Chanoinesse

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Chanoinesse est le féminin de chanoine. C'est un titre porté par des dames :

Origine de l'institution des chanoinesses[modifier | modifier le code]

Les chanoinesses et les chapitres de femmes qu'elles ont constitués partagent en partie l'histoire de leurs homologues masculins, les chanoines et les chapitres canoniaux.

Dès les débuts du christianisme, des femmes ont vécu une vie consacrée en dehors des ordres monastiques chrétiens, suivant une voie personnelle et servant l'Église de diverses façons, certaines à la manières des "servantes d'église" préparant les cérémonies religieuses et assistant les prêtres dans leur vie quotidienne. vierges ou veuves, elles étaient dénommées sanctimoniales.

Les chapitres de chanoinesses apparaissent en même temps que ceux de chanoines, au VIIIe siècle, apparemment comme rassemblement de ces femmes. Le Concile de Ver en 755 impose une vie régulière à toutes les femmes consacrées:

[les] ancillae Dei velatæ [devront vivre] in monasterio sub ordine regulari aut sub mani episcopi, sub ordine canonico[2].
(les servantes de Dieu portant le voile devront vivre dans un monastère dans un ordre régulier, ou sous l'autorité de l'évêque sous une règle canonique[3]).

Le 5ème Concile d'Aix-la-Chapelle en 817 publie deux ordonnances, l'une concernant les chanoines, et l'autre, De institutione sanctimonialum, les femmes consacrées à Dieu, les chanoinesses notamment. Il comprend 28 chapitres et s'approche des règles monastiques : elles seront astreintes à la récitation des heures canoniales, et feront appel à des clercs pour le service divin; elles mèneront une vie communautaire cloîtrée, observant l'égalité des conditions. Toutefois l'ordonnance présente quelques dispositions spécifiques aux chanoinesses : elles pourront avoir des servantes, jouiront d’"habitations privées le jour", mais auront un réfectoire et un dortoir communs. Leurs contacts avec les hommes sont très réduits et réglementés, mais pas impossibles[4].

Les chapitres de dames nobles sous l'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

L'admission[modifier | modifier le code]

Les chapitres de femmes sous l'Ancien Régime admettaient comme chanoinesses quasi exclusivement des dames (en fait des demoiselles ou des veuves) issues de la noblesse. Pour celles-ci, l'appartenance à un chapitre procurait, en plus d'une distinction honorifique, un bénéfice ecclésiastique. Hors du mariage elles y trouvaient une situation socialement convenable et un revenu assuré.

Le chapitre, quelquefois sur l'avis d'un bienfaiteur ou d'un seigneur, sélectionnait les candidates au chapitre et décidait de leur avancement dans les dignités. Les politiques familiales prévalaient (la tante chanoinesse favorisait l'entrée d'une nièce, etc.). Le critère de l’origine noble s'imposait cependant dans la plupart des règles des chapitres, et de véritables dynasties familiales s'y trouvèrent représentées à travers les siècles. Aux premiers temps de l'institution, seule la noblesse « de race » existait, et il suffisait d’un père et d’une mère nobles pour être admis. Au XVe siècle, on exigea des postulantes 4 quartiers de noblesse; au XVIIe, ce sont 8 quartiers exigés et enfin au XVIIIe, c'est 16 quartiers qu’il fallait prouver, c’est-à-dire la noblesse de tous les arrières-arrières-grands-parents. Cette disposition écartait les familles anoblies des bénéfices du canonicat, au profit des vieilles familles de l'aristocratie.

Tout un cérémonial accompagnait l’admission : chaque quartier de noblesse devait être attesté par un membre de la Maison invoquée, qui prêtait serment devant toute l’assemblée, l’épée nue à la main. Ce serment était acté et vérifié par des chanoines généalogistes particulièrement compétents, puis il était conservé dans les archives du chapitre[5].

La France révolutionnaire au XVIIIe s. tint ces chapitres pour des hôpitaux de noblesse[6], qui sous couvert de religion affectaient aux rejetons de l'aristocratie les ressources de la Nation.

Le mode de vie[modifier | modifier le code]

Les demoiselles admises au chapitre, après un an de probation, ne prononçaient pas nécessairement de vœux; elles conservaient leurs biens personnels, et se ménageaient la possibilité de quitter le chapitre dans l'éventualité d'un mariage favorable. On donnait aux chanoinesses le titre honorifique de Madame, qui rappelait leur statut social, malgré leur choix de vie dans l'humilité religieuse.

Les jeunes chanoinesses - la plus jeune avait quatre ans - sont prises en charge par les aînées qui leur transmettront toutes les connaissances intellectuelles, les valeurs humaines et la discipline religieuse sous la règle de St Benoît, en leur prodiguant une éducation générale jusqu’au jour où elles recevront la responsabilité de charges, comme l’enseignement des plus jeunes[7]. Dans les chapîtres, on apprend de façon optimaliste à lire, à écrire, à calculer, à dessiner, à s’exprimer, à chanter et à jouer d’instruments de musique. Le latin et les langues étrangères y sont étudiées par tous, ainsi que le droit romain et la généalogie, la tenue de comptes et les rudiments de la cuisine et de l’agronomie. Cette solide formation intellectuelle permettra à ces chanoinesses de se distinguer en société. En effet, si elles sont tenues de vivre au chapître, elles peuvent cependant recevoir en leur maison chapitrale des parents et amis et y organiser des réunions mondaines susceptibles de favoriser des mariages dans leur milieu. On leur permet de prendre des congés, entr’autre pour participer à des pèlerinages, notamment à Rome.

Certaines obligations lient les chanoinesses au chapître : résider au chapître, assister aux offices religieux et participer aux processions journalières. Mais, et c’est surtout ce qui attire les candidates et leurs parents, elles y bénéficient d’une prébende, confortable rente annuelle qui leur est personnellement allouée. La prévote reçoit une double prébende, les écolières reçoivent une demi et les nouvelles chanoinesses ne reçoivent leur première prébende qu’un an après leur intronisation. Et l’absence au chapître réduit la prébende proportionnellement à la durée de l’absence. Les prébendes non distribuées sont affectées à l’entretien et à l’édification des bâtiments abbatiaux. Une prébende devient vacante par renonciation, mariage ou décès de la prébendière, le mariage étant le cas le plus fréquent.

Les chanoinesses avaient cependant conservé certains traits de l'institution canoniale : elles gardaient le célibat; elles avaient abandonné la vie en communauté, mais leurs hôtels particuliers (maisons canoniales) se groupaient souvent dans un quartier plus ou moins fermé (quartier du chapitre, quartier canonial), un peu à la manière d'une chartreuse. Leur mode de vie, quoiqu'assez aristocratique, restait très "surveillé", et elles étaient astreintes comme les chanoines aux Heures canoniales et à la liturgie communautaire.

Toutefois, la mense (le revenu) du chapitre n'était plus indivise, mais partagée en prébendes attribuées à chacune des chanoinesses. Les dames chanoinesses pouvaient entretenir chacune sur sa prébende une demoiselle "nièce", qui vivait avec elle et était censée lui succéder.

Les chapitres nobles avaient une puissance politique et économique certaine, assise sur des propriétés foncières, des droits féodaux transférés au chapitre, autant que sur des coutumes qu'elles avaient su imposer dans leurs villes de résidence.

L'extinction des chapitres[modifier | modifier le code]

Les chapitres de chanoinesses ont été supprimés à la Révolution française comme la plupart des congrégations religieuses; ils n'ont par contre jamais été rétablis, leur existence ayant sûrement été trop liée à celle de la noblesse, et l'Église ayant sans doute jugé que cette institution avait eu des origines assez discutables et montré bien peu de religion.

Géographie des chapitres de dames nobles[modifier | modifier le code]

On trouvait des chapitres de dames nobles en Allemagne et en Autriche, et dans l'est de la France principalement, dans les Flandres, le duché de Lorraine, et en Franche-Comté, toutes terres qui ont un temps relevé de l'Saint-Empire romain germanique, mais aussi dans le Lyonnais et en Auvergne[6].

Il y en avait à Alix et à l'Argentière près de Lyon ainsi qu'à Neuville-les-dames (Ain), à Salles-Arbuissonnas en Beaujolais, à Montfleury près de Dijon; à Bouxières-aux-Dames puis Nancy, à Épinal, à Poussay, à Remiremont en Lorraine; à Maubeuge[8]; à Denain; Les sept chapîtres nobles du Saint-Empire romain germanique: Susteren, Thorn, Munsterbilsen, Mons, Nivelles, Moustier et Andenne en Belgique; il en existait encore au XIXe siècle en Allemagne et en Autriche.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir la liste de chapitres nobles de France
  2. Cité dans "Chanoinesse". CABROL, dom Fernand, LECLERCQ, dom Henri, Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, Letouzey et Ané, 1924-1953.
  3. Ma traduction.
  4. CABROL, LECLERCQ, op. cit.
  5. Ce cérémonial est tiré de l'histoire de la Maison d'Oultremont.
  6. a et b MARCHAL, Corinne. "Les chapitres nobles comtois au XVIIIe siècle". Images de Franche-Comté, n° 35, juin 2007.
  7. -Chanoinesses et chanoines nobles dans les Pays-Bas et la principauté de Liège, J. Douxchamps, Wépion-Namur, 1990
  8. François CARON, Entre noblesse et dévotion, aspects prosopographiques du Chapitre noble des chanoinesses de Sainte-Aldegonde à Maubeuge, in « La vie religieuse (formation, culte, réalisations, bâtiments) dans la région du Nord », actes du 45ème congrès de la Fédération des Sociétés savantes du Nord de la France, Saint-Omer, 17 octobre 2004, Mémoires de la Société Académique des Antiquaires de la Morinie, tome 43, 3ème trimestre 2005, pp. 9-20. [1] et François CARON, 1946 : Entre noblesse et dévotion, aspects prosopographiques du Chapitre noble des chanoinesses de Sainte-Aldegonde à Maubeuge, L'Oreiller du Roy - n° 5, juin 2010, pp. 18-57.