István Tisza

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István Tisza
Image illustrative de l'article István Tisza
Fonctions
Ministre-président de Hongrie
Prédécesseur Károly Khuen-Héderváry
Successeur Géza Fejérváry
Prédécesseur László Lukács
Successeur Móric Esterházy
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Pest, Drapeau de l'Autriche Empire d'Autriche
Date de décès
Lieu de décès Budapest, Drapeau de l'Autriche-Hongrie Autriche-Hongrie
Nationalité Hongrois

Le comte István Tisza de Borosjenő et Szeged (en hongrois : gróf szegedi és borosjenői Tisza István), né le à Pest et mort le à Budapest, fut Premier ministre de Hongrie de 1903 à 1905 et de 1913 à 1917, tout en jouant dans l'intervalle un rôle important.

Origines et jeunesse[modifier | modifier le code]

Fils du comte Kálmán Tisza, premier ministre de Hongrie de 1875 à 1890, il appartient à une famille calviniste de la petite noblesse non titrée (souvent considérée comme l’équivalent de la gentry britannique), originaire de transylvaine.

Tisza reçut à Oxford son éducation universitaire dans les années 1880, aussi parlait-il couramment l’anglais, chose rare à l’époque où le français, et en Autriche-Hongrie l’allemand, étaient les langues internationales, qu’István Tisza pratiquait en plus du magyar.

Il hérite de l'influence politique de son père, en dirigeant le parti libéral, puissant parti politique, au pouvoir dans le Royaume de Hongrie de 1867 à 1905.

Carrière[modifier | modifier le code]

Premier ministre en 1903, évincé lors des crises parlementaires qui se succèdent dans le Royaume de Hongrie entre 1903 et 1905, il est écarté du pouvoir par le gouvernement de coalition qui se met en place à partir de 1906[1]. À la faveur de la crise qui met fin à la coalition au pouvoir à Budapest, il revient au pouvoir, d'abord en soutenant des premiers ministres sans envergure, puis à partir de 1913 comme premier ministre; durant toute la période, il soutient la couronne et accepte le régime de 1967, tout en souhaitant voir renforcée l'influence hongroise au sein de la double monarchie[1].

Personnalité[modifier | modifier le code]

Tant sur le plan public que privé, le comte Tisza était un homme très agressif et batailleur qui disputa et gagna de nombreux duels contre ses adversaires politiques, économiques ou autres.

István Tisza, autoritaire et opportuniste

Le héros de Tisza, son modèle, c’était Bismarck.

Peu soucieux de modestie, sportif accompli[2], Tisza pensait qu’il incarnait tout ce que la vie hongroise avait de mieux, et il s’opposait résolument à tout élargissement du corps électoral : avant 1918 en Hongrie, seuls 6 % des hommes (et aucune femme) pouvaient voter et occuper un emploi administratif.

contrôle de la vie politique en Hongrie de 1910 à sa mort[modifier | modifier le code]

Homme dur et sans scrupules, Tisza domine la politique hongroise pendant sa carrière en utilisant largement la corruption électorale qui lui permettait d'arriver à ses fins.

Ainsi, Tisza use souvent de son influence à la cour pour faire donner des titres aux riches familles juives, particulièrement aux industriels et aux banquiers. Son pouvoir est théoriquement limité par la liberté relative dont jouit la presse de langue magyare et par les tribunaux, il n’empêche que dans les villes où l’on vote librement, les résultats des élections sont impitoyablement faussées notamment en utilisant l’intimidation policière[3]. Dans les « bourgs pourris », de telles méthodes ne s'avèrent même pas nécessaires. Par ces biais, il exerce un tutelle sur la vie politique hongroise qui n'empêche pas la tenue d'élections, mais en garantit le résultat, se donnant ainsi les moyens de sa politique sans mettre en place une dictature légale, sans congédier le parlement[4]. Ce contrôle absolu de la vie politique hongroise en fait un acteur politique incontournable dont les responsables de Vienne doivent obligatoirement avoir le soutien pour leur politique étrangère[5].

Il bénéficie du soutien du roi de Hongrie, pourvu que le président du conseil obtienne du parlement de Budapest ce que souhaitent le souverain et ses proches[6], mais, opposé à des annexions territoriales aux dépens de la Serbie, est un modérateur parmi les dirigeants austro-hongrois, majoritairement partisans de la confrontation directe avec le petit royaume, durant les premiers jours de le crise de juillet[7].

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Rôle dans la Crise de Juillet 1914[modifier | modifier le code]

Acteur du déclenchement du conflit (il soutient à partir de l'automne 1912 des mesures fortes contre la Serbie[8]), il mène directement la politique hongroise durant les trois premières années du conflit, garantissant l'ordre constitutionnel dans le royaume de Saint-Étienne, dans les conditions qui ont été celles de son accession au pouvoir en 1913[9].

Soulagé par la disparition de François-Ferdinand, il s'oppose, par ses appels à la prudence[10], aux aspirations guerrières des militaires formulées rapidement à la suite de l'assassinat du prince héritier des couronnes d'Autriche et de Hongrie, ayant les yeux fixés sur la Transylvanie et l'irrédentisme roumain dans la région[11] et conscient de la situation intérieure et extérieure de la double monarchie au début de l'été 1914[12]. Lors du conseil des ministres austro-hongrois du 7 juillet 1914, réunissant les présidents du conseil autrichiens et hongrois, les ministres communs et les responsables militaires de la monarchie danubienne, il se montre encore partisan de la prudence[13].

Cependant, il ne se montre pas un opposant à la guerre par principe, mais se montre partisan de ne pas se montrer trop exigeant envers la Serbie[14] et de connaître la position du Reich avant toute action envers Belgrade[5], comme il s'oppose à toute expansion territoriale aux dépens de la Serbie et du Monténégro[15], comme il se montre partisan d'attendre le moment favorable pour présenter au gouvernement de Belgrade une note présentant les exigences de la double monarchie dans le contexte de l'assassinat de celui qui aurait été son futur monarque[16]. Il met son mandat en jeu pour imposer ses conditions à ses partenaires autrichiens réticents[17].

À toutes les étapes de la crises, le premier ministre Tisza se montre hostile à de substantielles annexions territoriales aux dépens des Royaumes de Serbie et du Monténégro, le 7 juillet[15], puis le 19 juillet, avant-veille de la remise de l'ultimatum à Belgrade[18].

À partir du moment où il se montre convaincu de la nécessité du conflit avec la Serbie, il défend l'idée d'une rapidité de l'action contre la Serbie, à partir de l'envoi de l'ultimatum du 23 juillet[19].

Président du Conseil d'un royaume en guerre[modifier | modifier le code]

Il est acclamé par les parlementaires lors de l'annonce de la déclaration de guerre à la Serbie[20]. Mais, au printemps 1915, cependant, le président du conseil doit cependant affronter les ambitions politiques de ses rivaux, qui souhaitent participer à un gouvernement d'Union nationale, mais son ambition d'en être le dirigeant entraîne l'échec des négociations avec les responsables de l'opposition, toute en ne remettant pas son pouvoir en cause[21]. L'année suivante, sa position est affaiblie par son manque de réactivité lors de l'intervention roumaine[22].

Président du conseil Hongrois, il joue un rôle important dans les négociations de la double monarchie avec son partenaire allemand, se montrant lucide sur les divergences entre les deux empires, sur la politique à mener en Pologne et en Roumanie[23], comme sur la nature de la place allouée par le Reich à la double monarchie dans les projets allemands d'expansion en Europe[24]. Il rappelle à de nombreuses reprises, les divergences de la double monarchie avec le Reich, et s'oppose, dans un premier temps, lors des premières négociations avec l'Italie, à la cession à l'Italie de certains territoires de la double monarchie au titre de compensations pour les probables agrandissements territoriaux dans les Balkans[25], puis devant la menace pressante d'une intervention italienne aux côtés de l'Entente, se ravise et pousse le ministre commun des affaires étrangères, Stephan Burián von Rajecz, à des concessions entre ce futur belligérant[26]. En 1916, par contre, lors des négociations des membres des puissances centrales avec la Roumanie, il s'oppose, malgré les pressions allemandes et autrichiennes, à la cession de territoires en Transylvanie[27].

À de multiples reprises, il intervient dans la gestion militaire du conflit, rappelant à Berchtold, alors ministre commune des affaires étrangères, la nécessité pour la double monarchie de recevoir des renforts allemands en Galicie[28], ou en prenant position, après l'entrée en guerre de la Roumanie, pour la défense de l'intégrité du territoire hongrois, s'opposant à des manœuvres de repli des troupes austro-hongroises sur des positions plus faciles à défendre, à l'intérieur du territoire hongrois[29].

Président du Conseil, il utilise au profit de sa politique la mort de François-Joseph pour obtenir de son successeur qu'il se fasse sacrer rapidement, puisque, à cette occasion, le nouveau roi doit prêter serment de maintenir la constitution du royaume; Tisza est même le rédacteur du diplôme inaugural octroyé par le nouveau roi au parlement de Budapest[30]

Pendant la Première Guerre mondiale, Tisza s'oppose toujours à l’élargissement du corps électoral, y compris pour les vétérans du conflit[31] et maintient sa politique de sujétion politique des minorités dans le royaume. Face aux projets de réforme du nouveau souverain, il présente sa démission au roi Charles IV le 23 mai 1917[32].

Maintien de son influence après sa démission[modifier | modifier le code]

Démissionnaire, Tisza, appuyé sur le Parti national du travail (en) continue d'exercer un véritable droit de veto sur l'évolution de la vie politique à Budapest, poussant à la démission son successeur Móric Esterházy, puis contrôlant la politique de Sandor Werkele, qui lui succède[33],[34].

Tisza n’en continue pas moins à bloquer les réformes au bien en Hongrie que dans l'ensemble de la monarchie jusqu'à la fin de la guerre, le parti qu'il contrôle entièrement disposant du groupe parlementaire le plus important au parlement de Budapest. Ainsi, Sándor Wekerle propose une réforme électorale a minima, afin de ne pas heurter les opinions du parti majoritaire toujours contrôlé par Tisza[35]. Jusqu'à la fin du conflit, il s'oppose aux projets de réforme du roi, ce dernier n'étant pas en mesure de limiter son influence[36], malgré les demandes de ses proches et de ses ministres[37]. À partir de l'échec de la dernière offensive austro-hongroise en Italie, les propositions de réforme de plus en plus avancées de l'empereur se voient toutes repoussées par la classe politique hongroise, dont il est le principal inspirateur, contribuant à la sclérose et à la dissolution du système dualiste[34].

Durant ses mandats, la bureaucratie d'État connaît une certaine croissance alors que le rôle politique et économique de la petite noblesse décline : il devient de politique courante de faire entrer le plus possible de ses membres dans la bureaucratie.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

En octobre 1918, lors de la phase ultime de dissolution de la monarchie, il continue de s'opposer aux projets de réforme du roi, mais rejette également, au nom du réalisme, la politique du dernier président du conseil nommé par Charles IV, Mihály Károlyi, qui tente de se concilier les alliés victorieux[38].

Âgé de 57 ans, il fut sommairement exécuté à Budapest, à son domicile, pendant la Révolution des Chrysanthèmes, dans l'après midi du 31 octobre 1918, accusé d’être l’un des responsables de la Première Guerre mondiale, mais surtout en raison de son rôle politique dans la gestion du conflit dans la monarchie danubienne[39].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 98
  2. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 59, note 1
  3. Clark, Les Somnambules, p. 396
  4. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 224
  5. a et b Clark, Les Somnambules, p. 398
  6. Clark, Les Somnambules, p. 88
  7. Clark, Les Somnambules, p. 294
  8. Clark, Les Somnambules, p. 293
  9. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 290
  10. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 65
  11. Clark, Les Somnambules, p. 397
  12. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 67
  13. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 70
  14. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 69
  15. a et b Clark, Les Somnambules, p. 421
  16. Clark, Les Somnambules, p. 427
  17. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 70
  18. Clark, Les Somnambules, p. 448
  19. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 82
  20. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 77
  21. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 333
  22. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 392
  23. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 337
  24. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 443
  25. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 305
  26. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 307
  27. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 117
  28. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 100
  29. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 139
  30. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 148
  31. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 153
  32. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 485
  33. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 154
  34. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 225
  35. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 486
  36. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 631
  37. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 159
  38. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 237
  39. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 635

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christopher Munro Clark (trad. Marie-Anne de Béru), Les somnambules : été 1914, comment l'Europe a marché vers la guerre [« The sleepwalkers : how Europe went to war in 1914 »], Paris, Flammarion, coll. « Au fil de l'histoire »,‎ , 668 p. (ISBN 978-2-08-121648-8)
  • Fritz Fischer (trad. Geneviève Migeon et Henri Thiès), Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale (1914-1918) [« Griff nach der Weltmacht »], Paris, Éditions de Trévise,‎ , 654 p. (notice BnF no FRBNF35255571)
  • Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 19),‎ (réimpr. 1939, 1948, 1969 et 1972) (1re éd. 1934), 779 p. (notice BnF no FRBNF33152114)
  • Max Schiavon, L'Autriche-Hongrie la Première Guerre mondiale : La fin d'un empire, Paris, Éditions SOTECA, 14-18 Éditions, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre »,‎ , 298 p. (ISBN 978-2-9163-8559-4)

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