Aqueducs de Rome

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les onze aqueducs de Rome sont construits au fil des siècles pour approvisionner suffisamment en eau la population de Rome. Leur capacité combinée atteint près de 1 030 000 mètres cubes par jour pour la ville (soit théoriquement plus de 1 000 litres par habitant, ce qui est plus du double de ce que reçoivent les Romains d'aujourd'hui). Des statistiques détaillées de chaque aqueduc de la ville sont notées autour de 97 par Sextus Julius Frontinus dans son traité Des aqueducs de la ville de Rome (De aquæductibus urbis Romæ), conservateur des aqueducs de Rome pendant le règne de Nerva. Les principales informations que nous avons recueillies sur les aqueducs de Rome viennent de ses écrits sur le sujet, ce qui explique le manque de détails sur les deux derniers aqueducs, qui lui sont postérieurs.

Les onze aqueducs[modifier | modifier le code]

Nom français Nom latin Date de
construction
Ordonné par Longueur
Débit entrant
(Frontin)
Débit reçu
(règlements)
Débit constaté
(Frontin)
Altitude de
départ
Altitude
d'arrivée
Aqueduc
de l'Aqua Appia
Aqua Appia 01.312 av. J.-C. Appius Claudius Caecus
Caius Plautius Venox
16,6 km 076 000 m3/jour 035 000 m3/jour 029 000 m3/jour ~020 m 08,37 m
Aqueduc
de l'Anio Vetus
Aqua Anio Vetus 02.272 à 269 av. J.-C. Lucius Papirius Cursor
Manius Curius Dentatus
Marcus Fulvius Flaccus
63,7 km 183 000 m3/jour 060 000 m3/jour 063 000 m3/jour env. 280 m 25,17 m
Aqueduc
de l'Aqua Marcia
Aqua Marcia 03.144 à 140 av. J.-C. Quintus Marcius Rex 91,4 km 195 000 m3/jour 090 000 m3/jour 080 000 m3/jour env. 318 m 37,48 m
Aqueduc
de l'Aqua Tepula
Aqua Tepula 04.125 av. J.-C. Lucius Cassius Longinus
Cnaeus Servilius Caepio
18 km 018 000 m3/jour 017 000 m3/jour 018 000 m3/jour env.151 m 38,23 m
Aqueduc
de l'Aqua Julia
Aqua Iulia 05.33 av. J.-C. Marcus Vipsanius Agrippa 22,9 km 050 000 m3/jour 027 000 m3/jour 033 000 m3/jour env. 350 m 39,71 m
Aqueduc
de l'Aqua Virgo
Aqua Virgo 06.19 av. J.-C. Marcus Vipsanius Agrippa 20,9 km 104 000 m3/jour 031 000 m3/jour 104 000 m3/jour ~015 m 10,43 m
Aqueduc
de l'Aqua Alsietina
Aqua Alsietina 07.2 av. J.-C. Auguste 32,9 km 016 300 m3/jour 016 300 m3/jour env. 209 m 05 m
Aqueduc
de l'Anio Novus
Aqua Anio Novus 08.38 à 52 Caligula & Claude 87 km 197 000 m3/jour 135 000 m3/jour 168 000 m3/jour env. 400 m 47,52 m
Aqueduc
de l'Aqua Claudia
Aqua Claudia 09.38 (?) à 52 Caligula (?) & Claude 68,7 km 191 000 m3/jour 118 000 m3/jour 066 000 m3/jour env. 320 m 47,42 m
Aqueduc
de l'Aqua Trajana
Aqua Traiana 10.109 Trajan 59,2 km ~250> 250 m 30env. 30 m
Aqueduc
de l'Aqua Alexandrina
Aqua Alexandriana 11.226 Sévère Alexandre 22 km ~250> 250 m 20env. 20 m

Histoire[modifier | modifier le code]

Les 11 aqueducs romains sur une carte du Latium antique.
Les 11 aqueducs romains sur un plan de la Rome antique

Jusqu'en 312 av. J.-C., alors que l'approvisionnement en eau des cités grecques se fait généralement grâce à des sources naturelles, les Romains se contentent des eaux du Tibre, de puits et de sources. C'est le manque de salubrité et le caractère peu pratique de cet approvisionnement qui conduisent à l'invention d'aqueducs destinés à amener de grandes quantités d'eau pure depuis les collines situées aux alentours de la cité. C'est ainsi que les deux censeurs lancent la construction du premier aqueduc. Il capte l'eau depuis les collines de la Sabine, puis l'emmène à Rome par des canaux, et est presque entièrement souterrain. La différence d'altitude entre la source et la destination n'est que de 10 mètres en 16,6 km, et l'aqueduc atteint la ville sous 30 mètres de terre, édification remarquable de technologie pour le IVe siècle av. J.-C., et qui apporte à Rome 76 000 m3/jour.

Tout au long de la République romaine, de nouveaux aqueducs sont édifiés. Celui de l'Anio Vetus au IIIe siècle av. J.-C. capte ses eaux au-delà de la ville antique de Tibur et apporte plus du double en volume d'eau que le premier, avec 183 000 m3/jour. Au siècle suivant, deux nouveaux aqueducs sont édifiés, dont celui de la Marcia, qui amène à Rome de l'eau très pure en très grande quantité. Ces quatre premiers aqueducs arrivent à Rome au même point, vers l'Esquilin, là où plus tard se dressera la Porte Majeure. Par méconnaissance de l'art de niveler avec précision ou par choix, ils sont tous quasiment souterrains de tout leur long, peut-être enterrés car Rome devait souvent soutenir des guerres contre les Italiques. Qui plus est, l'aqueduc de l'Aqua Marcia est très long avec ces 91 kilomètres, car on se borne à suivre les lignes de niveaux pour franchir les vallées à leur tête.

Le consulaire Marcus Vipsanius Agrippa redevient édile et curateur des eaux en 33 av. J.-C., ce qui montre l'importance des travaux publics pour Auguste, et fait un nouvel aqueduc, puis un deuxième quelques années plus tard. La mise en chantier d'un tel ouvrage constitue pour la collectivité un engagement financier assez lourd, si bien que l'administration impériale s'en soucie personnellement et c'est pourquoi l'Empereur contribue de lui-même à financer la construction d'un tel édifice. Auguste en fait d'ailleurs construire un nouveau uniquement pour alimenter sa naumachie.

Enfin, sous Caligula puis sous Claude, le volume d'eau arrivant à Rome se trouve insuffisant, les détournements sans autorisation de l'empereur romain étant de plus en plus nombreux, deux nouveaux aqueducs sont alors construits, l'un, celui de l'Anio Novus, connu pour son eau abondante mais impure, l'autre, celui de la Claudia, connu pour son eau très claire et limpide à l'instar des eaux de la Marcia. L'Aqueduc de l'Anio Novus capte par ailleurs ses sources bien plus en amont que tous les autres aqueducs de l'Anio, mais les progrès techniques font qu'il est moins long de 4 kilomètres que l'Aqueduc de l'Aqua Marcia, pouvant couper tout droit sur arches où les canaux de l'autre doivent suivre les courbes de niveau. Sous Néron, les fraudes se font de plus en plus nombreuses, et il faut attendre le règne de Nerva pour que les choses bougent.

D'après Frontin, à la fin du Ier siècle, il y a un débit entrant total de 24 800 quinaires (1 030 000 m3/jour) mais seulement un débit constaté, selon les règlements, de 12 400 quinaires (513 000 m3/jour) avec près de 13 900 quinaires (580 000 m3/jour) de réellement distribués d'après les calculs du curateur des eaux. Ce dernier a constaté de très nombreux détournements frauduleux, près de 10 900 quinaires (450 000 m3/jour), soit environ 44 % des eaux amenées à Rome, quasiment la moitié !

Sur les 13 900 quinaires (580 000 m3/jour) distribués par les aqueducs sous le règne de Nerva, 4 063 quinaires (169 000 m3/jour) le sont hors de la ville :

  • 1 718 quinaires (71 000 m3/jour ; 42 %) sont réservés à l'empereur ;
  • 2 140 quinaires (89 000 m3/jour ; 53 %) pour les particuliers ;
  • 205 quinaires (9 000 m3/jour ; 5 %) autres ou distributions inconnues.

Les 9 premiers aqueducs fournissent 9 952 quinaires (413 000 m3/jour) pour les 14 régions de la Rome augustéenne au moyen de 247 châteaux d'eau :

  • 1 707 quinaires (71 000 m3/jour ; 17 %) sont réservés à l'empereur ;
  • 3 847 quinaires (160 000 m3/jour ; 39 %) pour les particuliers ;
  • 4 398 quinaires (183 000 m3/jour ; 44 %) pour les usages publics, dont :
    • 2 401 quinaires (100 000 m3/jour ; 24 %) pour 95 ateliers publics ;
    • 386 quinaires (16 000 m3/jour ; 4 %) pour au moins 36 lieux de spectacle ;
    • 1 335 quinaires (55 000 m3/jour ; 13 %) pour 595 bassins ;
    • 276 quinaires (11 000 m3/jour ; 3 %) pour 18 camps.

L'administrateur principal des eaux remet en place la distribution initiale des aqueducs, après avoir mis fin aux détournements frauduleux et aux pertes dues aux négligences, et de nouvelles arcades sont construites. De plus, l'empereur Nerva décide de conduire toutes les eaux dans des canaux séparés, pour éviter que les mélanges altèrent la qualité des meilleures eaux comme celle de la Marcia ou de la Claudia, notamment par celle de l'Anio Novus. Et chaque eau, selon sa qualité, est utilisée pour des usages différents, les meilleures pour la boisson et les plus troubles pour les jardins de Rome. Après ces réformes, on retrouve les près de 1 030 000 mètres cubes par jour pour la ville, auxquels vont s'ajouter les eaux de la Trajana au IIe siècle et la Alexandrina au IIIe siècle.

En outre, l'eau qui coulait dans les aqueducs était propriété publique; à son arrivée, elle était entreposée dans des réservoirs appelés castella et distribuée par la suite dans les fontaines publiques, les thermes et enfin dans les propriétés privées des riches patriciens. Par la suite, l'eau était distribuée aussi dans les villes par l'intermédiaire de tuyaux de plomb qui parcouraient la ville jusqu'à leur destination et en étant situés sous les trottoirs. Les aqueducs pénétraient tous dans la ville au même lieu, dans le quartier de la Vieille Espérance, à proximité de la porte Majeure. Leur parcours demeurait presque entièrement souterrain, notamment pour éviter qu'ils ne soient coupés par l'ennemi ou que l'eau ne soit prélevée illégalement par les Romains habitant à proximité des conduits.

Les fraudes et prélèvements illégaux en eau[modifier | modifier le code]

La Porte Majeure, où cinq aqueducs se croisent.

À Rome, les aqueducs rentraient donc sous terre et la distribution en eau se faisait par canalisations. Les eaux les plus pures étaient en général réservées à la boisson. Mais elles n'étaient pas apportées directement à chaque habitant. Il fallait en effet une concession spéciale, accordée par l'empereur, pour obtenir du curateur des eaux qu'il fasse faire un branchement particulier. À partir de là, des fautes innombrables eurent lieu. Dans les campagnes, la plupart des propriétaires dont les champs sont longés par un aqueduc perforent les canalisations si bien que les aqueducs publics servent plus les besoins des particuliers que de la population vivant à Rome. Par ailleurs, au sein même de la ville, certains préposés arrondissaient leurs revenus en pratiquant ce qu'ils nommaient des « piqûres ». Les tuyaux qui transportaient l'eau afin de desservir les habitants cheminaient sous terre et étaient percés ici et là par ces personnes qu'on appelait des « préposés aux piqûres ». Ils se chargeaient en fait de fournir de l'eau par l'installation de tuyaux particuliers à tous ceux qui voulaient en trafiquer si bien qu'au bout du compte, seulement un faible débit parvenait au bout pour l'usage public.

Par ailleurs, lorsqu'une concession d'eau passe à un nouveau propriétaire, les fontainiers en profitent pour percer un nouveau trou dans le château d'eau et laissent l'ancien, duquel ils retirent de l'eau afin de la vendre. On a donc un véritable marché, un trafic d'eau qui s'opère dans la ville de Rome, surtout sous l'Empire avec la multiplication des constructions d'aqueducs. C'est un trafic illégal où l'eau est vendue à divers prix, le plus élevé étant bien sûr recherché. On retrouve ce même type de problème aux alentours de Rome, dans les régions rurales où cette fois-ci, ce sont les conduits et canaux qui sont percés par les propriétaires riverains des aqueducs qui n'hésitent pas à se servir de l'eau publique destinée normalement à alimenter la ville de Rome et ses habitants. Ces personnes sont souvent de riches patriciens qui possèdent des villas et qui désirent l'agrémenter de fontaines privées. Ils peuvent faire appel aux préposés aux piqures qui, contre une somme d'argent, installent pour eux une dérivation à partir des aqueducs et qui va jusqu'à l'intérieur des propriétés des patriciens. On a donc deux types de fraudes : les fraudes rurales commises par les particuliers et les fraudes urbaines faites par les fontainiers publics.

On voit donc se développer chez les particuliers de cette époque un luxe excessif qui les conduit à gaspiller l'eau publique destinée à tous en la détournant pour des usages privés. Ces excès sont rendus possibles par la complicité active des fontainiers qui se laissent facilement corrompre. Leurs méthodes sont très diverses : il y a les « piqûres » sur les conduites publiques, c'est-à-dire les percements des conduites d'eau, les poses de tuyaux volants par les « préposés aux piqûres », qui, sur leurs parcours, fournissent de l'eau par des tuyaux particuliers à tous ceux qui veulent en trafiquer. Il y a également la disposition favorable des prises d'eau, le maintien de sorties d'eau officiellement fermées, toutes ces pratiques relevant souvent d'initiatives particulières. Mais d'autres pratiques frauduleuses supposent l'existence de complicités dans l'ensemble du système administratif quand il est question pour les curateurs des eaux de prononcer des amendes et de contraindre « sans manœuvre frauduleuse » comme il est précisé dans la loi Quinctia. C'est le cas par exemple lorsqu'il s'agit d'utiliser des tuyaux non poinçonnés, autrement dit non marqués par les curateurs des eaux, d'en modifier le calibre ou d'inventer pour les dits tuyaux des nomenclatures hors normes. De telles pratiques supposent en réalité l'existence de tout un réseau de complaisances qui remet ainsi en cause une hiérarchie théoriquement placée sous le contrôle et la responsabilité du curateur des eaux. Ces faits révèlent donc la profonde dégradation du service des eaux de Rome dans lequel la confusion, la négligence et l'incurie se sont installées.

Des aqueducs largement désagrégés et abimés[modifier | modifier le code]

Restes de l’Arcus Neroniani sur le Palatin

En conséquence de toutes ces ponctions illicites, les aqueducs et autres canaux transportant de l'eau subissaient de nombreuses désagrégations. En cela, l'adduction d'eau se faisait autant que possible par des conduites souterraines en pierre recouvertes de ciment spécial. Il y avait de nombreux points de contrôle, et il ne fallait pas qu'il y ait de dépôt. Les conduites à l'air libre étaient utilisées en grande partie aux abords de la ville ; elles reposaient sur des structures de maçonnerie solide ou sur des arches. Selon leur emplacement et leurs dimensions, elles étaient soit en terre cuite, en plomb, en bois ou même en cuir.

Le plus souvent, les dégâts commis sur les aqueducs proviennent des agissements des propriétaires riverains qui endommagent les conduits de plusieurs façons. En effet, ils vont plus loin que prélever de l'eau sur les aqueducs. Ils vont jusqu'à occuper par la construction de bâtiments ou par la plantation d'arbres les zones qui, selon un sénatus-consulte promulgué en 11 avant J.C., doivent pourtant rester libres autour des aqueducs. Les arbres sont les plus nuisibles car leurs racines font éclater les voûtes et les murs latéraux des édifices. Ils vont même jusqu'à faire passer des chemins vicinaux et des sentiers au travers des canalisations elles-mêmes. Finalement, ils interdisent l'accès en s'appropriant les terrains en question.

Les pouvoirs publics romains n'enlevaient pas aux particuliers leurs terrains même ceux qui étaient d'utilité publique. Lors de la construction des aqueducs, si un propriétaire s'opposait à cette construction en ne voulant pas vendre sa parcelle de terre, l'État romain lui payait la totalité du champ, et, après avoir délimité le terrain nécessaire, il lui revendait le champ afin que, dans leurs limites, le domaine public et le domaine privé aient chacun leurs pleins droits. Beaucoup de ces propriétaires, cependant, non seulement après avoir envahi ce terrain, percent les parois des conduits et un peu partout détournent de l'eau, aussi bien ceux qui ont reçu la concession que ceux qui n'en ont pas et profitent de l'occasion pour prélever de l'eau publique.

Conversions[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :