lui propose de s’enfuir en lui laissant sa dot ; devant le refus de ce dernier, elle fait contre mauvaise fortune bon cœur et prend la maison en main tandis que Lafarge cherche de l’argent par monts et par vaux.

La bâtisse étant infestée par les rats, Marie décide de les empoisonner avec de l’arsenic. C’est un des domestiques, Denis Barbier, petit escroc parisien rencontré à Paris par Charles Lafarge, qui se procure le produit, d’abord à la pharmacie Eyssartier à Uzerche. Barbier est un homme-clé dans ce fait divers : c’est lui qui propagera la thèse de l’empoisonnement.

Pendant ce temps, Marie envoie des gâteaux à son époux.

Charles est à Paris, il vient d’obtenir un brevet qui lui permet de diminuer les frais de chauffage dans la fabrication du fer. Il revient en Corrèze.

En décembre 1839, Marie expédie à son époux un gâteau qu’elle a elle-même confectionné. La pâtisserie, faite avec du lait non pasteurisé, voyage entre la Corrèze et Paris.

Le 18 décembre 1839, Charles Lafarge tombe gravement malade ; revenu à Beyssac le 3 janvier 1840, il y meurt le 14 janvier suivant. Sa mère fait alors courir le bruit que Charles a été empoisonné par Marie, et prévient le procureur du Roi.

Le lendemain du décès, la police perquisitionne et découvre de l’arsenic partout : sur les meubles, les aliments, de la cave au grenier.

Par ailleurs, sur les 15 analyses toxicologiques effectuées sur le corps de Charles Lafarge, les médecins de l’époque ne démontreront qu’une seule fois la présence « d’une trace minime d’arsenic ».

Procès[modifier | modifier le code]

Huit mois après le décès de son époux, Marie Lafarge, âgée de 24 ans, est inculpée de meurtre par empoisonnement et comparaît devant la Cour d’assises de Tulle. Elle est défendue par 4 avocats, Maîtres Paillet, Charles Lachaud (1817-1882), Desmont et Bac.

Le 3 septembre 1840, le procès débute et, au fil des audiences, la foule est de plus en plus nombreuse et les badauds se bousculent dans la salle des Pas-Perdus pour y assister. Des dizaines de témoins vont se succéder à la barre.

« [...] Tant mieux pour sa parenté si elle est innocente du crime, mais j'avoue que, vu la discussion des premiers et seconds experts, ces énormes achats d'arsenic, et, surtout, cette transition si subite d'une horrible répugnance à des tendresses excessives pour son mari, elle me restera toujours assez suspecte pour désirer une autre garde-malade si j'avais des tisanes à faire faire. Une chose qui me choque tout particulièrement de [sa] part, ce sont ces rires inextinguibles pendant la déposition emphatique et, à la vérité, ridicule, d'un des témoins à charge [...]. Plus une personne, sous le coup d'une pareille accusation, serait innocente, plus elle devrait souffrir, et tout en conservant le calme d'une bonne conscience, elle devrait être occupée à d'autres idées que de se livrer à de pareils éclats d'hilarité. [...]
Il n'a été question hier soir, au salon, que de Mme Lafarge ; on est ici, comme partout, fort divisé d'opinions sur son compte. Ceux qui la croient innocente disent que le mari n'est pas mort empoisonné mais de l'usage des mouches cantharides qu'il prenait pour être un vaillant mari, et que c'est à [celle-ci] qu'il faut attribuer le prompt changement des dispositions de sa femme [...]. Ceux qui persistent à (la) croire coupable disent qu'il faut plutôt croire les premiers experts qui ont opéré sur les matières fraîches, que ceux qui ont analysé des matières incomplètes, décomposées; ils s'appuient sur les mauvaises tendances, hier avérées, de l'accusée, sur ses lettres, ses habitudes de mensonges et de comédie, sa mauvaise réputation dès sa première jeunesse, la hâte que sa famille avait de la marier pour s'en défaire, au point d'avoir recours à un bureau matrimonial. Elle est petite-fille d'une Mme Collard [...], Hermine, élève de Mme de Genlis, et assez généralement supposée être sa fille et celle de M. le duc d'Orléans, père du Roi des Français actuel. C'est à cette filiation qu'on attribue l'intérêt très vif qu'on prend aux Tuileries pour Mme Lafarge. Dans son affaire des diamants, on la juge selon le monde et l'opinion auxquels on appartient [...] tout ce bord-là la croit coupable [...] Toute la démocratie, charmée de trouver en une femme du beau monde, tient la fable inventée par Mme Lafarge contre Mme Léautaud pour véritable[1]. »

Entre une belle-mère machiavélique, voulant à tout prix préserver le patrimoine de la famille, et un avocat général borné, l’étau se resserre progressivement sur Marie.

La plaidoirie de Maître Paillet dure sept heures et le verdict tombe après les nombreuses batailles entre experts et contre-experts et sans d’ailleurs que l’auditoire ait été convaincu par l’accusation. L'accusée est condamnée aux travaux forcés à perpétuité et à une peine d'exposition d'une heure sur la place publique de Tulle[2].

Analyses discutables ?[modifier | modifier le code]

Malgré les analyses négatives effectuées par des chimistes de Tulle et de Limoges, démontrant l’absence de traces arsenicales, le ministère public persiste et demande une nouvelle autopsie du corps de Charles Lafarge.

Mathieu Orfila, doyen de la faculté de médecine de Paris, inventeur de la toxicologie médico-légale et un des auteurs du manuel de l’appareil de Marsh (en) qui détecte les traces d’arsenic, prince officiel de la science et royaliste convaincu proche du pouvoir orléaniste, est dépêché de Paris : à la surprise générale il décèle par des manipulations, considérées aujourd’hui comme étant douteuses, une quantité minime d’arsenic dans le corps du défunt.

Aussitôt fait, il repart à Paris en emmenant dans ses bagages les réactifs utilisés pour la contre-expertise.

La présence de l’arsenic dans le corps de Lafarge est donc le fil rouge du procès.

Maître Théodore Bac l’a bien compris et tente le tout pour le tout : il demande à Raspail, brillant chimiste à Paris, de mettre sa pierre à l’édifice dans le système de défense.

Raspail mettra 36 heures pour arriver à Tulle mais arrivera 4 heures après que le jury se sera prononcé. Il est trop tard pour démontrer une présence dite « naturelle » de l’arsenic dans tous les corps humains. L’arsenic confiné dans les os des individus est une réalité.

« "la légende veut, mais ce n'est qu'une légende, qu'après la démonstration d'Orfila établissant la présence d'arsenic dans le corps de M. Lafarge, Raspail, l'apôtre du camphre et de la Révolution, fut appelé en hâte pour combattre cette redoutable expertise. - de l'arsenic! aurait-il dit, il y en a partout, même dans votre fauteuil, Monsieur le Président. Et si M. Orfila consent à se soumettre à une cuisson convenable, j'en trouverai dans ses intestins. c'est de cette légende qu'est né le couplet: et quand Raspail arriva, soudain Orfila fila" [3] »

— Adrien Pleytel, L'humour au palais: édition Albain-Michel 1925

Il aura néanmoins cette phrase : « On a trouvé de l’arsenic dans le corps de Lafarge ? Mais on en trouverait partout, même dans le fauteuil du président ! »[3]

À l'époque, la piste de l'intoxication alimentaire n'a pas été abordée. Charles Lafarge s'est senti mal après l'absorption d'un chou à la crème envoyé par son épouse. D'où l'accusation d'empoisonnement. Mais Charles Lafarge a pu tout simplement décéder à cause du gâteau, fait avec de la crème et du beurre, non pasteurisé cela va de soi, et qui avait en outre voyagé 3 jours.

Condamnation et mort[modifier | modifier le code]

Le 19 septembre 1840, Marie Lafarge-Capelle est condamnée aux travaux forcés à perpétuité.

« Voilà donc le grand drame Lafarge terminé. Elle est condamnée (...) il faut que cette femme par son aspect, que l'action des débats, les gestes, les physionomies, aient produit un effet bien frappant, pour amener cette conviction, qui résulte d'autre chose que des faits et qui a provoqué sa condamnation (...) il y avait grand partage de sympathie et d'antipathie dans le public; Mme Lafarge était soutenue par une famille puissante (...). Ce qu'il y a de singulier et de rare dans ce procès, c'est que je n'y vois personne, pas même la victime, qui inspire de l'intérêt (...). Avec si peu de personnes à estimer dans (ses) accusateurs, il faut qu'elle ait fortement impressionnée le jury de sa culpabilité pour être condamnée. »

(Duchesse de Dino, du château de Valençay, le 24 septembre 1840, op. cit, pp. 382 et 383).

Sa condamnation fait des remous jusqu’à Paris : George Sand écrit au peintre Eugène Delacroix et parle « d’affaire mal menée (…) et salement poursuivie par le ministère public ».

Elle est envoyée au bagne de Toulon ; la rapide dégradation de son état de santé conduira Louis-Philippe Ier à commuer sa peine en détention criminelle à perpétuité.

Transférée dans une des tours de la prison de Montpellier, elle contracte la tuberculose.Libérée par le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte en juin 1852,elle meurt le 7 novembre de la même année.

Durant toute la durée de son emprisonnement, elle écrivit un journal intime d'une grande qualité littéraire, publié sous le titre Heures de prison (éditions Librairie nouvelle).

Elle est inhumée au cimetière d'Ornolac-Ussat-les-Bains.

Me Lachaud, défenseur de Mme Lafarge lors de son procès, ne cessa d'entretenir sa tombe après sa mort en 1852, et quand lui même fut gagné par la maladie, trente ans plus tard, il demanda à Mme Paul de Cassagnac de continuer à fleurir le tombeau[4]:« les coeurs qui croient à l'innocence de Marie Capelle deviennent de plus en plus rares. Puisque vous êtes un de ceux-là, promettez moi d'entretenir sa tombe quand je serai mort... cette pensée me fera du bien. »

Énigme judiciaire[modifier | modifier le code]

« Coup monté », « erreur judiciaire », « crime parfait » … « L’affaire Lafarge » restera pour l’opinion publique une des plus grandes énigmes judiciaires, à l’image de « l’affaire Dreyfus » ou de « l’affaire du collier de la reine ».

Écrivains, journalistes, juristes s’intéressent encore aujourd’hui à cette mort suspecte. En 1937, « L’affaire Lafarge » a même été adaptée au cinéma par le réalisateur Pierre Chenal.

Une enquête, menée en 1978, aurait démontré que Charles Lafarge serait en réalité mort de la fièvre typhoïde, dont le bacille était à l’époque mal identifié[réf. nécessaire].

La généalogiste Chantal Sobieniak, en faisant des recherches en 2010 sur une affaire de justice à Brive, découvre dans un sac de procédure[5] 52 documents d'un procès s'étant déroulé en 1818 à Beyssac[6] et ayant rapport avec l'affaire Marie Lafarge, ce qui a donné lieu à son ouvrage Rebondissements dans l'affaire Lafarge.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Duchesse de Dino, les 10 et 14 septembre 1840, in Chronique, de 1831 à 1862, éd. Plon, 1909, p. 371-376.
  2. Annuaire historique universel ou histoire politique pour 1840, A. Fouquier, Charles L. Le Sur, Paris, 1841, p. 267, 268.
  3. Chantal Sobieniak, « L'affaire Marie Lafarge », émission L'heure du crime sur RTL, 13 septembre 2012
  4. l'humour au palais de Adrien Peytel, éditions Albain-Michel 1925 p.64
  5. Appelé aussi sac de justice, tous les documents d'une affaire jugée étaient jadis mis dans ce sac cousu, ce qui a donné l'expression « L'affaire est dans le sac ».
  6. Affaire d'exhumation d'un cadavre en 1816, autopsié, démembré et retrouvé dans les latrines d'une maison appartenant à Jean-Baptiste et Adélaïde Pouch-Lafarge, parents de Charles Lafarge.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Chantal Sobieniak et Claude Duneton, Rebondissements dans l'affaire Lafarge, éd. Lucien Souny, février 2010 (ISBN 978-2848862989).
  • Gérard Robin, L'affaire Lafarge, coll. « Grands procès de l'histoire », éd. De Vecchi, avril 2006 (ISBN 978-2732843711).
  • Arnault Coulet, Du nouveau sur l’Affaire Lafarge, revue juridique "Les Petites Affiches", juillet 2004.
  • Histoire de Marie Cappelle, veuve Laffarge, Moronval, Montereau, 1844.
  • Marie Lafarge, Heures de prison, éd. Librairie nouvelle, 1854.
  • Lucien Bruneteau, Marie Lafarge, une trahison familiale , éd. Les Monédières , 2012 (ISBN 978-2-36340-031-4)
  • Laure Adler, L'amour à l'arsenic, Éditions Denoël, 1985
  • Eric Sartori, "Mateu Orfila et l'affaire Marie Lafarge", in La recherche, n° 481 de novembre 2013.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]