Beur

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« Beur » (féminin « beurette ») est un néologisme politique qui désigne les descendants des émigrés d'Afrique du Nord installés ou nés en France.

Ce terme est apparu avec la création de la radio associative Radio Beur en 1982[1]. Il a ensuite été popularisé en 1983 par le quotidien Libération[2], l'association SOS Racisme et le Parti socialiste lors de la Marche pour l'égalité et contre le racisme (qu'ils surnommeront Marche des Beurs)[1]. Il est entré dans le Robert en septembre 1985[3].

Le terme a été créé en inversant l’ordre des syllabes du mot arabe : a-ra-beu donne beu-ra-a, puis beur par contraction. C’est donc un mot du verlan, qui a la particularité d’avoir donné lui-même en verlan le nom Rebeu, porteur de même sens. Selon l’étymologie du mot, ce dernier désigne exclusivement les personnes d’origine arabe.

Utilisé pour marquer une différence « policée » pour établir une distinction entre Français, le terme se veut familier mais peut revêtir une connotation péjorative ou raciste, la proximité phonétique avec la matière grasse beurre étant considérée peu flatteuse[4].

Le concept de beurette et de beur de service peut avoir un caractère dépréciatif pour les Français d'origine maghrébine[5].

Ce terme est aujourd'hui rejeté par les jeunes issus de l'immigration maghrébine[6].

Culture beur et discriminations[modifier | modifier le code]

Les Beurs étant des enfants d’immigrés, on utilise parfois le terme d’« immigrés de deuxième génération », par opposition aux « primo-arrivants », par exemple dans l’Éducation nationale française[7].

On peut relever que le terme « immigrés de deuxième génération » est une antinomie, en effet, si une personne est née sur place, elle n'est elle-même pas immigrée ; le terme exact serait plutôt « enfant d’immigré ». Les associations anti-racistes décèlent dans cette appellation l’ambiguïté de la politique et de la société française qui, d'une part, considère les beurs comme des citoyens français à part entière, titulaires des droits civiques et assujettis aux devoirs citoyens comme le service militaire lorsqu’il existait, et qui d’autre part les rejette souvent aux marges de la société à cause des phénomènes de racisme larvé (comme la discrimination à l’embauche, l’accès au logement, le droit de fréquenter des discothèques, voire la pratique de contrôles de police abusifs ; on parle alors couramment de délit de faciès).

Dans le langage administratif, on utilise le plus souvent le terme plus neutre Français issu de l'immigration.

Les Beurs, qui ont tous des origines dans les pays du Maghreb français (Algérie, Maroc, Tunisie), Libye et Égypte, auraient créé un ensemble de comportements, de modes de vie, des modes vestimentaires, des films culte, une littérature, cinéma, musique, humour beurs etc., qui constitueraient la culture beur, pouvant exprimer parfois le mal-être de certains de ces Français que les clichés décrivent comme « partagés entre deux cultures », ainsi que les difficultés rencontrées dans leurs relation avec leur famille, souvent encore très marquée par leur pays d’origine, et la société française.

En 1983 a lieu la Marche pour l’égalité et contre le racisme, surnommée Marche des beurs, contre le racisme, et pour une carte de séjour de dix ans et le droit de vote des étrangers.

Selon le rapport 2006 de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE), un candidat au patronyme musulman (sans photo) reçoit trois fois moins de réponses qu’un candidat au nom et prénom « français de souche »[8]...

Personnalités et groupes représentatifs de la culture beur[modifier | modifier le code]

Plusieurs personnalités françaises sont présentées par les médias comme représentatives de la culture beur. On peut citer les auteurs Farida Belghoul[9], Azouz Begag[9] et Ramdane Issaad[10], le chanteur Rachid Taha[11], les acteurs Jamel Debbouze[12], Salim Kechiouche[13], Saïd Taghmaoui [14], Roschdy Zem[15] ou Leila Bekhti [16] les réalisateurs Mehdi Charef[17],[18] et Yamina Benguigui[19], les footballeurs Zinédine Zidane, Karim Benzema, Adil Rami, Hatem Ben Arfa et Samir Nasri[20], le président du R.C.T. Mourad Boudjellal[21] et des associations comme Ni putes ni soumises (dont la représentativité est critiquée)[22] ou Kelma[23].

Certaines personnalités reprennent à leur compte le terme « beur », comme Smaïn, dont le premier one-man-show en 1986 est intitulé A Star is beur, le groupe Zebda, créé après avoir joué dans le film Salah, Malik : Beurs[24], ou Rim'K, auteur et interpète de la chanson « Dans la tête d'un jeune Beur »[25], ou encore le rappeur et animateur de radio Lionel D et son morceau Pour toi le Beur sorti en 1990[26].

D'autres critiquent l'emploi du terme, comme le réalisateur Rachid Bouchareb[27] et le rappeur Ali qui le récusent[28], ou l'acteur Sami Bouajila qui le nuance[29].

Expressions[modifier | modifier le code]

  • « Black Blanc Beur » : expression vulgarisée dans les années 1990, pour désigner la France multi-ethnique (par comparaison au drapeau bleu, blanc, rouge) ; cette expression provient peut-être du titre Black and white blues, chanson de Serge Gainsbourg interprétée par Joëlle Ursull à l'Eurovision en 1990 (elle obtint la deuxième place); ou de la compagnie de danse hip hop du même nom créée par Jean Djemad et Christine Coudun en 1984 [30] .
  • Le (la) « Beur de service » : expression utilisée pour désigner une figure emblématique utilisée dans certains média, celle d'un enfant d'immigré ayant réussi ses études et son « intégration », malgré les problèmes économiques de sa famille ; il s'agit d'une critique des média, mais l'expression est également parfois utilisée pour désigner un enfant d'immigrés ayant été nommé à un poste important en sous-entendant que sa nomination est plus due à son origine ethnique qu'à ses compétences.
« On ne me reconnaissait aucune compétence particulière, sinon celle d'être né Mourad. Mon identité me servait de brevet d'énarque. »
Mourad Ghazli, Ne leur dites pas que je suis français, ils me croient arabe, éd. Presses de la Renaissance, 2006
  • Un autre dérivé du terme a fait son apparition, par exemple les « beurgeois » (mot-valise, pour « beurs embourgeoisés »)
  • « Beur ou ordinaire » : cette expression est détournée de la publicité pour le beurre (« beurre ou ordinaire »), diffusée à la fin des années 1980. La première fois que cette expression apparaît, c’est en 1991, dans « Armées d’Aujourd’hui » (mensuel du Ministère de la Défense), comme titre d’un article ; ce titre est créé par Jean-Pierre Steinhofer pour l’article dans lequel il dénonce le caractère discriminatoire de la politique nouvellement mise en place dans l’armée pour privilégier les appelés beurs pour la promotion dans les grades supérieurs d’appelés du contingent (caporal, caporal-chef et sergent) et pour l’attribution des permis de conduire. Cette expression est ensuite reprise dans le titre d’une pièce de théâtre créée en 2000 pour dénoncer le racisme.
  • Dans son livre Histoire secrète de SOS Racisme, Serge Malik se définit comme un « faux beur », un « margarine »

Films[modifier | modifier le code]

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

réédité aux éd. Tartamundo sous le titre Black Blanc Beur - Les folles années de l'intégration.

Presse et médias[modifier | modifier le code]

Mots équivalents dans d'autres cultures[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Propos d'étymologie sociale 2: Des mots en politique, Maurice Tournier
  2. Antiracisme à travers les Unes de «Libé», Libération, 3 décembre 1983
  3. « Le mot beur a 25 ans », Vincent Mongaillard, Le Parisien, 2 septembre 2010
  4. Propos d'étymologie sociale 2: Des mots en politique, Maurice Tournier, extrait: « (...) le terme, échappant au verlant originel, trouve dans certains discours de vieilles valeurs péjoratives, tant l'analogie avec notre beurre, dont les immigrés couvrent leurs tartines, est évidente »
  5. « Pourquoi j’en veux aux beurs de service ! », par Mourad Ghazli, Oumma.com, nomvembre 2005
  6. Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-XXe siècle): Discours publics, humiliations privées, Fayard, 2007
  7. Une « question de la seconde génération » en France ? Le rôle de l'école dans la formation d'une identité minoritaire - par Patrick Simon [PDF]
  8. http://www.halde.fr/IMG/alexandrie/2163.PDF
  9. a et b Habiba Sebkhi, « le cas de la littérature "beur" », Itinéraires et contacts de cultures, no 27,‎ 1er semestre 1999 (lire en ligne)
  10. Alec Hargreaves, « La littérature issue de l’immigration maghrébine en France : une littérature ‘mineure’ ? », sur LIMAG (consulté le 13 septembre 2010)
  11. Gilles Médioni, « Rachid Taha / Tékitoi? », L'Express,‎ 18 octobre 2004 (consulté le 13 septembre 2010)
  12. Marianne Meunier, « Jamel Debbouze », Jeune Afrique,‎ 2 octobre 2006 (consulté le 13 septembre 2010)
  13. « Sortie du nouveau TÊTU spécial Beurs », Têtu,‎ 17 mars 2010 (consulté le 23 septembre 2010)
  14. « Saïd Taghmaoui », allocine
  15. Mouna Izddine, « Un beur extraordinaire », Maroc Hebdo (consulté le 23 septembre 2010)
  16. Leïla Bekhti, « Leïla Bekhti : "Je ne veux pas jouer la beurette de service" - Closermag.fr » (consulté le 9 mars 2013)
  17. Patricia Toumi-Lippenoo, « La littérature beure », Africultures,‎ 1998 (consulté le 13 septembre 2010)
  18. Fabrice Venturini, Mehdi Charef : conscience esthétique de la génération "beur", Paris, Séguier, 2005.
  19. Mouna Izddine, « Yamina, pionnière du cinéma beur », Maroc Hebdo (consulté le 13 septembre 2010)
  20. Suzanne, « Benzema, Nasri, Benarfa : ces beurs qui inquiètent la France », Le Buteur,‎ 12/01/2009 (consulté le 3 octobre 2010)
  21. Laïdi Ali, « Toulon : aux bons Beurs du FN », L'Express,‎ 12 mars 1998 (consulté le 13 septembre 2010)
  22. Pierre Tevanian, « ni putes ni soumises, ou la parole confisquée », sur Les mots sont importants,‎ 20 juin 2007 (consulté le 26 août 2012)
  23. Qui se présente comme un « site de rencontre de la communauté beur gay ».
  24. François Alvarez, « Zebda, biographie », MTV,‎ 2010 (consulté le 13 septembre 2010)
  25. Dans son album L'Enfant du pays, 2004.
  26. Pierre-Antoine Marti, Rap 2 France : les mots d'une rupture identitaire, L'Harmattan,‎ 2005 (ISBN 2-7475-9576-5, lire en ligne)
  27. « Rachid Bouchareb - Cinémathèque française », BiFi (consulté le 23 septembre 2010)
  28. « Interview Ali », Abcdr du son,‎ 23 juillet 2006 (consulté le 23 septembre 2010)
  29. « Sami son oeuvre », Les Inrockuptibles,‎ 6 mars 2007 (consulté le 23 septembre 2010)
  30. http://www.blackblancbeur.fr/
  31. Karim Bourtel, « L’armée s’ouvre timidement aux Beurs », sur Le Monde diplomatique,‎ septembre 2001

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphanie Marteau, Pascale Tournier, Black, blanc, beur... : La guerre civile aura-t-elle vraiment lieu ? Albin Michel, 2006, ISBN 2-226-17496-6
  • Philippe Bernard, La crème des beurs. De l’immigration à l’intégration, Seuil, 2004
  • Nora Barsali, François Freland, Anne-Marie Vincent, Générations Beurs. Français à part entière, Éditions Autrement, 2003
  • Hafid Gafaïti, Cultures transnationales de France. Des « Beurs » aux… ? L’Harmattan, 2001
  • Nacira Guénif Souilamas, Des beurettes aux descendantes d'immigrants nord-africains, Grasset/Le Monde 1999.
  • Michel Laronde, Autour du roman beur. Immigration et identité, L’Harmattan, 1993
  • Alec G. Hargreaves, La littérature beur : Un guide bio-bibliographique, New Orleans : CELFAN Édition Monographs 1992
  • (en) Alec G. Hargreaves, Voices from the North African Immigrant Community in France. Immigration and Identity in Beur Fiction. New York - Oxford: Berg 1991/1997
  • Laura Reeck, Writerly Identities in Beur Fiction and Beyond. Lanham, MD: Lexington Books 2011
  • Farida Belghoul, Georgette (roman), Paris, Barrault, 1986 (ISBN 2-7360-0050-1).