Cynophagie

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Morceaux de viande de chien cuisinée dans un pot, laissant notamment apercevoir les pattes, la langue. La photo est prise en Asie du Sud Est

La cynophagie est une pratique alimentaire qui consiste à se nourrir de viande de chiens. Cette pratique fait partie de la culture culinaire de nombreux pays et notamment des pays asiatiques (Viêt Nam, Corée, Chine, chrétiens d'Indonésie), Allemagne, Suisse Orientale [1], et pays d'Afrique. Souvent perçue avec « dégoût » par les Occidentaux, en particulier dès la fin du XXe siècle[2], la cynophagie est parfois explicitement interdite.

Aspects culturels, éthiques, moraux et religieux[modifier | modifier le code]

Tabous religieux[modifier | modifier le code]

D'autres animaux domestiques comme le cochon ou le canard ne sont pas assujettis à ces tabous ou interdits légaux, si ce n'est dans les religions abrahamiques qui prohibent également le chien[réf. nécessaire] parmi lesquelles la religion musulmane interdit la consommation de viande de canidés[réf. nécessaire], même si ces règles ne sont pas respectées dans toutes les branches du christianisme. Certaines religions — dont quelques branches de l'hindouisme ou du bouddhisme — interdisent également toute consommation de viande animale.

Inversement et pour ces raisons, dans certaines tribus, communautés ou régions du monde, manger du chien peut être une forme de résistance culturelle aux pressions missionnaires et au prosélytisme musulman, chrétiens ou bouddhiste[3].

Histoire, géographie et éthique[modifier | modifier le code]

Histoire de la cynophagie[modifier | modifier le code]

Des traces de cynophagie différentiée ont été mises à jour pour l'époque gauloise (B Caillat parle à ce propos d’un « interdit élastique » (certains chiens étaient mangés ou en partie mangés, et d’autres enterrés entiers) [4].

La consommation de viande de chien semble avoir été répandue dans l'antiquité romaine, la civilisation aztèque et un peu partout sur la planète. Décrite en Tunisie pour la première fois par le géographe Al-Muqaddasī est le premier géographe qui évoque la cynophagie dans le Sud tunisien[5].

Elle semble n'avoir jamais totalement cessé en Europe ; on trouvait encore des boucheries canines en France au début du XXe siècle. Récemment, les grandes guerres furent autant d'occasions au cours desquelles il fallut se rabattre sur des viandes de qualité perçue comme inférieure ; pendant la guerre franco-prussienne de 1870, en particulier, les boucheries de viande de chien furent nombreuses à Paris : le marché au chien se tenait alors rue Saint-Honoré.

Comme pour d’autres animaux (bovins, porcs), le chien destiné à la consommation est fréquemment castré (pour attendrir sa viande, par exemple en Afrique, chez les Bantous (Ekoi, Banjangi, Yaunde, Bunda, Chewa et les Kuanyama Ambo ; Kroll 1928 : 192 ; Loeb s.d. : 256-257). Ces chiens sont rarement élevés dans le foyer, mais tenus à l’écart avant d'être vendus ou abattus sur place. Comme les porcs, ils sont souvent nourris avec des ordures ou des déchets ménagers, agricoles ou cynégétiques. La mise à mort est ou était parfois brutale avec par exemple une méthode consistant à « briser les pattes du chien puis le laisser geindre » (chz les tribus du Bas Congo, selon Simoons 1961 cité par J Milliet (1995)[3] ou « le battre à mort » (chez les Bantous selon Dornan (1933, p. 632, cité par J Milliet[3] ; au Nigeria, Gunn 1953 (p. 80, cité par J Milliet[3]).

La mise à mort du chien peut aussi être sacrificielle et alors pratiquée dans des circonstances particulières et par une personne particulière[6],[7].

Le dédain de la viande de chien et d'autres animaux domestiques (le chat par exemple) découle principalement d'une logique de proximité des animaux qui seraient divisibles en trois catégories : « sauvages », « domestiques » et « familiers ». Les chiens entrant dans cette dernière catégorie, pour certaines couches de population, sont donc frappés par un interdit, dans la cuisine occidentale (Poulain, 1997). La consommation de viande de chien a, semble-t-il, toujours cours à titre privé, dans certaines régions rurales reculées de Suisse[8]. Par contre, elle est désormais repoussée en Chine (par exemple) par les populations bourgeoises aisées élevant des chiens[réf. nécessaire].


Géographie de la cynophagie[modifier | modifier le code]

Actuellement, l'élevage de chiens destinés à être mangés se fait principalement dans deux grandes zones du monde :

  • Afrique (sud-Sahara, forêt équatoriale et tropicale, et certaines zones de savane de l'Ouest et du bassin du Congo)
  • Asie (Chine, Corée jusqu'à l'est sibérien, sud-est et sud-ouest asiatiques, dont en Assam et hors du continent « jusqu'aux îles Hawaï »

En Europe[modifier | modifier le code]

Boucherie canine à Paris, au début du XXe siècle

Il semblerait que les Gaulois consommaient du chien[9], mais de manière très anecdotique (1 % de leur alimentation), sans doute en période de disette[10].

On trouvait en France quelques boucheries canines jusqu'à la première moitié du XXe siècle [11]. La viande de chien est également consommée dans la France d'outre-mer.

Pendant la Première Guerre mondiale, on renverra au témoignage de Guillaume Apollinaire, dans La maison des morts (dans Alcools) :

« Quelques-uns nous quittèrent
Devant une boucherie canine
Pour y acheter leur repas du soir »

De nombreux écrits du XIXe siècle (Victor Hugo, Gustave Flaubert…) décrivent des repas comportant du chien.

En 2014, aucune loi n'interdit la consommation de chien (et de chat) en France[12].

En Allemagne, la dernière boucherie canine a fermé dans les années 1940. La viande de chien fut consommée dans ce pays jusque pendant la Seconde Guerre mondiale, comme en témoigne l'établissement, par les autorités du Troisième Reich, d'un contrôle sanitaire sur cette marchandise en 1943.

En Suisse, il est interdit de commercialiser de la viande de chien, en revanche, aucune loi n'interdit la consommation de viande de chien (et de chat) à titre d'usage privé [13].

En Asie[modifier | modifier le code]

Viande de chien sur un étal de marché à Ninh Binh, au Vietnam.

Mangée en Chine (République populaire de Chine et République de Chine), Corée, Vietnam, Philippines, Laos ou Myanmar, cette viande y est considérée comme un élément important de l'alimentation car elle est riche en protéines. Cependant, cette pratique est de plus en plus controversée et remise en question par les Chinois. Le chien a pratiquement disparu des assiettes des Chinois et ne subsistent que dans les campagnes profondes de la Chine[réf. nécessaire].

Certains types de chiens, consommés en fondue en Chine, sont considérés comme bons pour les reins, mais sont plutôt consommés par les hommes. Ils ont des vertus excitantes proches du café[14].

Le Japon semble faire exception en Extrême-Orient pour la consommation de viande de chien. Il s'agit encore une fois d'une réprobation culturelle. Dans la culture de ce pays, le chien est très respecté. On peut, par exemple, citer Hachikō. Les restaurants coréens implantés dans les villes japonaises offrent toutefois également de la viande de chien.

De son côté, la cuisine vietnamienne prend en compte la proximité homme/chien en sélectionnant les chiens qui entreront dans son menu. Le procédé est simple : une assiette de viandes de chien est présentée au mammifère canin, qui sera digne d'être le compagnon de l'homme s'il refuse de se cannibaliser ou sera voué à faire le régal des clients s'il en ingère (Poulain, 1997).

En Afrique[modifier | modifier le code]

Les populations montagnardes des Monts Mandara consomment régulièrement de la viande canine disponible sur les marchés. La consommation de chiens domestiques est lié à certains rites importants[15].

Au Burkina Faso, il existe aussi des communautés ou individus consommateurs de viande canine.

Dans les Amériques[modifier | modifier le code]

Les Aztèques cuisinaient également une race de chien qu'ils engraissaient spécialement[16].


Fraudes[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle en France, le chien (alors souvent volé à son propriétaire) est parfois utilisé frauduleusement et vendu comme viande de mouton (des textes portent sur les moyens de différentier ces deux types de viande) ou utilisé pour produire des farces ou du saucisson[17]. Le journal 'Illustration du 10 septembre 1892 (no 2585 : 215) fait état de la prolifération d'abattoirs pour chien à Munich et il est consommé en Saxe (en 1921) ; une inspection sanitaire concerne la viande de chien dans le IIIe Reich à partir de 1943 (selon P Charitat notamment[18]).

Risques sanitaires[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bertholon, L. (1896). La cynophagie dans l’Afrique du Nord. Part, 1, 207-208.
  • Bonte, P. (2004). Entre mythes et sacrifices. Le dossier inachevé de la cynophagie dans le monde berbère. Anthropozoologica, 39(1), 343-350 (résumé).
  • Mahler, X. & B. Denis (1989) « Le chien, animal de boucherie », Ethnozootechnie 43 : 81-84.
  • Mauny, R. (1954). La cynophagie en Afrique occidentale. Notes africaines, 64, 114.
  • Milliet, Jacqueline. (2006). Le regard de l'anthropologue sur la cynophagie aujourd'hui. Ethnozootechnie, 78, 189-195.
  • Milliet, J. (1995). Manger du chien? C'est bon pour les sauvages!. L'homme, 75-94.
  • Thiriet, R. (1954). La cynophagie à Ouargla. Bulletin de Liaison Saharienne (Algiers), 16, 11-14.
  • Poulain Jean-Pierre (1997) « La nourriture de l'autre : entre délices et dégoûts », p. 115-138, 1997 dans Jean-Paul Aron, et al. (éd.), Cultures, nourritures, Paris, France : Maison des cultures du monde, 280 pages.

Simoons, F. J. (1981). Dogs as human food in northwest Africa. Appetite, 2(4), 253-266.

Références et notes[modifier | modifier le code]

  1. http://de.wikipedia.org/wiki/Hundefleisch
  2. Poulain 1997
  3. a, b, c et d Milliet, J. (1995). Manger du chien ? C'est bon pour les sauvages !. L'homme, 75-94
  4. Caillat, B. (1994). Un cas de cynophagie au Camp gaulois de La Curade. Documents d'archéologie et d'histoire périgourdines, (9), 143-144
  5. Prevost, V. (2006). Une minorité religieuse vue par les géographes arabes: les Ibādites du Sud tunisien. Acta Orientalia, 59(2), 193-204
  6. Dornan, S. S. (1933) « Dog Sacrifice Among the Bantu », South African Journal of Science 30 : 628-632.
  7. Benkheira, M. H. (1999). Lier et séparer: Les fonctions rituelles de la viande dans le monde islamisé. L'Homme, 89-114
  8. (en) and you thought they just ate fondue
  9. http://www.mnhn.fr/museum/front/medias/publication/20144_AZ_Sp87-Yvinec.pdf
  10. Lire les travaux de l'archéozoologue Jean-Hervé Yvinec, notamment l'article intitulé « Découpe, pelleterie et consommation des chiens gaulois à Villeneuve-Saint-Germain », paru dans le premier numéro spécial du magazine Anthropozoologica : p. 83-90, 6 figures, 3 tableaux.
  11. http://wolf.ok.ac.kr/~annyg/english/image/pic_5.gif
  12. Est-il légal de manger son chat?
  13. Tribune de Genève, le 27 décembre 2012, Par Marc-Henri Jobin
  14. « Des ouvriers chinois soupçonnés d’avoir mangé des chiens » — Croyances
  15. Eric Thys & Olivier Nyssens, « Préparation et commercialisation de la viande canine chez Les Vamé Mbrémé population animiste des monts Mandara », dans Tropical Animal Production for the Benefit of Man 1982, p. 511-517.
  16. Un article sur la cynophagie citant Jacqueline Milliet
  17. Mahler, X. & B. Denis (1989) « Le chien, animal de boucherie », Ethnozootechnie 43 : 81-84
  18. Charitat (1943) Chiens et chats. Paris, Éd. Montsouris

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]