Gavrilo Princip

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Gavrilo Princip

Description de cette image, également commentée ci-après

Gavrilo Princip après plusieurs mois à la prison de Theresienstadt

Nom de naissance Gavrilo Princip
Naissance
Obljaj, près de Bosansko Grahovo (Autriche-Hongrie) (auj. Bosnie-Herzégovine)
Décès (à 23 ans)
Terezín (Autriche-Hongrie) (auj. République tchèque)
Profession Étudiant
Autres activités
Membre de Jeune Bosnie et membre de la Main Noire

Gavrilo Princip ( [gaʋ'ri:lɔ 'prinʦip], Prinntsip) était un étudiant serbe de Bosnie-Herzégovine, se disant nationaliste yougoslave, né le et mort le 28 avril 1918[1].

Dès 1911, il adhère à un club de jeunesse d'union des peuples, une organisation anationale et anticléricale[1]. Puis il rejoint la société Jeune Bosnie (Mlada Bosna). Il fit donc partie des conjurés qui préparèrent un attentat contre l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois, lors de sa visite officielle à Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine, le .

Éducation, enfance[modifier | modifier le code]

Gavrilo est le 7e et second fils de sa famille. Des neuf enfants, seul lui et son frère (Jovo et Nikola) survécurent à l'enfance : tous les autres périrent le plus souvent de la tuberculose. Lui-même était atteint par cette maladie lors de l'attentat. Son enfance fut donc marquée par les drames familiaux et la pauvreté dans laquelle vivaient le plus souvent les Serbes de Bosnie, sous la domination coloniale de l'Autriche-Hongrie (1878-1914) à la suite de la disparition des lois les favorisant pendant les guerres contre les Ottomans (voir Migrations serbes).

L'attentat[modifier | modifier le code]

Contexte international[modifier | modifier le code]

L'Empire austro-hongrois qui dirigeait depuis le traité de Berlin de 1878 l'administration de la Bosnie-Herzégovine, possession turque, avait annexé le pays en 1908, contre les stipulations du traité de Berlin, provoquant la colère en Serbie. Cette décision mécontenta l'Empire russe, qui se considérait comme le protecteur des Slaves d'Europe, mais cette crise n'eut pas de suites, la Russie n'ayant pas les moyens d'une intervention armée après sa défaite face au Japon et ses alliés, la République française et le Royaume-Uni, ne la soutenant pas.

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Attentat de Sarajevo.

Le , le jeune homme tua l'archiduc et sa femme la duchesse de Hohenberg à coups de revolver.

Il est peu probable que le jeune nationaliste était téléguidé uniquement par La Main noire, organisation secrète ayant des ramifications dans l'armée serbe.

En effet, l'archiduc avait épousé, à l'encontre des règles successorales au trône de la Maison de Habsbourg-Lorraine, la femme de son choix, une dame tchèque (et non un membre de famille souveraine), et ne cachait pas ses sympathies slavophiles. L'empereur François-Joseph ayant 84 ans, François-Ferdinand pouvait monter sur le trône d'un jour à l'autre. À son avènement, il aurait donné aux populations slaves de son Empire – majoritairement plus nombreuse que les Allemands et les Hongrois – les mêmes droits que ceux des populations allemandes et magyares et certainement une grande autonomie allant peut être jusqu'au trialisme.

Cela contrariait, non seulement les ministères hongrois de Budapest, mais aussi et surtout certains milieux politiques et militaires de Belgrade qui voulaient réunir sous l'égide de la seule Serbie les Slaves du Sud (« Yougo-Slaves ») de l'Europe au détriment de l'Empire austro-hongrois comme l'avait fait soixante ans plus tôt le royaume de Sardaigne pour les populations italiennes.

Le « suicide de l'Europe »[modifier | modifier le code]

Cet événement, dans le contexte de relations internationales tendues de cette période, eut des répercussions inattendues qui amenèrent le gouvernement austro-hongrois à déclencher le - par une ironie de l'histoire le jour des 20 ans de Princip - une "guerre préventive" qui se mua bientôt en guerre européenne puis mondiale, qui se verra dénommée la "Grande Guerre", en raison des systèmes d'alliance liant les puissances de l'époque : la Serbie s'appuyant sur la Russie, laquelle était alliée à la France et au Royaume-Uni. L'Autriche-Hongrie étant pour sa part alliée à l'Allemagne, première puissance européenne (laquelle était alliée à l'Empire ottoman).

Le destin d'un héros ou d'un terroriste[modifier | modifier le code]

La cellule de Gavrilo Princip en 2005.

N'ayant pas encore 20 ans au moment de l'attentat, Gavrilo Princip ne peut être condamné à mort en Autriche-Hongrie.

Les mauvaises conditions de détention - pendant une période de blocus économique où, déjà, beaucoup de gens souffrent de la faim, Gavrilo Princip est incarcéré dans une cellule sans toit, à la merci de la neige et de la pluie - ont raison de sa santé. Il est également victime de la vindicte de ses gardiens. Il meurt de tuberculose pendant son incarcération dans la forteresse de Theresienstadt, (aujourd'hui Terezín en République tchèque) le .

En 1920, les autorités des nouveaux États, Tchécoslovaquie et Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, organisent solennellement le transfert de ses restes à Sarajevo, salués par des dizaines de milliers d'habitants des deux pays.

Considéré comme un héros de la Yougoslavie royale d'Alexandre Ier ainsi que celle de Tito, il est célébré par une plaque commémorative de son acte à Sarajevo, sur les lieux de l'attentat, qui le décrit comme « un combattant de la liberté ». Cette plaque, détruite par les nazis en avril 1941 est remplacée par une autre, détruite à son tour par l'armée de la République de Bosnie et d'Herzégovine pendant la guerre en ex-Yougoslavie en 1992. Aujourd'hui une nouvelle plaque porte le message « Que la paix règne sur terre », en anglais, serbe, et bosnien[2].

Princip, le membre de la Jeune Bosnie, une organisation basée sur la cooperation entre les populations slaves du sud (ou yougoslaves), avait affirmé : « Je suis un nationaliste yougoslave, aspirant à l'unification de tous les Slaves du sud (Yougoslaves), et je ne me soucie pas de quelle forme notre État sera, je sais juste qu'il devra être libéré (indépendant) de l'Autriche ».

En 1941, son frère cadet Nikola Princip, médecin à Capljina en Herzégovine, est arrêté et assassiné par les oustachis, alliés des nazis, sans autre tort que d'être de sa famille.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • En face des lieux de l'attentat, un musée consacré uniquement au « héros » Gavrilo Princip et à la Mlada Bosna est édifié pendant la période yougoslave. Aujourd'hui, il retrace plus généralement la période de domination austro-hongroise en Bosnie-Herzégovine (le Musée s'appelle d'ailleurs "Musée Sarajevo 1878-1918").
  • La voiture de François-Ferdinand, son uniforme taché de sang et l'arme du tueur, sont aujourd'hui visibles au musée militaire de Vienne, en Autriche.
  • La balle qui a tué François-Ferdinand est exposée dans la partie musée du château de Konopiště, en République tchèque où demeurait l'archiduc et sa famille.
  • Gavrilo Princip était considéré comme un héros par le régime yougoslave, pendant la première Yougoslavie (royaliste) et pendant la période de la Yougoslavie de Tito. En effet, les communistes avaient « récupéré » l'acte de Princip à leur compte. Aujourd'hui, il est plutôt glorifié par les peuples serbes, monténégrins, slovaques, tchèques et macédoniens, russes, slovènes mais aussi par les bosniaques, comme le témoigne la chanson "Gavrilo Princip", de Safet Isovic, un des chanteurs traditionnels les plus populaires parmi les bosniaques.
  • De nombreuses rues en Ex-Yougoslavie portent le nom de Gavrilo Princip. Le pont sur lequel les événements se sont passés avait été renommé après la Seconde Guerre mondiale, "Principov Most" (le pont de Princip). Il a depuis retrouvé son nom d'origine, le "Pont latin".
  • Le révolver qui a été utilisé pour tuer François-Ferdinand est une arme de la Fabrique Nationale de Herstal, une manufacture d'armes à feux belge.

Prononciation des noms Gavrilo et Princip[modifier | modifier le code]

On trouve le patronyme « Princip » et les graphies « Prinzip » et « Printsip » : en effet, le z est prononcé ts en allemand tout comme le c des langues slaves écrites ou transcrites en alphabet latin. Son prénom Gavrilo est parfois francisé en « Gabriel ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Catherine Lutard, Géopolitique de la Serbie Monténégro, éditions Complexe (ISBN 2-87027-647-8) page 36
  2. The Balkans: Where History Lives And People Die sur Radio free europe, radio liberty

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Drago Ljubibratić, Gavrilo Princip, Nolit, Belgrade 1969.
  • Vladimir Dedijer, La route de Sarajevo, Gallimard, Paris 1969.
  • Michèle Savary, La vie et mort de Gavrilo Princip, L'Âge d'Homme 2004.
  • Dušan T. Bataković (dir.), Histoire du peuple serbe, Lausanne, L'Âge d'Homme 2005.

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