Aqueduc de Luynes

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Aqueduc de Luynes
Vue générale des vestiges du pont-aqueduc.
Vue générale des vestiges du pont-aqueduc.
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Protection Logo monument historique Classé MH (1862)[1]
Coordonnées 47° 23′ 51″ N 0° 34′ 07″ E / 47.3976, 0.568547° 23′ 51″ Nord 0° 34′ 07″ Est / 47.3976, 0.5685  

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Aqueduc de Luynes
Aqueduc de Luynes

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Aqueduc de Luynes
Aqueduc de Luynes

L'aqueduc de Luynes est un ancien pont-aqueduc gallo-romain situé à Luynes, en France. Avec la Pile de Cinq-Mars, c'est le plus célèbre monument romain du département d'Indre-et-Loire, malgré des dimensions modestes. C'est également l'un des aqueducs antiques les mieux conservés du nord de la France. Il a été classé monument historique dès 1862 ; il est la propriété de la commune de Luynes.

L'aqueduc est tout d'abord aérien, pour franchir un vallon sur le flanc duquel se situaient ses probables captages — ceux-ci ne sont pas encore déterminés avec précision —, puis souterrain dans sa partie terminale. Les vestiges, sous forme de piles dont neuf sont encore réunies par huit arches consécutives, ne concernent que la partie aérienne de l'aqueduc, sur les 500 mètres qu'il parcourt pour franchir le vallon. Son tracé aval, souterrain, n'est pas attesté, bien que certains indices aient été révélés par la photographie aérienne, et sa destination finale reste ignorée, au sein d'un vaste complexe de maçonneries antiques du site de Malliacum (Luynes à l'époque antique) qui n'ont fait l'objet que d'études ponctuelles.

Il a pu avoir été construit dans la seconde moitié du IIe siècle, bien que plusieurs campagnes de construction ou de réfection aient été mises en évidence ; il a peut-être même succédé, au moins sur une partie de son parcours, à un autre aqueduc.

Malliacum, la cité antique de Luynes[modifier | modifier le code]

Plan de Maillé (Luynes) établi par F. Le Royer de la Sauvagère en 1770, qui voyait là l'emplacement de Caesarodunum.

Malliacum est déjà citée par Grégoire de Tours, qui y mentionne le tombeau d'un chrétien au centre d'édifices antiques ruinés. Des ruines sont à nouveau évoquées au XIe siècle[D00 1]. Des pans de murs antiques, dont l'affectation demeure encore mal définie, sont signalés au XVIIIe siècle au niveau de l'ancien prieuré de Saint-Venant[2]. D'autres ont été découverts depuis et la prospection archéologique aérienne a révélé de nouvelle traces. Si certaines de ces traces semblent être celles de villas, d'autres ne se rapportent à aucun édifice identifié.

Tous ces vestiges s'inscrivent dans un rectangle allongé d'un peu plus d'un kilomètre de long sur 250 mètres de large, à l'est du centre-bourg moderne de Luynes, sur le rebord du plateau de la rive droite de la Loire. Un chemin de crête gaulois, remplacé par une voie antique au pied du coteau, reliant Tours à Angers, a été mis en évidence[3].

Une telle concentration de vestiges laisse à penser qu'existait, à cet emplacement, un vicus antique établi à proximité de la voie. Certains historiens, dont Félix Le Royer de La Sauvagère, avaient même imaginé, au XVIIIe siècle, qu'il pouvait s'agir de la cité antique de Caesarodunum, devenue par la suite Tours[2]. À cette époque, aucun vestige de Caesarodunum n'avait été formellement identifié sur le site de la ville moderne de Tours, donnant corps à cette hypothèse d'un chef-lieu de cité gallo-romaine bâti sur le coteau. Cette proposition est aujourd'hui totalement abandonnée, grâce aux trouvailles faites dans le sol de Tours.

Le nom de Malliacum a évolué pour devenir Maillé au Moyen Âge, avant que le duc de Luynes, propriétaire du fief, ne lui donne son patronyme.

Parmi les nombreux vestiges antiques qui jalonnent le coteau à l'est du bourg actuel, deux ensembles ont fait l'objet d'études plus approfondies, même si de nombreuses questions subsistent encore à leur sujet.

Le prieuré de Saint-Venant[modifier | modifier le code]

La villa du clos de Sainte-Roselle[modifier | modifier le code]

Architecture et tracé[modifier | modifier le code]

Construction et caractéristiques[modifier | modifier le code]

Détail de la voûte d'une arche

La construction fait appel à un béton de blocage recouvert en petit appareil assez grossier, alors que seules les voûtes des arches en plein cintre comportent des briques rayonnantes. Les pierres calcaires qui composent l'aqueduc semblent avoir été extraites de la carrière de la Gauthièrerie toute proche, aujourd'hui comblée.

Le specus ne mesure que 10 à 12 cm de largeur, indice d'un faible débit ; malgré la faible longueur de l'aqueduc, on avait fait le choix, pour sa partie aérienne, d'un canal en maçonnerie et non d'une tuyauterie en plomb ou en terre cuite. Sa pente, de 1,5 à 2,9 m par km, est importante comme pour la plupart des ouvrages courts. La hauteur maximale des arches de l'aqueduc est évaluée à 8,90 m sous clef.

Tracé et longueur[modifier | modifier le code]

Les vestiges du pont-aqueduc sont situés en bordure est d'une route à 1,5 km au nord-est du centre de Luynes, en Indre-et-Loire[4]. Il ne s'agit pas d'un ouvrage destiné à alimenter en eau une cité ; on a longtemps cru qu'il desservait Malliacum, l'antique Luynes[5], voire Caesarodunum, la ville gallo-romaine qui a précédé Tours[6] ; cet aqueduc était en fait réservé à un usage privé.

Cet aqueduc d'orientation générale nord-nord-est - sud-sud-ouest captait, au nord, les eaux de la source de la Pie Noire (ou Pinnoire)[7], aujourd'hui tarie et aboutissait, au sud, au balnéaire de l'une des riches villas du vaste complexe de Sainte-Roselle (peut-être un vicus routier)[8], [9], sur le coteau de Saint-Venant, ce qui lui confère une longueur totale de 1 825 m presque en ligne droite, dont 525 m aériens. Son tracé souterrain, et notamment son parcours final qui s'infléchit très légèrement vers le sud-est à partir de hameau de Villeronde[10] (peut-être le témoignage de la proximité d'un ancien théâtre), ont été formellement reconnus grâce à des campagnes de photos aériennes[11], mais seule une partie du pont-aqueduc est aujourd'hui visible ; l'aqueduc traverse le "vallon des Arennes", peut-être un indice supplémentaire de la présence d'un édifice de spectacle gallo-romain[10].

Chronologie de l'aqueduc[modifier | modifier le code]

Trou de boulin traversant la pile de part en part.

La datation de cet ouvrage n'est pas encore établie avec certitude ; son style indiquerait toutefois une construction assez tardive, peut-être du IIe siècle ou IIIe siècle, tout comme le balnéaire qu'il alimentait. Il est très longtemps resté en service, jusqu'au XIIe siècle ou XIIIe siècle, et a fait l'objet de plusieurs campagnes de réfection, notamment au début du Xe siècle, sous Charles III le Simple[12], ce qui explique qu'il soit parvenu jusqu'à nous, même si nombre des pierres de ses piles effondrées ont dû être récupérées et remployées ; on peut penser que son utilisation a évolué tout au long de cette période, entre autres après l'abandon du balnéaire de Sainte-Roselle.

Vestiges et études[modifier | modifier le code]

Vestiges[modifier | modifier le code]

Il compte encore 44 piles (pour 90 environ à l'origine et 62 en 1767) sur 269 mètres ; neuf de ces piles, consécutives, sont toujours reliées par huit arches en plein cintre de 3 m d'ouverture environ[12] alors que d'autres, effondrées, sont réduites à l'état de tas de pierres[Note 1]. Les piles mesurent à leur base entre 1,80 et 2,22 m de côté. L'ensemble est aujourd'hui en assez mauvais état malgré de récents travaux de réfection, entre autres la reprise de plusieurs piles et des arches qu'elles supportent[13], et beaucoup de piles sont légèrement inclinées vers l'est. La principale raison est à rechercher dans la faiblesse structurelle des assises, consistant en un petit mur continu dont les fondations ne dépassent pas 1 m de profondeur du côté ouest et 0,80 m du côté est[7], ce qui est notoirement insuffisant dans un sol instable, argileux et très humide. La présence d'une route stabilisée à l'ouest de l'aqueduc, en limite de ses fondations, et d'un terrain très humide à l'est jointe à l'action des vents d'ouest accentue encore ce phénomène.

Immédiatement au nord des piles toujours couronnées par leurs arches, le pignon d'une ferme construite en 1877 est encastré entre les piles du pont (ferme de l'Aqueduc, anciennement borderie des Arennes).

Vue d'une succession de piles et d'arches d'un aqueduc antique traversant un vallon.
Panorama général des vestiges de l'aqueduc (vue vers l'est).
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Études et fouilles archéologiques[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Publications spécifiques consacrées à l'archéologie et l'histoire tourangelles[modifier | modifier le code]

Publications générales totalement ou partiellement consacrées à l'architecture et à l'urbanisme dans l'Empire romain[modifier | modifier le code]

  • Robert Bedon, Pierre Pinon et Raymond Chevallier, Architecture et urbanisme en Gaule romaine : L'architecture et la ville, vol. 1, Paris, Errance, coll. « les Hespérides »,‎ , 440 p. (ISBN 2 903 44279 7).
  • Gérard Coulon, Les Gallo-Romains, Paris, Errance, coll. « Civilisations et cultures »,‎ , 219 p. (ISBN 2-877-72331-3).
  • Georges Duby (dir.), Histoire de la France urbaine, vol. 1 : La ville antique, des origines au 9e siècle, Paris, le Seuil, coll. « L’univers historique »,‎ , 601 p. (ISBN 2 020 05590 2).

Sources anciennes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Des photographies et une référence dans la littérature (Ranjard, p. 453) indiquent qu'au début des années 1930, seules 6 arches étaient en place. Deux autres ont donc été reconstruites à une époque indéterminée.

Références[modifier | modifier le code]

  • Jacques Dubois, Les vestiges gallo-romains de Luynes, 2000 :
  • Autres sources
  1. « Notice no PA00097846 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. a et b Pierre Audin, « Au XVIIIe siècle, un tourangeau ingénieur et archéologue : Félix le Royer de la Sauvagère (1707-1782) », Bulletin de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Touraine, t. XXIII,‎ , p. 45, 51, 53 et 54 (lire en ligne [PDF])
  3. Pierre Audin, « Voies antiques et habitat gallo-romain entre Tours et Ingrandes-de-Touraine, I - La route d'Angers », bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. XXXVII,‎ , p. 543 (lire en ligne).
  4. Aqueduc de Luynes sur Géoportail.
  5. Michel Laurencin, « L'aqueduc gallo-romain de Luynes et l'antique Malliacum », Revue archéologique du Centre, t. 6,‎ , p. 195-204 (DOI 10.3406/racf.1967.1375)
  6. Provost, p. 109
  7. a et b Provost, p. 108
  8. Dubois, p. 34
  9. Jacques Dubois, « Archéologie aérienne en Touraine », Revue archéologique de Picardie, no spécial 17,‎ , p. 359-366 (lire en ligne)
  10. a et b Michel Laurencin, op. cit. p. 197
  11. Dubois, p. 91
  12. a et b Aqueduc de Luynes sur Structurae.
  13. « l'aqueduc gallo-romain de Luynes », sur le site de la société Hory-Chauvelin (consulté le 24 juin 2014).